Six mille milliards de wons. Le chiffre a circulé mardi 16 septembre 2026 comme une promesse trop nette pour être ignorée. Lors d’une réunion en ligne avec des actionnaires minoritaires, Kim Do-young, responsable du bureau de stratégie d’investissement du groupe Kakao, a fixé un cap : le futur ensemble baptisé KakaoAI devra générer plus de 6 000 milliards de wons de revenus d’ici 2030, soit environ 4,3 milliards de dollars au cours du jour. Derrière l’annonce se cache une bascule plus large. Le messager le plus utilisé de Corée du Sud doit devenir une plateforme d’agents capables d’exécuter des tâches, pas seulement d’afficher des bulles. Et le groupe se prépare à se couper en deux au 1er janvier 2027.

Une cible de revenus qui change l’échelle du groupe

Yonhap a relaté les propos tenus devant les actionnaires. Les activités concernées par KakaoAI avaient enregistré environ 2 700 milliards de wons en 2025. Passer au-delà de 6 000 milliards en cinq ans n’est pas un ajustement de communication. C’est un changement d’échelle. Sur ce total, les services explicitement liés à l’intelligence artificielle devraient peser près de 1 000 milliards de wons. Le reste viendrait de la publicité, du commerce, des cartes et des services déjà greffés à KakaoTalk, désormais réorganisés autour d’une interface agentique.

Le messager compte près de 50 millions d’utilisateurs. Dans un pays de 51 millions d’habitants, cela signifie que presque tout le monde adulte passe déjà par cette application. Kakao n’a donc pas besoin de conquérir un public. Il doit augmenter le temps passé, la fréquence des actions et la conversion de chaque conversation en service rendu. L’objectif affiché est clair : plus de 20 millions d’utilisateurs actifs quotidiens sur les services d’IA, et une hausse de 50 % du temps passé dans KakaoTalk.

Nous voulons que l’utilisateur puisse lancer une demande et la mener à son terme sans quitter KakaoTalk.

Jeon Hyun-soo, responsable business de Kakao

Ce n’est pas un slogan isolé. Dès octobre 2026, lors de la conférence développeurs du groupe, plusieurs agents doivent être montrés en situation. Ils devront comprendre l’intention à partir d’un fil de discussion et du contexte d’usage, puis brancher la requête sur un service capable d’exécuter la tâche. Réserver, payer, recommander, chercher, confirmer : le parcours resterait à l’intérieur de l’application.

Ce que KakaoAI veut vraiment vendre

Le pôle ne se limite pas à un chatbot. Kakao décrit un système qui mélange ses propres grands modèles de langage et des agents spécialisés externes. Une partie du traitement serait réalisée sur l’appareil, afin de limiter les allers-retours vers le cloud et de répondre aux inquiétudes sur la vie privée. Dans un marché coréen très sensible aux fuites de données, cet argument n’est pas accessoire.

Les sources de revenus déjà identifiées portent sur la publicité agentique, le commerce conversationnel et les abonnements. L’idée est simple à formuler, plus difficile à industrialiser : un agent qui propose le bon produit au bon moment, dans le ton du fil, puis conclut le paiement sans rupture. Si le taux de conversion grimpe même modestement sur une base de dizaines de millions de conversations quotidiennes, l’effet sur le chiffre d’affaires devient mécanique.

Les chiffres que Kakao a mis sur la table

  • Plus de 6 000 milliards de wons de revenus KakaoAI en 2030.
  • Environ 1 000 milliards de wons issus des services d’IA stricto sensu.
  • Plus de 20 millions d’utilisateurs actifs quotidiens sur ces services.
  • Objectif de +50 % de temps passé dans KakaoTalk.
  • Base actuelle d’environ 50 millions d’utilisateurs du messager.

Comparer 2 700 milliards en 2025 et plus de 6 000 milliards en 2030 revient à plus que doubler le périmètre en cinq ans. Ce rythme suppose que l’IA ne soit pas un gadget posé au-dessus des pubs existantes, mais le moteur qui réorganise la découverte, la recommandation et la transaction. Sans cela, la cible reste un slide de présentation.

Octobre, le premier test public des agents

La conférence développeurs d’octobre n’est pas un détail de calendrier. C’est le premier rendez-vous où Kakao devra montrer autre chose qu’une démo de résumé de messages. Jeon Hyun-soo a indiqué que plusieurs agents seront présentés. Le critère de réussite, tel qu’il a été formulé, n’est pas la fluidité du texte généré. C’est la capacité à exécuter et à clôturer un service.

Un utilisateur qui demande un trajet, un restaurant, un cadeau ou un paiement ne devrait plus ouvrir une autre application, recopier une adresse ou recommencer une authentification. L’agent comprend, oriente, confirme, déclenche. Si cette boucle tient réellement, KakaoTalk cesse d’être un tuyau social pour devenir un système d’exploitation des services du quotidien.

La Corée du Sud a déjà vu des assistants vocaux et des chatbots de marque. La différence annoncée tient à l’ancrage dans le fil. L’intention n’est pas saisie dans une barre de recherche froide. Elle émerge d’une conversation déjà en cours, d’un lieu déjà partagé, d’un historique déjà là. C’est précisément cet avantage de contexte que Kakao juge difficile à reproduire pour un concurrent qui n’a pas le messager national.

Une scission au 1er janvier 2027, puis une reliste

Le conseil d’administration a approuvé en août le plan de séparation. Au 1er janvier 2027, le groupe se scinde en KakaoAI et KakaoX. KakaoAI doit être relisté sur la Bourse de Corée le 27 janvier. Les actionnaires existants recevront des titres des deux entités selon un ratio annoncé de 36 % pour KakaoAI et 64 % pour KakaoX.

KakaoAI conservera KakaoTalk ainsi que les activités d’intelligence artificielle, de publicité et de commerce. KakaoX gardera les fonctions d’investissement du groupe et les participations majeures dans la fintech, les contenus et la mobilité. Sur le papier, deux sociétés indépendantes. Dans les faits, Kakao insiste déjà sur la poursuite de relations commerciales et contractuelles entre les deux côtés.

Ce montage n’est pas seulement juridique. Il vise à donner à chaque pôle une histoire d’investisseur distincte. KakaoAI se vend comme une plateforme de distribution et d’agents. KakaoX se vend comme un véhicule de croissance sur la finance, le divertissement, la mobilité et les actifs numériques. Les deux récits n’attirent pas les mêmes multiples.

KakaoX et la barre des 10 000 milliards

KakaoX s’est fixé un objectif séparé : 10 000 milliards de wons de revenus en 2030. Le socle reste la fintech, les contenus et la mobilité. Autour de ce socle, le groupe liste des terrains d’expansion : actifs virtuels, divertissement en direct, plateformes de fandom mondial, robotaxis, camions autonomes et « IA physique ».

L’expression « IA physique » mérite d’être lue sans lyrisme. Elle désigne des systèmes qui agissent dans le monde réel : véhicules, robots, logistique. Kakao ne dit pas qu’il construira tout cela seul. Il dit qu’il compte investir et développer dans ces zones. Pour un holding d’investissement, la différence est essentielle. L’annonce vaut autant comme carte d’intention que comme plan industriel détaillé.

Comment le groupe se découpe après la scission

  • KakaoAI : messager, IA, publicité, commerce, membership centré sur KakaoTalk.
  • KakaoX : investissements, fintech, contenus, mobilité, actifs virtuels.
  • Ratio actionnarial annoncé : 36 % KakaoAI, 64 % KakaoX.
  • Date de séparation : 1er janvier 2027.
  • Reliste prévue de KakaoAI : 27 janvier 2027.

Le risque classique d’une telle séparation est la perte de synergies. Kakao tente de le neutraliser par avance. Un programme de membership intégré, encore en conception, doit permettre d’accumuler des avantages dans la mobilité, les contenus et le commerce, puis de les utiliser depuis un seul endroit, KakaoTalk. Jeon a résumé l’intention : consommer des bénéfices gagnés dans plusieurs services sans multiplier les portefeuilles de fidélité.

Le calendrier et le détail des avantages n’ont pas été figés. Le groupe a indiqué qu’il les publierait une fois les arbitrages internes clos. En attendant, le membership sert d’argument politique autant que commercial : la scission ne doit pas casser l’écosystème aux yeux des utilisateurs.

Le fil crypto que KakaoX refuse d’abandonner

Le volet numérique de KakaoX n’est pas une note de bas de page. Dès juillet, Kakao, Kakao Pay et KakaoBank avaient convenu avec Circle d’étudier les paiements en stablecoins, le règlement sur blockchain et l’infrastructure d’actifs numériques en Corée du Sud. Les pistes évoquées comprenaient des actifs numériques libellés en won, les paiements transfrontaliers, le règlement commerçant et des services financiers tokenisés.

KakaoBank a déjà examiné l’émission de stablecoins et des services de conservation. En 2025, la banque a passé en revue des plans d’entrée sur ce marché tout en travaillant avec une task force groupe incluant Kakao Pay. Elle a ensuite avancé sur un projet de stablecoin adossé au won, jusqu’à recruter des profils blockchain capables d’écrire des contrats intelligents. La banque avait auparavant participé aux expérimentations de monnaie numérique de banque centrale menées par la Banque de Corée, portant sur la création de portefeuilles, l’échange d’actifs et les essais de transfert.

Cette trajectoire n’est pas isolée du reste du dossier. Si un agent KakaoTalk peut un jour déclencher un paiement, la question du rail utilisé redevient stratégique. Carte, compte bancaire, stablecoin, jeton de fidélité : le messager peut servir d’interface unique à plusieurs rails. Kakao l’avait déjà dit à propos de l’accord Circle : l’écosystème centré sur KakaoTalk peut se combiner avec les paiements de Kakao Pay, la banque KakaoBank et l’infrastructure de Circle.

L’écosystème KakaoTalk peut s’articuler avec les paiements, la banque et une infrastructure de règlement numérique.

Position présentée par le groupe lors des travaux avec Circle

Le portefeuille d’investissement a aussi bougé. En mai, Hana Bank a accepté d’acheter une participation dans Dunamu, maison mère de la plateforme Upbit, auprès de Kakao Investments, pour environ 1 003 milliards de wons, soit près de 670 millions de dollars à l’époque. L’opération portait sur 2,28 millions d’actions, soit 6,55 % du capital. Kakao Investments devait conserver environ 1,4 million de titres, soit 4,03 %.

Ce n’est pas une sortie totale. C’est un rééquilibrage. Kakao réduit une exposition tout en restant présent sur le premier échange crypto du pays. Sous la future structure, KakaoX gérera ces participations. Le message envoyé aux marchés est double : le groupe encaisse, mais il ne quitte pas le terrain des actifs numériques.

Pourquoi le marché coréen rend cette bascule plausible

La Corée du Sud n’est pas un marché comme un autre pour un messager. KakaoTalk n’est pas seulement une application populaire. C’est une infrastructure sociale. On y confirme un rendez-vous, on y envoie une facture, on y partage un lien de paiement, on y discute avec un commerçant. Transformer cette habitude en interface d’agents revient à s’installer là où la décision se prend déjà.

Les régulateurs coréens ont aussi durci le cadre des actifs numériques ces dernières années, tout en laissant de la place aux expérimentations bancaires. Un groupe qui possède à la fois un messager, une banque, un établissement de paiement et des participations dans l’écosystème crypto se trouve dans une position rare. Il peut tester des cas d’usage sans partir de zéro.

Cela n’efface pas les obstacles. Un agent qui exécute un paiement devra respecter les règles de connaissance client, les plafonds, les consentements et la traçabilité. Un agent qui recommande un produit devra clarifier s’il s’agit d’une publicité. Un traitement on-device devra vraiment limiter les fuites, pas seulement les retarder. Les démonstrations d’octobre diront si Kakao traite ces points comme des contraintes de design ou comme des notes juridiques ajoutées après coup.

Publicité, commerce, abonnements : trois leviers, trois frictions

La publicité agentique promet une meilleure pertinence. Elle pose aussi un problème de confiance. Si l’agent parle comme un ami et vend comme un régie, l’utilisateur le sentira. Kakao devra afficher clairement quand une suggestion est sponsorisée. Sinon, le gain de conversion se paiera en réputation, un actif que KakaoTalk ne peut pas brader.

Le commerce conversationnel dépend de la logistique et des catalogues. Comprendre « envoie des fleurs à ma mère demain matin » est une chose. Trouver un fleuriste ouvert, un créneau de livraison et un paiement valide en est une autre. L’agent n’aura de valeur que s’il est branché sur des inventaires fiables. D’où l’intérêt, pour Kakao, de garder le commerce du même côté que le messager, dans KakaoAI.

Les abonnements, enfin, offrent une récurrence. Ils demandent une proposition nette : plus de confidentialité, plus de capacité on-device, plus d’agents spécialisés, moins de publicité. Sans cette contrepartie visible, l’abonnement ressemble à un péage posé sur un service jusqu’ici perçu comme gratuit. Le groupe n’a pas encore détaillé l’offre. Il a seulement indiqué que cette ligne faisait partie du modèle 2030.

Ce que la scission change pour les actionnaires

Recevoir 36 % de KakaoAI et 64 % de KakaoX n’est pas anodin. Cela revient à exposer les porteurs à deux profils de risque. KakaoAI dépendra de la capacité du messager à monétiser l’attention par des agents. KakaoX dépendra de la tenue des métiers fintech, contenus et mobilité, et de la réussite des paris plus lointains sur les actifs virtuels et l’IA physique.

Le marché pourra valoriser séparément une plateforme d’usage quotidien et un conglomérat d’investissement. C’est l’espoir du montage. L’autre face est la complexité : deux gouvernances, deux communications financières, deux calendriers de résultats, des contrats intra-groupe à surveiller. Les minoritaires qui ont entendu Kim Do-young mardi ont reçu un cap chiffré. Ils n’ont pas encore reçu le mode d’emploi complet de la cohabitation.

La reliste du 27 janvier 2027 servira de premier verdict public. Si KakaoAI entre en cote avec un récit clair sur les 20 millions d’utilisateurs d’IA et sur le mix publicité-commerce, le multiple pourra suivre. Si la conférence d’octobre déçoit, le marché aura trois mois pour ajuster ses attentes avant l’introduction.

Le membership comme couture entre deux sociétés

Kakao présente le membership comme un pont. L’utilisateur accumule des avantages en prenant un taxi, en regardant un contenu ou en achetant un produit, puis les dépense depuis KakaoTalk. L’idée n’est pas nouvelle dans l’absolu. Elle l’est dans le contexte d’une scission : elle doit prouver que deux entreprises distinctes peuvent encore offrir une expérience unique.

Jeon a précisé que le modèle est encore en conception et en test. Aucune date de lancement n’a été verrouillée. Cette prudence est cohérente. Un programme mal calibré crée des passifs comptables, des conflits de partage de recettes et des frustrations utilisateurs. Un programme bien conçu devient un argument de rétention au moment où l’IA risque d’ouvrir KakaoTalk à davantage de partenaires externes.

Car c’est l’autre enjeu. KakaoAI dit vouloir combiner ses modèles avec des agents spécialisés venus de l’extérieur. Plus ces agents seront nombreux, plus le membership devra décider qui crédite quoi. La fidélité ne pourra pas rester un simple tampon. Elle devra devenir une couche de règlement entre services.

Stablecoins, won numérique et quotidien du messager

Le travail avec Circle ne garantit pas un lancement imminent. Il indique une direction. Kakao observe les paiements transfrontaliers, le règlement commerçant et la tokenisation. KakaoBank a déjà mis les mains dans les expérimentations de monnaie de banque centrale. Le personnel blockchain recruté n’est pas là pour rédiger des notes d’intention.

Si un stablecoin en won circule un jour dans cet écosystème, l’agent KakaoTalk devient un déclencheur possible. Envoyer de l’argent à un proche, régler un commerçant, splitter une note, acheter un bien numérique : autant de gestes déjà présents dans les habitudes coréennes, aujourd’hui portés par des rails classiques. Le basculement ne se fera pas par un discours sur la décentralisation. Il se fera si le geste est plus simple que l’existant.

C’est pourquoi le dossier crypto de KakaoX et le dossier agents de KakaoAI ne sont pas deux histoires séparées. L’une fournit l’interface. L’autre peut fournir le rail. La scission juridique n’empêche pas un contrat commercial. Elle l’oblige seulement à le rendre explicite.

Ce que les démonstrations d’octobre devront prouver

Une démo réussie n’est pas une vidéo fluide. C’est une série de gestes complets. Prendre un rendez-vous et le mettre dans un agenda. Commander et payer. Trouver un itinéraire et le partager. Résumer un fil long puis proposer une action, pas seulement un texte. Si l’un de ces parcours casse, l’utilisateur revient à ses anciennes applications. L’objectif de +50 % de temps passé s’évapore.

Kakao devra aussi montrer la limite. Un agent qui fait tout sans demander confirmation devient un risque. Un agent qui demande trop souvent devient une perte de temps. Le bon curseur se joue dans le design de consentement. Les équipes produit le savent. Les actionnaires le mesureront à l’usage réel, pas au communiqué.

Le traitement on-device, s’il est réellement déployé, sera un argument de différenciation face aux assistants cloud. Il réduira la latence sur certaines tâches et limitera l’exposition des conversations. Il imposera aussi des compromis de puissance du modèle. Kakao n’a pas dit quels usages resteraient locaux et lesquels monteraient au serveur. Cette frontière décidera une partie de la confiance.

Une lecture froide des 6 000 milliards

Atteindre plus de 6 000 milliards de wons en 2030 suppose une croissance annuelle élevée à partir de la base 2025 des activités concernées. Le groupe ne publie pas ici une trajectoire année par année. Il pose une cible de fin de période. Les investisseurs habitués aux plans coréens savent lire ce type d’exercice : il sert à aligner les équipes internes autant qu’à parler au marché.

La part d’environ 1 000 milliards attribuée aux services d’IA eux-mêmes reste minoritaire dans le total. Autrement dit, KakaoAI ne compte pas vivre uniquement de l’IA facturée comme telle. Il compte que l’IA fasse grandir la publicité et le commerce déjà présents. C’est plus réaliste. C’est aussi plus difficile à isoler dans les comptes. Les analystes demanderont des indicateurs d’usage, pas seulement un chiffre d’affaires consolidé.

Les 20 millions d’utilisateurs actifs quotidiens sur les services d’IA, rapportés à 50 millions d’utilisateurs du messager, dessinent un taux de pénétration ambitieux. Il faudra que l’agent soit visible, utile et non intrusif. Une pastille ignorée dans un menu ne fera pas 20 millions de personnes chaque jour.

Concurrence intérieure et pression internationale

Naver n’observera pas cette bascule les bras croisés. Le rival historique de Kakao possède la recherche, le commerce et ses propres travaux d’IA. Apple et Google poussent leurs assistants dans le système d’exploitation. Les modèles étrangers continuent d’arriver via des applications distinctes. L’avantage de Kakao n’est pas d’avoir le meilleur modèle du monde. C’est d’avoir le fil où les Coréens parlent déjà.

Cet avantage s’érode si l’expérience déçoit. Un utilisateur peut garder KakaoTalk pour discuter et ouvrir un autre outil pour agir. Le plan de Kakao vise précisément à empêcher cette séparation. D’où l’insistance sur l’exécution complète à l’intérieur de l’application. D’où aussi le besoin de partenariats, y compris avec des agents externes, pour couvrir des métiers que Kakao ne maîtrise pas.

Sur le volet financier, les banques traditionnelles et les fintechs surveillent le même créneau des paiements numériques. L’accord avec Circle et les travaux de KakaoBank placent le groupe dans la conversation. Ils ne lui garantissent pas une licence, ni un standard de marché. La Corée décidera le cadre. Kakao tente d’être prêt le jour où le cadre s’ouvre.

Ce que cette annonce dit du capital coréen en 2026

Les grands groupes technologiques coréens cherchent des récits capables de justifier des valorisations après des années de croissance plus heurtée. L’IA fournit ce récit. Les actifs numériques en fournissent un autre, plus politique, plus réglementé, plus volatile. Kakao tente les deux en les rangeant dans deux boîtes distinctes.

La cession partielle de Dunamu à Hana Bank s’inscrit dans cette logique de réallocation. Moins de concentration sur un actif, davantage de liquidités, un partenaire bancaire plus exposé à Upbit. KakaoX pourra dire qu’il reste dans le secteur sans porter seul le poids d’une participation trop visible.

Pour les observateurs des cryptomonnaies, le signal n’est pas qu’un messager « se met au Web3 ». Le signal est qu’un conglomérat d’usage quotidien traite désormais les rails numériques comme une option d’infrastructure, au même titre que la carte et le compte. C’est plus prosaïque. C’est aussi plus sérieux.

Les questions que les minoritaires devraient poser maintenant

Comment Kakao mesurera-t-il un utilisateur actif d’IA ? Une ouverture d’agent suffit-elle, ou faut-il une tâche menée à terme ? Quelle part des 6 000 milliards viendra de contrats intra-groupe avec KakaoX ? Quel sera le partage des données entre les deux sociétés après la scission ? Quel niveau de publicité l’agent aura-t-il le droit d’injecter dans une conversation privée ?

Sur KakaoX, la liste n’est pas plus courte. Quelle pondération réelle des actifs virtuels dans les 10 000 milliards ? Quel calendrier pour un stablecoin, s’il advient ? Que reste-t-il exactement dans le portefeuille Dunamu après Hana ? Comment financer robotaxis et IA physique sans diluer le récit fintech-contenus-mobilité ?

Ces questions ne sont pas hostiles. Elles sont la contrepartie d’un plan chiffré à l’horizon 2030. Un groupe qui parle de milliers de milliards doit accepter qu’on lui demande des définitions.

Une bascule à juger sur les gestes, pas sur les slides

Mardi, Kakao a donné un chiffre, un calendrier de démos, une date de scission et une architecture de deux sociétés. C’est déjà plus qu’une rumeur de réorganisation. Ce n’est pas encore une preuve que KakaoTalk deviendra le lieu où l’on termine les choses plutôt que le lieu où l’on en parle.

Le rendez-vous d’octobre dira si les agents savent agir. Le 1er janvier 2027 dira si la séparation tient. Le 27 janvier dira comment le marché prix KakaoAI. Les années suivantes diront si 20 millions de personnes demandent vraiment à une machine de faire à leur place ce qu’elles font aujourd’hui en trois tapotements.

En attendant, le groupe a choisi son langage. Plus de 6 000 milliards pour KakaoAI. 10 000 milliards pour KakaoX. Un messager transformé en plateforme d’exécution. Un membership pour recoudre ce que le droit des sociétés va couper. Des rails numériques étudiés avec Circle et préparés du côté de KakaoBank. Le récit est cohérent. Il reste à le faire tenir dans la poche de cinquante millions d’utilisateurs.

Ceux qui suivent à la fois l’intelligence artificielle et les cryptomonnaies devraient regarder ce dossier comme un cas d’école asiatique. Ce n’est pas un protocole qui cherche des utilisateurs. C’est une base d’utilisateurs qui cherche de nouveaux rails et de nouveaux intermédiaires logiciels. La différence paraît mince. Elle décide pourtant qui capture la valeur quand une conversation se transforme en paiement, en course, en achat ou en transfert.

Kakao a fixé l’horizon à 2030. Le marché, lui, commencera à noter la copie dès cet automne. Entre les deux dates, chaque agent montré, chaque clause de scission et chaque avancée sur le won numérique pesera davantage qu’un objectif isolé. Les 6 000 milliards ne sont pas encore un résultat. Ils sont désormais un standard contre lequel le groupe a accepté d’être jugé.

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