Imaginez un monde où votre quotidien financier dépend d’une monnaie étrangère, où chaque paiement transfrontalier renforce subtilement l’influence d’une superpuissance économique lointaine. Aujourd’hui, en février 2026, c’est précisément ce scénario que craint de plus en plus l’Europe. Les stablecoins libellés en dollars américains dominent massivement le paysage des paiements numériques, et la Bundesbank, la puissante banque centrale allemande, vient de tirer la sonnette d’alarme.
Joachim Nagel, son président, ne mâche pas ses mots : l’Union européenne doit impérativement réagir, et vite. Entre souveraineté monétaire menacée et opportunité technologique, le discours qu’il a tenu devant la Chambre de Commerce américaine à Francfort marque un tournant dans la position allemande – et peut-être européenne – sur les monnaies numériques.
Une mise en garde sans détour face à la suprématie du dollar numérique
Le constat dressé par Joachim Nagel est limpide : les stablecoins adossés au dollar occupent déjà une place écrasante dans l’univers des actifs numériques. Que ce soit pour les transferts internationaux, les paiements DeFi ou même certains salaires nomades, l’USDC, l’USDT et leurs concurrents directs captent l’essentiel des flux. Cette situation n’est plus seulement un détail technique ; elle devient un enjeu stratégique majeur.
Pourquoi cela inquiète-t-il autant Berlin ? Parce que chaque transaction réalisée avec un stablecoin en dollar consolide, même indirectement, l’hégémonie du billet vert. La Bundesbank redoute qu’à terme, la politique monétaire de la zone euro perde en efficacité si une part significative de la masse monétaire circule hors du contrôle de la BCE et des banques centrales nationales.
« Nous ne pouvons pas laisser les infrastructures de paiement de demain être entièrement dominées par des solutions libellées en dollars. L’Europe doit proposer ses propres réponses numériques souveraines. »
Joachim Nagel – Président de la Deutsche Bundesbank
Cette déclaration n’est pas anodine. Elle traduit une prise de conscience collective au sein des institutions européennes, accélérée par les récentes évolutions législatives outre-Atlantique.
Les États-Unis structurent leur marché des stablecoins
Pendant que l’Europe tergiverse encore sur le format exact de son euro numérique, Washington avance à grands pas. Le GENIUS Act et le CLARITY Act, deux textes majeurs adoptés récemment, posent un cadre clair et relativement favorable aux émetteurs de stablecoins régulés. Résultat : les acteurs américains gagnent en légitimité et en confiance auprès des institutions financières mondiales.
Circle avec son USDC et Paxos avec d’autres jetons adossés au dollar profitent directement de cette clarté juridique. Les grandes banques et les entreprises multinationales commencent à intégrer ces stablecoins dans leurs flux de trésorerie, préférant souvent la rapidité et la prévisibilité réglementaire américaine à l’incertitude européenne.
Ce que les lois américaines apportent concrètement :
- Un cadre fédéral clair pour l’émission et la supervision des stablecoins
- Des exigences de réserves auditées et publiées régulièrement
- Une reconnaissance progressive par les régulateurs bancaires
- Une intégration facilitée dans les systèmes de paiement traditionnels
Face à cette avancée américaine, l’Europe apparaît en retard. Et c’est exactement ce décalage que Joachim Nagel souhaite combler d’urgence.
L’euro numérique : une réponse partielle mais indispensable
Depuis plusieurs années, la Banque centrale européenne travaille sur l’euro numérique. Ce projet de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) de détail vise à offrir aux citoyens et aux entreprises un moyen de paiement numérique public, sûr et souverain. Mais le chemin reste long.
Joachim Nagel insiste sur deux volets distincts mais complémentaires :
- Une MNBC de gros pour les transactions interbancaires et institutionnelles
- Une MNBC de détail accessible directement aux particuliers et aux PME
La MNBC de gros, déjà bien avancée dans plusieurs expérimentations européennes, permettrait d’automatiser et de sécuriser les règlements importants en monnaie banque centrale. Elle ouvrirait aussi la voie à des paiements programmables, un concept cher aux acteurs de la finance décentralisée.
Quant à la version de détail, elle reste plus controversée. Certains y voient un risque pour les dépôts bancaires classiques ; d’autres estiment qu’elle est indispensable pour conserver un lien direct entre la monnaie centrale et les citoyens à l’ère du tout-numérique.
Les stablecoins en euro : le chaînon manquant ?
La grande nouveauté du discours de Nagel réside dans son plaidoyer clair en faveur des stablecoins régulés libellés en euro. Jusqu’ici, les autorités européennes se montraient plutôt méfiantes envers les initiatives privées de stablecoins.
Le président de la Bundesbank change de ton : il voit dans ces jetons privés régulés une arme complémentaire à l’euro numérique public. Leur avantage ? Une mise sur le marché beaucoup plus rapide que celle d’une MNBC de détail, ainsi qu’une plus grande flexibilité pour répondre aux besoins des entreprises et des particuliers.
« Les stablecoins en euro, s’ils sont solidement régulés, peuvent devenir un outil puissant pour moderniser les paiements transfrontaliers européens tout en préservant notre souveraineté monétaire. »
Joachim Nagel
Concrètement, un stablecoin euro pourrait être utilisé pour :
- Réduire drastiquement les coûts et les délais des virements internationaux au sein de la zone euro
- Faciliter les paiements B2B complexes impliquant plusieurs devises européennes
- Offrir une alternative crédible aux stablecoins dollar pour les acteurs DeFi européens
- Soutenir l’adoption massive des paiements numériques dans le commerce de détail
Pour que ce scénario devienne réalité, plusieurs conditions doivent toutefois être réunies.
Les obstacles majeurs à surmonter
Malgré la volonté affichée par la Bundesbank, le chemin reste semé d’embûches. Le premier obstacle est d’ordre réglementaire. Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré pleinement en vigueur en 2024-2025, encadre déjà les stablecoins, mais de nombreux acteurs jugent ses exigences encore trop lourdes pour permettre une concurrence réelle avec les émetteurs américains.
Ensuite vient la question de la coordination européenne. Même si l’Allemagne pousse fortement, tous les pays membres ne partagent pas le même niveau d’urgence. Certains préfèrent attendre que l’euro numérique soit pleinement opérationnel avant d’autoriser massivement les stablecoins privés en euro.
Les principaux freins identifiés :
- Réglementation MiCA perçue comme trop stricte par certains acteurs
- Hésitations de plusieurs États membres sur les stablecoins privés
- Crainte d’un impact négatif sur les dépôts bancaires classiques
- Concurrence déjà très installée des stablecoins dollar
- Manque d’interopérabilité entre les différentes initiatives européennes
Malgré ces défis, l’appel de la Bundesbank pourrait bien accélérer les choses. En plaçant le sujet au cœur du débat stratégique européen, Joachim Nagel oblige les décideurs à se positionner clairement.
Une opportunité technologique pour l’Europe
Au-delà de l’aspect défensif (protéger la souveraineté monétaire), Nagel met aussi en avant l’énorme potentiel offensif de ces technologies. Une infrastructure paneuropéenne combinant MNBC et stablecoins régulés pourrait devenir un atout compétitif majeur pour les entreprises du continent.
Des paiements instantanés 24/7, des coûts réduits, une programmabilité avancée, une meilleure traçabilité : tous ces avantages sont à portée de main si l’Europe parvient à créer un écosystème cohérent et attractif.
Plusieurs projets pilotes montrent déjà la voie : TARGET Services modernisé, l’expérimentation Trigger Solution entre la BCE et plusieurs banques centrales nationales, ou encore les tests de règlement atomique transfrontalier. À ces initiatives publiques s’ajoutent désormais des consortiums privés qui souhaitent émettre des stablecoins en euro conformes à MiCA.
Quel calendrier pour une riposte européenne ?
La question cruciale reste celle du timing. Les États-Unis ont déjà plusieurs années d’avance. Leurs stablecoins sont intégrés dans des dizaines de milliards de dollars de volume quotidien. L’Europe peut-elle rattraper son retard en quelques années seulement ?
Joachim Nagel semble penser que oui, à condition d’agir vite et de manière coordonnée. Il appelle à une simplification ciblée de la réglementation pour les acteurs sérieux, à une accélération des expérimentations transfrontalières et à un soutien politique clair en faveur des initiatives européennes.
« Le temps presse. Chaque mois qui passe renforce la domination des solutions étrangères. Nous devons passer de la réflexion à l’action concrète dès maintenant. »
Joachim Nagel – Février 2026
Les prochains mois seront déterminants. La BCE doit finaliser sa phase d’investigation sur l’euro numérique, la Commission européenne doit évaluer les premiers retours d’application de MiCA, et les États membres doivent s’accorder sur une stratégie commune.
Vers une véritable guerre des monnaies numériques ?
Certains observateurs n’hésitent plus à parler de « guerre froide monétaire » entre le dollar et l’euro dans l’espace numérique. D’un côté, un écosystème américain déjà mature, soutenu par une réglementation claire et des acteurs puissants. De l’autre, une Europe qui dispose d’atouts considérables (taille du marché unique, confiance dans l’euro, avance technologique dans certains domaines) mais qui souffre encore d’un manque de coordination et d’audace politique.
La position de la Bundesbank est symptomatique d’un changement de posture. Là où certains responsables européens restaient sur la défensive, Berlin passe clairement à l’offensive. En appelant simultanément à développer l’euro numérique et à soutenir les stablecoins en euro régulés, l’Allemagne tente de construire une double stratégie : protection publique + innovation privée.
Reste à savoir si le reste de l’Europe suivra ce leadership allemand ou si les divisions habituelles reprendront le dessus. Une chose est sûre : le discours de Joachim Nagel marque un tournant. L’Europe ne peut plus se contenter d’observer passivement la numérisation du dollar. Elle doit désormais choisir entre subir ou agir.
Et vous, pensez-vous que l’Europe a encore le temps de rattraper son retard ? Ou la bataille des monnaies numériques est-elle déjà perdue d’avance ? Les mois à venir nous apporteront sans doute des éléments de réponse décisifs.
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