Alors que le calendrier macroéconomique s’accélère, le bitcoin reste scotché juste sous la barre des 80 000 dollars. Ce mardi matin, il évolue autour de 79 709 dollars, soit un léger repli de 0,5 % sur vingt-quatre heures. Derrière cette apparent stabilité se cache pourtant un déséquilibre frappant : un seul acteur institutionnel continue d’acheter massivement tandis que le reste du marché, et surtout les particuliers, se met à vendre. À trente-six heures de la décision de la Réserve fédérale, le marché crypto affiche un visage divisé comme rarement.

Un marché clivé entre institutions et particuliers

Lundi, les ETF Bitcoin spot américains ont enregistré 110 millions de dollars d’entrées nettes. La totalité de cette somme a été absorbée par un seul produit : l’IBIT de BlackRock. Aucun autre émetteur n’a contribué. Cette concentration extrême des flux institutionnels intervient alors que le prix du bitcoin cède du terrain depuis plusieurs semaines. Sur sept jours, la baisse atteint 2,8 %. Sur trente jours, elle grimpe à 5,4 %. Octobre s’achemine ainsi vers un deuxième mois rouge consécutif, un scénario inhabituel pour une période historiquement haussière.

Depuis le lancement des ETF spot en janvier 2024, IBIT a accumulé 66,24 milliards de dollars d’entrées nettes. L’ensemble des ETF Bitcoin représente désormais 102,84 milliards de dollars d’actifs sous gestion, soit environ 6,4 % de la capitalisation totale du bitcoin. Ces chiffres illustrent le poids croissant des flux institutionnels. Pourtant, le prix de revient moyen des positions ETF se situe autour de 81 700 dollars selon les estimations de Bloomberg Intelligence. À 79 700 dollars, l’acheteur institutionnel moyen se trouve déjà en perte latente de près de 2,4 %.

BlackRock rachète ce qu’il avait cédé

La séance de lundi n’est pas anodine. Quelques jours plus tôt, le 23 octobre, IBIT avait enregistré 110 millions de dollars de sorties. Le fonds de BlackRock a donc simplement récupéré le volume qu’il avait lui-même cédé en fin de semaine précédente. Cette capacité à absorber rapidement les retraits témoigne d’une profondeur de liquidité que peu d’acteurs peuvent se permettre. Pendant ce temps, les ETF Ethereum ont subi 88,6 millions de dollars de sorties nettes, dont 105 millions pour le seul ETHA de BlackRock. L’écart de comportement entre les deux grandes cryptomonnaies est particulièrement marqué.

Sur la semaine du 19 au 23 octobre, les ETF Bitcoin avaient tout de même terminé en territoire positif avec 301 millions de dollars d’entrées nettes, malgré 773 millions de dollars de retraits concentrés sur jeudi et vendredi. Cette volatilité des flux institutionnels montre que même les plus gros acteurs ajustent leurs positions rapidement en fonction des signaux macroéconomiques et techniques.

Ce qu’il faut retenir des flux ETF de lundi :

  • 110 millions de dollars d’entrées nettes uniquement sur IBIT
  • Aucun autre ETF Bitcoin spot n’a enregistré de flux significatif
  • Les ETF Ethereum ont subi 88,6 millions de dollars de sorties
  • Le prix de revient moyen des ETF se situe près de 81 700 dollars

Les particuliers vendent, les baleines attendent

Pendant que BlackRock accumule, le comportement des investisseurs individuels envoie un signal opposé. Selon les données de CryptoQuant, les dépôts de bitcoin en provenance de portefeuilles de particuliers sur Binance ont bondi de 5,5 à 10,75 milliards de dollars sur les trente derniers jours. Il s’agit du niveau le plus élevé observé depuis six mois. À l’inverse, les dépôts provenant des grandes baleines ont diminué, passant de 5,9 milliards de dollars fin août à 3,8 milliards actuellement.

Déposer des bitcoins sur une plateforme d’échange ne signifie pas automatiquement une intention de vente. Certains cherchent simplement à générer du rendement ou à se positionner sur des produits dérivés. Néanmoins, lorsque les petits portefeuilles se remplissent massivement tandis que les gros acteurs réduisent leurs dépôts, le signal historique penche rarement en faveur d’un rebond immédiat. Les particuliers se montrent souvent plus sensibles à la peur et aux mouvements de court terme.

Sur le marché des dérivés, la pression reste mesurée. CoinGlass a recensé 196 millions de dollars de liquidations sur vingt-quatre heures, dont 128 millions concernaient des positions longues. L’indice Fear and Greed est passé de 50 à 48, confirmant une légère détérioration du sentiment sans basculer dans la panique pure. Le marché hésite, mais il ne s’effondre pas.

Un plancher technique sous surveillance

Sur les carnets d’ordres, un mur d’achats d’environ 73 millions de dollars se concentre autour de 79 300 dollars. Juste en dessous se trouve le plus bas récent de 79 145 dollars touché samedi. Tant que cette zone tient, le bitcoin évite une accélération baissière. Une cassure claire ouvrirait en revanche la porte à un test des 78 000 dollars, niveau qui coïncide avec le max pain des options expirant vendredi.

Octobre perd actuellement près de 4 %. Après un mois d’octobre 2025 déjà négatif de 3,9 %, le bitcoin s’apprête à enchaîner deux « Red October » d’affilée. Historiquement, ce mois affichait une performance moyenne de 26 % depuis 2010. La rupture avec ce schéma saisonnier renforce l’attention portée aux prochains catalyseurs macroéconomiques.

La Fed au centre de toutes les attentions

Le Comité fédéral de l’open market se réunit mardi et mercredi. La décision de politique monétaire sera publiée mercredi 28 octobre à 19 heures, heure de Paris. Kevin Warsh tiendra ensuite sa conférence de presse à 19 h 30. Depuis la hausse de septembre, les taux directeurs évoluent dans la fourchette 3,75-4,00 %. Les marchés attribuent entre 86 et 91 % de probabilités à un statu quo mercredi.

Le vrai enjeu ne se situe pas dans la décision du jour, mais dans le ton employé concernant décembre. Jeff Mei, directeur des opérations de BTSE, le résume clairement : « Nous surveillons avec quelle force le président laissera entendre une éventuelle hausse en décembre. C’est cela qui compte pour les cryptos. » Avec un pétrole Brent proche de 114 dollars le baril et une inflation qui refuse de ralentir franchement, un discours ferme apparaît probable.

Nous surveillons avec quelle force le président laissera entendre une hausse en décembre. C’est cela qui compte pour les cryptos.

Jeff Mei, directeur des opérations de BTSE

Jeudi 29 octobre apportera une avalanche de données. Le PCE de septembre, l’indicateur d’inflation préféré de la Fed, sera publié en même temps que la première estimation du PIB américain du troisième trimestre. La Banque centrale européenne se réunit le même jour. Strategy publiera également ses résultats trimestriels. Le marché n’aura guère le temps de digérer chaque information séparément.

Les 12 milliards d’options de vendredi

Vendredi 30 octobre à 9 heures, Deribit fera expirer entre 11 et 12 milliards de dollars d’options sur bitcoin. Le max pain est estimé autour de 78 000 dollars. Ce niveau représente le prix auquel le plus grand nombre de contrats expirent sans valeur, ce qui arrange généralement les vendeurs d’options. Vendredi matin, ce max pain se situera environ 1 700 dollars sous le cours actuel, tandis que le prix de revient moyen des ETF restera 2 000 dollars au-dessus.

Pour rejoindre l’un ou l’autre de ces niveaux, le bitcoin dispose de soixante-douze heures et devra traverser trois catalyseurs majeurs identifiés dès lundi : la décision et le discours de la Fed, les données macroéconomiques de jeudi, puis l’expiration massive d’options. Il le fera avec un seul acheteur institutionnel clairement identifié et une base de particuliers qui continue d’alimenter les exchanges depuis un mois.

Que révèle cette divergence de comportement ?

La situation actuelle rappelle des phases passées où les flux institutionnels et les flux retail divergeaient fortement. Les baleines et les ETF tendent à accumuler ou à maintenir leurs positions lorsque le prix corrige, tandis que les particuliers vendent souvent au pire moment. Cette dynamique peut créer des opportunités, mais elle augmente aussi la volatilité de court terme. Tant que BlackRock et quelques autres acteurs restent les seuls acheteurs nets, le marché manque de la largeur nécessaire pour engager une vraie reprise.

Le fait que le prix de revient moyen des ETF se situe déjà au-dessus du cours actuel ajoute une pression psychologique. Les gestionnaires d’actifs n’aiment pas afficher des performances négatives trop longtemps. Une prolongation de la consolidation sous 80 000 dollars pourrait éventuellement freiner de nouveaux flux entrants, même si l’historique d’IBIT montre une capacité à absorber les périodes de faiblesse.

Les niveaux techniques à surveiller de près

La zone des 79 145 – 79 300 dollars constitue le premier véritable plancher. Une défense réussie permettrait de stabiliser le marché en attendant les annonces de la Fed. À l’inverse, une cassure ouvrirait la voie vers 78 000 dollars, niveau qui attire déjà les regards en raison du max pain des options. Au-dessus, la reconquête de 80 000 dollars puis de 81 700 dollars (prix de revient moyen des ETF) serait nécessaire pour redonner de l’air aux acheteurs institutionnels.

Les carnets d’ordres montrent actuellement un soutien relativement solide autour de 79 300 dollars. Cependant, la profondeur de ce support reste limitée par rapport aux volumes qui pourraient se déverser en cas de surprise baissière mercredi soir. Les traders de dérivés restent prudents, comme en témoigne le volume de liquidations encore contenu.

Niveaux clés à retenir pour les prochains jours :

  • Support immédiat : 79 145 – 79 300 dollars
  • Zone de max pain options : autour de 78 000 dollars
  • Prix de revient moyen ETF : près de 81 700 dollars
  • Résistance psychologique : 80 000 dollars

Pourquoi octobre déçoit-il encore ?

Historiquement, octobre figurait parmi les meilleurs mois pour le bitcoin. La moyenne de 26 % depuis 2010 crée des attentes élevées. Deux années consécutives de baisse en octobre cassent cette saisonnalité et forcent les investisseurs à réévaluer leurs modèles. Plusieurs facteurs expliquent ce changement. L’environnement de taux élevés, la force du dollar à certaines périodes, et l’absence de catalyseur positif clair après le lancement des ETF ont modifié la dynamique habituelle.

Les flux institutionnels restent positifs sur le long terme, mais ils ne sont plus suffisants pour compenser à eux seuls les prises de bénéfices et les ventes de particuliers. Le marché crypto a mûri. Il réagit désormais davantage aux signaux macroéconomiques qu’aux cycles internes purs. La décision de la Fed et les données d’inflation de cette semaine illustrent parfaitement cette dépendance croissante.

Le rôle particulier de BlackRock

Depuis le premier jour des ETF spot, BlackRock s’est imposé comme le leader incontesté. IBIT concentre une part disproportionnée des flux. Cette domination a des avantages et des inconvénients. Elle apporte de la liquidité et de la crédibilité au produit. Elle crée aussi une dépendance. Lorsque BlackRock est le seul acheteur, le marché devient plus fragile. Une simple pause dans les souscriptions d’IBIT peut suffire à faire basculer le sentiment.

Le fait que le fonds ait racheté lundi exactement le montant cédé quelques jours plus tôt montre une gestion active et opportuniste. BlackRock ne semble pas paniquer face à la consolidation sous 80 000 dollars. Cette attitude contrastée avec celle des particuliers renforce l’idée d’une divergence de vision entre les deux catégories d’investisseurs.

Ce que les prochains jours peuvent changer

Mercredi soir apportera le premier vrai test. Un discours très ferme de la Fed, laissant ouverte la porte à une nouvelle hausse en décembre, pourrait faire pression sur les actifs risqués, bitcoin inclus. À l’inverse, un ton plus accommodant, même dans le cadre d’un statu quo, pourrait soulager le marché. Les données de jeudi ajouteront une couche supplémentaire d’informations. Enfin, l’expiration des options de vendredi risque d’amplifier les mouvements dans un sens ou dans l’autre.

Dans ce contexte, le comportement des flux ETF restera un indicateur crucial. Si BlackRock continue d’absorber seul les volumes, le marché manquera de souffle. Si d’autres émetteurs reprennent le chemin des entrées nettes, le signal deviendrait plus constructif. De même, une stabilisation des dépôts de particuliers sur Binance indiquerait un apaisement de la pression vendeuse retail.

Une consolidation qui teste la patience

Le bitcoin évolue depuis plusieurs semaines dans une fourchette relativement étroite sous 82 000 dollars. Cette consolidation fatigue les traders de court terme et pousse une partie des particuliers à réduire leur exposition. Les investisseurs de long terme, eux, continuent de voir dans ces phases des opportunités d’accumulation progressive. La divergence entre ces deux horizons temporels explique en grande partie le comportement observé actuellement sur les exchanges.

La capacité du bitcoin à tenir le plancher des 79 145 dollars dans les heures qui viennent conditionnera largement la suite. Une défense réussie permettrait d’attendre sereinement les annonces de la Fed. Une rupture ouvrirait la porte à un test plus profond vers 78 000 dollars, voire plus bas si le discours monétaire se révèle particulièrement agressif.

Les enseignements de cette séquence

Plusieurs leçons se dégagent déjà. Premièrement, les flux institutionnels ne sont pas monolithes. Même au sein des ETF, un seul produit peut concentrer la totalité de l’activité. Deuxièmement, le comportement des particuliers reste un excellent baromètre du sentiment de court terme. Leur ruée vers les exchanges coïncide souvent avec des phases de faiblesse. Troisièmement, le calendrier macroéconomique continue de dicter le rythme du marché crypto bien plus que les cycles internes purs.

Enfin, la maturité croissante du marché se traduit par une sensibilité accrue aux niveaux techniques et aux prix de revient institutionnels. Le fait que le cours évolue sous le coût moyen d’acquisition des ETF n’est pas anodin. Il ajoute une contrainte psychologique supplémentaire pour les gestionnaires d’actifs.

Vers quelle direction le marché peut-il basculer ?

Deux scénarios principaux se dessinent. Dans le premier, la Fed adopte un ton neutre à légèrement accommodant, les données de jeudi ne surprennent pas négativement, et le bitcoin défend ses supports. Dans ce cas, les 80 000 dollars pourraient être repris rapidement, voire les 81 700 dollars testés dans les jours suivants. Les flux ETF s’élargiraient alors potentiellement à d’autres émetteurs.

Dans le second scénario, un discours ferme de la Fed combiné à des données d’inflation ou de croissance décevantes pousse le bitcoin sous 79 000 dollars. L’expiration des options autour de 78 000 dollars pourrait alors amplifier le mouvement. Les particuliers intensifieraient leurs ventes et les ETF pourraient enregistrer des sorties plus larges. Ce scénario resterait néanmoins temporaire tant que les fondamentaux institutionnels de long terme restent intacts.

Entre ces deux extrêmes, une troisième voie de consolidation prolongée sous 80 000 dollars reste possible. Le marché attendrait alors de nouveaux catalyseurs, peut-être liés aux données d’emploi ou à la prochaine réunion de décembre. Dans tous les cas, la semaine en cours s’annonce déterminante pour la trajectoire de court et moyen terme du bitcoin.

Conclusion provisoire avant la décision de la Fed

Le bitcoin évolue actuellement dans un équilibre fragile. Un seul acheteur institutionnel de poids, BlackRock via IBIT, soutient les flux pendant que les particuliers allègent leurs positions. Les supports techniques tiennent encore, mais le calendrier des prochaines soixante-douze heures est chargé. Décision de la Fed, données macroéconomiques, expiration massive d’options : chaque élément peut faire basculer le marché dans un sens ou dans l’autre.

La capacité d’IBIT à continuer d’absorber les volumes, la réaction des autres ETF, et l’évolution des dépôts retail sur Binance constitueront les meilleurs indicateurs de la force réelle du marché. Pour l’instant, le bitcoin colle à 79 700 dollars. Reste à savoir combien de temps cette stabilité apparente pourra résister aux chocs qui se profilent.

Les prochains jours diront si cette consolidation n’est qu’une pause avant une reprise ou le prélude à une correction plus profonde. Dans un marché désormais très sensible aux signaux monétaires, la parole de la Réserve fédérale pèsera lourd. Et BlackRock, pour l’instant seul acheteur déclaré, ne pourra pas soutenir indéfiniment l’ensemble du marché à lui seul.

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