Imaginez un réseau qui, pendant des années, a fait le choix radical d’une inflation à deux chiffres pour sécuriser son écosystème… puis qui décide soudain de tout remettre en question. C’est exactement ce qui vient de se produire avec Cosmos. Le 25 novembre 2025, le Cosmos Hub a publié une proposition qui pourrait bien marquer la fin d’une ère et le début d’une nouvelle philosophie économique pour les blockchains Proof-of-Stake.
Ce n’est pas une petite mise à jour technique. C’est une refonte complète de la raison d’être du token ATOM. Exit le dogme de la « sécurité par l’inflation ». Place à un modèle où chaque nouveau token émis dépendra directement des revenus générés par le réseau. Autrement dit : Cosmos veut transformer ATOM en actif réellement productif.
Cosmos Hub : la fin officielle de l’inflation illimitée
Depuis sa création, Cosmos a toujours défendu un modèle inflationniste assumé. L’idée était simple : émettre continuellement de nouveaux ATOM pour rémunérer les validateurs et garantir la sécurité du Hub. En 2021, le taux d’inflation oscillait encore autour de 20 % par an. Un choix qui a longtemps divisé la communauté.
Les critiques étaient nombreuses. Les holders non-stakers voyaient leur part diluée chaque jour. Les validateurs, eux, recevaient des récompenses qu’ils vendaient immédiatement pour couvrir leurs coûts opérationnels. Résultat ? Une pression vendeuse constante qui a plombé le prix d’ATOM pendant des années.
« Il est temps de lancer la discussion sur un nouveau modèle de tokenomics pour ATOM, basé sur la recherche et les données. »
Cosmos Hub – 25 novembre 2025
Le tournant de la Proposition 996
Avant même cette annonce choc, la communauté avait déjà commencé à bouger. En octobre 2025, la Proposition 996 a été adoptée à une large majorité. Son effet ? Rediriger 98 % des nouvelles émissions directement vers les stakers au lieu des validateurs purs.
Conséquence immédiate : le taux de staking est passé de 65 % à plus de 82 % en quelques semaines. Le taux annuel de récompense s’est stabilisé autour de 16,34 %. Pour la première fois depuis longtemps, les holders qui participaient au réseau étaient réellement récompensés par rapport à ceux qui restaient passifs.
Mais ce n’était qu’une étape intermédiaire. Une sorte de pansement sur une jambe de bois. La vraie révolution, c’est celle qui vient d’être annoncée.
Un mécanisme d’inflation… qui peut tomber à zéro
Le cœur de la nouvelle proposition repose sur un principe aussi simple qu’élégant : l’émission de nouveaux ATOM sera désormais directement corrélée aux frais générés par le réseau.
Concrètement, plus le Cosmos Hub collecte de frais (via les transactions interchain, la sécurité partagée, les services du Hub), moins il aura besoin d’émettre de nouveaux tokens pour rémunérer les validateurs. Dans le meilleur des cas, l’inflation pourrait tomber à zéro. Voire devenir négative avec un mécanisme de burn.
Comment fonctionnera le nouveau modèle en pratique ?
- Les frais de transaction du Hub sont collectés en ATOM et autres tokens
- Une partie de ces frais rémunère directement les validateurs
- Le reste est redistribué aux stakers ou brûlé
- Si les revenus couvrent 100 % des coûts de sécurité → inflation = 0
- Si les revenus dépassent les coûts → mécanisme de burn activé
C’est une rupture philosophique complète avec la majorité des réseaux PoS historiques (Cosmos inclus) qui considéraient l’inflation comme une nécessité absolue pour la sécurité.
Interchain Security : la vraie mine d’or du Cosmos Hub
Pour comprendre pourquoi ce modèle peut fonctionner, il faut regarder du côté de l’Interchain Security (ICS). Lancé en 2023, ce protocole permet à n’importe quelle blockchain construite avec le Cosmos SDK de déléguer sa sécurité au Cosmos Hub contre rémunération.
En clair : ces chaînes (appelées consumer chains) paient le Hub en tokens natifs ou en ATOM pour bénéficier de son set de validateurs professionnel. C’est un peu comme si le Cosmos Hub devenait le « AWS de la sécurité blockchain ».
À ce jour, plusieurs projets majeurs ont déjà signé :
- Neutron (NTRN)
- Strides
- Celestia (en discussion avancée)
- Dozens de rollups et appchains en préparation
Chaque nouvelle chaîne qui rejoint ICS représente un flux de revenus direct pour le Hub. Et donc, potentiellement, moins d’inflation pour ATOM.
ATOM : de la gouvernance au cash-flow asset
Avec cette refonte, le rôle d’ATOM change radicalement. Il ne s’agit plus seulement d’un token de gouvernance ou d’un outil pour payer les frais de gas. Il devient un véritable cash-flow asset.
Les holders d’ATOM vont désormais toucher une partie des revenus réels générés par :
- Les frais des consumer chains (via ICS)
- Les transactions sur le Hub lui-même
- Les services de liquid staking
- Les éventuels protocoles DeFi construits dessus
« ATOM n’est plus seulement un jeton de gouvernance, il évolue vers un actif générateur de flux de trésorerie au cœur d’une économie numérique en pleine maturité. »
C’est exactement le genre de narrative qui manquait à ATOM depuis des années. Un récit clair : « Acheter ATOM, c’est acheter une part des revenus de l’infrastructure interchain ».
Les risques et les défis qui restent
Tout n’est pas rose pour autant. Cette transition repose sur plusieurs paris risqués.
Premier défi : l’adoption réelle de l’Interchain Security. Pour l’instant, seule une poignée de chaînes l’ont activé. Si le pipeline reste vide, les revenus ne suffiront pas et le Hub devra maintenir une inflation minimale pour garder ses validateurs.
Deuxième point sensible : la centralisation potentielle. En concentrant la sécurité de dizaines de chaînes sur le set de validateurs du Hub, on crée un point de défaillance unique. Un hack ou une attaque 51 % sur le Hub pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur tout l’écosystème.
Troisième inconnue : la réaction du marché. Historiquement, les annonces de réduction d’inflation (comme chez Ethereum avec EIP-1559) ont créé des rallyes massifs. Mais ATOM traîne une réputation de « projet technique sans narrative ». Est-ce que cette fois sera la bonne ?
Comparaison avec les autres grands réseaux
Pour bien mesurer l’ampleur du changement, rien de tel qu’un petit tableau comparatif :
| Réseau | Modèle actuel | Inflation 2025 | Source de revenus |
| Ethereum | Ultra-sound money | Négative (-0,5 %) | Frais + MEV |
| Solana | Inflation décroissante | ~5 % → 1,5 % | Frais (50 % brûlés) |
| Cosmos (ancien) | Inflation fixe | 7-20 % | Émission arbitraire |
| Cosmos (nouveau) | Inflation variable | 0 à X % | Revenus réels ICS |
Si le plan fonctionne, Cosmos pourrait devenir le premier grand réseau à avoir une inflation potentiellement nulle sans avoir recours à un mécanisme de burn systématique comme Ethereum.
Ce que ça change pour vous, holder d’ATOM
En pratique, voilà ce qui vous attend dans les prochains mois :
- Une pression vendeuse des validateurs qui devrait fortement diminuer
- Un rendement réel (en dollars) qui dépendra de l’activité du réseau
- Un staking qui devient presque obligatoire pour ne pas se faire diluer
- Un token qui pourrait enfin avoir une valorisation basée sur des métriques traditionnelles (type price-to-sales)
En résumé : ATOM passe du statut de « crypto technique sous-évaluée » à celui d’infrastructure play avec un business model clair et scalable.
Le pari est osé. Mais si une équipe est capable de le réussir, c’est bien celle de Cosmos : les pionniers de l’interopérabilité, ceux qui ont construit le SDK qui alimente plus de 30 % de la valeur totale des blockchains aujourd’hui.
2026 pourrait bien être l’année où ATOM sort enfin de l’ombre. Et cette fois, ce ne sera pas grâce à une hype passagère… mais grâce à des revenus bien réels.

