Imaginez une des plus grandes catastrophes financières de l’histoire récente de la crypto : 40 milliards de dollars partis en fumée en quelques jours. Aujourd’hui, plus de trois ans après, les fantômes de cet effondrement reviennent hanter les couloirs de la justice new-yorkaise. Mais cette fois, ce n’est pas Do Kwon qui est sur le banc des accusés… c’est un géant discret de Wall Street.

Le 24 février 2026, l’administrateur de la liquidation de Terraform Labs a déposé une plainte retentissante contre Jane Street, accusant la firme de trading quantitatif d’avoir profité de façon illicite d’informations privilégiées pour s’enrichir juste avant l’implosion de l’écosystème Terra. Une accusation qui, si elle est prouvée, pourrait redessiner les frontières entre finance traditionnelle et DeFi.

Un procès qui secoue Wall Street et la crypto

Nous sommes en 2026 et l’année 2022 semble parfois bien loin… et en même temps terriblement proche. L’effondrement de Terra/LUNA reste l’un des événements les plus traumatisants du marché crypto. Pourtant, les procédures judiciaires continuent de s’enchaîner, et celle qui vise Jane Street marque un tournant symbolique.

Pour la première fois, ce n’est pas un régulateur américain qui attaque une entité crypto, mais bien les restes d’un projet crypto qui se retourne contre un mastodonte de la finance traditionnelle. Le message est clair : même les acteurs les plus puissants de Wall Street ne sont plus intouchables.

Jane Street : la machine discrète de la finance

Jane Street n’est pas un nom que l’on entend tous les jours dans les médias grand public. Pourtant, dans les cercles de la finance quantitative, c’est une véritable légende. Fondée en 2000, la société est spécialisée dans le market-making haute fréquence et le trading algorithmique. Elle est active sur presque tous les marchés liquides du monde, des actions aux obligations, en passant par les cryptomonnaies.

Sa réputation repose sur plusieurs piliers : une discrétion extrême, une culture du secret industriel, et surtout des performances financières hors normes même dans les périodes les plus volatiles. Beaucoup considèrent Jane Street comme l’une des firmes les plus rentables de Wall Street, dollar pour dollar de capital employé.

Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes sur Jane Street :

  • Plus de 2 500 employés dans le monde
  • Des milliards de dollars de revenus annuels estimés
  • Présence sur plus de 200 places boursières et venues crypto
  • Technologie maison parmi les plus avancées du secteur
  • Réputation de ne jamais communiquer sur ses stratégies

C’est précisément cette opacité qui rend l’accusation actuelle encore plus sensible. Quand une entreprise aussi secrète est accusée d’avoir franchi la ligne rouge, cela pose immédiatement la question : que s’est-il réellement passé dans les coulisses de mai 2022 ?

Le timing accusé : 7 mai 2022, le jour où tout a basculé

Selon la plainte déposée par Todd Snyder, administrateur de la faillite de Terraform Labs, tout se serait joué en moins de dix minutes le 7 mai 2022.

Ce jour-là, Terraform Labs décide de retirer environ 150 millions de dollars d’UST du pool de liquidité 3pool de Curve Finance dans une tentative désespérée de défendre le peg du stablecoin algorithmique. À ce moment précis, la pression vendeuse sur UST est déjà très forte, mais le retrait massif de liquidité va aggraver brutalement la situation.

« Moins de dix minutes après le retrait par Terraform Labs, un portefeuille attribué à Jane Street a vendu pour 85 millions de dollars d’UST, profitant immédiatement de la chute de liquidité pour amplifier le désancrage du peg. »

Extrait de la plainte déposée par Todd Snyder

Le front-running allégué repose sur une accusation très précise : Bryce Pratt, ancien employé de Terraform Labs passé chez Jane Street, aurait maintenu des communications privées avec ses ex-collègues. Ces échanges auraient permis à Jane Street d’anticiper avec une précision chirurgicale le moment exact du retrait de liquidité.

Front-running ou simple trading agressif ?

Jane Street a rapidement répondu par voie de communiqué. La firme rejette catégoriquement les accusations et les qualifie d’« opportunistes ». Selon son porte-parole, l’effondrement de Terra est avant tout le résultat d’« une fraude massive de plusieurs milliards de dollars orchestrée par Do Kwon et son équipe ».

La défense est classique dans ce type de contentieux : montrer que le mal était déjà fait et que le trading observé n’était qu’une réaction logique face à un actif déjà en perdition. Mais la plainte va plus loin en affirmant que Jane Street n’a pas simplement réagi : elle aurait activement contribué à accélérer la spirale.

La nuance est de taille. Dans un marché centralisé classique, le front-running est clairement illégal quand il repose sur des informations non publiques. Mais dans la DeFi, où tout est censé être transparent sur la blockchain, la question devient plus floue : où commence l’information privilégiée quand les gros portefeuilles sont visibles publiquement ?

Les ramifications possibles de cette affaire

Ce procès pourrait avoir des répercussions bien au-delà du seul cas Terra. Plusieurs dimensions sont à surveiller :

  • Responsabilité des market makers institutionnels dans la DeFi
  • Frontières entre information publique et information privilégiée sur la blockchain
  • Risque accru pour les firmes traditionnelles qui s’exposent aux protocoles décentralisés
  • Possible durcissement réglementaire sur les flux d’information entre anciens employés et nouvelles firmes
  • Impact sur la confiance des investisseurs institutionnels dans les projets crypto post-2022

Si Todd Snyder parvient à prouver que Jane Street a bénéficié d’un avantage informationnel illicite, cela pourrait ouvrir la voie à d’autres actions en justice de la part de créanciers lésés. À l’inverse, si Jane Street gagne, cela renforcerait l’idée que les grands acteurs traditionnels peuvent continuer à opérer dans la crypto sans craindre systématiquement les liquidateurs de projets en faillite.

Le contexte judiciaire global en 2026

Il ne faut pas voir cette plainte isolément. Le paysage judiciaire crypto est en pleine ébullition depuis plusieurs mois :

  • Multiplication des actions intentées par des liquidateurs contre d’anciens partenaires
  • Pression accrue des autorités locales américaines (Nevada, Texas, etc.)
  • Retour en force des enquêtes sur les activités de trading pendant les crashes de 2022
  • Tensions entre innovation DeFi et conformité réglementaire

Quelques exemples récents montrent que l’année 2026 est marquée par un véritable « nettoyage » judiciaire du secteur. Coinbase, Polymarket et maintenant les fantômes de Terra : personne ne semble à l’abri.

Et les investisseurs dans tout ça ?

Pour l’investisseur particulier, cette nouvelle affaire est un rappel brutal. Les connexions entre Wall Street et la DeFi sont bien plus profondes qu’on ne le pensait. Les opacités, les conflits d’intérêts potentiels et les asymétries informationnelles existent aussi dans l’univers « décentralisé ».

Face à cette complexité croissante et à la lenteur des procédures judiciaires, une partie de la communauté semble se détourner des grands narratifs institutionnels. On observe un retour vers des projets plus communautaires, des memecoins transparents, des lancements équitables où les insiders de Wall Street n’ont théoriquement pas d’avantage structurel.

Quelques réflexes à adopter en 2026 selon de nombreux vétérans crypto :

  • Vérifier systématiquement les portefeuilles et les flux sur la blockchain
  • Se méfier des projets où l’équipe a des connexions très fortes avec la finance traditionnelle
  • Privilégier les lancements avec lock-up clairs et transparence maximale
  • Ne jamais investir plus que ce qu’on est prêt à perdre totalement
  • Diversifier hors des écosystèmes dominants

Vers une nouvelle régulation des market makers crypto ?

Si les accusations sont confirmées, les régulateurs pourraient s’emparer du dossier pour durcir les règles applicables aux teneurs de marché institutionnels opérant dans la DeFi. Plusieurs pistes sont déjà évoquées dans les cercles spécialisés :

  • Obligation de disclosure des anciens employés passés de projets crypto vers des firmes de market-making
  • Renforcement des règles anti-front-running sur les DEX majeurs
  • Surveillance accrue des gros ordres passés immédiatement après des mouvements de trésorerie de protocole
  • Possible création d’un statut spécifique pour les market makers systémiques dans la crypto

Ces évolutions, si elles se concrétisent, pourraient changer en profondeur la façon dont les protocoles décentralisés attirent (ou repoussent) les liquidités institutionnelles.

Conclusion : une blessure qui ne cicatrise pas

Plus de trois ans après les faits, l’effondrement de Terra continue de produire des répliques judiciaires. Cette nouvelle plainte contre Jane Street montre que le traumatisme est loin d’être digéré, tant par les investisseurs que par les acteurs du marché.

Elle pose surtout une question fondamentale : la DeFi peut-elle rester fidèle à son idéal de transparence et d’équité quand les plus gros joueurs du monde traditionnel y entrent avec leurs moyens, leurs réseaux et parfois leurs raccourcis ?

La réponse à cette question pourrait bien se jouer, au moins en partie, dans les tribunaux de Manhattan au cours des prochains mois. Une chose est sûre : l’année 2026 ne marquera pas la fin des procès liés à 2022. Au contraire, elle semble en être le prolongement le plus virulent.

Et pendant que les avocats s’affrontent, les investisseurs continuent de scruter les écrans, se demandant qui, finalement, tient réellement les rênes du marché crypto.

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