Imaginez un vendredi matin où les traders crypto du monde entier retiennent leur souffle : d’un côté les chiffres de l’emploi américain qui tombent, de l’autre un verdict historique de la Cour suprême qui tarde à arriver. Et au final ? Presque rien. Le marché des cryptomonnaies, habitué aux montagnes russes, a choisi ce jour-là de rester étonnamment calme.
Nous sommes le 9 janvier 2026 et les données macroéconomiques continuent de dicter la tendance, même si elles semblent parfois parler une langue que les cryptos ne comprennent plus très bien. Plongeons ensemble dans ce qui s’est réellement passé et surtout dans ce que cela pourrait signifier pour les semaines à venir.
Un rapport NFP en demi-teinte qui ne fait vibrer personne
Le Bureau of Labor Statistics a publié son traditionnel rapport mensuel sur l’emploi non agricole (NFP) pour décembre 2025. Le verdict ? Seulement 50 000 emplois créés contre une prévision médiane située autour de 70 000. Un chiffre décevant, qui aurait dû – en théorie – faire trembler les marchés traditionnels et pousser les investisseurs vers les actifs risqués comme Bitcoin.
Mais il y a un hic. Dans le même temps, le taux de chômage est redescendu à 4,4 % contre 4,6 % le mois précédent. Une bonne surprise qui vient contrebalancer la faiblesse de la création d’emplois. Résultat : le marché ne sait plus trop sur quel pied danser.
« Un rapport avec quelque chose pour tout le monde… et donc rien de très clair pour personne. »
Mohamed A. El-Erian – janvier 2026
Cette ambivalence se retrouve parfaitement dans la réaction des cryptomonnaies. Bitcoin, qui flirtait avec les 89 200 $ en séance, est remonté timidement vers les 90 900 $ sans jamais véritablement décoller. Ethereum et Solana suivent la même partition : un léger mieux après la publication, puis retour à la case départ.
Pourquoi les traders crypto restent-ils si prudents ?
Plusieurs éléments expliquent cette relative indifférence :
- Le marché anticipe déjà plusieurs baisses de taux par la Fed en 2026
- Les créations d’emplois faibles sont contrebalancées par une baisse du chômage
- La croissance salariale reste soutenue à +3,8 % sur un an
- Les investisseurs préfèrent attendre le verdict de la Cour suprême sur les tarifs
En clair : il n’y a pas eu de signal assez fort pour provoquer un vrai mouvement directionnel. Ni panique, ni euphorie. Juste une sorte de flottement prudent.
Les 3 enseignements clés du NFP de décembre 2025
- Création d’emplois : 50 000 (vs 70 000 attendu)
- Taux de chômage : 4,4 % (meilleur qu’attendu)
- Croissance salariale : +3,8 % (toujours dynamique)
Les entreprises américaines sous pression tarifaire
Derrière ces chiffres se cache une réalité plus inquiétante pour certains secteurs : l’impact persistant des tarifs douaniers mis en place sous la première présidence Trump et largement maintenus depuis.
De nombreuses entreprises, même parmi les géants technologiques, ont ralenti leurs recrutements et lancé des plans d’économie drastiques. On parle ici de milliers de suppressions de postes chez des sociétés qui, sur le papier, affichent toujours des profits records.
Cette tension entre une croissance salariale soutenue et un ralentissement visible des embauches crée un tableau économique particulièrement ambigu, difficile à traduire en un seul mouvement clair sur les marchés financiers… et encore moins sur les cryptomonnaies.
La Cour suprême reporte son verdict sur les tarifs : et alors ?
Tout le monde attendait la décision de la Cour suprême des États-Unis concernant la légalité de certains tarifs imposés durant la première administration Trump. Beaucoup d’observateurs pensaient que cette décision tomberait le vendredi 9 janvier 2026.
Rien. Le verdict a été reporté à mercredi prochain. Sur Polymarket, la majorité des parieurs anticipent toujours une décision défavorable à l’administration actuelle, ce qui pourrait ouvrir la voie à des remboursements et donc à une légère détente inflationniste.
Mais même dans ce scénario, plusieurs analystes rappellent que l’administration dispose encore de nombreux leviers (enquêtes sectorielles, nouvelles mesures de rétorsion, etc.) pour maintenir ou rétablir des barrières tarifaires. Autrement dit : le report n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, mais il n’est pas non plus la révolution que certains espéraient.
Pétrole, or, argent… les matières premières regardent ailleurs
Pendant que les cryptos hésitaient, d’autres marchés ont réagi plus nettement. Les tensions croissantes au Moyen-Orient, notamment en Iran, ont poussé le baril de pétrole à remonter sensiblement. L’argent a suivi la même direction tandis que l’or est resté relativement stable.
Cette divergence rappelle une réalité parfois oubliée : les cryptomonnaies ne sont pas encore totalement décorrélées des marchés traditionnels, mais elles ne suivent plus systématiquement les mêmes catalyseurs que le pétrole ou les métaux précieux.
Que retenir pour la suite du marché crypto en 2026 ?
Prochain rendez-vous : l’inflation de décembre
Le marché crypto aura les yeux rivés sur l’indice des prix à la consommation (CPI) du mois de décembre qui sera publié mardi prochain. Le consensus anticipe une stabilité du CPI global à 2,7 % et une légère baisse du core CPI à 2,6 %.
Tout chiffre inférieur aux attentes renforcerait la probabilité de plusieurs baisses de taux par la Réserve fédérale au cours de l’année 2026 – scénario généralement considéré comme favorable aux actifs risqués, dont les cryptomonnaies.
Les voix qui comptent à la Fed
Le gouverneur Stephen Miran s’est récemment exprimé en faveur d’une baisse cumulée des taux directeurs de 150 points de base sur l’ensemble de l’année. Selon lui, des taux plus bas permettraient de soutenir le marché du travail sans relancer l’inflation de manière incontrôlable.
Cette prise de position, si elle se généralise au sein du FOMC, pourrait constituer l’un des moteurs les plus puissants pour Bitcoin et l’ensemble de l’écosystème crypto au cours des prochains trimestres.
Bitcoin toujours dans une zone charnière technique
Techniquement, Bitcoin continue d’évoluer dans une zone très disputée entre 88 000 $ et 94 000 $. Tant que ce range n’est pas cassé franchement dans un sens ou dans l’autre, la majorité des traders institutionnels préfèrent rester à l’écart ou conserver des positions directionnelles très limitées.
Le volume reste relativement faible, signe que la conviction n’est pas encore là. Le marché attend un vrai catalyseur – soit macroéconomique, soit réglementaire, soit technologique – pour sortir de sa léthargie.
Altcoins : chacun dans son coin
Du côté des altcoins, les écarts de performance commencent à se creuser. Certains projets DeFi et infrastructure tiennent relativement bien, tandis que la plupart des memecoins subissent des prises de bénéfices importantes après les hausses irrationnelles de fin 2025.
- Solana reste relativement résilient autour des 135-140 $
- Chainlink montre des signes de faiblesse malgré les espoirs autour des ETF
- Les memecoins les plus spéculatifs perdent entre 15 et 40 % en quelques jours
- Ethereum consolide sous les 3 200 $ dans un calme relatif
Conclusion : patience, le vrai mouvement se prépare
Ce vendredi 9 janvier 2026 restera probablement dans les mémoires comme une journée où tout le monde attendait quelque chose… et où presque rien ne s’est passé.
Mais les grands mouvements naissent souvent dans ce genre de périodes d’indécision apparente. Les données d’emploi mitigées, le report du verdict sur les tarifs, les tensions géopolitiques, les anticipations de baisse de taux… tous ces éléments s’accumulent sans pour l’instant provoquer l’étincelle.
Peut-être est-ce simplement le calme avant la tempête. Ou peut-être le signe que le marché crypto, après des années de maturité forcée, commence à apprendre la vertu cardinale des grands marchés financiers : la patience.
Une chose est sûre : les prochains jours et semaines s’annoncent riches en catalyseurs potentiels. Entre l’inflation, la décision de la Cour suprême, les déclarations de la Fed et les traditionnelles surprises du mois de janvier, le marché crypto pourrait enfin sortir de sa torpeur… dans un sens comme dans l’autre.
Rendez-vous très bientôt pour faire le point sur la suite de cette saga macroéconomique qui, décidément, continue de faire les beaux jours (et parfois les mauvais jours) de Bitcoin et de ses petits camarades.
