Imaginez un instant : vous êtes un entrepreneur français qui a cru en la blockchain il y a dix ans, vous avez bâti une société prometteuse, vous gagnez bien votre vie… et du jour au lendemain des individus masqués font irruption chez vous, séquestrent votre famille et exigent vos clés privées sous la menace d’une arme. Cette scène, qui ressemble à un mauvais thriller, est malheureusement devenue une réalité beaucoup trop fréquente dans l’Hexagone en ce début d’année 2026.
Le secteur des actifs numériques, longtemps considéré comme une bulle spéculative ou un terrain de jeu pour geeks, est aujourd’hui propulsé au cœur des préoccupations régaliennes de l’État français. Souveraineté technologique d’un côté, sécurité physique des personnes de l’autre : deux impératifs qui se télescopent violemment et obligent le pouvoir politique à réagir.
Quand la blockchain devient une affaire d’État
Le sixième anniversaire de l’Association pour le Développement des Actifs Numériques (Adan) aurait dû être une simple célébration. Il s’est transformé en tribune politique d’une rare intensité. Pour la première fois peut-être, des représentants du plus haut niveau de l’État sont venus expliquer, sans détour, que la crypto n’est plus une option mais une composante stratégique de la défense nationale.
Ce tournant n’est pas anodin. Il traduit une prise de conscience brutale : ignorer ou mal protéger l’écosystème blockchain revient à fragiliser un pan entier de l’avenir économique et technologique du pays.
La recrudescence alarmante des violences physiques
Depuis le début de l’année 2025, les services de police et de gendarmerie constatent une hausse spectaculaire des faits de violence ciblant spécifiquement les acteurs du Web3 : dirigeants de startups, investisseurs privés, créateurs de protocoles, traders indépendants fortunés… La liste s’allonge mois après mois.
Les modes opératoires se ressemblent : repérage discret, intrusion violente au domicile, séquestration parfois sur plusieurs heures, menace directe sur les proches, exigence de transfert immédiat de cryptomonnaies vers des portefeuilles anonymes. Les montants extorqués varient de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions d’euros.
« La sécurité physique des entrepreneurs et investisseurs du secteur crypto est devenue une priorité absolue pour le ministère de l’Intérieur. Nous ne laisserons pas la France devenir la cible privilégiée de cette nouvelle criminalité. »
Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur – février 2026
Face à cette vague sans précédent, le locataire de la Place Beauvau a décidé de sortir l’artillerie lourde. Un plan d’urgence a été présenté en détail lors de l’événement anniversaire de l’Adan.
Les principales mesures annoncées :
- Audits de vulnérabilité systématiques au domicile et au siège social des personnes identifiées comme exposées
- Mise en place de canaux d’alerte dédiés et priorisation maximale des interventions (RAID, BRI, GIGN selon le niveau de menace)
- Programme de formation croisée : les enquêteurs spécialisés en blockchain forment les entrepreneurs à la cybersécurité opérationnelle, tandis que les forces de l’ordre reçoivent des cours accélérés sur la traçabilité on-chain
- Coordination renforcée avec TRACFIN, l’AMF et les unités judiciaires spécialisées dans les crimes financiers
- Plus de vingt interpellations rien qu’en janvier 2026, démontrant une réactivité nouvelle
Ces annonces traduisent une volonté claire : l’État ne se contente plus de déplorer les faits, il passe à l’action concrète et visible.
Souveraineté technologique : le cri d’alarme de Gabriel Attal
Si Laurent Nuñez s’est concentré sur l’urgence sécuritaire immédiate, l’ancien Premier ministre Gabriel Attal a, lui, pris un angle beaucoup plus géopolitique et prospectif. Selon lui, le retard accumulé par l’Europe sur les infrastructures blockchain constitue déjà une menace sérieuse pour son autonomie stratégique.
Il a notamment insisté sur le paradoxe actuel : l’Europe reste puissante dans le système financier traditionnel (23 % des messages SWIFT transitent encore par des institutions européennes), mais elle est quasiment absente du marché des stablecoins, avec seulement 0,2 % de parts de marché mondiales.
« Demain, la vraie indépendance se jouera sur notre capacité à ne plus dépendre d’infrastructures financières étrangères. Si nous laissons les États-Unis et la Chine dominer les flux numériques de valeur, nous perdrons une part essentielle de notre souveraineté. »
Gabriel Attal – février 2026
Pour Attal, l’euro numérique n’est plus un simple projet technique : c’est une arme de souveraineté. Il appelle à une accélération massive du calendrier et à une refonte des contraintes réglementaires qui, selon lui, freinent aujourd’hui l’innovation européenne au profit des juridictions plus permissives.
Pourquoi la France est-elle devenue une cible privilégiée ?
Plusieurs facteurs expliquent cette concentration inhabituelle de violences dans l’Hexagone :
- Une communauté crypto française dynamique et relativement visible (réseaux sociaux, événements physiques, médias spécialisés)
- Une concentration importante de patrimoines crypto non déclarés ou mal protégés
- La proximité géographique avec des réseaux criminels organisés déjà rodés aux extorsions classiques
- Une certaine naïveté persistante chez certains acteurs qui affichent leur réussite sans mesure
- Le bouche-à-oreille dans le milieu criminel : la France serait devenue « le bon filon » pour ce type d’opérations
Cette conjonction de facteurs crée un cocktail explosif que les autorités tentent désormais de désamorcer.
Les entrepreneurs crypto face à un double défi
Pour les fondateurs et investisseurs, la situation est particulièrement inconfortable. D’un côté ils subissent une pression réglementaire toujours plus forte (MiCA, obligations PSAN, traçabilité accrue), de l’autre ils doivent désormais apprendre à vivre sous protection policière comme s’ils étaient des personnalités politiques ou des chefs d’entreprise du CAC 40.
Certains ont déjà pris des mesures radicales : déménagement à l’étranger, utilisation systématique de portefeuilles multisignatures avec clés géographiquement dispersées, recours à des sociétés-écrans pour masquer leur exposition réelle, embauche d’agents de protection rapprochée… Autant de pratiques qui, il y a encore trois ans, semblaient réservées aux films d’action.
Quelques conseils de bon sens qui circulent aujourd’hui dans l’écosystème :
- Ne jamais publier de photos de son intérieur ou de sa voiture de luxe sur les réseaux
- Utiliser systématiquement un VPN et un téléphone dédié pour les discussions sensibles
- Fractionner les avoirs sur plusieurs wallets et privilégier le cold storage
- Éviter les meetups physiques non sécurisés
- Préparer un « plan panique » familial avec code d’alerte discret
- Ne jamais répondre aux sollicitations privées non vérifiées
Ces réflexes, autrefois considérés comme paranoïaques, sont en train de devenir la norme.
L’euro numérique : solution ou mirage ?
Beaucoup voient dans l’euro numérique la réponse à la fois au retard stratégique et à la menace criminelle. Une monnaie digitale de banque centrale (MNBC) contrôlée par l’Eurosystème permettrait théoriquement :
- De reprendre la main sur une partie des flux de valeur numériques
- D’offrir une alternative crédible et régulée aux stablecoins privés
- De disposer d’outils de traçabilité bien plus puissants que ceux du Bitcoin ou de l’USDT
- De renforcer l’attractivité de la place financière européenne
Mais plusieurs voix s’élèvent déjà pour rappeler que la technologie seule ne suffira pas. Sans un cadre fiscal et réglementaire attractif, sans financement suffisant pour les projets innovants, et sans une vraie culture de l’innovation au sein des administrations, l’euro numérique risque de rester un outil administratif de plus, loin derrière les géants américains et asiatiques.
Quel avenir pour la « Crypto Nation » française ?
La France se trouve à un carrefour historique. Elle peut soit devenir l’un des tout premiers pays à traiter la blockchain comme un actif stratégique comparable à l’énergie nucléaire ou à l’aéronautique, soit laisser l’innovation filer définitivement vers d’autres continents.
Le plan sécuritaire de Laurent Nuñez montre une volonté d’agir rapidement sur le court terme. Le discours souverainiste de Gabriel Attal dessine une ambition pour les dix prochaines années. Reste à savoir si ces deux dimensions parviendront à s’articuler efficacement ou si elles resteront des postures parallèles.
Une chose est sûre : 2026 restera comme l’année où la crypto est sortie des colonnes « économie » ou « high-tech » pour atterrir directement dans les dossiers confidentiel-défense du gouvernement français.
Entre menaces physiques très concrètes et impératifs géopolitiques abstraits, l’écosystème français des actifs numériques vit sans doute ses heures les plus intenses… et les plus décisives.
À suivre de très près.

