Imaginez : des bourrasques glaciales balayent la côte Est, des congères de plusieurs mètres bloquent les routes, les aéroports sont paralysés et, au cœur de cette chaos blanc, un sujet brûlant attend toujours son heure : la réglementation des cryptomonnaies aux États-Unis. Ce n’est pas une fiction climatique, mais bien la réalité de ce mois de janvier 2026. La tempête hivernale Fern vient de rappeler, de manière spectaculaire, à quel point même les sujets les plus stratégiques peuvent être soumis aux caprices de la nature.

Depuis plusieurs mois, la communauté crypto observe avec une attention presque maladive les avancées (ou les blocages) législatifs à Washington. Après des années de flou juridique, de bras de fer entre la SEC et la CFTC, et de multiples projets de loi qui s’échouent les uns après les autres, 2026 semblait enfin porter l’espoir d’un cadre clair. Mais Mère Nature en a décidé autrement.

Quand la neige gèle les débats du Sénat

La tempête Fern n’est pas une petite chute de neige de saison. Née dans le golfe du Mexique, elle a rapidement gagné en puissance pour devenir l’une des tempêtes hivernales les plus étendues et les plus violentes depuis plusieurs décennies. Des températures plongeant jusqu’à -35 °C dans certaines régions du Midwest, des vents dépassant les 100 km/h, des records de précipitations neigeuses dans plusieurs États : le cocktail était parfait pour paralyser une grande partie du pays.

Et Washington n’a pas été épargné. Les sénateurs, habituellement très actifs dès la reprise des sessions après les fêtes, se sont retrouvés cloués sur place. Vols annulés, routes impraticables, télétravail généralisé dans l’administration… impossible dans ces conditions de tenir une audience publique au sein du Comité de l’Agriculture du Sénat.

Or, cette commission n’est pas n’importe laquelle. Elle exerce une autorité directe sur la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme fédéral chargé de réguler les marchés de matières premières. Et depuis plusieurs années, Bitcoin – et de plus en plus d’autres cryptomonnaies – est officiellement considéré comme une commodity par cette agence.

« La tempête Fern nous rappelle que même les sujets les plus importants restent soumis aux aléas du monde réel. »

Un sénateur anonyme, cité sur X le 26 janvier 2026

Le report de l’audience prévue le 27 janvier au 29 janvier n’est donc pas anodin. Cette réunion devait précisément aborder la structure du marché des cryptomonnaies, les responsabilités respectives de la CFTC et de la SEC, ainsi que les contours d’une éventuelle loi cadre qui viendrait clarifier la situation une bonne fois pour toutes.

Un report qui s’ajoute à une liste déjà longue

Ce n’est malheureusement pas la première fois que les discussions réglementaires sont retardées. Depuis le début de la nouvelle législature, plusieurs obstacles se sont déjà dressés sur le chemin d’une loi crypto claire :

  • Retrait du soutien de Coinbase sur le CLARITY Act
  • Désaccords profonds entre Républicains et Démocrates sur le traitement des stablecoins
  • Opposition de certaines grandes banques traditionnelles à l’idée de stablecoins offrant du rendement
  • Pression des lobbies financiers traditionnels
  • Et maintenant… la météo

Le report dû à Fern vient donc s’ajouter à une série de contretemps qui commence à inquiéter sérieusement les acteurs du secteur. Chaque semaine sans avancée concrète est vécue comme une semaine de plus dans l’incertitude juridique.

Les trois grands enjeux réglementaires actuels aux États-Unis :

  • Qui doit réguler quoi ? (CFTC vs SEC)
  • Les stablecoins doivent-ils être considérés comme des titres ou comme des commodities ?
  • Peut-on autoriser des stablecoins qui rapportent des intérêts ?

Le minage Bitcoin également touché par la tempête

Si les débats au Sénat ont été reportés, les conséquences de Fern ne se limitent pas aux couloirs du Capitole. Le réseau Bitcoin, qui dépend fortement de l’électricité bon marché et abondante, a lui aussi subi de plein fouet les effets de la tempête.

Dans plusieurs États du centre et du nord des États-Unis, les mineurs ont dû réduire drastiquement leur activité, voire arrêter complètement certains sites. Les raisons sont multiples :

  • Coupures de courant massives
  • Difficultés d’approvisionnement en carburant pour les générateurs de secours
  • Conditions météorologiques rendant l’accès aux installations impossible
  • Augmentation exceptionnelle des prix de l’électricité sur les marchés spot

Résultat : le hashrate global du réseau Bitcoin a connu une baisse temporaire significative, la première d’une telle ampleur depuis les interdictions chinoises de 2021. Même si cette baisse ne devrait être que passagère, elle rappelle une nouvelle fois la vulnérabilité du minage face aux aléas climatiques extrêmes.

Certains observateurs y voient même un argument supplémentaire en faveur d’une régulation qui prendrait en compte les enjeux énergétiques et climatiques du minage de Bitcoin. Un point qui, ironiquement, devait justement être abordé lors de l’audience reportée.

Retour sur le CLARITY Act et le retrait de Coinbase

Avant même que la neige ne vienne tout geler, un autre obstacle majeur s’était déjà dressé sur la route de la réglementation crypto : le retrait du soutien de Coinbase concernant le CLARITY Act.

Ce projet de loi, porté par des élus des deux partis, visait à clarifier les compétences respectives de la SEC et de la CFTC. Mais un point précis a fait capoter le consensus : la question des stablecoins à rendement (yield-bearing stablecoins).

« Nous ne pouvons pas soutenir un texte qui empêcherait l’innovation sur les stablecoins rémunérés. »

Porte-parole de Coinbase, janvier 2026

Les grandes banques traditionnelles, par le biais de leurs lobbies, ont poussé pour une limitation très forte, voire une interdiction pure et simple, de ces produits qui pourraient concurrencer directement les comptes d’épargne et autres produits d’épargne réglementés. Coinbase, qui travaille activement sur des produits de ce type, a donc préféré retirer son soutien plutôt que d’accepter un texte jugé trop restrictif.

Ce retrait a bloqué le CLARITY Act au sein du Comité Bancaire du Sénat, qui supervise la SEC. Deux comités, deux blocages, deux approches différentes… et toujours pas de loi en vue.

Quelles conséquences pour le marché crypto à court terme ?

Ce nouveau report, même s’il n’est que de deux jours, intervient à un moment où le marché a particulièrement besoin de clarté. Après une année 2025 marquée par une forte volatilité et plusieurs scandales (dont la spectaculaire affaire impliquant le fils d’un prestataire des U.S. Marshals), les investisseurs institutionnels attendent des signaux forts de la part des régulateurs américains.

Chaque report est perçu comme un signal d’incertitude supplémentaire. Et dans un marché aussi sensible aux nouvelles réglementaires, cela se traduit souvent par une volatilité accrue et une certaine frilosité des investisseurs.

  • Baisse temporaire du volume sur les exchanges américains
  • Augmentation des flux vers des juridictions plus claires (Singapour, Dubaï, Suisse…)
  • Prudence accrue des institutionnels avant de prendre de nouvelles positions
  • Renforcement des positions short par certains hedge funds crypto

Mais tous les espoirs ne sont pas éteints pour autant. Une fois la tempête passée et les discussions relancées, plusieurs observateurs estiment que les avancées pourraient être rapides. Les positions des différents acteurs sont maintenant bien connues, les points de blocage clairement identifiés. Il suffira peut-être d’un compromis sur les stablecoins pour débloquer la situation.

Et si la tempête Fern finissait par être bénéfique ?

Au-delà des désagréments immédiats, certains analystes avancent une hypothèse intéressante : ce report forcé pourrait, paradoxalement, permettre d’aboutir à un meilleur texte.

En effet, les deux jours supplémentaires donnent un peu plus de temps aux différents acteurs pour négocier en coulisses, trouver des compromis, et affiner les amendements. Dans un contexte politique américain toujours très polarisé, ces quelques jours de répit pourraient s’avérer précieux.

De plus, la visibilité médiatique autour de la tempête Fern permet de rappeler au grand public que la régulation crypto n’est pas qu’un sujet technique réservé aux initiés. Quand le Capitole est bloqué par la neige, tout le monde comprend que même les sujets les plus stratégiques restent soumis aux aléas du réel.

Ce que la tempête Fern nous enseigne sur la maturité du secteur crypto :

  • Le marché est devenu suffisamment important pour intéresser les plus hautes sphères de l’État
  • Les aléas climatiques impactent désormais directement l’infrastructure Bitcoin
  • La régulation reste un sujet éminemment politique, sensible aux rapports de force et aux contingences
  • La communauté crypto doit apprendre à naviguer dans un environnement législatif complexe et imprévisible

Vers un cadre réglementaire en 2026 ? Perspectives réalistes

Si l’on regarde le calendrier législatif américain, plusieurs fenêtres de tir restent ouvertes en 2026. Les élections de mi-mandat approchant, les élus cherchent des sujets consensuels qui puissent être présentés comme des victoires aux électeurs. La régulation crypto, si elle est bien calibrée, pourrait faire partie de ces sujets.

Plusieurs éléments plaident en faveur d’une adoption avant la fin de l’année :

  • Pression croissante des acteurs institutionnels (BlackRock, Fidelity, etc.)
  • Concurrence internationale accrue (Europe avec MiCA, Asie avec plusieurs hubs crypto)
  • Volonté affichée de l’administration de clarifier le cadre
  • Nécessité de protéger les investisseurs après plusieurs scandales majeurs

Mais plusieurs obstacles demeurent :

  • Désaccords persistants sur les stablecoins
  • Opposition des banques traditionnelles
  • Complexité technique des sujets à traiter
  • Agenda politique chargé

Conclusion : la patience, nouvelle vertu cardinale du crypto-investisseur

La tempête Fern ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir météorologique. Mais elle aura servi de rappel brutal : dans le monde réel, même les sujets les plus stratégiques et les plus attendus peuvent être ralentis par des éléments totalement imprévisibles.

Pour la communauté crypto, habituée à des cycles rapides et à des mouvements de prix en quelques heures, cette lenteur législative peut sembler insupportable. Pourtant, elle fait désormais partie du jeu. La maturité du secteur passe aussi par l’acceptation que la régulation ne se décrète pas en un tweet ou en une conférence de presse, mais se construit lentement, parfois au rythme des flocons qui tombent.

Rendez-vous donc le 29 janvier pour (peut-être) enfin entendre les débats tant attendus. En espérant que, cette fois, aucun phénomène météo ne vienne jouer les trouble-fêtes.

Et vous, comment vivez-vous cette attente réglementaire ? Patience ou frustration ? La section commentaires est ouverte.

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