Imaginez un instant : vous venez d’acheter du Bitcoin à un prix que vous pensiez être « le creux du bear market », l’or vient de toucher un nouveau record historique il y a quelques semaines à peine, et pourtant… un vent glacial souffle soudain sur les portefeuilles. Les indices boursiers américains stagnent, les altcoins saignent, et même les métaux précieux qui semblaient indestructibles commencent à vaciller. Et si tout cela n’était que le calme avant une tempête bien plus violente ?
C’est exactement le message que Mark Zandi, chef économiste chez Moody’s Analytics, a lancé ce week-end sur les réseaux sociaux. Ses mots résonnent comme un coup de semonce dans un marché qui, jusqu’ici, semblait hypnotisé par la résilience et les « buy the dip ». Mais derrière les apparences, plusieurs fissures structurelles se creusent. Faut-il vraiment s’inquiéter ? Ou s’agit-il d’une nouvelle peur passagère ?
Un économiste respecté tire la sonnette d’alarme
Mark Zandi n’est pas n’importe qui. Ses prévisions macroéconomiques sont suivies de près par les grandes institutions, les hedge funds et même la Réserve fédérale. Quand il parle de « marchés de plus en plus tendus » et d’« éléments réunis pour une correction significative », les investisseurs sérieux tendent l’oreille.
Les marchés financiers me semblent de plus en plus fragiles, avec tous les ingrédients d’une vente massive qui se mettent en place. Le risque est le plus élevé pour les actions et les obligations d’entreprises, mais même les cryptomonnaies, l’or et l’argent restent vulnérables malgré les récents replis.
Mark Zandi – 22 février 2026
Cette déclaration n’est pas sortie de nulle part. Elle fait suite à plusieurs mois de comportements d’investisseurs qui rappellent étrangement les phases d’euphorie précédant les grandes corrections. Acheter les creux sans se poser de questions, parier sur une suite infinie de hausses parce que « ça a toujours marché comme ça »… voilà le cocktail que Zandi pointe du doigt.
1. Une économie américaine qui patine sérieusement
Le premier signal d’alerte concerne la croissance réelle. Alors que le potentiel de long terme de l’économie américaine est estimé autour de 2,5 % par an, le PIB réel stagne depuis plusieurs trimestres autour de 2,1 %. C’est insuffisant pour absorber la hausse continue des coûts (salaires, matières premières, énergie).
Le marché du travail, longtemps présenté comme le pilier de la résilience US, montre également des signes de faiblesse préoccupants. Le chômage reste coincé au-dessus de 4,2 % depuis plusieurs mois, et les créations d’emplois mensuelles moyennes sont tombées sous la barre symbolique des 180 000 postes en 2025 – du jamais vu depuis la pandémie.
Signaux faibles du ralentissement économique US (2025-2026)
- Croissance du PIB réel : ~2,1 % vs potentiel 2,5 %
- Créations d’emplois mensuelles moyennes : < 180 000
- Taux de chômage stabilisé autour de 4,2-4,4 %
- Confiance des consommateurs en nette baisse
- Commandes industrielles en repli marqué
Ces chiffres ne sont pas catastrophiques en eux-mêmes, mais ils contrastent violemment avec les valorisations record observées sur les marchés actions et crypto.
2. Des valorisations qui flirtent avec l’absurde
Le ratio cours/bénéfices ajusté (CAPE ou Shiller PE) du S&P 500 oscille actuellement autour de 36-37x, soit des niveaux comparables à ceux de 1929 et 2000. Même en retirant les fameuses « Magnificent 7 », le reste du marché reste très cher.
Du côté des cryptomonnaies, Bitcoin se traite toujours à plus de 1,3 trillion de capitalisation malgré une correction de plus de 25 % depuis son ATH de décembre 2025. Les altcoins les plus spéculatifs (memecoins, layer-2 sans traction réelle) affichent des valorisations totalement déconnectées de leurs fondamentaux.
Quant à l’or et l’argent, même s’ils ont corrigé de leurs sommets, ils restent à des niveaux historiquement très élevés en termes réels (ajustés de l’inflation). L’or physique se situe toujours au-dessus de 2 800 $ l’once et l’argent au-dessus de 34 $.
3. La bombe à retardement du marché obligataire
Le rendement du Treasury 10 ans a dépassé les 4,8 % récemment, un niveau qui commence à peser lourdement sur les valorisations actions (hausse du taux d’actualisation des flux futurs). Les hedge funds ont massivement augmenté leur levier sur les basis trades (cash-futures Treasuries), créant un risque systémique si les spreads se tendent brutalement.
Parallèlement, la dette publique américaine continue d’exploser : plus de 36 trillions de dollars en février 2026. Les intérêts annuels de cette dette dépassent désormais le budget de la Défense.
La dette publique US et les rendements obligataires qui grimpent sont en train de devenir le talon d’Achille caché des marchés.
Commentaire d’un gérant obligataire anonyme – février 2026
Cette situation crée un cercle vicieux : plus les taux montent, plus le service de la dette coûte cher, plus les déficits se creusent, plus les investisseurs exigent des primes de risque élevées…
4. Géopolitique : le risque oublié qui peut tout faire basculer
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump multiplie les déclarations musclées. La plus inquiétante concerne l’Iran : il a laissé entendre qu’une « frappe limitée » pourrait être envisagée pour forcer Téhéran à revenir à la table des négociations sur le nucléaire.
En réponse, les autorités iraniennes ont promis une riposte « massive et asymétrique » qui pourrait embraser tout le Moyen-Orient. Une telle escalade aurait des conséquences immédiates :
- Explosion du prix du pétrole (possiblement > 130 $ le baril)
- Choc inflationniste aux États-Unis
- Impossible pour la Fed de baisser les taux en pleine flambée des prix
- Fuite massive vers le cash et les Treasuries
- Effondrement des actifs risqués (actions, crypto, matières premières spéculatives)
Même sans guerre ouverte, la simple menace suffit à faire repartir la volatilité à la hausse.
5. Le retour des tarifs douaniers : seconde lame de fond
Après une décision défavorable de la Cour suprême fin février 2026, Trump a annoncé son intention d’utiliser une disposition légale permettant d’imposer des tarifs douaniers de 15 % sur l’ensemble des importations pendant 150 jours sans passer par le Congrès.
Conséquences potentielles :
- Renforcement du dollar US
- Pression déflationniste sur les importations
- Ralentissement du commerce mondial
- Chute des bénéfices des entreprises exportatrices et importatrices
- Repli supplémentaire des matières premières libellées en dollars
Cette mesure protectionniste pourrait donc paradoxalement aggraver le ralentissement économique tout en renforçant temporairement le billet vert – un cocktail toxique pour Bitcoin, l’or et les actions technologiques.
Que faire face à ces risques cumulés ?
Face à un tel scénario, plusieurs stratégies se dessinent pour les investisseurs avertis :
- Réduire fortement l’exposition aux actifs les plus spéculatifs (memecoins, small caps, altcoins sans utilité réelle)
- Augmenter la poche de liquidités (cash + Treasuries courts)
- Conserver une exposition modérée à l’or physique et aux minières aurifères de qualité (hedge anti-inflation et anti-guerre)
- Privilégier les grandes capitalisations défensives (santé, consommation de base, utilities)
- Surveiller de très près les niveaux de VIX et les spreads de crédit high-yield
Bien entendu, personne ne peut prédire avec certitude le timing d’une correction. Mais quand un économiste du calibre de Mark Zandi utilise les mots « éléments pour une vente massive » et cite explicitement actions, obligations corporate, crypto, or et argent… il serait imprudent de faire comme si de rien n’était.
Les prochains mois s’annoncent extrêmement mouvementés. Entre géopolitique explosive, valorisations extrêmes, dette incontrôlable et Fed coincée, le marché semble naviguer sur un fil. La question n’est peut-être plus de savoir si une violente correction arrivera… mais plutôt quand et à quelle profondeur.
Et vous, de quel côté penchez-vous : encore optimiste ou déjà en mode prudence maximale ?
