Quand un même montant revient des milliers de fois dans un carnet d’ordres, l’œil exercé ne parle plus de liquidité. Il parle de rythme trop régulier, presque mécanique. C’est précisément ce que plusieurs observateurs ont cru voir, ces derniers jours, sur les contrats à terme perpétuels ether de Kalshi. Un chiffre rond, toujours le même, des volumes qui s’envolent, un open interest qui reste étrangement mince : le décor était planté pour une polémique explosive dans le petit monde déjà nerveux des marchés prédictifs américains.
Une tempête née d’un carnet trop lisible
Tout a basculé autour des 19 et 20 septembre. Un ancien trader quantitatif, Beni, cofondateur du cabinet Stealth Neolab, a publié ce qu’il présente comme une preuve. Selon lui, Kalshi falsifie le volume de ses perpétuels. Il affirme avoir téléchargé l’historique public des transactions, au cas où la plateforme tenterait ensuite d’effacer les traces. Ce geste, à lui seul, a donné à l’affaire un parfum d’enquête plutôt que de simple tweet rageur.
Le détail qui a tout déclenché tient en une somme : 5 500 dollars. Pas à peu près. Exactement. Des milliers de trades calés sur ce ticket. Dans un marché vivant, les tailles d’ordres dansent. Ici, elles taperaient du pied en cadence. D’autres comptes ont repris les extraits, confirmé l’ordre de grandeur, et la discussion a quitté le cercle des spécialistes pour gagner une audience plus large.
Voici donc la preuve irréfutable que Kalshi falsifie son volume PERP.
Beni, ancien trader quantitatif et cofondateur de Stealth Neolab
La plateforme n’est pas un acteur anonyme. Elle opère aux États-Unis sous le regard de la Commodity Futures Trading Commission, la CFTC. Elle s’est imposée comme l’une des références des marchés d’événements régulés. Accuser une telle enseigne de gonfler ses statistiques, ce n’est pas une pique de forum. C’est une attaque au cœur de sa promesse : la transparence d’un marché désigné, auditable, conforme.
Le chiffre qui ne passe pas : 539 millions contre 3,1 millions
Le soupçon ne repose pas seulement sur la répétition d’un ticket. Il repose sur un écart de proportion. Kalshi aurait affiché jusqu’à 539 millions de dollars de volume sur 24 heures sur les perpétuels ether, pour seulement 3,1 millions de dollars d’open interest. Sur le papier, ces deux métriques ne mesurent pas la même chose. Dans la pratique, leur rapport raconte une histoire.
Le volume additionne chaque échange, même si le même contrat est racheté et revendu dans la seconde. L’open interest ne retient que ce qui reste réellement ouvert, l’exposition encore en vie. Sur un perpétuel liquide, voir le volume quotidien dépasser de cinq à dix fois les positions ouvertes n’a rien d’exotique. Chez Kalshi, le rapport grimpe à 174. Autrement dit, chaque dollar encore en jeu aurait changé de mains 174 fois en une journée, soit en moyenne une fois toutes les huit minutes.
Ce que ces deux indicateurs disent vraiment
- Le volume compte le ballet, pas la présence.
- L’open interest compte l’argent encore exposé au marché.
- Un multiple de 5 à 10 peut rester plausible sur un livre très actif.
- Un multiple de 174 force à demander qui danse, et pour qui.
Beni ajoute que l’ordre à 5 500 dollars représenterait à lui seul entre 48 % et 58 % du volume total des perpétuels ether sur quatre journées. Si le constat tient, on n’est plus face à un bruit de fond. On est face à une masse dominante. Le marché n’aurait plus l’allure d’une foule. Il aurait l’allure d’un solo répété.
Pourquoi le wash trading revient toujours dans ces débats
Le wash trading désigne une pratique simple à décrire et difficile à prouver en temps réel : un même acteur, ou des acteurs liés, se portent acheteur et vendeur pour simuler de l’activité. Le carnet s’anime. Les classements s’embellissent. Les market makers regardent. Les investisseurs aussi. Le cash réel, lui, n’a parfois presque pas bougé.
Aux États-Unis, le droit des matières premières n’est pas flou sur ce point. La section 4c(a) du Commodity Exchange Act interdit déjà ces allers-retours fictifs. La CFTC a, par ailleurs, mis en garde contre un effet de bord bien connu : des récompenses trop généreuses indexées sur le volume poussent certains participants à trader pour atteindre des paliers, pas pour prendre un risque de marché.
Cela ne signifie pas que Kalshi organise ces flux. Les transactions publiques ne portent pas, à elles seules, la signature d’un pupitre interne. Elles montrent un motif. Un motif peut venir d’un bot mal paramétré, d’un teneur de marché agressif, d’un programme d’incitation mal cadré, ou d’une stratégie délibérée. L’accusation court plus vite que la qualification juridique. C’est toujours ainsi que naissent les affaires de marché.
La défense de Kalshi : rabais, liquidité, deux produits distincts
Le responsable crypto de la plateforme, qui s’exprime sous le nom IcoBeast, a choisi la contre-attaque pédagogique. Selon lui, le contradicteur mélange deux univers : les marchés prédictifs d’un côté, les contrats à terme perpétuels de l’autre. Sur les premiers, Kalshi assure ne pas pratiquer de rabais crypto. Sur les seconds, les incitations seraient banales.
Nous ne faisons pas de rabais sur les marchés prédictifs crypto. Toutes les plateformes mènent des programmes de rabais et d’incitation pour apporter une meilleure liquidité aux traders. Le CME le fait. Hyperliquid et Binance aussi.
IcoBeast, responsable crypto de Kalshi
L’argument a une logique industrielle. Sans teneurs de marché, un carnet neuf reste une vitrine vide. Les rabais taker, les crédits maker, les programmes de volume existent chez les géants des dérivés comme chez les venues crypto. Kalshi ajoute que son programme de rabais, certifié par la CFTC, ramène les frais taker à 0,003 % et exclut explicitement les transactions relevant du wash trading.
IcoBeast nie aussi que la plateforme choisirait à la main les sociétés autorisées à compenser elles-mêmes leurs transactions. Sur un marché à terme désigné, l’accès équitable n’est pas un slogan marketing. C’est une obligation. Si cette ligne est tenue, le soupçon de favoritisme s’affaiblit. S’il venait à se fissurer, le dossier changerait de nature : on quitterait le débat statistique pour entrer dans le débat réglementaire dur.
Les parlays, l’autre machine à faire gonfler les compteurs
Le dossier des perpétuels n’est pas le seul à irriter. En parallèle, plusieurs internautes s’en prennent au métier historique de Kalshi : les marchés prédictifs. Là, l’accusation change de forme. On ne parle plus d’ordres qui tourneraient en rond. On parle de la façon dont la plateforme compte son volume.
Le 20 septembre, le compte @retardmode a martelé que tout le volume de Kalshi serait gonflé. Selon cette lecture, les paris combinés, qui ne paient que si toutes les sélections sont justes, représenteraient 61 % du volume affiché. Sur une journée, Kalshi aurait publié 1,91 milliard de dollars de volume pour seulement 136 millions réellement misés.
Le mécanisme est arithmétique, presque cruel dans sa simplicité. Kalshi ne compterait pas l’argent sorti de la poche du parieur. Elle compterait le gain maximal du contrat. Un contrat d’événement paie un dollar s’il gagne. Miser 1 dollar sur un combiné à 14,1 fois s’affiche alors comme 14,10 dollars de volume. Plus le parlay est lunaire, plus le contrat est bon marché, plus le multiplicateur est gros.
Le piège statistique des combinés
- Un ticket à 1 dollar peut s’écrire comme plusieurs dollars de volume.
- Les combinés à nombreuses issues pèsent lourd dans l’affichage.
- 48 % du volume des parlays viendrait de tickets à 11 issues.
- Ces tickets gagnent rarement, mais ils font très bien monter la courbe.
IcoBeast assume la convention. Sur un marché prédictif, dit-il, le volume se calcule au payout maximum, comme chez Polymarket : acheter 100 000 contrats à 30 cents coûte 30 000 dollars cash, mais s’inscrit comme 100 000 dollars de volume. Ce n’est donc pas, à ce stade, la preuve d’un wash trade. C’est une règle de comptage qui fait paraître l’activité beaucoup plus large que le cash réellement engagé.
Deux gonflements, deux natures, un même soupçon public
Il faut séparer les dossiers, sous peine de tout brouiller. D’un côté, des ordres identiques sur un perpétuel ether et un ratio volume / open interest hors normes. De l’autre, une convention de calcul qui multiplie le notional des paris combinés. Le premier sujet interroge le comportement des flux. Le second interroge le langage des statistiques.
Le public, lui, n’a pas toujours le loisir de cette distinction. Il voit un chiffre. Il le compare à un rival. Il en déduit une santé de marché. Dans la guerre d’attention qui oppose désormais Kalshi à Polymarket, le volume affiché n’est plus un indicateur neutre. C’est un argument commercial, un appât pour teneurs de marché, un levier pour les tours de table.
Les marchés perpétuels de Kalshi ont franchi le milliard de dollars de volume en quelques jours, un palier que ses marchés prédictifs avaient mis quarante mois à atteindre. Ces courbes nourrissent le bras de fer. Polymarket est revenu sur le sol américain par le rachat d’une plateforme régulée, adossé à un investissement pouvant atteindre 2 milliards de dollars d’ICE, propriétaire du New York Stock Exchange. Dans ce climat, chaque statistique devient une arme.
Ce que l’histoire récente du volume crypto aurait dû enseigner
En 2019, Bitwise estimait devant la SEC que 95 % des volumes déclarés sur le bitcoin étaient fictifs. À l’époque, presque aucun carnet n’était vraiment vérifiable par un tiers. Les classements d’exchanges ressemblaient à des affiches. On y lisait de la puissance. On y trouvait souvent du théâtre.
L’ironie de l’affaire Kalshi, c’est que l’audit de Beni n’a été possible que parce que la plateforme diffuse ses transactions en clair, ligne par ligne. La transparence qui devait rassurer devient le matériau de l’accusation. C’est le paradoxe des marchés qui se veulent plus propres que le Far West crypto : plus on montre, plus on s’expose à être lu de travers, ou lu trop juste.
Cette lisibilité est précieuse. Elle permet à un ancien quant de reconstruire des motifs. Elle permet aussi à la défense de dire : voyez, rien n’est caché. Entre les deux lectures, le régulateur n’a encore rien tranché. Aucune procédure n’a été ouverte par la CFTC contre la plateforme à ce jour. L’absence de dossier n’est pas un blanc-seing. Ce n’est pas non plus une condamnation par le silence.
Open interest, turnover et liquidité réelle : le vrai test
Pour juger un marché de dérivés, les professionnels regardent rarement le seul volume 24 heures. Ils regardent la profondeur, le slippage, le financement, la concentration des positions, la qualité des teneurs de marché, la résilience quand un flux adverse arrive. Un livre peut tourner très vite et rester fragile. Un autre peut tourner moins vite et absorber un choc.
Le ratio 174 n’est pas une preuve juridique. C’est un signal d’alerte. Il dit que le marché tourne beaucoup plus qu’il ne porte. Sur un perpétuel ether, on peut imaginer des stratégies de market making haute fréquence, des allers-retours de bases, des arbitrages entre venues. On peut aussi imaginer un recycleur d’ordres qui poursuit un palier de rabais. Distinguer les deux exige davantage que des captures d’écran : horodatage fin, identification des comptes, latence, inventaire, corrélation des côtés acheteur et vendeur.
Beni a annoncé une suite. Ses avocats reliraient un nouveau lot de données avant publication. Cette phrase change la température. On n’est plus seulement dans le thread. On glisse vers le dossier. Que cette suite confirme un motif organisé ou qu’elle se dissolve en explication technique, le marché a déjà enregistré le doute. Le doute, sur une plateforme régulée, a un coût : il force chaque chiffre suivant à se justifier deux fois.
Les rabais ne sont pas le crime, le ciblage du volume l’est parfois
Comparer Kalshi au CME, à Binance ou à Hyperliquid n’est pas absurde. Ces lieux ont tous, à des degrés divers, utilisé l’incitation pour fabriquer de la présence. Le problème n’est pas le rabais en soi. Le problème commence quand la grille récompense le chiffre plus que le risque utile. Un teneur de marché qui réduit les écarts rend service. Un compte qui se croise lui-même pour passer un palier ne rend service qu’au tableau de bord.
Kalshi insiste sur l’exclusion formelle du wash trading dans son programme certifié. Sur le papier, la clause est saine. Dans les faits, la frontière dépend de la détection. Deux comptes distincts, deux API, un même bénéficiaire économique : le schéma classique ne signe pas toujours « même identifiant ». Les régulateurs le savent. Les plateformes aussi. C’est pourquoi les affaires de volume fictif se jouent souvent dans la reconstruction des liens, pas dans la lecture naïve d’un ticker.
Le public crypto, dressé par une décennie de classements truqués, applique désormais le même réflexe aux venues régulées. C’est à la fois injuste et salutaire. Injuste, parce qu’un marché CFTC n’est pas un exchange offshore de 2018. Salutaire, parce que le prestige réglementaire ne dispense pas de prouver que le chiffre vit.
Prédiction et perpétuel : deux grammaires, une même bataille d’image
Les marchés prédictifs vendent une autre promesse. On n’y cherche pas d’abord le levier d’un actif. On y cherche un prix de probabilité. Le volume y est un thermomètre d’intérêt collectif. Si ce thermomètre multiplie les combinés lointains, il cesse de mesurer la même chose que le cash engagé. Il mesure un notional de rêve.
Assumer cette convention, comme le fait IcoBeast en renvoyant à Polymarket, a le mérite de la constance. Encore faut-il que le lecteur le sache. Or le lecteur occasionnel compare 1,91 milliard à 136 millions et conclut à la supercherie. Le professionnel compare une convention à une autre et conclut à un malentendu de définition. Entre les deux, la communication de marché a une responsabilité : nommer ce qu’elle compte.
On peut défendre le payout maximum comme unité. On peut aussi publier, à côté, le cash matched, le nombre de contrats, la part des parlays, la part des marchés binaires simples. La clarté n’enlève rien à la croissance. Elle ôte des munitions aux accusateurs. Dans un secteur où la confiance se négocie aussi cher que la liquidité, cet affichage double n’est plus un luxe.
Ce que la CFTC peut regarder, si elle regarde
Un régulateur n’ouvre pas un dossier parce qu’un thread est viral. Il l’ouvre s’il voit un risque pour l’intégrité du marché, une rupture d’égalité d’accès, une incitation qui produit des transactions fictives, une communication trompeuse. Ici, plusieurs portes existent, aucune n’est forcément empruntée.
- Intégrité des transactions : y a-t-il identité économique entre les deux côtés du trade ?
- Conception des rabais : le barème pousse-t-il au volume stérile ?
- Accès équitable : la compensation maison crée-t-elle deux vitesses ?
- Représentation du volume : le public comprend-il ce que le chiffre contient ?
Kalshi a un atout que beaucoup d’acteurs crypto n’avaient pas : elle est déjà dans le périmètre. Elle n’est pas en train de demander une bénédiction après coup. Elle opère. Cette position protège et expose. Elle protège parce que les règles sont connues. Elle expose parce que le manquement, s’il était établi, ne serait pas un écart de Far West. Ce serait un écart sous licence.
Pourquoi ces affaires éclatent toujours au moment de l’accélération
Les polémiques de volume n’arrivent presque jamais sur un marché endormi. Elles arrivent quand une courbe verticale attire l’œil. Kalshi a vu ses perpétuels avaler en quelques jours un palier que ses marchés d’événements avaient mis des années à construire. Cette accélération est un succès commercial. Elle est aussi un aimant à forensic amateur.
Les teneurs de marché aiment les lieux où il se passe quelque chose. Les fonds aiment les lieux dont on parle. Les rivaux aiment les lieux dont on doute. Le volume devient alors un bien positionnel. On le montre pour exister. On l’attaque pour faire exister l’autre. Dans ce jeu, la donnée publique est à la fois bouclier et projectile.
Le retour de Polymarket aux États-Unis, avec l’ombre d’ICE derrière lui, durcit encore la partie. Deux récits de légitimité s’affrontent : la licence historique d’un côté, la marque mondiale et le capital de place de l’autre. Les statistiques de volume sont le langage commun de cette guerre. Quiconque maîtrise le dictionnaire maîtrise une partie du champ de bataille.
Lire un carnet sans se laisser hypnotiser par le rond
Un ticket à 5 500 dollars pile attire l’œil parce que l’être humain aime les ronds. Les algorithmes aussi, parfois, quand un risque manager fixe une taille notionnelle, quand un bot découpe un inventaire, quand une limite interne impose un quantum. Tous les montants ronds ne sont pas des aveux. Tous les montants ronds répétés des milliers de fois ne sont pas anodins non plus.
La bonne lecture combine fréquence, part du total, corrélation des côtés, stabilité de la taille, heure de passage, réaction du mid, variation de l’open interest. Si le volume explose et que l’open interest ne bouge presque pas, le marché recycle. Le recyclage peut être sain, s’il resserre les prix. Il peut être cosmétique, s’il ne fait que nourrir un classement.
C’est pourquoi l’affaire dépasse Kalshi. Elle pose une question au secteur entier des dérivés crypto et des marchés d’événements : que voulons-nous mesurer quand nous disons qu’un lieu est vivant ? La vitesse des mains, ou la persistance du risque ?
Ce que les traders particuliers devraient retenir tout de suite
Un particulier n’a pas besoin d’attendre un communiqué de la CFTC pour ajuster sa lecture. Il peut déjà séparer trois plans. Premier plan : la qualité d’exécution sur le contrat qu’il trade vraiment. Deuxième plan : la fiabilité du chiffre marketing. Troisième plan : le risque de réputation d’une venue, qui peut un jour peser sur les conditions, les listings, l’appétit des teneurs de marché.
Réflexes utiles avant de croire un volume record
- Comparer toujours volume et open interest sur plusieurs jours.
- Demander quelle convention de comptage s’applique aux parlays.
- Regarder si une taille d’ordre domine le flux.
- Ne pas confondre rabais de liquidité et preuve d’activité organique.
- Traiter le classement public comme un argument, pas comme une mesure de vérité.
Ces réflexes ne font pas de chaque lecteur un enquêteur. Ils évitent la naïveté. Dans un marché où les chiffres circulent plus vite que les définitions, la naïveté coûte cher. Elle pousse à entrer là où la foule croit voir de la profondeur, alors qu’elle ne voit parfois qu’un manège.
La suite annoncée, et ce qu’elle devra apporter pour compter
Beni a prévenu : d’autres données arrivent, relues par des avocats. Pour que cette suite pèse, elle devra sortir du registre de l’indignation. Il lui faudra des séries temporelles, des parts de marché par taille d’ordre, une méthode reproductible, une distinction nette entre motif suspect et preuve d’identité économique. Sans cela, Kalshi pourra continuer de répondre par la banalité des rabais et la séparation des produits.
Kalshi, de son côté, a une carte simple à jouer si elle veut éteindre plus qu’alimenter. Publier le détail de la convention de volume. Publier la part des parlays. Publier, sur les perpétuels, le turnover contre l’open interest sur une fenêtre plus longue. Rappeler les filtres anti-wash avec des exemples de rejets. La pédagogie n’absout pas. Elle réduit la zone d’ombre où prospèrent les lectures les plus violentes.
En attendant, le constat le plus sobre reste le suivant. Des milliers de transactions identiques ont intrigué. Un ratio extrême a choqué. Une convention de parlays a donné l’impression d’un empire plus vaste que l’argent misé. La plateforme nie le gonflement artificiel. Le régulateur n’a pas ouvert de procédure. Le marché, lui, a déjà commencé à compter autrement. Et c’est souvent ainsi que les affaires de volume se jouent : moins dans le verdict final que dans le moment où le chiffre cesse d’être cru sur parole.
Au-delà du thread : une leçon pour tous les marchés d’événements
Les marchés prédictifs aiment à se présenter comme des machines à vérité collective. Cette prétention impose une hygiène du signal. Si le prix d’un événement peut être informatif, le volume affiché doit l’être aussi, ou alors cesser de servir d’étendard. On ne peut pas demander au public de faire confiance à une probabilité tout en lui vendant un notional décoratif.
Kalshi n’est pas la première à croiser cette exigence. Elle n’est pas la dernière. Chaque nouvelle venue qui voudra coller un perpétuel à un marché d’événements retrouvera le même dilemme : comment afficher assez d’activité pour attirer la liquidité sans donner l’impression de la fabriquer. Le dilemme n’a pas de solution magique. Il a des standards. Ces standards se construisent maintenant, sous les yeux d’un public devenu méfiant, et d’un régulateur qui, pour l’instant, observe.
L’histoire n’est donc pas seulement celle d’un ordre à 5 500 dollars. C’est l’histoire d’un secteur qui veut la respectabilité des salles de marché tout en gardant la vitesse des carnets crypto. Entre les deux, le volume est un langage. Ces jours-ci, ce langage a perdu de sa fluidité. Il va falloir le redéfinir, mot après mot, trade après trade, avant que le prochain milliard affiché ne déclenche la même phrase, encore, et encore : trop beau, trop rond, trop vite.

