Imaginez un pays du Golfe, habituellement associé au pétrole, aux gratte-ciel scintillants et au luxe extravagant, qui décide silencieusement de se positionner comme l’un des acteurs majeurs du minage de Bitcoin. En 2026, cette vision n’est plus une hypothèse : les Émirats arabes unis ont bel et bien transformé une partie de leur désert en mine d’or numérique. Selon les dernières données on-chain, le pays aurait déjà extrait l’équivalent de plus de 450 millions de dollars en BTC. Une performance impressionnante qui soulève de nombreuses questions sur l’avenir du minage souverain.
Alors que la plupart des nations regardent Bitcoin de loin ou le considèrent comme une simple spéculation, certains États ont choisi d’agir concrètement. Les Émirats, mais aussi le Bhoutan, ont investi dans des infrastructures de minage à grande échelle. Ces initiatives ne sont pas anodines : elles traduisent une vision stratégique à long terme dans un monde où la souveraineté numérique devient aussi cruciale que la souveraineté énergétique.
Les Émirats arabes unis deviennent une puissance du minage Bitcoin
Depuis 2022-2023, les Émirats arabes unis ont progressivement déployé une stratégie minière ambitieuse. Grâce à des partenariats privés solides, notamment avec Citadel Mining et MARA Holdings, le pays a mis en place des fermes de minage très performantes. Le résultat ? Une production quotidienne stable d’environ 4,2 BTC, soit une accumulation continue sans interruption majeure depuis plusieurs années.
Au 19 février 2026, Arkham Intelligence estime que les avoirs étatiques liés au minage atteignent 6 786 BTC. À un cours moyen oscillant autour de 67 000 dollars, cela représente environ 454 millions de dollars. Mais le chiffre le plus frappant reste celui des profits latents : 344 millions de dollars si l’on soustrait uniquement les coûts énergétiques. Une rentabilité qui fait rêver de nombreux mineurs indépendants.
« Les Émirats arabes unis ont miné pour 453,6 millions de dollars de bitcoins via leur partenaire Citadel. Ils conservent la majeure partie des BTC produits, leurs dernières sorties remontant à quatre mois. »
Arkham Intelligence
Cette politique de conservation (ou HODL souverain) contraste avec la gestion plus active de certains autres États. Les EAU semblent adopter une posture patiente, accumulant patiemment en attendant une valorisation future potentiellement bien plus élevée.
Pourquoi les Émirats ont-ils choisi le minage plutôt que l’achat direct ?
Acheter du Bitcoin sur le marché est simple. Miner en revanche demande des infrastructures, de l’énergie abondante et bon marché, ainsi qu’une vision industrielle. Les Émirats disposent de plusieurs atouts majeurs :
- Énergie relativement bon marché grâce au gaz naturel et aux accords régionaux
- Climat propice au refroidissement par air (malgré la chaleur extrême grâce à des technologies avancées)
- Stabilité politique et juridique favorable aux acteurs crypto
- Volonté affichée de devenir un hub technologique mondial
- Partenariats avec des entreprises minières de premier plan
Ces éléments combinés permettent de maintenir des coûts d’extraction compétitifs même lorsque le hashrate mondial atteint des sommets historiques. Contrairement à certains pays où l’électricité représente 70 à 80 % du coût total, les EAU semblent avoir optimisé cette variable clé.
Avantages stratégiques du minage souverain pour les Émirats :
- Création de valeur ex-nihilo (nouveaux BTC)
- Indépendance vis-à-vis des fluctuations de prix à court terme
- Développement d’expertise technique nationale
- Positionnement géopolitique dans l’économie numérique
- Diversification hors pétrole
Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de transformation économique post-pétrole. Dubaï et Abu Dhabi veulent devenir des centres névralgiques de l’innovation blockchain, de l’intelligence artificielle et des actifs numériques. Le minage n’est qu’une brique parmi d’autres dans cet édifice ambitieux.
Le cas du Bhoutan : quand le minage finance une ville du futur
À des milliers de kilomètres des gratte-ciel de Dubaï, un petit royaume himalayen a également fait le pari du minage Bitcoin, mais avec une trajectoire différente. Le Bhoutan, grâce à son abondance en énergie hydroélectrique, a commencé à miner dès 2019 via sa branche d’investissement Druk Holding & Investments.
À son apogée, le pays détenait plus de 13 000 BTC, valorisés à plus d’un milliard de dollars. Mais en 2026, la stratégie a changé : le gouvernement a décidé de vendre une partie significative de ses avoirs pour financer la construction de Gelephu Mindfulness City, une cité futuriste axée sur le bien-être, la durabilité et l’innovation.
Depuis le début de l’année, environ 29 millions de dollars de Bitcoin ont été liquidés. Les avoirs actuels tournent autour de 5 600 BTC, soit environ 375 millions de dollars. Une réduction drastique, mais justifiée par un projet d’envergure nationale.
« Le Bitcoin n’est pas seulement un actif spéculatif pour le Bhoutan, c’est aussi un outil de financement du développement durable. »
Commentaire anonyme d’un analyste crypto familier du dossier
Cette approche contraste fortement avec celle des Émirats. Là où Abu Dhabi et Dubaï accumulent, Thimphu dépense. Deux philosophies différentes pour un même outil : le minage de Bitcoin comme levier stratégique.
Les autres nations dans la course au Bitcoin
Si les Émirats et le Bhoutan sont parmi les plus visibles, d’autres pays développent également des réserves Bitcoin, souvent par des voies détournées. Les États-Unis, par exemple, détiennent des dizaines de milliers de BTC issus principalement de saisies judiciaires (Silk Road, hacks divers, etc.).
Ces avoirs publics peuvent influencer le marché lorsqu’ils sont vendus en bloc. À l’inverse, une politique de conservation massive (comme celle observée aux EAU) peut contribuer à réduire la pression vendeuse et soutenir le prix à long terme.
- États-Unis → saisies judiciaires
- El Salvador → achat + minage volcanique
- Bhoutan → minage hydroélectrique
- Émirats arabes unis → minage industriel partenaire
Chaque pays adapte sa stratégie à ses ressources naturelles, ses objectifs économiques et sa vision géopolitique. Le minage souverain devient ainsi une nouvelle forme de réserve de valeur étatique, au même titre que l’or ou les devises étrangères.
Impact potentiel sur le marché Bitcoin
Quand un État accumule plusieurs milliers de BTC sans vendre, cela retire des coins du marché disponible. À l’inverse, des ventes massives (comme celles du gouvernement américain par le passé) peuvent créer une pression baissière temporaire.
Avec plus de 6 700 BTC en réserve et une production quotidienne continue, les Émirats contribuent à la raréfaction relative de l’offre circulante. Dans un contexte où les ETF Bitcoin continuent d’attirer des milliards de dollars institutionnels, cette dynamique peut amplifier les mouvements haussiers lors des phases d’euphorie.
Facteurs qui pourraient amplifier l’impact des États :
- Augmentation du nombre de pays minant ou détenant du BTC
- Politique de non-vente prolongée (HODL souverain)
- Communication stratégique sur les réserves (effet confiance)
- Utilisation de BTC comme réserve de valeur officielle
Nous pourrions assister dans les prochaines années à une forme de « jeu de poker » entre nations : qui accumulera le plus sans craquer ? Qui vendra le premier ? Ces décisions pourraient devenir aussi scrutées que les politiques monétaires des grandes banques centrales.
Les défis du minage souverain en 2026
Malgré les succès apparents, plusieurs obstacles demeurent :
- Volatilité extrême du prix du Bitcoin
- Concurrence acharnée avec les États-Unis et la Chine (malgré l’interdiction officielle)
- Coûts énergétiques qui peuvent fluctuer rapidement
- Régulations internationales de plus en plus strictes
- Impact environnemental et pression ESG
Les Émirats semblent avoir anticipé plusieurs de ces risques en diversifiant leurs sources d’énergie et en signant des partenariats technologiques de pointe. Le Bhoutan, grâce à l’hydroélectricité, bénéficie d’un avantage écologique indéniable, même s’il doit composer avec une capacité limitée.
Vers une nouvelle géopolitique du Bitcoin ?
Le minage et la détention de Bitcoin par des États-nations ne sont plus des phénomènes marginaux. Ils traduisent un changement profond : la reconnaissance progressive de Bitcoin comme un actif de réserve stratégique au même titre que l’or ou les bons du Trésor.
Dans ce contexte, les Émirats arabes unis apparaissent comme l’un des joueurs les plus discrets mais aussi les plus efficaces. Leur trésor de 454 millions de dollars (et en croissance) pourrait devenir un argument de poids dans les négociations internationales futures, tout comme leurs avoirs pétroliers l’ont été par le passé.
Le Bhoutan, de son côté, montre qu’un petit pays peut également jouer dans la cour des grands grâce à une ressource naturelle (l’eau) et une vision audacieuse. Deux modèles différents, un même actif : Bitcoin.
En 2026, alors que le halving de 2024 est déjà loin derrière nous et que le prochain se profile à l’horizon 2028, la question n’est plus de savoir si les États vont s’intéresser à Bitcoin, mais comment ils vont l’intégrer dans leur stratégie nationale. Les Émirats arabes unis et le Bhoutan ont déjà apporté une partie de la réponse.
Et vous, pensez-vous que d’autres pays suivront cet exemple dans les prochaines années ? La souveraineté numérique passera-t-elle inévitablement par le contrôle d’une partie du réseau Bitcoin ? L’avenir nous le dira, mais une chose est sûre : le minage n’est plus seulement une affaire de geeks dans des entrepôts. C’est devenu un enjeu stratégique majeur.
À suivre de très près.
