Imaginez un instant : une organisation militaire classée comme terroriste par plusieurs grandes puissances, capable de faire circuler discrètement un milliard de dollars en monnaies numériques, sans passer par les circuits bancaires traditionnels ultra-contrôlés. C’est exactement ce que révèle une enquête récente, et cette histoire fait froid dans le dos à tous ceux qui pensaient que les sanctions internationales étaient devenues impénétrables à l’ère de la blockchain.

Nous sommes en janvier 2026, le Bitcoin flirte avec les 90 000 dollars, les régulateurs du monde entier resserrent leurs filets… et pourtant, une brèche spectaculaire vient d’être mise au jour. Les Gardiens de la Révolution islamique d’Iran (IRGC) auraient utilisé deux plateformes crypto enregistrées au Royaume-Uni pour déplacer des sommes colossales. Bienvenue dans la nouvelle géopolitique des cryptomonnaies.

Quand la blockchain défie les sanctions internationales

Depuis plusieurs années, les cryptomonnaies sont présentées à la fois comme une libération financière et comme un cheval de Troie pour les acteurs étatiques ou non-étatiques cherchant à échapper aux contrôles. L’affaire qui nous occupe aujourd’hui penche clairement vers la seconde catégorie, et elle est d’une ampleur rarement vue.

Selon les travaux approfondis menés par la société américaine TRM Labs, spécialisée dans l’analyse de la blockchain, environ un milliard de dollars en stablecoins auraient transité par deux exchanges britanniques entre 2024 et le début de l’année 2026. L’acteur principal ? Le Corps des Gardiens de la révolution islamique, plus connu sous l’acronyme IRGC.

« La cryptomonnaie est en train de devenir l’une des principales méthodes utilisées par les entités sanctionnées pour maintenir leurs flux financiers internationaux. »

Analyste blockchain anonyme chez TRM Labs

Cette citation résume parfaitement le basculement que nous observons depuis 2022-2023. Ce qui était autrefois une hypothèse est aujourd’hui une réalité documentée avec des chiffres et des adresses blockchain.

Les deux plateformes au cœur du scandale

Les deux exchanges mis en cause portent les noms de Zedcex et Zedxion. Malgré leur enregistrement officiel au Royaume-Uni, ils auraient traité la très grande majorité des transactions liées à l’IRGC sur la période étudiée.

Ce qui interpelle particulièrement les observateurs, c’est la capacité de ces plateformes à continuer d’opérer alors même que l’IRGC figure sur la liste des entités sanctionnées par les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et bien d’autres pays depuis de nombreuses années.

Ce que l’on sait sur ces deux exchanges :

  • Enregistrement légal au Royaume-Uni
  • Utilisation massive du stablecoin Tether (USDT) sur la blockchain TRON
  • Absence apparente de détection ou de blocage des flux liés à des entités sanctionnées
  • Volumes très importants sur une période de deux ans
  • Liens présumés avec des réseaux d’affaires opaques au Moyen-Orient

Ces éléments réunis posent une question lancinante : comment des plateformes régulées dans l’un des pays les plus stricts en matière de finance peuvent-elles laisser passer de tels volumes sans réagir ?

Pourquoi le couple USDT + TRON est-il si prisé ?

Pour comprendre l’efficacité de ce montage, il faut s’intéresser aux caractéristiques techniques du duo gagnant de cette affaire : Tether sur la blockchain TRON.

TRON offre des frais de transaction extrêmement bas (souvent inférieurs à 1 dollar pour plusieurs milliers de dollars transférés) et des temps de confirmation très rapides. Tether, de son côté, reste le stablecoin le plus utilisé au monde avec une capitalisation dépassant très largement les 100 milliards de dollars en 2026.

Résultat : un outil à la fois bon marché, rapide, liquide et relativement discret quand les volumes ne sont pas excessivement concentrés sur une seule adresse.

Les multiples visages de l’utilisation des fonds

Selon les différentes sources concordantes, les fonds ainsi transférés auraient servi à plusieurs objectifs stratégiques pour l’IRGC et les entités affiliées :

  • Financement de groupes alliés au Moyen-Orient
  • Achats de matériels sensibles à l’étranger
  • Maintien des réseaux logistiques internationaux
  • Soutien à des opérations couvertes
  • Éventuelle constitution de réserves de valeur hors système bancaire traditionnel

Chaque utilisation représente un défi supplémentaire pour les services de renseignement et les régulateurs qui tentent de suivre ces flux.

Le Royaume-Uni sous pression

L’affaire tombe à un moment particulièrement délicat pour la City de London. Après le Brexit, le Royaume-Uni cherche à consolider sa position comme place forte de la finance et de la FinTech mondiale, y compris dans le domaine des actifs numériques.

Permettre (même involontairement) à une organisation sanctionnée de faire transiter un milliard de dollars via des entités enregistrées sur son sol représente un énorme camouflet diplomatique et réglementaire.

« Si le Royaume-Uni veut rester une juridiction attractive pour les entreprises crypto, il va devoir montrer qu’il sait faire respecter ses propres règles. »

Expert en régulation financière basé à Londres

Les regards sont désormais tournés vers la Financial Conduct Authority (FCA) et le Trésor britannique. Plusieurs voix appellent à une révision complète des processus d’enregistrement et de supervision des VASPs (Virtual Asset Service Providers) outre-Manche.

Les autres pays dans le viseur

L’Iran n’est pas le seul État à explorer activement les potentialités offertes par les cryptomonnaies pour contourner les sanctions. Plusieurs rapports récents mentionnent également :

  • La Russie et ses échanges avec la Chine, l’Inde et la Turquie
  • La Corée du Nord et ses groupes de hackers spécialisés dans le vol de cryptos
  • Certains acteurs vénézuéliens officiels
  • Divers groupes non-étatiques au Moyen-Orient

La différence majeure ici réside dans le volume (1 milliard de dollars) et le fait que les plateformes utilisées étaient enregistrées dans un pays membre du G7.

Que nous apprend cette affaire sur l’état du secteur en 2026 ?

Première leçon : malgré les progrès fulgurants des outils d’analyse on-chain, il reste encore des angles morts importants, surtout quand les acteurs utilisent des techniques de mélange et fractionnent leurs flux sur de très nombreuses adresses.

Deuxième enseignement : les stablecoins centralisés, bien qu’ils soient émis par des entités régulées (Tether est basé aux Îles Vierges britanniques et communique avec les autorités américaines), continuent d’être massivement utilisés dans des contextes très sensibles.

Troisième constat : la fragmentation réglementaire mondiale crée toujours des opportunités. Tant qu’il existera des juridictions plus permissives que d’autres, les acteurs motivés trouveront toujours un chemin.

Les trois grands défis pour 2026-2028 selon les experts :

  • Harmonisation des exigences KYC/AML au niveau mondial
  • Meilleure coopération internationale sur le gel d’adresses blockchain
  • Développement d’outils d’analyse plus performants pour détecter les flux structurés complexes

Vers une régulation plus stricte des stablecoins ?

Cette affaire pourrait accélérer plusieurs chantiers réglementaires déjà en cours, notamment :

  • Le règlement MiCA en Europe (pleinement applicable depuis fin 2024)
  • Les futures règles attendues aux États-Unis sur les stablecoins
  • La position de plus en plus ferme de la FCA britannique
  • Les discussions au sein du G20 et du FATF sur le sujet

Beaucoup d’observateurs estiment que les stablecoins adossés au dollar pourraient être soumis à des exigences de conformité similaires à celles des banques dans les prochaines années.

Et l’avenir des exchanges enregistrés au Royaume-Uni ?

La crédibilité de l’écosystème crypto britannique est en jeu. Si les autorités ne réagissent pas de façon visible et crédible, le risque est grand de voir de nombreuses entreprises sérieuses préférer d’autres juridictions (Dubaï, Singapour, Suisse, Portugal, Malte, etc.).

À l’inverse, une réaction forte et proportionnée pourrait paradoxalement renforcer la confiance dans le label « UK registered ».

Conclusion : la cryptomonnaie, arme à double tranchant

L’affaire des transferts présumés de l’IRGC via des exchanges britanniques est un rappel brutal : la technologie blockchain est fondamentalement neutre. Elle peut servir à donner du pouvoir financier aux populations opprimées comme à contourner les sanctions appliquées à des organisations militaires puissantes.

En 2026, alors que le marché crypto atteint des capitalisations jamais vues, cette dualité devient de plus en plus difficile à ignorer. Les régulateurs, les entreprises et même les utilisateurs ordinaires vont devoir faire des choix de plus en plus clairs dans les mois et années à venir.

Une chose est certaine : l’histoire de ce milliard de dollars qui a voyagé presque invisiblement à travers la planète va durablement marquer les esprits et influencer la régulation mondiale des cryptomonnaies.

À suivre de très près…

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