Imaginez un instant : nous sommes en 2014, Bitcoin peine encore à dépasser les 500 dollars, Ethereum n’est qu’une idée sur un livre blanc, et la plupart des gens associent « crypto » à des pirates informatiques ou à des jeux en ligne obscurs. C’est pourtant à cette époque que Jeffrey Epstein, financier sulfureux déjà condamné, commence à poser des jalons dans cet univers naissant. Des documents judiciaires tout juste déclassifiés en ce début 2026 jettent une lumière crue sur ces années oubliées. Et ce que l’on découvre dépasse largement la simple curiosité : investissements massifs, rencontres avec des futurs décideurs, spéculations sur des projets qui dominent aujourd’hui le paysage… Le monde crypto a-t-il vraiment grandi loin des regards indiscrets ?

Quand la crypto attisait déjà la curiosité des puissants

Longtemps restées dans l’ombre, les connexions d’Epstein avec l’écosystème crypto refont surface grâce à une nouvelle vague de documents publiés par le Département de la Justice américaine. Ces emails, notes et relevés financiers datant principalement des années 2010-2018 racontent une histoire parallèle à celle que nous connaissons tous : celle d’un secteur encore expérimental, loin des ETF Bitcoin et des régulations claires, mais déjà courtisé par des figures controversées.

Epstein n’était pas un simple observateur. Il agissait. Et ses choix d’investissement, à l’époque jugés marginaux, se révèlent aujourd’hui stratégiques. Coinbase, XRP, Stellar (XLM), Circle… ces noms résonnent différemment quand on sait qu’ils ont attiré l’attention d’un homme dont le nom évoque autant la finance que les scandales les plus sombres.

L’investissement Coinbase de 2014 : 3 millions qui valent de l’or aujourd’hui

Parmi les révélations les plus concrètes, on trouve un investissement de 3 millions de dollars dans Coinbase en décembre 2014. À l’époque, la plateforme n’était qu’une startup parmi d’autres, valorisée autour de 400 millions. Epstein passe par une entité basée dans les Îles Vierges américaines, IGO Company LLC, et l’opération est facilitée par Brock Pierce, figure emblématique du monde crypto (et co-fondateur de Tether).

Ce ticket d’entrée modeste à l’échelle d’Epstein vaudra beaucoup plus cher quelques années plus tard. En 2018, il revend une partie de ses parts pour 15 millions de dollars à Blockchain Capital, soit un retour sur investissement impressionnant. Coinbase deviendra par la suite la plus grande plateforme d’échange crypto aux États-Unis et entrera en bourse en 2021. Une opération gagnante… réalisée bien avant que le grand public ne s’intéresse vraiment à la crypto.

« En 2014, Epstein a investi 3 millions dans Coinbase via une LLC des Îles Vierges. L’opération était connue de certains dirigeants de la plateforme. »

Extrait de documents DOJ 2026

Cette transaction n’était pas anonyme. Des échanges d’emails montrent que Fred Ehrsam, co-fondateur de Coinbase, était au courant. Le deal est passé par Blockchain Capital, et même si la société a précisé qu’aucun fonds commun n’a été impliqué, Epstein a investi directement. Une proximité qui, avec le recul, interroge sur les réseaux qui ont permis à la crypto de s’industrialiser si vite.

XRP et XLM : des paris spéculatifs dans les emails d’Epstein

Moins documentés mais tout aussi intrigants, les mentions de XRP (Ripple) et XLM (Stellar) apparaissent dans plusieurs courriers. Pas de preuve formelle d’achat massif, mais des discussions récurrentes sur ces deux projets qui, à l’époque, se disputaient le marché des paiements transfrontaliers rapides et peu coûteux.

Ripple et Stellar partagent une origine commune : Jed McCaleb, co-fondateur de Ripple, quitte le projet en 2013 pour lancer Stellar. Les deux réseaux utilisent des technologies proches, mais avec des philosophies différentes. Epstein semble avoir suivi ces développements de près, peut-être via Brock Pierce ou d’autres intermédiaires du milieu.

Ce que les documents suggèrent sur XRP et XLM :

  • Des références répétées dans les échanges 2014-2018
  • Spéculations communautaires sur des positions précoces
  • Liens indirects via des acteurs comme Brock Pierce, proche des deux écosystèmes
  • Aucune confirmation de montants exacts investis

Ces mentions prennent une saveur particulière quand on sait que Ripple a ensuite affronté la SEC pendant des années, tandis que Stellar est resté plus discret. Était-ce un simple intérêt intellectuel ou un positionnement financier ? La question reste ouverte, mais elle alimente les débats les plus passionnés de la communauté crypto.

Circle et les prémices des stablecoins

Autre nom qui revient : Circle, l’émetteur d’USDC, l’un des stablecoins les plus utilisés aujourd’hui. Les documents évoquent des discussions autour de structures stables adossées au dollar, et Brock Pierce réapparaît comme un pont entre Epstein et ces projets naissants.

En 2015-2016, les stablecoins sont encore une idée expérimentale. Tether domine déjà de façon controversée, mais Circle veut proposer une alternative plus transparente et réglementée. Epstein aurait exploré ce secteur via des connexions personnelles, cherchant sans doute à diversifier ses placements dans un univers encore vierge de régulation lourde.

Aujourd’hui, USDC représente des dizaines de milliards de dollars en circulation. Savoir qu’un personnage comme Epstein s’y intéressait très tôt donne à réfléchir sur la façon dont les idées les plus disruptives ont parfois été financées par des capitaux inattendus.

Gary Gensler dans le viseur : des discussions crypto dès 2018

L’une des révélations les plus commentées concerne Gary Gensler. En 2018, alors professeur au MIT et spécialiste des blockchain, il apparaît dans plusieurs emails. Epstein écrit à Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor, que « Gary Gensler arrive plus tôt » pour parler crypto. Summers répond que Gensler est « plutôt intelligent ».

« Je serai avec Gary Gensler sur la crypto demain. »

Email attribué à Epstein, 2018

Gensler n’est pas encore président de la SEC (il le deviendra en 2021). Mais il enseigne déjà les rouages de la finance décentralisée. Ces échanges, même informels, placent Epstein au cœur des cercles qui façonneront plus tard la régulation crypto américaine. Coïncidence ou réseau calculé ? Le débat fait rage.

MIT, CBDC et le rôle discret d’Epstein

Epstein a également financé des recherches au MIT, notamment via la Digital Currency Initiative. Des emails montrent que ses dons ont servi à soutenir le développement de technologies Bitcoin open-source. Il est même question de pilotes CBDC (monnaies numériques de banque centrale) impliquant MIT et certaines Réserves fédérales.

Ces liens académiques ne sont pas anodins. Le MIT a formé une génération de chercheurs et de décideurs crypto. Savoir qu’Epstein y a injecté des fonds pose la question de l’influence invisible sur les idées qui ont structuré le secteur.

Les connexions MIT-CBDC selon les documents :

  • Financements pour la Digital Currency Initiative
  • Partenariats avec des chercheurs blockchain
  • Échanges sur les CBDC pilotes dès les années 2010
  • Rôle de Joichi Ito (ex-Media Lab) comme intermédiaire

Ces éléments, bien que fragmentaires, dessinent le portrait d’un homme qui ne se contentait pas de spéculer : il cherchait à comprendre, à influencer, peut-être à anticiper les grandes transformations monétaires du XXIe siècle.

Brock Pierce : l’intermédiaire omniprésent

Impossible de parler des liens crypto d’Epstein sans mentionner Brock Pierce. Ancien enfant star, devenu millionnaire crypto, il apparaît comme un pivot central : introduction à Coinbase, discussions sur Circle, proximité avec Tether… Pierce a servi de passerelle entre le monde « classique » d’Epstein et les pionniers de la blockchain.

En 2018, il transfère même 15 millions à Epstein pour racheter une partie de ses actions Coinbase. Une transaction qui, vue d’aujourd’hui, symbolise l’entrelacement des capitaux et des ambitions dans ces années charnières.

Pourquoi ces révélations refont surface en 2026 ?

La sortie de ces documents n’est pas fortuite. L’évolution législative (Epstein Files Transparency Act) et la maturité du marché crypto poussent à revisiter les origines du secteur. Chaque nouveau fichier ravive les spéculations : qui savait quoi ? Qui a profité de quoi ? Et surtout, dans quelle mesure les fondations de la crypto moderne reposent-elles sur des réseaux inattendus ?

La communauté XRP, en particulier, scrute ces révélations avec attention. Les théories abondent sur des pressions historiques contre Ripple, impliquant indirectement des acteurs liés à Epstein. Rien n’est prouvé, mais le doute persiste.

Une leçon pour l’avenir de la crypto

Ces révélations, aussi troublantes soient-elles, rappellent une vérité simple : la crypto n’est pas née dans un vide idéologique. Elle a été financée, discutée, influencée par des acteurs très divers, parfois controversés. Cela ne diminue pas la puissance de la technologie blockchain, mais cela nous oblige à regarder en face les zones d’ombre de son histoire.

En 2026, alors que Bitcoin dépasse régulièrement les 100 000 dollars, que les stablecoins dominent les paiements numériques et que les régulations se durcissent, ces vieux dossiers nous invitent à poser une question essentielle : qui a vraiment écrit les premières lignes du livre crypto ? Et surtout, qui continue de l’écrire dans l’ombre ?

Une chose est sûre : l’histoire est loin d’être terminée.

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