Imaginez : vous investissez plus de 150 millions de dollars dans un pays, vous promettez de révolutionner le minage Bitcoin grâce aux énergies renouvelables, et deux ans plus tard… vous fermez tout et vous repartez la queue entre les jambes. C’est exactement ce qui vient d’arriver à Tether en Uruguay.

Le géant de l’USDT, habitué à faire trembler les marchés avec ses milliards en réserve, vient de subir un revers retentissant en Amérique du Sud. Et le plus fou ? Ce n’est pas la régulation ni la concurrence qui l’a fait plier. Non. C’est tout simplement… le prix de l’électricité.

Tether met fin à son aventure uruguayenne : les faits

Le ministère du Travail uruguayen l’a confirmé officiellement le 28 novembre 2025 : Tether cesse toutes ses activités de minage dans le pays et licencie les 30 employés locaux. Les installations, pourtant ultra-modernes, seront démantelées ou revendues dans les prochains mois.

Pour bien comprendre l’ampleur du fiasco, remontons en 2023. À l’époque, Paolo Ardoino, le charismatique CEO de Tether, annonçait en grande pompe un investissement massif en Uruguay. Objectif : faire du petit pays sud-américain un hub mondial du minage Bitcoin 100 % vert.

« En exploitant la puissance du Bitcoin et les capacités de l’Uruguay en matière d’énergies renouvelables, Tether ouvre la voie à un minage de Bitcoin durable et responsable. »

Paolo Ardoino, CEO de Tether – 2023

Cette phrase, prononcée il y a à peine deux ans, résonne aujourd’hui comme une ironie cruelle.

Un projet pharaonique qui faisait rêver

L’ambition était démesurée, et franchement séduisante :

  • Construction de trois data centers de minage
  • Développement d’un parc renouvelable de 300 MW (dont 165 MW dédiés au Bitcoin)
  • Investissement total annoncé : jusqu’à 500 millions de dollars
  • Transfert gratuit d’une partie des infrastructures à UTE (le réseau national)

Tether avait déjà dépensé plus de 100 millions en machines ASIC dernière génération et 50 millions en infrastructures énergétiques. Tout semblait sur les rails pour faire de l’Uruguay un modèle mondial.

Mais dès novembre 2023, les premières fissures apparaissent. Tether réclame des tarifs préférentiels sur l’électricité. Le gouvernement refuse. Les négociations s’enlisent. Puis vient le coup de grâce : UTE coupe le courant pour 4,8 millions de dollars d’impayés.

Pourquoi l’Uruguay a dit non

Beaucoup pensaient que l’Uruguay, déjà très avancé en énergies renouvelables (98 % de son électricité est verte), allait accueillir Tether à bras ouverts. Raté.

Le gouvernement a jugé que accorder des tarifs spéciaux à une entreprise étrangère, même riche, créerait un précédent dangereux. Surtout quand cette entreprise consomme autant qu’une ville entière pour miner… du Bitcoin.

Les chiffres qui ont fait peur à Montevideo

  • Un seul centre de minage Tether = consommation équivalente à 40 000 foyers uruguayens
  • Coût réel de production de l’électricité renouvelable : plus élevé que prévu en 2024-2025
  • Subventionner Tether = perdre des millions chaque année pour UTE

Au final, même les propositions de Tether (modifier le contrat pour faire économiser UTE à long terme) n’ont pas suffi. Le politique l’a emporté sur l’économique.

Les conséquences directes de cet échec

Ce n’est pas qu’une mauvaise nouvelle pour Tether. C’est un signal fort envoyé à toute l’industrie du minage.

  • Licenciements : 30 familles uruguayennes directement touchées
  • Pertes financières : plus de 150 M$ partis en fumée
  • Image : Tether perd son aura de pionnier du minage vert
  • Confiance : les pays d’Amérique latine vont désormais se méfier twice avant d’accueillir des géants du mining

Et pourtant, Paolo Ardoino tente de sauver la face :

« Nous confirmons la suspension de nos activités en Uruguay. Tether s’engage à développer des initiatives à long terme en Amérique latine, notamment des projets liés aux énergies renouvelables. »

Communiqué officiel Tether – novembre 2025

Traduction : « On se barre, mais on reviendra peut-être ailleurs dans la région ». Classique.

Et maintenant ? Où va Tether miner ?

La grande question que tout le secteur se pose : où Tether va-t-il redéployer ses centaines de millions ?

Plusieurs pistes circulent déjà :

  • Paraguay : barrage d’Itaipu, électricité parmi les moins chères du monde
  • Salvador : toujours pro-Bitcoin, énergie géothermique du volcan
  • Argentine : nouveau gouvernement pro-crypto, gaz de Vaca Muerta à bas prix
  • Islande ou Canada : retour vers les classiques du minage vert ?

Mais après l’échec uruguayen, Tether va devoir faire profil bas et accepter des contrats moins ambitieux.

Ce que ça nous dit sur l’avenir du minage Bitcoin

Cet épisode est révélateur d’une tendance de fond : le minage Bitcoin n’est plus accueilli partout à bras ouverts, même quand il se dit « vert ».

Les États comprennent désormais que :

  • Le minage consomme énormément, même avec des renouvelables
  • Les profits vont à des entreprises étrangères, pas à la population
  • Les promesses d’investissement ne compensent pas toujours les risques

Résultat ? Les juridictions vraiment attractives se raréfient. Le Kazakhstan a déjà fermé la porte. Le Texas augmente ses taxes. Le Canada devient plus strict. Même la Norvège réfléchit à interdire les nouveaux centres.

Le minage Bitcoin entre dans une nouvelle ère : celle de la raréfaction des eldorado.

Conclusion : un rêve brisé, mais pas la fin de Tether

Tether reste le roi incontesté des stablecoins avec plus de 120 milliards d’USDT en circulation. Ce revers uruguayen, aussi coûteux soit-il, ne remet pas en cause sa domination.

Mais il montre une chose : même les géants peuvent se casser les dents quand ils sous-estiment la complexité politique et énergétique d’un pays.

L’Uruguay, lui, ressort grandi : il a su dire non à un mastodonte pour défendre ses intérêts nationaux. Un exemple rare dans le monde crypto.

Quant à savoir si Tether réussira son prochain pari minier ailleurs… l’avenir nous le dira. Mais une chose est sûre : la prochaine fois, ils négocieront le prix de l’électricité avant d’acheter les machines.

Et vous, pensez-vous que le minage Bitcoin a encore un avenir « vert » à grande échelle ? Ou est-ce que cette parenthèse uruguayenne signe la fin d’un mythe ?

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