Imaginez pouvoir faire travailler vos stablecoins sans jamais quitter le confort et la sécurité de votre propre portefeuille. Plus besoin de transférer des fonds vers des protocoles inconnus ni de confier la garde à un tiers. C’est exactement ce que propose désormais CoinShares en s’associant à Safe Labs et Railnet. L’annonce, publiée récemment, marque une étape concrète vers une finance on-chain plus mature, où la performance et le contrôle ne s’excluent plus mutuellement.

Une Alliance Stratégique Pour Le Rendement Sans Compromis

Le cœur de cette initiative repose sur une répartition claire des rôles. CoinShares conçoit et sélectionne les stratégies de rendement sur stablecoins. Railnet apporte l’infrastructure de vaults. Safe Labs, de son côté, fournit l’interface utilisateur via son widget Earn intégré dans Safe{Wallet}. Le résultat ? Les positions restent en permanence dans les comptes Safe des utilisateurs. Aucune cession de garde, aucun pouvoir discrétionnaire transféré à l’asset manager.

Cette architecture répond à une demande croissante de la part des trésoreries d’entreprises, des fondations, des family offices et des organisations on-chain. Ces acteurs veulent bénéficier d’une supervision professionnelle des risques tout en conservant une maîtrise totale de leurs actifs. Pendant des années, le choix semblait binaire : soit la performance, soit le contrôle. Cette collaboration tente de briser ce dilemme.

Comment fonctionne concrètement l’intégration

L’utilisateur accède aux stratégies directement depuis le widget Earn de son wallet Safe. Il décide librement du moment du dépôt et peut demander un retrait à tout instant. CoinShares Capital Markets (Jersey) Limited se charge de la conception des stratégies et de la sélection des risques associés. Railnet, héritier de l’infrastructure développée par Kiln, assure le lien technique entre ces stratégies et l’interface Safe.

Selon les termes communiqués, la disponibilité dépend de la juridiction et de l’éligibilité de chaque personne. Les rendements ne sont jamais garantis. Les actifs numériques comportent un risque de perte en capital. Ces mises en garde figurent explicitement dans le communiqué, rappelant que même les produits les plus structurés restent exposés à la volatilité inhérente au secteur.

Les points essentiels à retenir sur le dispositif

  • CoinShares sélectionne les stratégies et gère le profil de risque sans détenir les actifs.
  • Les positions restent en self-custody dans les comptes Safe des utilisateurs.
  • Railnet fournit l’infrastructure de vaults qui connecte tout le système.
  • Les retraits peuvent être demandés à tout moment par l’utilisateur.
  • L’accès est soumis à des restrictions géographiques strictes.

Pourquoi les trésoreries institutionnelles sont concernées

Les équipes de trésorerie crypto ne se contentent plus de stocker et de transférer des stablecoins. Elles cherchent désormais des solutions de rendement accompagnées d’une vraie gouvernance des risques. Les protocoles DeFi purs, parfois opaques ou peu adaptés aux exigences de conformité, constituent souvent un frein. La garde par un tiers également. CoinShares a précisément identifié ces freins comme des obstacles majeurs à l’adoption.

Pour illustrer l’ampleur du marché, le communiqué s’appuie sur des données DefiLlama indiquant des soldes de stablecoins dépassant les 315 milliards de dollars au 23 juin. Même si ce chiffre date un peu, il donne une idée de l’ampleur des liquidités potentiellement mobilisables via des stratégies de trésorerie structurées. Une partie de ces fonds dort encore dans des wallets, attendant des solutions qui allient performance et contrôle.

Les institutions ne devraient pas avoir à choisir entre conserver le contrôle de leurs actifs et accéder à des stratégies de rendement conçues de manière professionnelle.

Jean-Marie Mognetti, co-fondateur, président et CEO de CoinShares

Cette déclaration résume parfaitement la philosophie de l’opération. Mognetti présente l’intégration comme le prolongement naturel du savoir-faire de CoinShares, développé pendant plus d’une décennie sur les marchés régulés, désormais déployé directement sur les réseaux blockchain. Il s’agit, selon lui, du premier pas majeur de la société vers une gestion d’actifs véritablement on-chain.

Le rôle précis de chaque partenaire

Safe Labs insiste sur le fait qu’elle ne fournit ni conseil en investissement, ni recommandation, ni service de gestion. Son rôle se limite à l’infrastructure de comptes intelligents en self-custody. Rahul Rumalla, CEO de Safe, souligne que l’objectif est de donner aux entreprises et aux organisations on-chain un contrôle programmable et sécurisé sur leurs actifs. L’intégration permet d’accéder à des stratégies professionnelles sans quitter cet environnement de confiance.

Du côté de Railnet, Laszlo Szabo, CEO et co-fondateur, explique que la demande porte à la fois sur des stratégies à risque maîtrisé et sur l’accès aux revenus générés par des actifs du monde réel. Selon lui, l’infrastructure blockchain existante n’avait pas été conçue pour répondre aux besoins des asset managers sophistiqués. Railnet se positionne précisément comme le chaînon manquant en matière de transparence et de règlement.

Cette division du travail est intéressante. Elle évite les conflits d’intérêts classiques où un même acteur conçoit le produit, le distribue et en assure la garde. Ici, chaque maillon reste indépendant dans sa responsabilité, ce qui renforce la clarté pour l’utilisateur final.

Un contexte déjà préparé par Safe

Ce n’est pas la première fois que Safe s’intéresse aux stablecoins. En janvier, une collaboration avec Ethena Labs avait déjà permis d’élargir l’accès à USDe au sein de l’écosystème de comptes intelligents. À l’époque, les comptes Safe détenaient plus de 6 milliards de dollars d’actifs en stablecoins sur Ethereum, dont 65,1 millions en sUSDe. Des frais de transaction sponsorisés et un multiplicateur de points Ethena accompagnaient l’initiative.

Ces précédents montrent que Safe a progressivement transformé son wallet en une plateforme de services financiers on-chain. L’arrivée de stratégies CoinShares s’inscrit dans cette logique d’enrichissement progressif de l’expérience utilisateur, sans jamais céder sur le principe de self-custody.

Ce que révèle le rapport Hybrid Finance de CoinShares

Parallèlement à cette annonce, CoinShares a publié en août un rapport Hybrid Finance réalisé avec Token Terminal. Les chiffres sont éloquents : les dépôts en actifs du monde réel (RWA) ont triplé, passant de 2,3 à 7,4 milliards de dollars entre le deuxième trimestre 2025 et le deuxième trimestre 2026. Dans le même temps, les dépôts totaux en DeFi ont reculé d’environ 15 %.

Près de 70 % des dépôts RWA mesurés se trouvaient sur Ethereum. Aave, Morpho et Kamino figuraient parmi les principales plateformes utilisées pour le collatéral générateur de rendement. Les rendements observés dans l’échantillon se situaient grosso modo entre 3,2 % et 5,5 %. Ces données ne constituent pas une promesse pour les stratégies Safe, mais elles donnent un ordre de grandeur de ce que le marché peut proposer aujourd’hui.

Le rapport illustre une bascule progressive : les investisseurs institutionnels privilégient de plus en plus les actifs adossés à des revenus réels plutôt que les purement spéculatifs. Les stablecoins, lorsqu’ils sont déployés dans des stratégies structurées, deviennent un outil de trésorerie à part entière.

Les restrictions d’accès et les enjeux réglementaires

Un point important pour les lecteurs américains : les stratégies ne sont pas accessibles aux personnes des États-Unis. Le communiqué le précise clairement. CoinShares, cotée Nasdaq sous le ticker CSHR, propose cette offre via sa filiale de capital markets basée à Jersey. Cette distinction juridique n’est pas anodine. Elle rappelle que même les acteurs les plus établis doivent naviguer avec prudence dans un environnement réglementaire fragmenté.

Cette exclusion des US persons s’inscrit dans une réalité plus large. De nombreux produits de rendement on-chain restent inaccessibles aux résidents américains pour des raisons de conformité. Les institutions européennes et asiatiques, en revanche, peuvent plus facilement explorer ces nouvelles pistes.

CoinShares continue d’élargir son offre réglementée

L’intégration Safe n’est pas un mouvement isolé. En juillet, CoinShares a lancé un ETF minier sur Deutsche Börse Xetra via une nouvelle plateforme UCITS. Cette structure européenne ouvre l’accès aux fonds de pension, assureurs et banques privées dont les mandats d’investissement interdisent parfois l’achat de titres de dette ou de produits cotés adossés physiquement à des actifs numériques.

La plateforme UCITS doit servir de base à d’autres fonds thématiques et numériques régulés. On voit donc une stratégie cohérente : d’un côté, des produits cotés et régulés pour les canaux traditionnels ; de l’autre, des stratégies on-chain accessibles via des wallets self-custody pour les acteurs crypto-natifs.

Les avantages concrets pour les différents profils d’utilisateurs

Pour une trésorerie d’entreprise qui détient déjà des stablecoins dans un Safe multi-signature, l’intérêt est immédiat. Elle peut allouer une partie de ses liquidités à des stratégies sélectionnées sans modifier son architecture de sécurité ni ses processus de gouvernance. Les signatures multi-parties restent en place. Les contrôles d’accès ne changent pas.

Les fondations et organisations décentralisées y trouvent également leur compte. Elles peuvent déployer des liquidités excédentaires tout en restant fidèles à leur principe de non-custodial. Les family offices apprécieront la séparation claire entre le design de la stratégie et la détention des actifs.

Même les investisseurs individuels crypto expérimentés peuvent y voir un intérêt, à condition d’être éligibles. Ils accèdent à une sélection professionnelle sans avoir à auditer eux-mêmes chaque protocole ou à gérer la complexité opérationnelle des vaults.

Les risques à ne pas sous-estimer

Malgré la structure soignée, les risques existent. Les rendements varient. Les actifs numériques peuvent perdre de la valeur. Les smart contracts, même audités, ne sont jamais totalement exempts de failles. La liquidité des stratégies peut évoluer. Les conditions de marché changent. CoinShares le rappelle explicitement : rien n’est garanti.

La self-custody elle-même comporte des responsabilités. Perdre l’accès à son Safe ou mal gérer les clés reste un risque opérationnel réel. L’intégration ne supprime pas ces enjeux ; elle les laisse entre les mains de l’utilisateur, ce qui est à la fois un atout et une contrainte.

Points de vigilance avant d’utiliser le service

  • Vérifier soigneusement son éligibilité géographique et réglementaire.
  • Comprendre que les rendements passés ou affichés ne préjugent pas des performances futures.
  • Évaluer sa propre capacité à gérer la self-custody de manière sécurisée.
  • Lire attentivement les termes fournis par CoinShares Capital Markets (Jersey) Limited.
  • Ne jamais allouer des fonds dont on ne peut pas se passer.

Une évolution plus large du paysage DeFi institutionnel

Cette annonce s’inscrit dans une tendance de fond. Les asset managers traditionnels cherchent des moyens d’entrer dans la DeFi sans renoncer à leurs standards de gestion des risques. Les infrastructures de vaults se multiplient. Les wallets smart account deviennent des hubs de services. Les stablecoins, longtemps cantonnés au rôle de simple moyen de paiement ou de réserve de valeur, évoluent vers des instruments de trésorerie générateurs de revenus.

Le fait que CoinShares, acteur déjà bien implanté dans les produits cotés et régulés, choisisse de passer par Safe et Railnet est significatif. Cela montre que la frontière entre finance traditionnelle et finance décentralisée continue de s’estomper, non pas par des discours, mais par des produits concrets utilisables au quotidien.

Ce que cela change pour l’écosystème Safe

Safe consolide sa position de référence pour les organisations qui gèrent des actifs on-chain de manière collaborative. En intégrant des services financiers de qualité institutionnelle, le wallet devient plus qu’un simple outil de conservation. Il se transforme progressivement en une véritable suite de gestion d’actifs programmable.

Pour les développeurs et les intégrateurs qui construisent autour de Safe, cette ouverture vers des stratégies de rendement professionnelles ouvre de nouvelles perspectives. On peut imaginer des dashboards de trésorerie plus riches, des automatisations de déploiement de liquidités, ou encore des outils de reporting adaptés aux exigences des boards d’entreprises.

Perspectives et prochaines étapes possibles

Rien n’indique pour l’instant l’étendue exacte des stratégies proposées ni les niveaux de rendement visés. L’annonce reste volontairement générale sur ces aspects. On peut cependant anticiper que CoinShares s’appuiera sur son expertise en sélection de risques et en structuration pour proposer des profils adaptés à différents appétits.

La collaboration pourrait également servir de modèle à d’autres asset managers souhaitant distribuer leurs stratégies via des interfaces self-custody. Railnet se positionne précisément comme un facilitateur dans ce domaine. Si le modèle fonctionne, on pourrait voir apparaître d’autres partenariats similaires dans les mois à venir.

Du côté réglementaire, l’évolution des cadres européens et asiatiques jouera un rôle déterminant. Plus les règles deviendront claires, plus les institutions seront enclines à déployer des volumes significatifs dans ce type de structures.

Un pas de plus vers la maturité de la finance on-chain

En définitive, l’intégration de CoinShares dans Safe via Railnet illustre une évolution profonde. La DeFi n’est plus seulement le terrain de jeu des traders individuels et des yield farmers. Elle attire désormais des acteurs qui apportent des processus, une culture du risque et des exigences de transparence hérités de la finance traditionnelle.

Pour l’utilisateur final, le bénéfice potentiel est clair : accès à des stratégies sélectionnées professionnellement, conservation de la self-custody, interface familière. Pour l’écosystème, c’est un signal que les murs entre les deux mondes continuent de s’abaisser, un produit après l’autre.

Les mois à venir diront si cette initiative trouve un écho significatif auprès des trésoreries et des organisations ciblées. En attendant, elle offre déjà un aperçu concret de ce à quoi pourrait ressembler une gestion d’actifs on-chain mature, où performance et contrôle ne sont plus des concepts opposés mais complémentaires.

Les stablecoins ont longtemps été perçus comme des outils passifs. Avec des structures comme celle proposée par CoinShares, Safe et Railnet, ils commencent à devenir des instruments actifs de gestion de trésorerie. Cette mutation, encore discrète, pourrait bien transformer en profondeur la façon dont les organisations gèrent leurs liquidités sur la blockchain.

Le marché des stablecoins dépasse déjà les centaines de milliards de dollars. Une fraction seulement de ces fonds est aujourd’hui déployée dans des stratégies de rendement structurées et accessibles via des interfaces self-custody de qualité institutionnelle. L’espace de progression reste donc considérable. Chaque nouvelle intégration de ce type rapproche un peu plus l’écosystème de ce potentiel encore largement inexploité.

En gardant toujours à l’esprit les risques inhérents et les restrictions d’accès, cette annonce mérite d’être suivie de près. Elle ne révolutionne pas à elle seule le secteur, mais elle en trace une direction claire et crédible pour les années à venir.

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