Imaginez un instant : vous pariez sur le résultat d’une élection présidentielle américaine, sur le score d’un Super Bowl ou même sur la prochaine décision de la Fed… et tout cela de manière parfaitement légale et régulée aux États-Unis. Pendant des années, cette idée a semblé hors de portée. Puis est arrivée la proposition choc de l’ère Biden. Aujourd’hui, en ce début février 2026, tout change radicalement.

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC) vient officiellement de retirer la proposition qui visait à interdire les marchés de prédiction sur les événements sportifs et politiques. Ce revirement marque un tournant majeur pour tout un écosystème qui avait grandi dans l’ombre des incertitudes réglementaires.

Un soulagement historique pour les plateformes de prédiction

Depuis plusieurs années, les plateformes comme Polymarket et Kalshi naviguaient en eaux troubles. D’un côté, elles attiraient des millions d’utilisateurs fascinés par la possibilité de transformer leurs convictions en gains financiers réels. De l’autre, elles subissaient une pression réglementaire croissante, notamment de la part de la CFTC sous l’administration précédente.

Le 4 février 2026, le président actuel de la CFTC, Michael Selig, a mis fin à ce bras de fer en annonçant le retrait définitif de la proposition de 2024. Celle-ci qualifiait ces contrats d’événements comme relevant du « gaming » et non des produits dérivés légitimes. Exit donc l’interdiction pure et dure envisagée auparavant.

« Cette proposition reflétait la dérive de l’administration précédente vers une régulation méritocratique avec une interdiction pure et simple des contrats politiques juste avant l’élection présidentielle de 2024. »

Michael Selig, président de la CFTC

Cette citation résume parfaitement le ton employé par la nouvelle direction de l’agence : critique ouverte de l’approche antérieure et volonté affichée de tourner la page.

Retour sur la genèse d’une proposition controversée

Tout commence réellement en 2023-2024. À cette époque, les volumes explosent sur Polymarket. Les paris sur l’élection Trump vs Harris atteignent plusieurs centaines de millions de dollars. La plateforme devient l’un des baromètres les plus fiables (et les plus suivis) de la campagne.

Face à cette popularité inattendue, la CFTC de l’époque décide de réagir. Elle publie une proposition de rule-making visant à interdire explicitement les « event contracts » portant sur des élections, des compétitions sportives ou d’autres événements jugés trop proches du gambling traditionnel.

Les arguments avancés étaient multiples :

  • Risque de manipulation électorale
  • Confusion avec les jeux d’argent illégaux
  • Manque de finalité économique « productive »
  • Potentiel impact négatif sur l’intégrité des marchés

Mais ces arguments n’ont jamais vraiment convaincu la communauté crypto et les défenseurs de l’innovation financière décentralisée.

Ce que la proposition de 2024 voulait vraiment interdire :

  • Contrats sur les résultats d’élections nationales et locales
  • Paris sur les performances d’équipes sportives professionnelles
  • Marchés sur des événements liés à la culture populaire
  • Contrats sur des décisions réglementaires ou judiciaires majeures

Aujourd’hui, tout cela appartient officiellement au passé.

Pourquoi ce retrait change radicalement la donne

Le retrait de la proposition n’est pas qu’un simple ajustement administratif. Il s’agit d’un signal politique et économique extrêmement fort envoyé à l’ensemble du secteur des marchés dérivés et des fintechs crypto.

Premièrement, la CFTC affirme désormais vouloir travailler sur une nouvelle réglementation basée sur une interprétation « rationnelle et cohérente » du Commodity Exchange Act. Exit donc la logique d’interdiction frontale.

Deuxièmement, l’agence a également retiré l’avis du personnel de septembre 2025 qui mettait en garde les entreprises contre les risques de litiges liés aux contrats sportifs. Ce document avait créé une énorme incertitude juridique.

« Cet avis, bien qu’il visait à rappeler les risques contentieux, a semé la confusion et l’incertitude chez les participants du marché. »

Michael Selig

En supprimant ce document, la CFTC fait clairement comprendre qu’elle ne souhaite plus effrayer les acteurs du marché par des menaces voilées.

Les grands gagnants de ce revirement

Impossible de parler de ce sujet sans citer les deux plateformes qui ont le plus à gagner :

  • Polymarket : leader incontesté des marchés décentralisés de prédiction sur blockchain
  • Kalshi : plateforme régulée CFTC qui propose déjà des contrats sur de nombreux événements non interdits

Mais la liste ne s’arrête pas là. De nombreux autres acteurs observent attentivement :

  • Crypto.com qui développe ses propres marchés d’événements
  • Coinbase qui étudie sérieusement le sujet
  • Plusieurs startups blockchain spécialisées dans les prédictions décentralisées
  • Des hedge funds traditionnels qui envisageaient d’entrer sur ce segment

Le retrait de la proposition ouvre potentiellement la voie à une explosion des volumes et à l’arrivée de capitaux institutionnels bien plus importants.

Les défis qui restent à relever

Malgré cette excellente nouvelle, tout n’est pas réglé pour autant. Plusieurs obstacles majeurs persistent :

  • Les conflits persistants entre régulation fédérale et lois des États
  • La position très hostile de certains États comme le Nevada
  • Les accusations récurrentes de gambling non licencié
  • Les risques de manipulation de marché toujours présents
  • La question de la fiscalité des gains réalisés sur ces plateformes

Le Nevada, par exemple, continue de poursuivre en justice plusieurs opérateurs, arguant qu’ils opèrent des activités de paris sportifs sans licence adéquate. Ces batailles juridiques pourraient durer encore plusieurs années.

Les trois plus grands risques résiduels en 2026 :

  • Actions en justice des États conservateurs sur le gambling
  • Nouvelle vague réglementaire si les volumes deviennent trop importants
  • Manipulation électorale ou sportive via des whales coordonnées

Vers une nouvelle ère de « event contracts » régulés ?

La CFTC annonce travailler sur un nouveau cadre réglementaire pour les event contracts. Que pourrait-il contenir ? Plusieurs pistes sérieuses circulent déjà dans la communauté :

  • Seuils de volumes maximum par contrat pour limiter la manipulation
  • Exigences renforcées de KYC/AML
  • Catégorisation plus fine des événements autorisés vs interdits
  • Obligation de transparence sur les positions importantes
  • Partenariats obligatoires avec des oracles de données fiables

Ce qui est certain, c’est que l’approche ne sera plus celle de l’interdiction, mais bien celle de la canalisation et de la supervision. Une évolution qui correspond parfaitement à la philosophie pro-innovation affichée par la nouvelle administration de la CFTC.

Impact potentiel sur l’écosystème crypto global

Les marchés de prédiction ne sont pas qu’un simple gadget. Ils représentent une des applications les plus concrètes et les plus immédiates de la finance décentralisée. Leur légalisation progressive pourrait avoir des répercussions bien au-delà de Polymarket et Kalshi.

On peut notamment anticiper :

  • Une adoption massive par le grand public américain
  • L’arrivée de nouveaux capitaux institutionnels
  • Le développement de produits dérivés sophistiqués basés sur ces marchés
  • Une meilleure découverte des prix sur des événements futurs
  • Une concurrence accrue avec les bookmakers traditionnels

Certains analystes vont même jusqu’à prédire que les volumes cumulés des marchés de prédiction pourraient dépasser ceux de certains marchés traditionnels d’ici 2030 si le cadre réglementaire reste favorable.

Ce que les utilisateurs doivent retenir

Pour les passionnés de crypto et les traders particuliers, ce revirement signifie plusieurs choses concrètes :

  • Plus de peur d’une interdiction soudaine du jour au lendemain
  • Probable arrivée de nouvelles fonctionnalités sur Polymarket et Kalshi
  • Potentiellement plus de liquidité et de meilleurs prix
  • Une légitimité croissante de ces marchés aux yeux du grand public
  • Mais toujours la nécessité de rester vigilant sur les lois locales

Il reste essentiel de se rappeler que les États-Unis restent un patchwork juridique complexe. Ce qui est autorisé au niveau fédéral peut rester interdit ou limité dans certains États.

Conclusion : un nouveau chapitre s’ouvre

Le retrait par la CFTC de la proposition d’interdiction des marchés de prédiction sur les événements sportifs et politiques marque la fin d’une ère d’incertitude et le début d’une période plus constructive.

Entre innovation financière, transparence des probabilités et démocratisation de l’accès aux paris informés, ces marchés ont le potentiel de devenir l’une des applications blockchain les plus impactantes de la décennie.

Reste désormais à voir comment la nouvelle réglementation promise par la CFTC va équilibrer innovation et protection des marchés. Mais une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce déjà comme une année charnière pour l’avenir des prediction markets aux États-Unis.

À suivre de très près.

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