Imaginez diriger l’une des plateformes d’échange crypto les plus connues au monde, fondée par des figures aussi médiatiques que les jumeaux Winklevoss, et devoir annoncer en quelques semaines seulement des centaines de licenciements, la fermeture de marchés entiers et le départ de trois de vos plus hauts dirigeants. C’est exactement la réalité que traverse Gemini en ce début d’année 2026. Alors que le marché des cryptomonnaies montre des signes de fatigue après un cycle euphorique, cette plateforme historique semble jouer sa survie sur un virage stratégique radical. Mais ce remue-ménage cache-t-il une simple adaptation conjoncturelle ou le symptôme de difficultés plus profondes ?
Gemini face à la tempête : un virage forcé vers la rentabilité
Depuis plusieurs mois, le secteur crypto alterne entre espoirs démesurés et retours brutaux à la réalité. Bitcoin oscille autour des 67 000 dollars, loin de ses sommets historiques récents, et de nombreuses entreprises du Web3 ressentent la pression sur leurs marges. Gemini, qui avait fait le pari d’une expansion internationale ambitieuse, se retrouve aujourd’hui contrainte de resserrer drastiquement la vis. Le 17 février 2026, un dépôt réglementaire (Form 8-K) a officialisé un séisme interne : les départs simultanés du Chief Operating Officer Marshall Beard, du Chief Financial Officer Dan Chen et du Chief Legal Officer Tyler Meade.
Ces trois cadres supérieurs quittent leurs fonctions avec effet immédiat. Marshall Beard, qui siégeait également au conseil d’administration, a démissionné de ce poste le même jour. La société précise que ces départs ne résultent d’aucun désaccord sur la stratégie, les opérations ou les pratiques comptables. Des accords de séparation sont en cours de négociation, permettant potentiellement aux intéressés de rester temporairement pour accompagner la transition, mais sans bonus ni incitations supplémentaires.
« Ces changements font partie d’un effort plus large pour simplifier nos opérations et nous concentrer sur ce que nous faisons de mieux : servir nos clients américains avec des produits innovants et sécurisés. »
Extrait adapté d’une communication des fondateurs
Le poste de COO ne sera pas pourvu dans l’immédiat. Cameron Winklevoss, co-fondateur, reprend une grande partie des responsabilités opérationnelles, notamment celles liées aux revenus. De leur côté, Danijela Stojanovic (actuelle Chief Accounting Officer) devient CFO par intérim et Kate Freedman (actuelle associée générale et secrétaire corporate) assure l’intérim au poste de conseillère juridique en chef. Des nominations qui traduisent une volonté de continuité interne plutôt que de recrutement externe coûteux.
Un plan d’austérité annoncé dès le début du mois
Ce remaniement de direction n’arrive pas de nulle part. Dès le 5 février 2026, Gemini avait déjà prévenu ses équipes et ses utilisateurs d’un plan drastique : réduction d’environ 25 % des effectifs mondiaux (soit près de 200 personnes) et cessation progressive des activités au Royaume-Uni, dans l’Union européenne et en Australie. L’entreprise, qui revendiquait une présence dans plus de 60 pays, choisit désormais de concentrer ses efforts sur son marché domestique américain, jugé plus rentable et moins complexe réglementairement.
Les principaux axes du plan Gemini 2.0 :
- Abandon des opérations en UK, UE et Australie (mode retrait uniquement pour les clients existants)
- Partenariat avec eToro pour faciliter le transfert des avoirs des utilisateurs concernés
- Réduction de 25 % des effectifs globaux
- Investissement accru dans l’automatisation et l’intelligence artificielle pour compenser les pertes de main-d’œuvre
- Focus renforcé sur le marché américain et les marchés de prédiction (approuvés par la CFTC)
Cette contraction géographique n’est pas anodine. Développer une plateforme conforme aux exigences réglementaires de multiples juridictions représente un coût énorme : équipes locales, licences, conformité KYC/AML différenciée, support client multilingue… Lorsque la demande ne suit pas, ces investissements deviennent un gouffre financier. Gemini a donc décidé de trancher dans le vif pour préserver sa trésorerie.
Des chiffres qui font mal : pertes colossales en 2025
Les projections financières dévoilées dans le sillage de ces annonces sont édifiantes. Pour l’année 2025, Gemini anticipe :
- Revenus nets compris entre 165 et 175 millions de dollars (en hausse par rapport aux 141 millions de 2024)
- Utilisateurs transactants mensuels en croissance de 17 % à environ 600 000
- Mais des dépenses opérationnelles estimées à 530 millions de dollars
- Une perte EBITDA ajustée autour de 260 millions
- Et une perte nette totale approchant les 600 millions de dollars
Ces montants expliquent l’urgence de la restructuration. Même si le nombre d’utilisateurs actifs progresse, la croissance des revenus ne compense pas l’explosion des coûts fixes liée à l’expansion internationale. Le marché a d’ailleurs réagi très négativement : l’action Gemini Space Station Inc. (cotée en bourse depuis fin 2025) a plongé de plus de 13 à 15 % dans les heures suivant la publication du 8-K.
« Perdre 600 millions en un an alors que Bitcoin reste au-dessus de 65 000 $, cela pose question sur la gestion et le modèle économique. »
Commentaire anonyme d’un analyste crypto sur X
Pourtant, tout n’est pas noir. La croissance des utilisateurs reste solide et les produits phares (custody institutionnelle, trading spot, prediction markets) continuent de séduire. Mais la rentabilité reste hors de portée, du moins à court terme.
Contexte sectoriel : Gemini n’est pas un cas isolé
2025-2026 marque une phase de consolidation dans l’industrie crypto. Après l’euphorie post-halving 2024 et les espoirs liés à une réglementation plus favorable aux États-Unis, la réalité rattrape de nombreux acteurs. Coinbase a connu ses propres vagues de licenciements, Binance réduit également ses ambitions internationales, et même des pure-players DeFi voient leurs TVL stagner.
Ce qui distingue Gemini, c’est son statut d’entreprise cotée (depuis septembre 2025) et la personnalité très médiatique de ses fondateurs. Chaque annonce devient un événement. Les départs de dirigeants sont scrutés à la loupe : s’agit-il d’un nettoyage de printemps ou d’un signal de panique interne ? La communication officielle reste mesurée, insistant sur une « transition fluide » et une « vision claire pour l’avenir ».
Comparaison rapide avec les concurrents :
- Coinbase : toujours leader US, mais marges sous pression
- Binance : domine mondialement, mais multiples enquêtes réglementaires
- Kraken : plus discret, croissance stable
- Gemini : positionnement premium + custody, mais échelle plus réduite
Quelles conséquences pour les utilisateurs ?
Pour les clients américains, rien ne change vraiment dans l’immédiat. Les services restent disponibles, la sécurité des fonds est toujours garantie par les mêmes standards élevés (SOC 1 & 2, assurance sur les actifs en cold storage). Pour les utilisateurs européens, australiens ou britanniques, la situation est plus compliquée : ils passent en mode « retrait uniquement » et doivent transférer leurs actifs vers une autre plateforme (eToro est partenaire officiel pour faciliter la migration).
Certains observateurs craignent une perte de confiance. Quand une plateforme ferme des marchés entiers et licencie massivement, les clients se demandent naturellement si leurs fonds sont en sécurité. Gemini a toujours mis en avant sa conformité et sa transparence, mais dans un marché où la peur se propage vite, chaque mauvaise nouvelle peut déclencher des retraits massifs.
Et demain ? Vers un Gemini 2.0 recentré et plus agile ?
Les jumeaux Winklevoss parient sur plusieurs leviers pour inverser la tendance :
- Amélioration de l’efficacité opérationnelle grâce à l’IA et l’automatisation
- Développement des marchés de prédiction (approuvés par la CFTC fin 2025)
- Renforcement de l’offre institutionnelle (custody, staking, trading OTC)
- Retour à une croissance rentable plutôt qu’à une expansion tous azimuts
Analystes comme ceux de Mizuho estiment que ces mesures pourraient accélérer le chemin vers la rentabilité dès la seconde moitié de 2026, une fois les coûts de restructuration digérés (environ 11 millions de dollars provisionnés au T1 2026). Reste à savoir si le marché leur accordera le temps nécessaire. Dans un univers crypto où les cycles sont violents, chaque trimestre compte double.
En conclusion, cette série d’annonces chez Gemini illustre parfaitement les défis actuels du secteur : croissance rapide suivie de consolidation forcée, pression réglementaire différenciée selon les zones géographiques, et nécessité impérieuse de rentabilité dans un marché mature. Les prochains mois diront si ce « recentrage chirurgical » permettra à la plateforme de retrouver des couleurs ou si, au contraire, il s’agit du début d’un déclin plus long. Une chose est sûre : les jumeaux Winklevoss n’ont pas dit leur dernier mot.
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