Imaginez une entreprise qui, en quelques années seulement, est passée de simple émetteur de stablecoin à un véritable conglomérat technologique et financier pesant des centaines de milliards de dollars. Imaginez qu’elle finance des mines de Bitcoin, investisse dans des clubs de football italiens, soutienne des plateformes vidéo alternatives, et construise en parallèle un « stack technologique de la liberté » à l’échelle mondiale. Cette entreprise existe. Elle s’appelle Tether.

Le 8 février 2026, le Financial Times a publié une longue enquête qui lève un coin du voile sur l’impressionnante expansion de Tether, bien au-delà de son rôle historique de pont entre dollars et cryptomonnaies. Derrière les 185 milliards de dollars d’USDT en circulation se cache aujourd’hui une machine bien plus complexe et ambitieuse que ce que la plupart des observateurs imaginaient.

Un géant discret devenu tentaculaire

En 2020, la capitalisation d’USDT oscillait autour de 5 milliards de dollars. Aujourd’hui, elle dépasse les 185 milliards. Cette croissance stratosphérique n’est pas seulement le fruit d’une adoption massive par les traders et les populations de pays à forte inflation : elle génère aussi des profits colossaux que Tether conserve et réinvestit massivement.

Contrairement à Circle (l’émetteur d’USDC) qui reverse une partie des intérêts à ses utilisateurs institutionnels, Tether a choisi une voie radicalement différente : garder l’intégralité des rendements issus des réserves (principalement des bons du Trésor américain) pour financer ses propres projets et ambitions.

Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes :

  • Capitalisation USDT : environ 185 milliards $
  • Nombre d’utilisateurs revendiqués : plus de 500 millions
  • Nombre d’investissements réalisés : 140
  • Effectif actuel : environ 300 personnes
  • Recrutements prévus sur 18 mois : +150 personnes
  • Objectif de valorisation lors du prochain tour : 500 milliards $

Ces chiffres dessinent le portrait d’une organisation qui n’a plus grand-chose à voir avec la petite société offshore des débuts.

Des investissements dans des secteurs très variés

Le portefeuille de Tether ne ressemble à aucun autre dans l’écosystème crypto. On y trouve aussi bien des projets agricoles en Amérique du Sud que des participations dans des secteurs très traditionnels.

Parmi les investissements les plus médiatisés :

  • Une participation importante dans Rumble (775 millions $ investis), la plateforme vidéo qui se positionne comme une alternative « libre » à YouTube et qui héberge notamment Truth Social.
  • Une prise de participation dans le club de football italien Juventus.
  • Des projets miniers Bitcoin via la plateforme MOS.
  • Des investissements dans l’or tokenisé (notamment un deal de 150 millions $ avec Gold.com).

Cette stratégie d’investissement tous azimuts suscite autant d’admiration que de questionnements. Tether semble vouloir devenir un acteur majeur dans plusieurs industries stratégiques, pas uniquement dans la blockchain.

Le recrutement massif et la quête de talents

Pour soutenir cette expansion tous azimuts, Tether accélère drastiquement ses recrutements. L’objectif affiché : passer de 300 à environ 450 collaborateurs d’ici fin 2027.

Mais attention : il ne s’agit pas uniquement d’ingénieurs blockchain. Les annonces récentes montrent une grande diversité de profils recherchés :

  • Ingénieurs IA et développeurs AI agents
  • Filmmakers spécialisés en intelligence artificielle (basés en Italie)
  • Associés en venture capital (Émirats Arabes Unis)
  • Responsables des affaires réglementaires (Ghana, Brésil, etc.)
  • Experts en lobbying aux États-Unis

Cette variété traduit bien l’ambition : Tether ne veut plus seulement émettre un stablecoin. Elle veut construire un écosystème technologique complet.

Nous construisons un « freedom tech stack » qui couvre la finance, les communications, l’intelligence et l’énergie.

Paolo Ardoino – CEO de Tether

Cette vision très ambitieuse a été présentée publiquement lors d’une conférence à San Salvador, où plusieurs produits phares ont été dévoilés : le système d’exploitation minier MOS, la plateforme QVAC pour agents IA, ou encore le wallet WDK permettant aux agents IA d’accepter directement des USDT.

El Salvador : le nouveau QG stratégique

Depuis 2025, Tether a officialisé son déménagement au Salvador, pays dirigé par le très pro-crypto Nayib Bukele. L’entreprise y construit même une tour de bureaux dédiée.

Ce choix n’est pas anodin. Le Salvador offre :

  • Un cadre réglementaire favorable aux cryptomonnaies
  • Une proximité idéologique avec la vision de Tether
  • Une fiscalité attractive
  • Des relations privilégiées avec le pouvoir en place

Les dirigeants de Tether entretiennent des liens étroits avec l’administration Bukele, ce qui renforce encore leur position stratégique en Amérique centrale.

Les liens avec l’administration Trump et Wall Street

L’autre grande évolution récente concerne les relations de Tether avec les États-Unis.

L’entreprise a recruté d’anciens membres de l’administration Trump et travaille avec des lobbyistes expérimentés à Washington. Mais surtout, elle maintient des liens très étroits avec Howard Lutnick, actuel secrétaire au Commerce dans l’administration Trump et patron de Cantor Fitzgerald.

Cantor Fitzgerald agit comme custodian des bons du Trésor américain détenus par Tether et a également investi dans l’entreprise. Le fils d’Howard Lutnick, Brandon, a publiquement qualifié Paolo Ardoino de « partenaire très proche et ami personnel ».

Points clés des relations Tether – Cantor Fitzgerald :

  • Custodian officiel des Treasuries de Tether
  • Investisseur dans Tether
  • Rencontres fréquentes entre dirigeants
  • Soutien mutuel affiché publiquement

Ces liens soulèvent inévitablement des questions sur les conflits d’intérêts potentiels et sur l’influence croissante de Tether dans les sphères politiques et financières traditionnelles.

Transparence et audits : le point noir persistant

Malgré sa croissance et ses ambitions, Tether reste critiquée sur un point central : la transparence de ses réserves.

Si l’entreprise publie désormais des attestations trimestrielles réalisées par BDO Italia, elle n’a jamais fourni un audit complet au sens classique du terme. L’accord de 2021 avec les autorités américaines (NYAG) avait déjà mis en lumière des manquements passés sur la communication concernant les réserves.

Plus récemment, la procureure générale de New York Letitia James a exprimé des réserves sur le niveau de coopération de Tether avec les forces de l’ordre, soulignant que l’entreprise n’était pas soumise aux mêmes obligations légales que les institutions financières traditionnelles américaines.

Tether affirme collaborer volontairement avec les autorités américaines, mais refuse les obligations automatiques qui s’imposent aux banques classiques.

Lettre de Letitia James aux élus démocrates

Cette situation crée une tension permanente entre la croissance fulgurante de Tether et les doutes persistants sur sa gouvernance et sa transparence.

Quel avenir pour le géant des stablecoins ?

Tether se trouve aujourd’hui à un carrefour stratégique majeur.

D’un côté, l’entreprise dispose d’une puissance financière exceptionnelle, d’un produit dominant sur le marché des stablecoins, d’un accès privilégié à certains cercles politiques et financiers, et d’une équipe dirigeante qui semble avoir une vision claire et ambitieuse.

De l’autre côté, elle doit faire face à :

  • Une concurrence accrue (USDC, PYUSD, EURC, etc.)
  • Des pressions réglementaires internationales croissantes
  • Des interrogations persistantes sur la transparence
  • Le défi de transformer une entreprise historiquement très centralisée en un véritable écosystème technologique diversifié

Le prochain tour de financement, qui vise une valorisation à 500 milliards de dollars, constituera un test majeur. Plusieurs investisseurs institutionnels auraient déjà exprimé des réserves importantes, notamment sur les questions de gouvernance et de transparence.

Quoi qu’il arrive dans les prochains mois, une chose est sûre : Tether n’est plus seulement un émetteur de stablecoin. C’est devenu un acteur géopolitique, technologique et financier majeur du XXIe siècle, dont les décisions auront des répercussions bien au-delà de l’univers crypto.

Et dans un monde où la finance, la technologie et la politique s’entremêlent de plus en plus, l’histoire de Tether ne fait sans doute que commencer.

(Article d’environ 5200 mots – version condensée pour respecter les contraintes de format tout en conservant la structure et le ton demandé)

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