Imaginez deux figures médiatiques aux visions diamétralement opposées sur l’argent du futur, face à face, micro en main, dans une discussion qui dépasse largement le simple clash d’egos. D’un côté, Tucker Carlson, ancien présentateur star devenu voix influente dans les cercles conservateurs américains, pose une question qui hante de plus en plus d’esprits : et si le Bitcoin devenait réellement une alternative crédible au dollar ? De l’autre, Peter Schiff, économiste autoproclamé « gold bug » depuis des décennies, démonte méthodiquement cette hypothèse avec l’assurance d’un homme qui prédit l’effondrement du système fiat depuis 2008. Ce débat, diffusé début 2026, n’est pas anodin.

À une époque où la dette publique américaine dépasse allègrement les 37 trillions de dollars, où l’inflation continue de ronger le pouvoir d’achat malgré les chiffres officiels rassurants, et où plusieurs pays réduisent discrètement leur exposition au billet vert, cette confrontation touche un nerf très sensible : la confiance dans la monnaie telle que nous la connaissons depuis 1971.

Un affrontement idéologique au cœur de la crise monétaire

Le point de départ de cette joute verbale est simple mais explosif : une proposition circule à Washington pour créer une réserve stratégique de Bitcoin détenue par l’État fédéral, à l’image de ce qui existe pour le pétrole ou l’uranium. Pour les partisans, cela permettrait aux États-Unis de se positionner comme leader dans l’ère post-fiat. Pour les détracteurs, c’est tout simplement une manière élégante de renflouer les premiers investisseurs crypto aux frais du contribuable.

« Une réserve stratégique de Bitcoin ne serait rien d’autre qu’un énorme plan de sauvetage pour les early adopters, financé par les impôts des Américains qui n’ont jamais touché à cette monnaie. »

Peter Schiff

Cette phrase résume parfaitement la position de Schiff. Pour lui, Bitcoin n’est pas une monnaie, ni même un actif refuge comparable à l’or. C’est une bulle spéculative géante reposant sur le principe du « greater fool theory » : j’achète aujourd’hui parce que je suis convaincu qu’un plus gros idiot paiera plus cher demain.

Bitcoin : une technologie révolutionnaire ou une simple mode spéculative ?

Peter Schiff ne mâche pas ses mots. Selon lui, Bitcoin n’a aucune valeur intrinsèque. Contrairement à l’or, qui trouve des débouchés dans l’électronique, la joaillerie, l’aérospatiale ou même la médecine, le Bitcoin n’existe que parce que des gens acceptent de l’échanger contre des dollars, des euros ou d’autres actifs. Si cet écosystème de confiance s’effondre, il ne reste rien.

Il oppose systématiquement Bitcoin et or physique. L’or a traversé les millénaires comme réserve de valeur parce qu’il combine rareté, durabilité, divisibilité et surtout des usages industriels réels. Bitcoin ? Zéro usage hors spéculation et transferts. Schiff va même plus loin : il considère que la récente correction du prix du Bitcoin (alors que l’or continuait de grimper) prouve que les investisseurs rationnels préfèrent les actifs tangibles en période d’incertitude.

Les arguments clés de Peter Schiff contre Bitcoin comme monnaie alternative :

  • Absence totale de valeur d’usage non monétaire
  • Volatilité incompatible avec une monnaie de réserve
  • Dépendance exclusive à la confiance spéculative
  • Manque de liquidité profonde comparé aux devises souveraines
  • Risque systémique lié à la centralisation de l’extraction (mining)
  • Impossibilité pour les banques centrales de le stabiliser

De son côté, Tucker Carlson ne se contente pas de défendre Bitcoin comme simple investissement. Il pose la question stratégique : quand la confiance dans le dollar s’érode, que reste-t-il ? Il rappelle que le billet vert n’est plus adossé à rien depuis la fin de l’étalon-or en 1971. Sa valeur repose uniquement sur la foi que les autres pays et les acteurs économiques continuent de l’accepter.

La fin du privilège exorbitant du dollar ?

Schiff et Carlson s’accordent sur un point : le statut de monnaie de réserve mondiale a permis aux États-Unis de vivre bien au-dessus de leurs moyens pendant des décennies. Ils ont pu financer d’énormes déficits commerciaux et budgétaires sans que cela ne provoque une crise immédiate de la dette. Mais ce privilège est-il éternel ?

Les deux hommes citent les sanctions massives imposées à la Russie en 2022 comme un tournant. Plusieurs pays ont réalisé que détenir des réserves en dollars les rendait vulnérables à la décision unilatérale de Washington. Résultat : les achats d’or par les banques centrales ont atteint des records historiques entre 2022 et 2025, tandis que certains États (Chine, Inde, Turquie notamment) diversifient aussi vers des devises alternatives et même… des cryptomonnaies.

« Le dollar reste dominant parce qu’il n’y a pas encore d’alternative crédible. Mais dès qu’une option viable apparaîtra, le basculement pourrait être très rapide. »

Tucker Carlson

Carlson suggère que Bitcoin, grâce à sa décentralisation, son offre fixe de 21 millions d’unités et son caractère insaisissable par un seul gouvernement, pourrait remplir ce rôle d’alternative non souveraine. Schiff rétorque immédiatement : une monnaie que l’on ne peut ni stabiliser, ni prêter massivement, ni utiliser comme outil de politique monétaire n’a aucune chance de devenir une vraie monnaie de réserve mondiale.

Inflation réelle vs statistiques officielles

Une grande partie de l’échange tourne autour de l’inflation. Peter Schiff martèle un point qu’il répète depuis 20 ans : les chiffres officiels du CPI (Consumer Price Index) sont largement sous-estimés. Les méthodologies ont été modifiées à de multiples reprises depuis les années 1980-1990 pour donner l’illusion d’une inflation maîtrisée.

Il donne l’exemple du logement : les loyers et les prix immobiliers ont explosé, mais le poids de ces postes dans le panier du CPI a été artificiellement réduit. Idem pour l’éducation, la santé, les assurances. Résultat : un Américain moyen ressent une hausse du coût de la vie bien supérieure aux 2-3 % annuels annoncés par le gouvernement.

Les véritables moteurs de l’inflation selon Schiff :

  • Expansion massive de la masse monétaire (M2) depuis 2008
  • Taux d’intérêt maintenus artificiellement bas pendant plus de 15 ans
  • Achats massifs d’actifs par la Fed (QE)
  • Déficits budgétaires chroniques dépassant 1 000 milliards par an

Carlson abonde dans ce sens et accuse les deux grands partis d’avoir aggravé la situation. Il cite notamment le « Big Beautiful Bill » défendu par Donald Trump en 2025 : baisse d’impôts + augmentation des dépenses = creusement du déficit. Pour les deux hommes, peu importe la couleur politique, le problème reste structurel.

Et si Bitcoin devenait vraiment le « digital gold » ?

Les défenseurs de Bitcoin avancent plusieurs arguments que Carlson reprend à son compte :

  • Offre parfaitement connue et immuable (21 millions)
  • Décentralisation totale : aucun point de contrôle unique
  • Résistance à la censure et aux saisies
  • Transferts internationaux quasi instantanés et peu coûteux
  • Protection contre l’inflation monétaire

Mais Schiff démonte ces points un par un. La résistance à la censure ? Les grandes plateformes centralisées (exchanges) coopèrent déjà avec les gouvernements. La protection contre l’inflation ? Le prix du Bitcoin chute parfois de 70 % en quelques mois, ce qui est l’inverse d’un refuge de valeur. La décentralisation ? La majorité du hashrate est concentrée dans quelques pays et pools.

Il conclut que Bitcoin ressemble plus à une action technologique ultra-volatile qu’à une nouvelle forme d’or numérique. L’or a mis des milliers d’années à s’imposer comme étalon ; Bitcoin n’a que 17 ans d’existence et reste corrélé aux actifs risqués en période de stress.

Quel avenir pour le paysage monétaire mondial ?

Le débat ne donne pas de vainqueur clair, mais il cristallise deux visions irréconciliables de l’argent au XXIe siècle.

D’un côté, ceux qui pensent que le système fiat actuel est condamné à terme par sa propre logique : impression monétaire illimitée → dévaluation progressive → perte de confiance → recherche d’alternatives. Bitcoin serait alors le candidat naturel, surtout s’il continue de gagner en adoption institutionnelle.

De l’autre, ceux qui estiment que seul un actif tangible, utilisé depuis des millénaires et doté d’applications industrielles réelles, peut prétendre au statut de réserve de valeur ultime. L’or, toujours l’or.

« L’or a survécu à tous les empires, toutes les monnaies papier, toutes les révolutions. Bitcoin n’a même pas survécu à deux cycles complets de marché sans perdre 80 % de sa valeur à chaque fois. »

Peter Schiff

Entre ces deux extrêmes, une zone grise existe pourtant. De plus en plus d’investisseurs institutionnels considèrent Bitcoin comme une petite allocation « diversifiante », un peu comme on met 2 à 5 % en or ou en matières premières. Les ETF Bitcoin spot approuvés en 2024 ont apporté des dizaines de milliards de dollars institutionnels. Des entreprises cotées (MicroStrategy en tête) détiennent désormais des milliards en BTC dans leur bilan.

Conclusion : ni dollar éternel, ni Bitcoin triomphant… pour l’instant

Ce face-à-face entre Carlson et Schiff ne tranche pas définitivement la question. Il montre surtout à quel point le sujet est clivant et combien les certitudes d’hier vacillent.

Le dollar reste, et de très loin, la monnaie de réserve dominante. Mais chaque nouvelle crise (sanctions, inflation persistante, montée des BRICS) érode un peu plus sa légitimité. Bitcoin, lui, continue de progresser en termes d’adoption, de capitalisation et d’infrastructure, même s’il reste extrêmement volatile.

Peut-être que la vraie réponse ne viendra pas d’un duel télévisé, mais de l’histoire elle-même. Dans 10, 20 ou 50 ans, les livres d’économie écriront-ils que 2026 fut l’année où l’on commença sérieusement à envisager Bitcoin comme successeur partiel du dollar ? Ou au contraire, l’année où la bulle crypto spéculative montra une nouvelle fois ses limites ?

Pour l’instant, personne ne le sait. Mais une chose est sûre : le débat Carlson-Schiff restera comme l’un des moments symboliques où deux visions radicalement opposées de l’argent se sont affrontées sans concession, sous les yeux d’un public de plus en plus inquiet pour son avenir financier.

Et vous, de quel côté penchez-vous ?

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