Imagine un actif qui franchit allègrement la barre des 120 000 dollars, puis s’effondre de plus de moitié en moins d’un an. C’est exactement ce qui est arrivé au bitcoin entre son sommet d’octobre 2025 et le mois de juin 2026. Pourtant, au milieu de ce chaos, une voix institutionnelle majeure refuse de modifier son discours. Larry Fink et BlackRock maintiennent leur conviction avec une fermeté qui intrigue autant qu’elle rassure une partie du marché. Comment expliquer un tel décalage entre la violence de la correction et la sérénité affichée par le plus grand gestionnaire d’actifs au monde ?

Pourquoi BlackRock ne change pas d’avis malgré la chute

Dans une étude récente, les équipes de BlackRock dressent un diagnostic clair. Selon elles, la baisse spectaculaire du bitcoin n’est pas le signe d’une thèse d’investissement cassée. Elle résulte avant tout d’un débouclage massif de l’effet de levier et d’un ralentissement temporaire des flux institutionnels. En d’autres termes, le problème serait davantage lié à la plomberie du marché qu’à ses fondations. Cette lecture change radicalement la manière d’interpréter les événements des derniers mois.

Le gestionnaire d’actifs insiste sur un point central : le bitcoin conserve son rôle d’actif monétaire alternatif, de diversificateur et de protection potentielle contre l’érosion du pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires. Une allocation mesurée de 1 à 2 % dans un portefeuille classique 60/40 aurait même, selon leurs calculs actualisés, amélioré le rendement ajusté au risque sur la période étudiée. Ce n’est pas un discours de circonstance. C’est la continuité d’une position construite depuis plusieurs années.

Le levier a parlé plus fort que les fondamentaux

Au début du mois d’octobre 2025, l’open interest sur les contrats à terme crypto dépassait les 90 milliards de dollars. Environ 80 % de cet encours provenait de perpetual futures négociés en dehors du CME. Certains de ces instruments permettaient des leviers allant de 50 à 125 fois. Une telle accumulation de positions spéculatives a transformé le marché en poudrière. Le moindre choc pouvait déclencher une réaction en chaîne.

Le 10 octobre, l’annonce de nouveaux droits de douane américains contre la Chine a joué le rôle d’étincelle. En une seule journée, l’open interest a chuté de 20 milliards de dollars, un record. Les plateformes ont commencé à fermer automatiquement les positions sous-collatéralisées. Ces ventes forcées ont fait baisser les prix, ce qui a déclenché de nouvelles liquidations. Le cercle vicieux était enclenché.

Contrairement aux marchés actions, qui se sont rapidement repris, le bitcoin est resté sous pression. Deux vagues supplémentaires de liquidations forcées, en février puis en juin 2026, l’ont finalement ramené sous les 60 000 dollars. BlackRock décrit ce mouvement comme une pure correction de positionnement. Lorsque les cours reculent, les mécanismes automatiques des plateformes amplifient le mouvement. Le prix devient alors le résultat de la structure du marché plus que celui d’une réévaluation fondamentale.

La chute a purgé les excès spéculatifs sans briser la thèse de long terme. Et c’est Larry Fink qui le dit.

Les capitaux ont ralenti et regardé vers l’intelligence artificielle

Entre janvier 2024 et octobre 2025, les ETP Bitcoin au comptant avaient enregistré environ 60 milliards de dollars d’entrées nettes. Depuis le sommet, ils ont subi un peu plus de 5 milliards de sorties. Dans le même temps, les fonds thématiques liés à l’intelligence artificielle ont capté plus de 46 milliards de dollars. L’argent n’a donc pas complètement déserté les actifs risqués. Une partie s’est simplement déplacée vers le récit dominant du moment.

Ce basculement de flux n’est pas anodin. Il montre que les investisseurs institutionnels restent présents sur les marchés, mais qu’ils arbitrent entre narratifs. Le bitcoin, après avoir été le grand gagnant des deux années précédentes, a dû partager l’attention avec un thème plus séduisant à court terme. BlackRock ne voit pas dans ce mouvement un abandon durable. Il y voit un rééquilibrage temporaire des allocations.

Ce que révèle le déplacement des flux

  • Les ETP Bitcoin ont encaissé 5 milliards de sorties nettes après 60 milliards d’entrées.
  • Les fonds IA ont attiré plus de 46 milliards depuis octobre 2025.
  • Les trésoreries d’entreprises ont ralenti leurs achats de bitcoin.
  • Certains mineurs et anciens détenteurs ont effectivement vendu.

Le comportement des trésoreries d’entreprises

Le ralentissement des achats de la part des sociétés cotées a également pesé sur le sentiment. Strategy, qui détient environ 4 % des bitcoins en circulation, a vendu 32 BTC lors d’un test en juin et a autorisé de potentielles cessions pour financer des rachats de titres. BlackRock précise toutefois que l’entreprise a jusqu’ici privilégié les émissions d’actions pour renforcer sa liquidité. Ce détail est important. Il montre que la pression vendeuse n’était pas généralisée ni structurelle.

D’autres gros porteurs ont effectivement réduit leurs positions. MARA, par exemple, a cédé environ 1,1 milliard de dollars de bitcoins en mars. Des mineurs, d’anciens détenteurs et certains investisseurs institutionnels ont participé à ce mouvement. Pourtant, BlackRock refuse d’y voir la fin d’une ère. Selon le gestionnaire, ces ventes s’inscrivent dans une phase de nettoyage après une période d’excès spéculatifs.

Une correction de positionnement, pas une remise en cause de la thèse

La distinction est essentielle. Une thèse d’investissement se brise lorsqu’un actif perd durablement ses attributs fondamentaux. Or, pour BlackRock, le bitcoin conserve les caractéristiques qui justifient une allocation : rareté programmatique, indépendance face aux politiques monétaires des banques centrales, liquidité croissante et adoption institutionnelle progressive. La violence de la baisse ne change pas ces éléments. Elle les a même, d’une certaine manière, renforcés en évacuant le levier excessif.

Dans les marchés traditionnels, les phases de déleveraging sont souvent douloureuses mais nécessaires. Elles permettent de réinitialiser les positions et de reconstruire sur des bases plus saines. Le bitcoin, bien que plus jeune et plus volatil, suit le même schéma. Les 90 milliards d’open interest d’octobre 2025 représentaient un niveau de spéculation difficilement tenable. Leur réduction a été brutale, mais elle a aussi assaini le marché.

L’allocation de 1 à 2 % dans un portefeuille classique

BlackRock actualise régulièrement ses simulations. La dernière version montre qu’une poche de 1 à 2 % de bitcoin dans un portefeuille composé de 60 % d’actions et 40 % d’obligations aurait amélioré le ratio de Sharpe sur la période étudiée. Ce résultat n’est pas trivial. Il signifie que, malgré la chute de 50 %, la contribution du bitcoin en termes de diversification et de rendement ajusté au risque reste positive.

Cette recommandation n’est pas une invitation à tout miser sur l’actif. Elle s’inscrit dans une logique de construction de portefeuille prudente. Le bitcoin est présenté comme un outil complémentaire, capable de jouer un rôle d’assurance contre certains scénarios macroéconomiques, notamment ceux liés à la dépréciation des monnaies fiduciaires. Dans un monde où les dettes souveraines continuent de s’accumuler, cet argument conserve son poids.

Larry Fink et la cohérence du discours institutionnel

Larry Fink n’a jamais présenté le bitcoin comme une solution miracle. Il l’a progressivement intégré dans le discours de BlackRock comme un actif alternatif digne d’intérêt pour certaines allocations. La cohérence de cette position à travers les phases haussières et baissières est remarquable. Alors que de nombreux acteurs changeaient de ton au gré des cours, le gestionnaire a maintenu le même cadre d’analyse.

Cette stabilité a une valeur. Elle signale aux clients institutionnels que la décision d’allouer une petite portion de portefeuille au bitcoin n’était pas une mode passagère. Elle reposait sur une thèse structurée, capable de survivre aux corrections. Dans un univers où les narratifs évoluent rapidement, cette constance devient un argument en soi.

Le bitcoin conserve un intérêt comme actif monétaire alternatif, outil de diversification et protection potentielle contre l’érosion des monnaies fiat.

Les mécanismes de cascade de liquidations expliqués

Pour comprendre pourquoi la baisse a été aussi violente, il faut revenir sur le fonctionnement des perpetual futures. Ces contrats n’ont pas d’échéance. Ils sont maintenus ouverts tant que le collatéral reste suffisant. Dès que le prix se retourne, les positions les plus levérées sont les premières liquidées. Ces liquidations automatiques créent une pression vendeuse supplémentaire, qui fait baisser le prix encore plus bas, ce qui déclenche de nouvelles liquidations.

Sur les marchés traditionnels, les appels de marge existent aussi, mais les niveaux de levier sont généralement plus limités et les circuits de compensation plus contrôlés. Dans l’univers crypto, l’absence de chambre de compensation centralisée pour une grande partie de l’open interest amplifie les effets. Le 10 octobre 2025 a montré à quel point un choc externe pouvait se propager instantanément dans un système sur-levérité.

Les deux vagues suivantes, en février et juin 2026, ont confirmé le schéma. Chaque fois que le prix approchait de niveaux critiques, les positions restantes à levier élevé étaient nettoyées. Le résultat final a été un marché considérablement désendetté, avec un open interest bien plus bas et une structure plus saine, même si le prix avait perdu plus de la moitié de sa valeur.

Comparaison avec d’autres phases de correction

Le bitcoin a déjà connu des baisses de 50 % et plus. En 2018, en 2022, et lors de plusieurs phases intermédiaires. Chaque fois, les commentateurs ont annoncé la fin de l’expérience. Chaque fois, le marché a fini par se reconstruire. Ce qui change aujourd’hui, c’est la présence d’acteurs institutionnels capables de formuler une analyse structurée plutôt que de succomber à l’émotion du moment.

BlackRock n’est pas le seul à maintenir une position de long terme. D’autres grands noms de la finance traditionnelle ont également souligné que les corrections de levier ne remettaient pas en cause les attributs fondamentaux de l’actif. La différence réside dans la capacité à communiquer clairement cette distinction auprès d’un public d’investisseurs professionnels.

Le rôle des flux institutionnels dans la dynamique de prix

Les 60 milliards d’entrées dans les ETP Bitcoin entre 2024 et octobre 2025 ont joué un rôle déterminant dans la phase haussière. Ces flux ont absorbé une partie de l’offre disponible et ont créé un environnement favorable à la hausse. Lorsque ces flux se sont ralentis, puis légèrement inversés, le marché a perdu un de ses principaux soutiens. La concurrence de l’intelligence artificielle pour l’attention des investisseurs a accentué le phénomène.

Il serait cependant excessif de parler d’abandon. Cinq milliards de sorties nettes restent modestes au regard des 60 milliards d’entrées précédentes. Une partie des capitaux a simplement été réallouée vers d’autres thèmes risqués. Dans un cycle de marché normal, ce type de rotation est fréquent. Le bitcoin n’y échappe pas, même s’il conserve des caractéristiques uniques.

La question de la liquidité et de la profondeur de marché

Un marché sur-levérité est par nature moins liquide qu’il n’y paraît. Les volumes peuvent être élevés, mais une grande partie de ces volumes correspond à des positions qui peuvent disparaître brutalement en cas de stress. Lorsque les liquidations s’enchaînent, la profondeur réelle se révèle bien plus faible. C’est exactement ce qui s’est produit entre octobre 2025 et juin 2026.

Le nettoyage du levier a pour effet de restaurer progressivement une liquidité plus saine. Les positions restantes sont en moyenne mieux capitalisées. Les mouvements de prix deviennent moins susceptibles d’être amplifiés par des cascades automatiques. Ce processus est douloureux, mais il prépare le terrain pour la phase suivante du cycle.

Les implications pour les investisseurs de long terme

Pour ceux qui partagent la thèse de BlackRock, la période actuelle représente davantage une opportunité de construction qu’une raison de paniquer. Une allocation de 1 à 2 % reste une proposition mesurée. Elle ne transforme pas un portefeuille en pari spéculatif. Elle ajoute une dimension monétaire et de diversification dans un univers où les corrélations traditionnelles peuvent évoluer.

La discipline consiste à ne pas confondre le bruit du levier avec le signal des fondamentaux. Les liquidations forcées créent des prix qui s’éloignent temporairement de la valeur perçue par les acteurs de long terme. C’est précisément dans ces moments que la cohérence d’une thèse est testée. BlackRock, en maintenant son cadre d’analyse, envoie un message clair à ses clients.

Points de vigilance pour la suite

  • Surveiller l’évolution de l’open interest et du niveau de levier global.
  • Observer la reprise ou non des flux vers les ETP Bitcoin.
  • Suivre le comportement des trésoreries d’entreprises cotées.
  • Mesurer l’attention relative entre bitcoin et thèmes concurrents comme l’IA.

Une lecture macroéconomique plus large

Au-delà des mécanismes de marché purement crypto, la thèse de BlackRock s’inscrit dans un contexte macroéconomique. Les dettes souveraines continuent de croître. Les politiques monétaires restent contraintes par des niveaux d’endettement élevés. Dans ce cadre, un actif dont l’offre est prévisible et indépendante des décisions de banques centrales conserve un attrait théorique. La volatilité à court terme n’efface pas cet argument structurel.

Le bitcoin n’est pas présenté comme une protection parfaite. Il est présenté comme un outil parmi d’autres dans une construction de portefeuille. Cette nuance est importante. Elle évite les discours maximalistes tout en reconnaissant que certains scénarios économiques rendent pertinente une exposition mesurée à un actif monétaire alternatif.

Le nettoyage des excès spéculatifs comme étape nécessaire

Tout cycle haussier attire une quantité croissante de spéculation. Plus les prix montent, plus les leviers s’étendent, plus les positions deviennent fragiles. Le retournement, lorsqu’il arrive, purge ces positions. Le prix baisse plus vite et plus fort que ce que les fondamentaux seuls justifieraient. C’est le prix à payer pour retrouver un marché plus équilibré.

BlackRock considère que cette purge a eu lieu. Les 90 milliards d’open interest ont été fortement réduits. Les positions les plus agressives ont été liquidées. Ce qui reste est un marché moins chargé en levier et potentiellement plus apte à absorber de nouveaux flux institutionnels lorsqu’ils reviendront. La thèse de long terme n’a pas été invalidée. Elle a simplement traversé une phase de stress technique.

La communication institutionnelle face à la volatilité

L’un des enseignements de cette période concerne la manière dont les grands acteurs communiquent. En maintenant un discours cohérent à travers la hausse et la baisse, BlackRock et Larry Fink ont renforcé leur crédibilité auprès d’une clientèle qui valorise la stabilité intellectuelle. Changer de position à chaque mouvement de 20 % aurait envoyé un signal d’opportunisme. Tenir le même cadre d’analyse envoie un signal de conviction structurée.

Cette approche n’empêche pas de reconnaître les risques. Elle consiste simplement à distinguer les risques de structure de marché des risques de thèse. La première catégorie peut être gérée par le temps et le nettoyage des positions. La seconde nécessiterait une révision plus profonde des convictions. BlackRock estime n’être confronté qu’à la première.

Perspectives après le nettoyage du levier

Un marché désendetté n’est pas automatiquement un marché haussier. Il est simplement un marché moins susceptible de s’effondrer sous le poids de ses propres positions. La suite dépendra de plusieurs facteurs : le retour éventuel des flux institutionnels, l’évolution du contexte macroéconomique, la concurrence d’autres narratifs d’investissement et la capacité du bitcoin à continuer d’attirer de nouveaux utilisateurs et de nouvelles applications.

Pour BlackRock, ces incertitudes ne justifient pas d’abandonner l’allocation recommandée. Elles justifient simplement de rester mesuré et de considérer le bitcoin comme une poche satellite plutôt que comme un pilier central. Cette prudence relative est cohérente avec le profil de risque d’un gestionnaire d’actifs de cette taille.

Ce que révèle réellement cette étude

L’étude de BlackRock ne se contente pas de commenter une baisse de prix. Elle propose une grille de lecture. Elle invite à regarder derrière le mouvement de surface pour identifier les mécanismes techniques qui l’ont amplifié. Elle rappelle que les fondamentaux d’un actif et la structure temporaire du marché sont deux choses distinctes. Elle maintient enfin une recommandation d’allocation chiffrée, ce qui engage davantage que de simples déclarations générales.

Dans un environnement où les commentaires se multiplient et où les narratifs évoluent rapidement, ce type de document a le mérite de la clarté. Il ne promet pas un rebond immédiat. Il ne déclare pas non plus la mort du bitcoin. Il se contente d’affirmer que la thèse de long terme reste intacte et que la correction a principalement servi à purger les excès de levier. Pour un investisseur institutionnel, ce message est plus utile que bien des analyses émotionnelles.

La chute de plus de 50 % depuis le sommet d’octobre 2025 restera dans les annales comme l’une des corrections les plus violentes de l’histoire récente du bitcoin. Pourtant, si l’analyse de BlackRock s’avère juste, elle sera aussi rappelée comme un moment où le marché a été nettoyé de ses positions les plus fragiles. Larry Fink et son équipe ont choisi de regarder au-delà de la volatilité immédiate. Leur position, inchangée, offre un point de repère dans un paysage encore très mouvant.

Les prochains mois diront si les flux institutionnels reviennent et si le marché reconstruit progressivement une structure plus solide. En attendant, la distinction entre problème de plomberie et problème de fondations reste l’élément central à retenir. Pour BlackRock, la plomberie a été mise à rude épreuve. Les fondations, elles, tiennent toujours.

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