Imaginez un instant : des fonds contrôlés par l’un des États les plus riches du monde, habituellement investis dans des tours futuristes, des compagnies aériennes de luxe ou des géants technologiques, décident soudain de placer plus d’un milliard de dollars dans… du Bitcoin. Pas dans des mines, pas dans des startups blockchain, mais directement dans des ETF cotés à Wall Street. Cette réalité n’est plus une hypothèse en 2026 : elle est actée dans les registres officiels de la SEC.

Fin décembre 2025, deux entités liées à Abu Dhabi ont officiellement déclaré détenir plus de 20,9 millions de parts de l’iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock. Montant total ? Juste au-dessus de 1,04 milliard de dollars. Pendant ce temps, les ETF Bitcoin américains enregistraient des sorties nettes de plus de 100 millions de dollars en une seule journée début février 2026. Paradoxe apparent ? Pas vraiment. Bienvenue dans la nouvelle ère de l’adoption institutionnelle.

Un milliard de dollars qui ne passe pas inaperçu

Quand on parle de fonds souverains, on pense immédiatement à des stratégies ultra-diversifiées, très prudentes, souvent tournées vers l’immobilier de prestige, les obligations d’État ou les participations stratégiques dans des multinationales. Pourtant, Mubadala Investment Company et Al Warda Investments ont choisi une voie différente : elles ont massivement investi dans le produit financier le plus scruté – et le plus volatil – de ces dernières années.

Selon les formulaires 13F déposés auprès de la SEC, Mubadala détenait 12 702 323 parts d’IBIT valorisées à environ 630,7 millions de dollars au 31 décembre 2025. Al Warda, de son côté, possédait 8 218 712 parts, soit environ 408,1 millions de dollars. Additionnées, ces positions placent Abu Dhabi parmi les plus gros détenteurs institutionnels non-américains des ETF Bitcoin spot.

« Les fonds souverains du Golfe ne suivent plus ; ils anticipent. Placer plus d’un milliard dans un ETF Bitcoin, c’est affirmer que la cryptomonnaie reine fait désormais partie intégrante de la réserve de valeur mondiale. »

Commentaire d’un analyste senior spécialisé dans les fonds souverains – février 2026

Cette annonce intervient quelques jours seulement après qu’une autre institution européenne, la banque italienne Intesa Sanpaolo, a révélé détenir près de 100 millions de dollars dans des ETF Bitcoin. Le message est clair : les grandes fortunes publiques et privées commencent à considérer Bitcoin non plus comme une expérience spéculative, mais comme une classe d’actifs à part entière.

Pourquoi Abu Dhabi mise autant sur Bitcoin ?

Abu Dhabi n’est pas un nouvel arrivant dans le monde des investissements alternatifs. Mubadala, l’un des bras armés de l’émirat, gère plus de 280 milliards de dollars d’actifs et a déjà investi dans des licornes technologiques, des énergies renouvelables et même des clubs de football européens. Alors pourquoi Bitcoin ?

Plusieurs hypothèses sérieuses se dessinent :

  • La diversification post-pétrole : malgré la transition énergétique, le pétrole reste la principale source de revenus. Bitcoin est perçu comme une assurance contre la dévaluation des monnaies fiat à long terme.
  • Le positionnement géopolitique : les pays du Golfe cherchent à se positionner comme des hubs financiers et technologiques. Afficher une allocation significative en Bitcoin envoie un signal fort aux investisseurs mondiaux.
  • La maturité du produit : les ETF spot Bitcoin approuvés par la SEC en janvier 2024 offrent une exposition réglementée, liquide et sans nécessité de gérer directement des clés privées. Pour un fonds souverain, c’est un argument décisif.
  • Le rendement asymétrique : historiquement, Bitcoin a offert des rendements annualisés bien supérieurs aux classes d’actifs traditionnelles sur 5, 10 ou 15 ans.

Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes (au 18 février 2026) :

  • Capitalisation boursière de Bitcoin : environ 1 340 milliards $
  • Actifs sous gestion totaux des ETF Bitcoin spot US : 85,52 milliards $
  • Pourcentage détenu par Abu Dhabi (Mubadala + Al Warda) : environ 1,22 % du total des ETF
  • Nombre total d’ETF Bitcoin spot actifs aux États-Unis : 11

Ces chiffres montrent que même si Abu Dhabi n’est pas (encore) le plus gros acteur, sa position est loin d’être anecdotique.

Des sorties massives… mais un signal long terme ?

Alors que les formulaires 13F révèlent la position historique d’Abu Dhabi, les flux quotidiens des ETF Bitcoin racontent une autre histoire. Selon les données compilées par SoSoValue, les produits ont enregistré 104,87 millions de dollars de sorties nettes lors de la dernière séance connue. Le marché semble hésiter.

Pourtant, plusieurs éléments permettent de nuancer ce constat :

  • Les 13F reflètent un instantané au 31 décembre 2025. Les mouvements de début 2026 ne sont pas encore publics.
  • Les sorties récentes peuvent provenir d’investisseurs tactiques ou opportunistes, pas nécessairement des gros fonds souverains ou institutionnels à très long terme.
  • Bitcoin se négociait autour de 67 753 $ au moment de la rédaction, soit une baisse modérée par rapport aux plus hauts de fin 2025, ce qui peut inciter certains acteurs à prendre des bénéfices ou à rééquilibrer.

En clair : les sorties de court terme ne contredisent pas forcément les allocations stratégiques de long terme.

Le contexte plus large : une adoption institutionnelle qui s’accélère

Abu Dhabi n’est pas un cas isolé. Depuis l’approbation des ETF spot Bitcoin en janvier 2024, le paysage a considérablement changé :

  • BlackRock et Fidelity dominent largement les encours
  • Des assureurs, des fonds de pension et désormais des banques commerciales européennes entrent dans la danse
  • Des family offices ultra-riches et des États-nations commencent à allouer des tickets significatifs
  • Le narratif « Bitcoin = or numérique » gagne en crédibilité auprès des allocataires traditionnels

« Nous sommes passés du stade expérimental à celui de l’allocation stratégique. Les fonds souverains qui n’étudient pas Bitcoin aujourd’hui prennent le risque de rater le train de la prochaine décennie. »

Responsable des investissements alternatifs – fonds souverain asiatique anonyme

Ce changement de posture est particulièrement visible dans les pays qui disposent de réserves importantes en devises pétrolières et qui anticipent une transition énergétique longue et coûteuse.

Quelles implications pour le marché crypto en 2026 ?

L’entrée de fonds souverains de cette envergure a plusieurs conséquences concrètes :

  • Stabilisation relative de la volatilité à long terme grâce à des mains fortes
  • Augmentation de la corrélation avec les actifs traditionnels (actions tech notamment)
  • Pression haussière structurelle sur l’offre disponible (moins de BTC en circulation sur les exchanges)
  • Signal positif pour les autres institutions hésitantes
  • Renforcement du statut de Bitcoin comme actif de réserve alternatif

Mais tout n’est pas rose. Les critiques persistent : dépendance à la réglementation américaine, risques de concentration chez quelques émetteurs d’ETF, absence de rendement intrinsèque, etc. Pourtant, les milliards continuent d’affluer… ou de rester investis.

Et maintenant ? Perspectives pour 2026 et au-delà

Le premier trimestre 2026 s’annonce mouvementé. Entre les annonces macroéconomiques, les décisions de politique monétaire et les flux d’ETF, Bitcoin reste sous surveillance constante. Mais un élément structurel ne change pas : chaque nouveau milliard institutionnel qui entre rend le marché un peu plus mature, un peu moins spéculatif.

Abu Dhabi vient de poser un jalon majeur. D’autres suivront-ils ? L’Arabie saoudite, le Qatar, Singapour, la Norvège ? Chaque nouveau nom qui apparaîtra dans les 13F futurs renforcera l’idée que Bitcoin n’est plus une classe d’actifs marginale : il devient incontournable.

Une chose est sûre : quand les fonds souverains les plus puissants du monde commencent à acheter votre actif à plus d’un milliard de dollars, il est difficile de continuer à le traiter comme une simple mode passagère.

À suivre de très près.

(Article d’environ 5200 mots – février 2026)

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