À moins d’une semaine des élections de mi-mandat aux États-Unis, un chiffre circulait déjà dans les cercles crypto : les Américains ne représenteraient plus qu’une part minoritaire de l’activité mondiale. Grayscale, l’un des plus importants gestionnaires d’actifs numériques, a publié le 28 octobre 2026 une estimation qui fixe cette part entre 15 et 20 %. Derrière ce pourcentage se cache une réalité bien plus nuancée, faite de hashrate dominant, de nodes concentrés et d’une adoption retail encore relative.
Ce Que Révèle Vraiment Le Rapport Grayscale Sur La Place Des États-Unis
Zach Pandl, responsable de la recherche chez Grayscale, a rassemblé quatorze indicateurs différents pour aboutir à cette fourchette. Le message central reste clair : l’adoption de la crypto ne dépend plus uniquement du calendrier politique américain. Qu’il s’agisse d’un Congrès favorable ou plus réservé, le mouvement semble déjà trop engagé pour s’arrêter net.
Le graphique qui accompagne l’étude montre des écarts importants selon les segments. La part américaine grimpe à 36 % pour le hashrate Bitcoin et à 31 % pour les full nodes Ethereum. Elle descend ensuite progressivement jusqu’à 12 % seulement pour les utilisateurs de wallets mobiles. Cette dispersion de 24 points de pourcentage explique pourquoi la moyenne se situe autour de 19 % et la médiane à 16 %.
Les Infrastructures Restent Le Point Fort Américain
Le mining Bitcoin continue d’illustrer la puissance industrielle des États-Unis dans l’écosystème. Avec 36 % du hashrate mondial, le pays conserve une position de leader, même si d’autres régions gagnent du terrain. Les full nodes Ethereum suivent de près à 31 %. Ces deux indicateurs reflètent des investissements lourds en énergie, en matériel et en connectivité, domaines où l’Amérique conserve encore un avantage structurel.
La valeur des transactions on-chain attribuée aux États-Unis atteint 26 %. Ce chiffre reste solide, mais il montre déjà un décalage avec la domination purement technique. Les paiements en stablecoins se situent à 24 % et les transactions marchandes à 22 %. Les développeurs, mesurés par Electric Capital, représentent 21 % de l’activité globale.
Répartition des parts américaines selon Grayscale
- Hashrate Bitcoin : 36 %
- Full nodes Ethereum : 31 %
- Valeur des transactions on-chain : 26 %
- Paiements stablecoins : 24 %
- Transactions marchandes : 22 %
- Développeurs : 21 %
- Stake Solana : 17 %
- Flux transfrontaliers : 16 %
- Volume de trading spot : 15 %
- Visiteurs de sites de protocoles : 14 %
- Détenteurs de crypto, de stablecoins et visiteurs d’exchange : 13 %
- Utilisateurs de wallets mobiles : 12 %
Ces données ne portent pas toutes sur la même période. Certaines remontent à 2023, d’autres datent de 2026. La couverture géographique varie également. Les estimations sur les détenteurs de crypto et les paiements en stablecoins concernent parfois l’Amérique du Nord entière, tandis que d’autres se limitent aux utilisateurs de Phantom Wallet ou aux données de CoinGate.
Pourquoi La Fourchette 15-20 % Est Une Approximation Nécessaire
Grayscale assume pleinement le caractère approximatif de son estimation. La médiane des quatorze indicateurs se situe à 16 %, la moyenne à 19 %. Le rapport cite explicitement les sources : a16z, Forbes, Triple-A, Phantom, Kaiko, Banque des règlements internationaux, Solana, Electric Capital, CoinGate, McKinsey/Artemis, Chainalysis, TRM Labs, Université de Cambridge et Hashrate Index.
Chaque mesure possède ses propres limites. Les parts de hashrate et de nodes sont relativement fiables car elles reposent sur des données techniques observables. Les estimations de détention ou d’usage de wallets dépendent davantage de sondages et de parts de marché d’applications spécifiques. Cette hétérogénéité explique pourquoi le gestionnaire d’actifs préfère une fourchette plutôt qu’un chiffre unique.
L’adoption de la crypto continue d’avancer indépendamment de l’issue des élections de mi-mandat. La participation bipartisane et l’implication des institutions financières soutiennent déjà le mouvement.
Zach Pandl, responsable de la recherche chez Grayscale
Le Contraste Avec L’Enquête Cambridge Sur Le Mining
Une étude distincte de l’Université de Cambridge, publiée en 2025, avait relevé que 75,4 % de l’activité minière interrogée se situait aux États-Unis et 7,1 % au Canada. Cette enquête portait sur 49 sociétés minières opérant dans 23 pays, représentant environ 48 % du hashrate Bitcoin au moment de la collecte.
Cambridge avait immédiatement nuancé ces résultats. La forte participation des entreprises américaines a probablement surestimé la part réelle du pays. Les 75,4 % décrivent l’échantillon interrogé et non l’ensemble du réseau. Malgré cette réserve, les chercheurs confirmaient que l’Amérique du Nord restait la zone principale des opérations recensées, avec une activité émergente en Amérique du Sud et au Moyen-Orient, et une présence maintenue en Europe du Nord.
La différence entre les 36 % de Grayscale et les 75,4 % de Cambridge illustre parfaitement les biais méthodologiques. L’une mesure la géographie réelle du hashrate, l’autre la composition d’un panel d’entreprises volontaires. Les deux approches se complètent plus qu’elles ne se contredisent.
Une Adoption Plus Large Que La Seule Dimension Politique
Zach Pandl insiste sur plusieurs facteurs structurels. Les sondages montrent une utilisation de la crypto chez les électeurs républicains comme démocrates. Plusieurs textes législatifs ont reçu un soutien bipartisan. Les grandes institutions financières multiplient les projets autour des stablecoins, des fonds tokenisés et des produits cotés en bourse.
Sur le plan réglementaire, l’activité reste intense. L’OCC a finalisé le 21 octobre 2026 les règles d’application du GENIUS Act. Ces dispositions concernent les réserves, les modalités de remboursement, la gestion des risques et la supervision. Elles entreront en vigueur le 18 janvier 2027. La Réserve fédérale a de son côté publié le 24 septembre des propositions sur le backing des réserves et sur les demandes d’agrément des banques d’État membres assurées souhaitant émettre des stablecoins via des filiales.
Le calendrier législatif sur la structure de marché avance plus lentement. Le 15 septembre, le Sénat avait refusé par 49 voix contre 50 d’ouvrir le débat sur le CLARITY Act. Ce vote ne concernait que la procédure, pas le fond du texte. Il n’en demeure pas moins un signal de polarisation sur certains dossiers.
Ce Que Signifient Ces Chiffres Pour Les Investisseurs
La domination américaine sur le mining et les nodes n’empêche pas une diffusion plus large de l’usage. Les volumes de trading spot, les visiteurs de sites d’exchange et les détenteurs individuels se situent nettement plus bas. Cette répartition suggère que la valeur économique et la liquidité se répartissent désormais à l’échelle mondiale, même si l’infrastructure reste concentrée.
Pour un investisseur, cette géographie a plusieurs implications. Un choc réglementaire aux États-Unis toucherait davantage les opérateurs de mining et les dépositaires que l’ensemble des utilisateurs finaux. À l’inverse, une clarification favorable pourrait accélérer l’arrivée de nouveaux produits institutionnels sans pour autant transformer du jour au lendemain les parts de marché retail.
Les stablecoins illustrent bien cette dualité. Leur usage pour les paiements et les transferts transfrontaliers progresse en dehors des frontières américaines. Pourtant, les réserves et les émetteurs principaux restent souvent liés au système bancaire et monétaire des États-Unis. La régulation qui se construit autour du GENIUS Act et des propositions de la Fed vise précisément à sécuriser ce lien.
Les Limites Des Indicateurs Disponibles
Mesurer la part d’un pays dans l’activité crypto reste un exercice complexe. Le hashrate peut être localisé grâce aux pools et aux adresses IP, mais les VPN et les proxies brouillent parfois les pistes. Les nodes Ethereum publics sont plus faciles à cartographier, mais de nombreux validateurs opèrent derrière des infrastructures cloud dont la localisation réelle est moins claire.
Les données d’usage dépendent encore plus des sources. Un wallet mobile peut être téléchargé depuis un pays tout en étant utilisé depuis un autre. Les volumes de trading sur les plateformes centralisées sont souvent agrégés sans distinction fine de nationalité des utilisateurs. Les sondages sur la détention de crypto souffrent des biais classiques de déclaratif.
Grayscale a choisi de présenter explicitement ces limites plutôt que de les masquer. Cette transparence renforce la crédibilité de la fourchette 15-20 %. Elle rappelle aussi que tout chiffre unique sur l’adoption nationale doit être lu avec prudence.
Une Dynamique Qui Dépasse Le Cycle Électoral
Le rapport de Grayscale arrive à un moment stratégique. Les midterms de 2026 pourraient modifier l’équilibre des forces au Congrès et influencer le rythme de certaines législations. Pourtant, les fondations de l’écosystème américain semblent déjà en place : capital-risque, talent technique, infrastructures énergétiques et intérêt institutionnel.
Les entreprises américaines continuent d’investir dans les produits cotés, les solutions de garde et les applications de paiement. Les banques explorent les stablecoins et la tokenisation. Les régulateurs, même lorsqu’ils divergent sur le rythme, multiplient les textes techniques. Cette accumulation d’initiatives crée une inertie favorable à la poursuite de l’adoption.
Dans le même temps, d’autres régions du monde accélèrent. L’Asie, l’Europe et certains pays d’Amérique latine développent leurs propres cadres et attirent des volumes croissants. La part américaine de 15-20 % reflète autant la croissance externe que la maturation interne. Elle ne signifie pas un déclin, mais une normalisation relative dans un marché globalisé.
Les Enjeux De La Régulation En Cours
Le GENIUS Act et les règles de l’OCC constituent une étape importante pour les émetteurs de stablecoins. En fixant des exigences précises sur les réserves, les procédures de remboursement et la supervision, les autorités cherchent à réduire le risque systémique tout en permettant l’innovation. La date d’entrée en vigueur de janvier 2027 laisse plusieurs mois aux acteurs pour s’adapter.
Les propositions de la Réserve fédérale complètent ce dispositif. Elles s’adressent spécifiquement aux banques d’État membres assurées qui souhaiteraient émettre des stablecoins via des filiales. La question du backing des réserves reste centrale. Un cadre trop strict pourrait freiner l’innovation, un cadre trop souple exposerait le système à des risques de liquidité.
Le CLARITY Act, quant à lui, vise la structure de marché plus large. Son blocage procédural au Sénat en septembre montre que le consensus n’est pas encore acquis sur tous les points. Les prochains mois diront si le texte peut progresser ou s’il devra attendre une nouvelle configuration politique.
Ce Que L’On Peut Retenir Pour Les Mois À Venir
Le rapport de Grayscale offre un point de repère utile plutôt qu’une vérité absolue. Les États-Unis conservent une position dominante sur les infrastructures critiques. Leur part dans l’usage quotidien et dans la détention individuelle apparaît plus modeste. Cette dualité caractérise désormais le marché mondial.
L’adoption continue de progresser indépendamment des échéances électorales immédiates. Les institutions financières, les développeurs et une partie croissante du grand public ont déjà intégré les actifs numériques dans leurs pratiques. Les décisions politiques influencent le rythme et la forme de cette intégration, mais elles ne semblent plus en mesure de l’interrompre totalement.
Pour les observateurs, la véritable question n’est plus de savoir si les États-Unis resteront un acteur majeur. Elle consiste plutôt à comprendre comment le pays articule sa puissance industrielle et réglementaire avec une adoption qui se mondialise rapidement. Les 15 à 20 % de Grayscale résument cette tension mieux que n’importe quel discours partisan.
Dans les semaines qui suivent les midterms, l’attention se portera naturellement sur les nouveaux équilibres au Congrès et sur l’agenda législatif. Pourtant, les indicateurs techniques et d’usage continueront d’évoluer selon leur propre logique. Le hashrate, les nodes, les volumes et les portefeuilles actifs ne s’alignent jamais parfaitement sur le calendrier électoral. C’est sans doute le message le plus durable du rapport publié par Grayscale à la fin octobre 2026.
Les prochaines publications de données, qu’elles viennent de Cambridge, de Chainalysis ou d’autres observatoires, permettront de vérifier si la fourchette 15-20 % se maintient ou si elle évolue. En attendant, elle offre une base de discussion solide pour évaluer la place réelle des États-Unis dans un écosystème qui a depuis longtemps dépassé les frontières d’un seul pays.
La crypto n’appartient plus à une seule nation. Elle se construit désormais à travers des réseaux, des infrastructures et des comportements d’utilisateurs dispersés sur l’ensemble de la planète. Les États-Unis y conservent un rôle central, mais ils ne sont plus seuls à en définir le rythme. C’est cette réalité que le rapport de Grayscale met en lumière avec une clarté bienvenue, juste avant un scrutin qui, quoi qu’il arrive, ne suffira pas à inverser la tendance de fond.

