Imaginez un fantôme du passé qui, au lieu de hanter, décide soudain de protéger l’avenir. C’est exactement ce qui se passe en ce début 2026 sur Ethereum. Un événement qui a failli tout détruire il y a dix ans refait surface, mais transformé en quelque chose de positif, presque poétique. Le hack de The DAO en 2016 n’est plus seulement une cicatrice : il devient un bouclier financier massif pour la sécurité de tout l’écosystème.
Le 29 janvier 2026, Griff Green, figure historique de cette époque trouble, a lâché une bombe sur le podcast Unchained de Laura Shin. Il annonce la création du TheDAO Security Fund, un fonds doté d’environ 220 millions de dollars en ETH. Ces fonds ? Des reliquats oubliés depuis une décennie, issus précisément du chaos de 2016. Plutôt que de laisser cet argent dormir éternellement, la communauté choisit de le faire fructifier pour blinder Ethereum contre les futures menaces.
De la plus grande crise à la plus grande opportunité
Retour en arrière. Juin 2016. The DAO, cette fameuse organisation autonome décentralisée, lève plus de 150 millions de dollars en ETH lors d’une ICO record. C’était l’euphorie, l’avenir semblait infini. Puis, un pirate exploite une faille dans le code et s’empare de millions. Le réseau tremble. Une fracture naît : Ethereum vs Ethereum Classic. Le hard fork controversé sauve la majorité des fonds, mais laisse des traces indélébiles.
Parmi les conséquences, des contrats spéciaux restent bloqués avec des ETH non réclamés. L’ExtraBalance Withdrawal Contract contient environ 70 500 ETH. Un multisig des curateurs en garde 4 600 autres. Pendant dix ans, ces avoirs ont attendu, intacts, que leurs propriétaires légitimes (ou leurs héritiers) viennent les réclamer. Avec l’explosion du prix de l’ETH, ce qui était marginal est devenu colossal : plus de 220 millions de dollars aujourd’hui.
« C’est 2026 et nous n’avons jamais touché à ces fonds. Ils ont énormément pris de la valeur. Il est temps de les mettre au travail pour rendre Ethereum plus sûr. »
Griff Green sur Unchained
Cette citation résume tout. Griff Green, ancien curateur de The DAO et membre du White Hat Group qui avait récupéré une partie des fonds volés à l’époque, refuse de laisser ce capital stagner. Avec d’autres vétérans, il décide de l’activer intelligemment.
Les chiffres clés du TheDAO Security Fund :
- Environ 75 000 ETH mobilisés au total
- 70 500 ETH issus du contrat ExtraBalance
- 4 600 ETH du multisig des curateurs
- 69 420 ETH mis en staking pour générer des revenus perpétuels
- Valeur actuelle estimée : plus de 220 millions de dollars
- Rendement staking attendu : environ 8 millions $ par an (selon les taux actuels)
Ce n’est pas une distribution massive et ponctuelle. La majorité des ETH sera stakée. Les récompenses de staking alimenteront en continu des initiatives de sécurité. Une petite portion reste liquide pour honorer d’éventuelles réclamations tardives – oui, même en 2026, certains investisseurs de 2016 pourraient se réveiller et réclamer leur dû.
Pourquoi la sécurité est devenue l’obsession numéro un
En 2016, l’industrie du smart contract était balbutiante. Les audits professionnels n’existaient quasiment pas. Les outils de vérification étaient rudimentaires. Le hack de The DAO a été un électrochoc mondial. Depuis, Ethereum a mûri. Mais les attaques n’ont jamais cessé : DeFi exploits, bridges piratés, phishing massif, scams sophistiqués… Chaque année, des milliards s’évaporent.
Aujourd’hui, Ethereum sécurise des centaines de milliards de dollars. Des institutions, des entreprises, des États même s’y intéressent. La moindre faille peut provoquer un krach systémique. D’où l’idée de professionnaliser la sécurité. Le TheDAO Security Fund s’inscrit dans la continuité de l’initiative « Trillion Dollar Security » de la Ethereum Foundation. Il vise à rendre Ethereum plus sûr qu’une banque traditionnelle – rien que ça.
Griff Green l’explique clairement : avant le hack, personne n’auditait sérieusement. Après, une industrie entière est née. Ce fonds boucle la boucle. Il transforme la plus grande erreur en le plus grand investissement dans la résilience.
Une gouvernance fidèle à l’esprit DAO
Pas question de centraliser les décisions entre les mains de quelques développeurs core. Le fonds adopte des mécanismes décentralisés et participatifs qui ont fait leurs preuves dans l’écosystème :
- Financement quadratique : amplifie les petites contributions pour maximiser l’impact collectif
- Financement rétroactif : récompense les projets après coup, sur résultats concrets
- Vote par classement : permet de prioriser efficacement les propositions
- Conviction voting et autres outils de gouvernance avancée
Ces méthodes évitent les pièges de la centralisation tout en restant efficaces. La distribution des subventions se fait via des rounds organisés, avec l’appui opérationnel de Giveth (la plateforme de Green) et en lien étroit avec la Ethereum Foundation.
« Nous voulons rester fidèles à l’esprit de The DAO. C’est pour cela que nous privilégions les mécanismes DAO pour distribuer les fonds. »
Griff Green
Le conseil des curateurs inspire confiance : Vitalik Buterin bien sûr, Taylor Monahan (MetaMask), Alex Van de Sande (ENS), Jordi Baylina, pcaversaccio… Des pointures reconnues pour leur expertise en sécurité et en gouvernance.
Quels projets vont bénéficier de ce pactole ?
Le fonds ne va pas arroser au hasard. Les priorités sont claires et alignées sur les besoins critiques de l’écosystème :
- Audits de smart contracts par des firmes comme Trail of Bits, OpenZeppelin ou ConsenSys Diligence
- Développement d’outils de sécurité (Revoke.cash, Blockaid, wallet UX améliorée)
- Réponse aux incidents (SEAL 911, équipes d’urgence on-chain)
- Recherche sur la sécurité des L2, des bridges, des oracles
- Prévention du phishing et éducation des utilisateurs
- Outils d’analyse et de monitoring (L2Beat, etc.)
En clair, tout ce qui réduit les risques réels pour les utilisateurs et pour le réseau. Pas de moonshots farfelus, mais du concret, du testable, de l’impact mesurable.
Exemples concrets de ce que le fonds pourrait financer :
- Un audit massif gratuit pour les 100 plus gros protocoles DeFi
- Une subvention rétroactive à une équipe qui a patché une faille critique
- Le développement d’un nouveau standard anti-phishing intégré aux wallets
- Une prime bug bounty permanente multipliée par dix
Ces idées ne sont pas exhaustives, mais elles montrent l’ambition : passer d’une sécurité réactive à une sécurité proactive et institutionnalisée.
Les leçons d’une décennie de maturité
Revenons sur le chemin parcouru. En 2016, Ethereum était un bébé. Le hack a failli le tuer dans l’œuf. Le hard fork a sauvé le réseau, mais a créé une fracture idéologique durable avec Ethereum Classic. Beaucoup ont crié à la trahison du principe « code is law ».
Dix ans plus tard, le réseau a survécu à des upgrades titanesques : The Merge (passage à Proof of Stake), Shanghai, Dencun… Il héberge des milliers de dApps, des billions en TVL, des ETF institutionnels. La sécurité n’est plus une option : c’est une condition de survie.
Ce fonds symbolise cette maturité. Il montre qu’Ethereum sait apprendre de ses erreurs, recycler ses échecs, transformer le négatif en positif. C’est aussi une belle revanche sur le cynisme : même les reliquats d’une catastrophe peuvent servir une cause plus grande.
Quel impact sur le prix de l’ETH et sur la confiance ?
À court terme, l’annonce n’a pas fait exploser le cours – le marché crypto est habitué aux nouvelles massives. Mais à moyen et long terme, l’effet peut être significatif. Un réseau perçu comme plus sûr attire davantage d’institutionnels, de développeurs, d’utilisateurs finaux.
Les staking rewards du fonds (environ 8 M$ annuels) ne sont pas redistribués aux holders classiques, mais réinvestis dans la sécurité. Indirectement, cela renforce la valeur intrinsèque de l’ETH : un actif dont le réseau devient de plus en plus difficile à attaquer.
Pour les utilisateurs lambda, c’est une garantie supplémentaire. Savoir que des millions sont dédiés à empêcher le prochain gros hack peut redonner confiance à ceux qui hésitaient encore à onboarder.
Et si des réclamations arrivent encore ?
Une partie des fonds reste accessible. Le contrat ExtraBalance permet toujours aux ayants droit de réclamer. En 2025 déjà, un investisseur a récupéré 800 000 $ grâce à un accompagnement technique. Le fonds garde une poche liquide précisément pour ces cas rares mais possibles.
Cela pose une question philosophique : jusqu’où aller dans le recyclage du passé ? La réponse des curateurs est équilibrée : honorer les promesses initiales tout en servant l’intérêt général du réseau.
Conclusion : une renaissance inattendue
Le TheDAO Security Fund n’est pas seulement une opération financière astucieuse. C’est un symbole puissant. Dix ans après avoir failli tuer Ethereum, The DAO revient pour le protéger. Ce qui était une blessure ouverte devient une source de force durable.
Dans un monde crypto où les hacks continuent de faire les gros titres, cette initiative rappelle que la résilience se construit sur le long terme, avec intelligence et communauté. Ethereum n’oublie pas ses origines. Il les honore en les dépassant.
Et vous, que pensez-vous de cette renaissance ? Un simple coup de com’ ou un vrai tournant pour la sécurité on-chain ?

