Imaginez un instant : on est début février 2026, Bitcoin vient de clôturer son pire mois de janvier depuis plusieurs années, l’or touche des records historiques malgré une correction violente, et le dollar américain semble chercher désespérément une direction. Pendant ce temps, les investisseurs institutionnels continuent d’accumuler tranquillement du BTC… mais le grand public, lui, semble avoir rangé son portefeuille crypto au placard. Que se passe-t-il vraiment sur les marchés en ce moment ?
Bitcoin vs Or : deux mondes qui divergent brutalement
Depuis octobre 2025, le roi des cryptomonnaies a perdu environ 40 % de sa valeur. Un chiffre qui fait mal, surtout après l’euphorie de fin d’année dernière. Pendant ce temps, l’or physique continue d’attirer les flux de capitaux comme un aimant. Pourquoi cette dichotomie aussi marquée ? Essayons de comprendre les mécanismes à l’œuvre sans tomber dans les explications simplistes.
Retour sur le support critique des 73 000 $
Après avoir tenu bon plusieurs semaines autour des 90 000 $, les acheteurs ont finalement cédé. Le prix a plongé pour venir tester une zone très regardée par les techniciens : les 73 000 $. Cette zone correspond à plusieurs éléments techniques importants :
- un ancien sommet majeur de 2025
- le retracement de Fibonacci 0.618 de la dernière impulsion haussière
- une confluence avec la moyenne mobile exponentielle 200 périodes en daily
À l’heure actuelle, le prix oscille autour de ce niveau avec une volatilité relativement contenue. Les acheteurs parviennent-ils à reprendre le contrôle ou s’agit-il simplement d’un sursaut technique avant une nouvelle jambe de baisse ? La réponse dépendra largement du comportement des prochaines séances.
« Tant que nous n’avons pas une cassure claire et nette au-dessus des moyennes mobiles baissières, la prudence reste de mise sur Bitcoin. »
Analyste technique anonyme – février 2026
Si les 73 000 $ tiennent durablement, un retour vers les 85 000–90 000 $ reste envisageable à court terme. À l’inverse, une perte franche de ce support ouvrirait la voie vers la zone des 60 000–62 000 $, un niveau qui ferait très mal psychologiquement à de nombreux participants.
Le momentum technique reste franchement baissier
Sur les unités de temps hebdomadaires et journalières, le RSI (Relative Strength Index) continue de dessiner des plus bas successifs. Cette faiblesse du momentum est préoccupante car elle montre que les acheteurs ne parviennent pas à reprendre le dessus, même lors des rebonds.
Signaux baissiers encore actifs en février 2026 :
- prix systématiquement rejeté sous les EMA 9 et 18 périodes
- structure de marché baissière depuis octobre (lower highs & lower lows)
- divergence baissière cachée sur le MACD hebdomadaire
- volume décroissant sur les rebonds
Ces éléments cumulés ne plaident clairement pas en faveur d’un retournement immédiat. Même si une réaction haussière technique est toujours possible sur support majeur, le contexte global reste défavorable aux acheteurs pour l’instant.
Le dollar américain reprend des couleurs… et ça change tout
Le DXY (indice du dollar américain) a passé l’essentiel de l’année 2025 à perdre du terrain. Après avoir touché des plus bas autour de 95–96, il est revenu tester la zone des 97,5 qui servait autrefois de résistance.
Cette zone est cruciale car :
- elle correspond à l’ancienne oblique baissière de long terme
- c’est également le retracement 50 % de la chute 2025
- le RSI montre une divergence haussière (plus hauts sur l’oscillateur alors que le prix fait des plus bas)
Si le dollar parvient à transformer cette résistance en support et à repartir vers les 100–101, cela pourrait accentuer la pression vendeuse sur les actifs risqués, Bitcoin compris. À l’inverse, un rejet clair sous les 97,5 relancerait la faiblesse du billet vert et potentiellement le narratif « dollar faible = crypto fort »… mais ce narratif semble pour l’instant en panne sèche.
L’or : toujours aussi attractif malgré une correction de +20 %
Après avoir inscrit un plus haut historique à 5 600 $ l’once, le métal jaune a connu une correction brutale de plus de 20 %. Pourtant, les acheteurs sont rapidement revenus défendre la zone des 4 350 $, pile au niveau des moyennes mobiles haussières.
Ce comportement est typique d’un actif en tendance haussière de fond : les corrections sont achetées rapidement et les moyennes mobiles font office de support dynamique.
« L’or n’est pas cher à 5 600 $. Il est cher à 2 000 $. »
Investisseur institutionnel – Q4 2025
Pour que la tendance haussière reprenne de la force, il faudrait idéalement une cassure franche et un volume conséquent au-dessus des 5 600 $. Tant que ce niveau n’est pas reconquis, la prudence reste recommandée même si la structure globale demeure haussière.
S&P 500 : le calme avant la tempête ?
Les indices actions américains continuent d’afficher une résilience impressionnante. Le S&P 500 évolue toujours dans un canal haussier de fond avec des creux et sommets ascendants. Les moyennes mobiles exponentielles 9 et 18 périodes font office de support dynamique depuis le printemps 2025.
Points de vigilance sur le S&P 500 :
- support majeur à 6 650 points
- résistance psychologique et technique majeure à 7 000 points
- RSI qui montre des signes d’essoufflement (divergence baissière)
- volatilité anormalement basse (VIX sous 15)
Une volatilité aussi basse sur une période aussi longue est statistiquement rare et souvent annonciatrice d’un mouvement violent dans un sens ou dans l’autre. Les gérants de fonds semblent encore confiants, mais les signaux de surchauffe s’accumulent discrètement.
Pourquoi le Bitcoin ne profite-t-il pas de la faiblesse du dollar ?
C’est LA grande question du moment. Historiquement, un dollar faible a souvent coïncidé avec une phase haussière marquée pour les cryptomonnaies. Pourtant, depuis plusieurs mois, cette corrélation semble avoir sauté.
Plusieurs hypothèses sérieuses circulent :
- Rotation sectorielle vers les valeurs refuges traditionnelles (or, obligations indexées, cash)
- Manque de nouveau narratif fort dans l’écosystème crypto après l’euphorie ETF et halving
- Positionnement institutionnel très long → peu de nouveaux entrants depuis l’automne
- Réglementation toujours incertaine dans plusieurs grandes juridictions
- Concurrence interne : Solana, Ethereum Layer 2, memecoins cannibalisent l’attention
Tant que l’un de ces éléments ne change pas radicalement, il est difficile d’envisager un retour immédiat de l’appétit spéculatif massif sur Bitcoin et les altcoins.
Michael Saylor et les entreprises restent fidèles au BTC
Malgré la chute des cours, la stratégie « buy & never sell » de Michael Saylor continue d’être appliquée par plusieurs dizaines d’entreprises cotées. Strategy (ex-MicroStrategy) a encore augmenté sa position début février 2026 en achetant plusieurs centaines de BTC supplémentaires.
« Acheter du Bitcoin. Ne pas vendre ses BTC. C’est la règle d’or. »
Michael Saylor – février 2026
Cette accumulation patiente par des acteurs institutionnels constitue l’un des rares signaux positifs de fond dans un marché par ailleurs très hésitant. Elle montre que certains gros portefeuilles considèrent toujours Bitcoin comme un actif stratégique de long terme, même à 70–75 000 $.
Que faire dans le contexte actuel ?
Face à une telle divergence entre les classes d’actifs, plusieurs postures sont envisageables selon le profil de risque de chacun :
- Profil prudent : attendre un signal technique clair (reprise au-dessus des EMA + volume) avant de revenir sur BTC
- Profil opportuniste : commencer à accumuler par petites tranches sur les supports majeurs (73k, puis 60–62k si cassure)
- Profil très long terme : continuer la stratégie DCA sans se soucier des mouvements intermédiaires
- Profil macro : surveiller avant tout le comportement du dollar et du taux réel américain
Aucune de ces stratégies n’est intrinsèquement « meilleure » que les autres. Tout dépend de votre horizon, de votre tolérance au drawdown et de votre conviction personnelle dans le projet Bitcoin.
Conclusion : patience et gestion du risque avant tout
Le marché crypto traverse actuellement une phase de désintoxication après l’euphorie de 2025. Les capitaux se réfugient temporairement vers des actifs plus traditionnels (or, cash, actions de grandes capitalisations). Cela ne signifie pas pour autant que l’histoire de Bitcoin est terminée – loin de là.
Les grands cycles crypto ont toujours connu des phases de purge profondes avant de repartir sur de nouveaux plus hauts. La question n’est pas de savoir si le marché va rebondir, mais plutôt quand et à quel prix le point bas définitif sera inscrit.
En attendant, la discipline, la gestion du risque et la préservation du capital restent les compétences les plus importantes à maîtriser dans ce genre de contexte.
Et vous, quelle est votre lecture du moment ? Plutôt team « la fête est finie », team « c’est le moment d’accumuler », ou simplement en observation ?
