Et si la prochaine grande décision monétaire d’Asie ne venait pas de Singapour ou de Hong Kong, mais de Séoul ? Ce lundi 12 octobre 2026, au cœur même du siège de la Banque de Corée, le gouverneur Hyun Song Shin a livré une réponse d’une clarté rare face aux parlementaires. Les stablecoins, ces monnaies numériques adossées à une valeur stable, ne seront pas émis ni opérés par la banque centrale. Point final. La balle est désormais dans le camp des entreprises privées. Derrière cette phrase simple se cache pourtant un basculement stratégique qui redéfinit le paysage crypto coréen et, potentiellement, celui de toute l’Asie de l’Est.

La Position Claire De La Banque De Corée Sur Les Stablecoins

Lors de l’audit parlementaire organisé au siège de l’institution à Séoul, le gouverneur a été interrogé par le député indépendant Lee Jun-seok sur trois sujets brûlants : les stablecoins, les tokens de dépôt bancaires et les monnaies numériques de banque centrale. Sa réponse a tranché net. Selon lui, il est juste que les stablecoins soient gérés par le secteur privé. Pourquoi ? Parce que ces actifs sont conçus pour circuler sur des réseaux blockchain décentralisés, en dehors du circuit classique de la monnaie centrale.

Hyun Song Shin a insisté sur le fait que la Banque de Corée n’envisageait pas d’opérer directement des activités liées aux stablecoins. Elle se réserve toutefois le droit d’intervenir dans les discussions qui touchent à la stabilité monétaire et aux systèmes de paiement. En d’autres termes, le régulateur garde un œil vigilant, mais laisse le terrain opérationnel aux acteurs privés. Cette distinction est essentielle pour comprendre la philosophie actuelle de Séoul.

Il est juste que les stablecoins soient gérés par le secteur privé.

Hyun Song Shin, gouverneur de la Banque de Corée

Cette prise de position n’arrive pas dans un vide. Depuis plusieurs mois, le débat fait rage en Corée du Sud autour de la régulation des stablecoins libellés en won. En juillet dernier, la Banque de Corée avait déjà affiché sa préférence pour des consortiums menés par des banques commerciales lors de l’introduction initiale de ces actifs. L’institution s’inquiétait alors des risques liés à une émission trop libre par des entreprises non bancaires, sans garde-fous financiers suffisants.

Les déclarations du 12 octobre ne contredisent pas cette ligne. Elles la précisent. Le gouverneur n’a pas annoncé de retrait de la préférence pour une émission pilotée par les banques. Il a simplement clarifié que la banque centrale elle-même ne jouerait pas le rôle d’opérateur. La législation en cours sur les stablecoins reste donc en suspens, et le cadre réglementaire final n’a pas encore été dévoilé.

Pourquoi le privé et pas le public

La logique avancée par Hyun Song Shin repose sur la nature même des stablecoins. Ces tokens sont pensés pour voyager librement sur des blockchains permissionless, c’est-à-dire ouvertes à tous. Ils ne dépendent pas d’une émission centrale. Les confier à des entreprises privées permet, selon lui, de préserver cette caractéristique fondamentale tout en maintenant un contrôle macroéconomique via la supervision.

En parallèle, la Banque de Corée continue de développer son propre système institutionnel. Le projet Hangang, lancé il y a plusieurs années, reste au centre de la stratégie. Il ne s’agit pas d’un concurrent des stablecoins privés, mais d’un outil distinct destiné à moderniser le système monétaire à deux niveaux déjà en place.

Ce qu’il faut retenir des déclarations du 12 octobre

  • La Banque de Corée n’émettra ni n’opérera de stablecoins.
  • Le secteur privé est considéré comme le mieux placé pour cette activité.
  • Le projet Hangang reste totalement séparé et institutionnel.
  • Aucune CBDC de détail n’est envisagée depuis 2023.
  • Les banques commerciales conservent la relation client.

Le projet Hangang, une autre logique monétaire

Hyun Song Shin a longuement insisté sur la différence entre les stablecoins privés et le projet Hangang. Ce dernier vise à reproduire le système monétaire à deux étages de la Corée du Sud en utilisant la technologie blockchain. D’un côté, la Banque de Corée émet une monnaie numérique institutionnelle utilisée uniquement pour les règlements interbancaires. De l’autre, les banques commerciales émettent des tokens de dépôt qui représentent les comptes de leurs clients.

Dans ce schéma, le client continue de traiter avec sa banque habituelle. Ses informations personnelles restent chez le prêteur commercial. La banque centrale ne voit que les flux de règlement entre institutions. Cette architecture a été conçue précisément pour rassurer ceux qui craignaient une surveillance généralisée des transactions individuelles.

Le rapport de recherche officiel publié en décembre 2025 décrit un grand livre unifié reliant la monnaie numérique de gros et les dépôts tokenisés. Les banques participantes émettent les tokens de dépôt, tandis que la monnaie institutionnelle sert au règlement final. L’objectif n’est pas de révolutionner le rapport de force entre la banque centrale et les banques commerciales, mais de le moderniser techniquement.

Le 8 octobre 2026, soit quatre jours avant l’audition parlementaire, la Banque de Corée a publié une note explicative supplémentaire. Elle y distingue clairement la monnaie numérique institutionnelle d’une éventuelle CBDC destinée au grand public. Les préparatifs pour de nouveaux essais de paiement avec tokens de dépôt avancent. Un programme de subvention pour les infrastructures de recharge de véhicules électriques a même été identifié comme cas d’usage concret.

Plus de CBDC de détail depuis 2023

Le gouverneur a également dissipé un malentendu persistant. La Banque de Corée n’envisage plus une monnaie numérique de banque centrale destinée directement au public. Cette option a été abandonnée en 2023. Depuis, tous les efforts se concentrent sur l’approche institutionnelle et les tokens de dépôt bancaires.

La Banque de Corée n’envisage plus de CBDC à usage général depuis 2023.

Hyun Song Shin

Cette clarification est importante. Dans de nombreux pays, le débat sur les CBDC de détail reste vif, notamment en raison des questions de vie privée et de concurrence avec les banques commerciales. Séoul a tranché : le grand public passera par sa banque, pas directement par la banque centrale. Les essais menés en 2025 avec sept banques commerciales ont déjà prouvé que le modèle fonctionne. Les clients convertissaient leurs dépôts en tokens via l’application bancaire et payaient chez des commerçants participants, des supermarchés aux cafés en passant par les sites de e-commerce.

La deuxième phase a élargi le cercle à neuf banques et a introduit des cas d’usage liés aux subventions gouvernementales. Des fonctionnalités comme l’autorisation biométrique, les transferts entre portefeuilles et le rechargement automatique de solde ont été testées. Le rapport de politique monétaire de mars 2026 confirme que de nouvelles transactions en conditions réelles étaient en préparation, avec un focus particulier sur les paiements programmables de l’État.

Les initiatives privées ne s’arrêtent pas

Pendant que la banque centrale clarifie son rôle, le secteur privé avance. En septembre 2026, Eugene Investment & Securities a signé un accord avec la société blockchain BEATOZ pour tester le règlement de souscriptions de titres tokenisés via stablecoin. L’idée est de regrouper souscription, paiement et règlement dans un seul processus blockchain.

Plus tôt, en juillet, HashKey Group a conclu un protocole d’accord avec Kbank et BPMG pour explorer des stablecoins adossés au won destinés aux paiements internationaux et au règlement commercial. Kbank s’occupe de la conformité bancaire, BPMG de la couche technologique. MoonPay, de son côté, a lancé ses activités en Corée du Sud en septembre et a annoncé des discussions avec Woori Bank, KB Financial Group et KakaoBank autour de services liés aux stablecoins et aux paiements transfrontaliers.

Ces mouvements montrent que le marché ne attend pas le feu vert définitif de la réglementation. Les acteurs se positionnent déjà, anticipant un cadre qui, selon les signaux de la Banque de Corée, devrait privilégier dans un premier temps les consortiums bancaires.

Les enjeux de stabilité monétaire derrière la décision

Pourquoi la Banque de Corée tient-elle tant à rester en dehors de l’opération des stablecoins ? La réponse se trouve dans sa mission fondamentale : préserver la stabilité monétaire. Un stablecoin émis par la banque centrale elle-même pourrait créer une concurrence directe avec les dépôts bancaires et fragiliser le système de crédit. En laissant le privé s’en charger, sous supervision, l’institution limite ce risque tout en permettant l’innovation.

La Corée du Sud a déjà connu des épisodes de volatilité crypto. L’expérience de 2022 avec certains projets locaux a laissé des traces. Les autorités veulent éviter qu’un stablecoin mal conçu ne provoque une ruée vers la liquidité ou ne contamine le système bancaire traditionnel. D’où la prudence affichée depuis juillet et réaffirmée le 12 octobre.

Le projet Hangang, lui, reste dans le périmètre maîtrisé de la banque centrale. Il modernise les infrastructures de paiement sans remettre en cause le rôle des banques commerciales. C’est une approche évolutive plutôt que révolutionnaire, typique de la culture institutionnelle coréenne.

Ce que cela change pour les utilisateurs et les entreprises

Pour le grand public, la décision signifie que les stablecoins en won, s’ils arrivent, seront proposés par des acteurs privés ou des consortiums bancaires, pas par la Banque de Corée. Les paiements du quotidien continueront de passer par les applications bancaires classiques via les tokens de dépôt du projet Hangang. La distinction est subtile mais importante : d’un côté des outils de paiement institutionnels, de l’autre des actifs potentiellement plus ouverts et interopérables.

Pour les entreprises, notamment celles qui travaillent à l’international, les stablecoins privés pourraient offrir des solutions de règlement plus rapides et moins coûteuses que les circuits traditionnels. Les partenariats déjà annoncés avec HashKey, MoonPay ou BEATOZ montrent que le marché se prépare à cette possibilité. Le cadre réglementaire final déterminera toutefois la vitesse d’adoption.

Les banques commerciales, elles, se retrouvent dans une position confortable. Elles restent au centre de la relation client grâce aux tokens de dépôt, tout en pouvant potentiellement participer à l’émission de stablecoins via des consortiums. C’est un double avantage concurrentiel.

Comparaison avec d’autres approches asiatiques

La position coréenne contraste avec celle de certains voisins. Singapour a adopté un cadre plus ouvert pour les stablecoins, tout en maintenant une supervision stricte. Hong Kong a lancé des expérimentations ambitieuses. La Chine, elle, a poussé le yuan numérique de détail de manière très centralisée. Séoul choisit une voie médiane : modernisation technique via Hangang, innovation privée sous conditions pour les stablecoins, et refus clair d’une CBDC de détail.

Cette approche pourrait inspirer d’autres banques centrales de la région qui cherchent à concilier innovation et stabilité. Le fait que le gouverneur ait pris la peine de le formuler aussi explicitement lors d’une audition parlementaire montre que la communication claire fait désormais partie de la stratégie monétaire.

Les prochaines étapes attendues

Plusieurs éléments restent à clarifier. Le projet de loi sur les stablecoins n’a pas encore été finalisé. Les conditions exactes d’émission, les exigences de réserve, les règles de rachat et le régime de supervision devront être précisés. La préférence affichée pour les consortiums bancaires laisse penser que les premiers émetteurs seront probablement des groupes regroupant banques et acteurs technologiques.

Du côté du projet Hangang, de nouveaux essais de paiement grand public sont attendus d’ici la fin 2026. Les tokens de dépôt devraient s’étendre à de nouveaux cas d’usage, notamment les subventions publiques. La banque centrale et les banques participantes continuent d’affiner le système à partir des retours de la première phase.

Les entreprises privées, elles, poursuivent leurs tests. Que ce soit pour le règlement de titres tokenisés, les paiements transfrontaliers ou les services de distribution de stablecoins, l’écosystème s’organise. La déclaration du 12 octobre ne freine pas ces initiatives ; elle leur donne simplement un cadre plus net.

Une philosophie monétaire assumée

En refusant d’émettre elle-même des stablecoins, la Banque de Corée réaffirme une vision classique du système monétaire à deux niveaux. La monnaie centrale reste l’ancre de stabilité. Les banques commerciales gèrent la relation avec le public. Les acteurs privés peuvent innover sur des niches spécifiques, à condition de respecter les règles de prudence.

Cette philosophie n’est pas révolutionnaire. Elle est pragmatique. Elle permet d’introduire la blockchain dans les infrastructures de paiement sans déstabiliser le cœur du système. Elle laisse de la place à l’expérimentation privée tout en gardant le contrôle des risques systémiques. Et elle évite les débats parfois passionnés sur la surveillance généralisée que suscitent les CBDC de détail.

Le gouverneur Hyun Song Shin a choisi la clarté. En une matinée d’audition, il a tracé une ligne nette entre ce que la banque centrale fera et ce qu’elle ne fera pas. Les stablecoins sont du ressort du privé. Le projet Hangang reste institutionnel. La CBDC de détail est abandonnée. Les clients restent chez leur banque. Tout le reste n’est que détails d’implémentation.

Impact potentiel sur l’écosystème crypto coréen

L’écosystème crypto local, déjà très dynamique, reçoit un signal mixte mais globalement positif. D’un côté, l’absence d’une stablecoin officielle de la banque centrale peut freiner certains projets qui misaient sur un actif souverain. De l’autre, la confirmation que le privé est bienvenu ouvre la porte à de nouvelles initiatives, à condition de respecter le cadre qui se dessine.

Les plateformes d’échange, les fintechs et les banques digitales vont devoir se positionner. Certaines pourraient rejoindre des consortiums d’émission. D’autres se concentreront sur les services autour des stablecoins existants ou sur l’intégration des tokens de dépôt Hangang. La concurrence s’annonce vive, mais structurée.

Pour les investisseurs et les utilisateurs, la priorité reste la clarté réglementaire. Tant que le texte de loi n’est pas voté, l’incertitude demeure. La déclaration du 12 octobre réduit toutefois une source majeure d’ambiguïté : la banque centrale ne sera pas un concurrent direct sur le marché des stablecoins.

Le rôle de la supervision monétaire

Hyun Song Shin a pris soin de rappeler que la Banque de Corée continuerait d’exprimer son avis sur tout ce qui touche à l’écosystème monétaire. Même si elle n’opère pas les stablecoins, elle reste le gardien de la stabilité. Les discussions sur les réserves, les mécanismes de rachat, les exigences de liquidité et les risques de contagion resteront sous son regard.

Cette posture de superviseur éclairé plutôt que d’opérateur direct est cohérente avec la tradition des banques centrales modernes. Elle permet d’encourager l’innovation tout en gardant la capacité d’intervenir si des risques systémiques apparaissent. C’est un équilibre délicat, mais que Séoul semble vouloir maintenir.

Perspectives pour 2026 et au-delà

Les mois qui viennent seront décisifs. Les essais supplémentaires du projet Hangang devraient livrer de nouveaux enseignements. La législation sur les stablecoins pourrait enfin avancer. Les partenariats privés déjà annoncés passeront de la phase de test à des déploiements plus concrets si le cadre le permet.

La Corée du Sud se positionne ainsi comme un laboratoire intéressant. Elle modernise ses infrastructures de paiement institutionnelles tout en laissant de l’espace à l’innovation privée. Elle refuse la tentation d’une CBDC de détail tout en explorant les tokens de dépôt. Elle refuse d’émettre des stablecoins tout en supervisant leur développement.

Cette approche nuancée pourrait servir de référence. Dans un monde où les banques centrales oscillent entre enthousiasme technologique et prudence monétaire, Séoul a choisi une voie médiane assumée. Les déclarations du 12 octobre 2026 en sont la preuve la plus claire à ce jour.

Le message est simple et sans ambiguïté. Les stablecoins ne seront pas l’affaire de la Banque de Corée. Ils seront l’affaire du privé, sous le regard attentif de l’institution monétaire. Le projet Hangang, lui, continue sa route, fidèle à sa mission de modernisation sans révolution. Pour l’écosystème crypto coréen, l’heure est désormais à l’adaptation et à la préparation du cadre qui se dessine. La balle est dans le camp des entreprises. Et elles semblent déjà prêtes à la saisir.

Au-delà des frontières coréennes, cette décision sera observée de près. Les autres banques centrales asiatiques, confrontées aux mêmes dilemmes, y trouveront peut-être des éléments de réponse. L’innovation monétaire n’impose pas forcément de tout centraliser. Elle peut aussi passer par une répartition claire des rôles. C’est précisément ce que Hyun Song Shin a rappelé ce lundi face aux parlementaires. Une leçon de clarté monétaire à retenir.

La suite dépendra maintenant de la capacité du législateur à transformer ces orientations en règles précises, et de celle du privé à innover dans le respect de ces règles. Le débat n’est pas clos. Il vient simplement d’entrer dans une nouvelle phase, plus nette, plus structurée, et potentiellement plus productive pour l’ensemble de l’écosystème.

Partager

Passionné et dévoué, je navigue sans relâche à travers les nouvelles frontières de la blockchain et des cryptomonnaies. Pour explorer les opportunités de partenariat, contactez-nous.

Laisser une réponse

Exit mobile version