Imaginez des centaines de millions de dollars en Bitcoin, confisqués par la justice après de longues enquêtes sur des réseaux criminels, puis… volatilisés sans laisser de trace. C’est exactement ce qui semble s’être produit en Corée du Sud fin 2025. Une affaire qui secoue le milieu judiciaire et crypto, révélant les failles parfois béantes dans la gestion des actifs numériques par les États eux-mêmes.
Ce scandale n’est pas une simple anecdote : il met en lumière les défis colossaux auxquels font face les autorités quand elles doivent sécuriser des cryptomonnaies saisies. Entre stockage sécurisé, gestion des clés privées et protection contre les cyberattaques, la tâche est loin d’être simple. Et visiblement, elle a échoué de façon spectaculaire dans le district de Gwangju.
Un trésor Bitcoin volatilisé sous la garde de l’État
Le 22 janvier 2026, l’agence Yonhap a révélé une information qui a immédiatement fait le tour des communautés crypto francophones et internationales. Les procureurs du district de Gwangju ont ouvert une enquête interne après la découverte d’une disparition importante de bitcoins qui étaient pourtant sous la responsabilité directe des autorités sud-coréennes.
L’audit interne a mis en évidence une perte survenue vraisemblablement au cours de l’année 2025, pendant les opérations de stockage et de gestion des crypto-actifs confisqués dans le cadre de différentes affaires pénales. Les premiers éléments pointent vers une attaque de type phishing très sophistiquée, mais les détails restent volontairement flous pour ne pas nuire à l’enquête en cours.
Ce qui rend l’affaire particulièrement embarrassante, c’est que ces bitcoins n’appartenaient plus à des particuliers ou à des entreprises privées : ils étaient devenus propriété de l’État sud-coréen suite à des condamnations définitives ou à des procédures de confiscation.
Ce que l’on sait à ce stade (janvier 2026) :
- Perte découverte lors d’un audit interne routinier
- Montant qualifié d’« important » par les autorités
- Suspicion très forte d’une attaque par phishing
- Aucune communication officielle sur le volume exact ou la valeur actuelle
- Enquête interne ouverte par le parquet de Gwangju
Le refus de communiquer le montant exact n’est pas surprenant dans ce genre de dossier sensible. Toute précision pourrait donner des indices précieux aux attaquants ou aux complices éventuels encore en liberté.
La Corée du Sud, pionnière… et victime de ses propres saisies massives
Depuis 2018, la Corée du Sud fait figure de pays particulièrement sévère – et efficace – dans la lutte contre les infractions liées aux cryptomonnaies. Cette année-là, la Cour suprême a rendu un arrêt historique reconnaissant aux bitcoins et autres actifs numériques une valeur patrimoniale réelle, ouvrant ainsi la voie à leur confiscation pure et simple dans les affaires pénales.
Cette décision a permis des saisies records : 191 BTC dès 2018 (valeur actuelle estimée autour de 17 millions de dollars), puis des centaines de millions de dollars supplémentaires au fil des années, notamment dans des dossiers de jeux d’argent en ligne illégaux, de blanchiment ou d’escroqueries Ponzi.
« Les cryptomonnaies ne sont plus un terrain juridique flou : elles sont saisissables comme n’importe quel bien meuble dès lors qu’elles ont une valeur économique démontrée. »
Cour suprême de Corée du Sud, 2018
En mars 2024, le même parquet de Gwangju avait déjà tenté de récupérer environ 170 milliards de wons (127 millions de dollars de l’époque) en bitcoins provenant d’une gigantesque plateforme de gambling illégal. Plus récemment encore, le 11 décembre 2025, la Cour suprême a confirmé que les BTC stockés sur des exchanges centralisés (Upbit, Bithumb, Coinone…) pouvaient également être saisis, même s’ils n’étaient pas directement détenus par le mis en cause.
Cette jurisprudence très agressive a permis à l’État sud-coréen d’accumuler un portefeuille de cryptomonnaies saisies parmi les plus importants au monde. Ironie du sort : c’est précisément cette accumulation qui semble avoir attiré l’attention de pirates particulièrement déterminés.
Pourquoi la garde étatique de Bitcoin est-elle si compliquée ?
Contrairement à de l’argent liquide ou à des lingots d’or, les bitcoins ne se stockent pas dans un coffre-fort physique classique. La sécurité repose entièrement sur la cryptographie et sur la bonne gestion des clés privées. Une seule erreur – une clé compromise, un seed phrase photographié, un malware sur un ordinateur de fonction – et c’est l’irréversible perte des fonds.
Les États qui se retrouvent avec des milliers de BTC saisis doivent donc mettre en place des procédures dignes des plus gros fonds crypto institutionnels : multisig, cold storage hors ligne, air-gapped computers, cérémonies de signature sécurisées, audits réguliers, etc. Très peu de pays ont véritablement professionnalisé cette chaîne de custody.
- Cold wallets physiquement isolés
- Utilisation systématique de hardware wallets certifiés
- Multisignature (2-of-3, 3-of-5…)
- Procédures strictes de récupération et de backup
- Audit externe indépendant annuel
- Formation continue des agents en charge
- Simulation régulière d’attaques (red teaming)
Il semble que l’une ou plusieurs de ces barrières aient été franchies dans le cas sud-coréen. Le phishing reste la piste privilégiée : un email piégé, un faux site d’exchange imitant Upbit ou Bithumb, un document Excel malveillant… Les techniques sont bien connues, mais terriblement efficaces contre des fonctionnaires pas toujours sensibilisés aux dernières menaces cyber.
Phishing judiciaire : une nouvelle catégorie de cybercrime ?
Le phishing classique vise des particuliers ou des entreprises. Mais attaquer directement les services judiciaires ou les administrations fiscales représente un niveau supérieur de sophistication. Les gains potentiels sont énormes et les cibles souvent moins aguerries aux menaces numériques que les grandes entreprises tech ou financières.
En 2023-2024 déjà, plusieurs pays avaient rapporté des tentatives similaires : faux courriels du ministère de la Justice demandant une « vérification urgente de portefeuille saisi », liens vers des interfaces de signature falsifiées, etc. La Corée du Sud semble être la première victime connue d’ampleur aussi importante.
Signes avant-coureurs d’une attaque phishing réussie sur une institution :
- Création de domaines très proches des noms officiels
- Utilisation de certificats SSL légitimes (Let’s Encrypt)
- Personnalisation forte des emails (prénom, matricule, référence d’enquête)
- Faux appels téléphoniques de « support technique interne »
- Exploitation de fuites antérieures (LinkedIn, organigrammes publics)
Si l’enquête confirme cette piste, cela signifiera qu’un ou plusieurs agents ont été trompés, ou qu’une machine critique a été infectée. Dans les deux cas, le scandale politique sera retentissant.
Quelles conséquences pour le marché crypto sud-coréen ?
À court terme, l’affaire risque de fragiliser encore davantage la confiance dans la capacité de l’État à gérer correctement les crypto-actifs. Les exchanges locaux, déjà sous très forte pression réglementaire depuis le bull-run de 2024-2025, pourraient voir arriver de nouvelles exigences de sécurité et de traçabilité.
À moyen terme, cette perte massive pourrait pousser le gouvernement à vendre plus rapidement les BTC saisis restants, créant une pression vendeuse ponctuelle sur le marché. Ironiquement, le vol lui-même pourrait avoir été suivi d’une liquidation discrète sur des exchanges OTC ou via des mixers, contribuant à la volatilité observée en fin d’année 2025.
Enfin, sur le plan international, l’affaire risque de devenir un cas d’école dans les formations en cybersécurité des administrations publiques. La Corée du Sud, souvent citée en exemple pour sa régulation crypto équilibrée, se retrouve aujourd’hui sous les projecteurs pour les mauvaises raisons.
Et maintenant ? Que peut-on attendre de l’enquête ?
Les procureurs de Gwangju ont promis une enquête « exhaustive et transparente ». Plusieurs scénarios sont possibles :
- Responsabilité individuelle d’un ou plusieurs agents (négligence lourde)
- Complicité interne (corruption ou chantage)
- Attaque purement externe très sophistiquée
- Erreur technique lors d’un transfert entre cold wallets
- Mélange des deux : phishing + faille procédurale
Quelle que soit la conclusion, les autorités sud-coréennes devront revoir en profondeur leur protocole de garde des crypto-actifs saisis. Certains observateurs appellent déjà à la création d’une unité dédiée, à l’image de ce que font les États-Unis avec le U.S. Marshals Service pour les saisies crypto.
« Quand l’État perd des bitcoins saisis, ce n’est plus seulement une perte financière : c’est une perte de crédibilité dans sa capacité à réguler le secteur. »
Commentateur anonyme sur un forum crypto coréen
En attendant les premiers résultats officiels, une chose est sûre : cette affaire va durablement marquer les esprits et obliger de nombreux pays à se poser la question qu’ils préféraient jusqu’ici éviter : sommes-nous vraiment prêts à gérer des centaines de millions – voire des milliards – de dollars en Bitcoin confisqués ?
La réponse sud-coréenne, pour l’instant, est malheureusement négative.
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