Imaginez une petite ville américaine tranquille qui, du jour au lendemain, décide d’ouvrir grand ses portes à l’une des industries les plus énergivores et controversées de la planète : le minage de cryptomonnaies. C’est exactement ce qui est en train de se passer à Kingsport, dans le Tennessee. Une décision qui pourrait bien changer la donne pour les opérateurs de fermes Bitcoin aux États-Unis.
Le 23 janvier 2026, le conseil municipal de Kingsport a franchi une étape symbolique mais très concrète en approuvant, lors d’une première lecture, des modifications importantes de son règlement de zonage. Ces changements permettent désormais l’installation officielle de centres de données et de sites de minage crypto au sein même de la ville, sous réserve de respecter des critères particulièrement stricts. Une nouvelle qui fait déjà réagir toute la communauté crypto.
Kingsport mise sur un encadrement strict pour attirer les mineurs
Contrairement à certaines municipalités qui ferment purement et simplement la porte aux installations bruyantes, Kingsport a choisi la voie de la régulation intelligente. Les élus ont préféré poser des garde-fous plutôt que d’interdire. Le résultat ? Un cadre légal clair qui pourrait attirer de nouveaux acteurs tout en protégeant la qualité de vie des habitants.
Concrètement, les futures fermes de minage devront obligatoirement être installées dans des bâtiments entièrement clos. Exit les conteneurs installés en plein champ avec des ventilateurs qui hurlent jour et nuit. De plus, aucune installation ne pourra se situer à moins de 500 pieds (environ 152 mètres) d’une zone résidentielle. Une distance qui vise à limiter les nuisances sonores pour les riverains.
Le bruit : la ligne rouge infranchissable
Le bruit reste le principal point de friction entre les communautés locales et les exploitants de minage. À Kingsport, les autorités ont fixé une limite très précise : 60 décibels A maximum mesurés à la limite de la propriété. Pour vous donner une idée, 60 dBA correspond grosso modo au niveau sonore d’une conversation normale ou d’un lave-vaisselle en fonctionnement.
Pour obtenir un permis, les candidats devront fournir plusieurs études acoustiques indépendantes prouvant que leurs installations respecteront cette limite en toutes circonstances (y compris vents défavorables, pleine charge, etc.). Une exigence rare qui montre à quel point la municipalité veut éviter les conflits à répétition observés ailleurs.
Le bruit constant des mineurs peut transformer des quartiers paisibles en zones invivables. À Kingsport, on veut éviter ce scénario à tout prix.
Un élu municipal anonyme, janvier 2026
Cette limite stricte contraste fortement avec ce que l’on observe dans certains États où les régulations sont quasi inexistantes ou très laxistes. Elle pourrait même devenir un modèle pour d’autres villes qui souhaitent profiter des retombées économiques sans sacrifier le bien-être de leurs citoyens.
Pourquoi le Tennessee attire de plus en plus les mineurs ?
Le Tennessee n’est pas devenu une destination phare par hasard. Plusieurs facteurs expliquent cet engouement récent :
- Électricité parmi les moins chères du pays
- Climat politique globalement favorable aux cryptomonnaies
- Absence de réglementation étatique prohibitive
- Proximité géographique avec d’autres hubs miniers (Kentucky, Géorgie)
- Incitations locales dans certaines villes
Ces avantages cumulés ont déjà poussé plusieurs acteurs majeurs à s’installer ou à étendre leurs activités dans l’État. En septembre 2024, Cleanspark avait par exemple signé un accord pour acquérir sept sites de minage à Knoxville, démontrant que le mouvement est déjà bien lancé.
Quelques chiffres clés sur l’électricité au Tennessee :
- Prix moyen résidentiel : environ 11,5 ¢/kWh (national : 16 ¢/kWh)
- Énergie majoritairement issue du nucléaire et de l’hydroélectricité
- Stabilité du réseau grâce à la Tennessee Valley Authority (TVA)
Ces tarifs compétitifs, combinés à une production énergétique relativement décarbonée, rendent l’État particulièrement attractif pour les mineurs qui cherchent à optimiser leurs marges dans un contexte où la difficulté du réseau Bitcoin ne cesse d’augmenter.
Le minage crypto au cœur de débats environnementaux et sanitaires
Si les avantages économiques sont évidents (création d’emplois, taxes locales, attractivité industrielle), les critiques ne manquent pas. Le principal grief concerne la consommation électrique massive et ses conséquences potentielles sur le réseau local.
Mais le sujet qui fâche le plus reste sans conteste le bruit. Dans plusieurs États américains, des riverains ont porté plainte contre des exploitants, arguant que le ronronnement permanent des ventilateurs cause des troubles graves : insomnies chroniques, migraines, baisse de l’acuité auditive, stress permanent.
Nous n’avons pas signé pour vivre à côté d’un aéroport 24h/24.
Témoignage d’une habitante du Texas, 2025
Dans le comté de Hood au Texas, l’association Earthjustice a même déposé une plainte contre Marathon Digital après que des résidents ont rapporté des problèmes de santé sérieux directement liés au bruit des installations. Ce type de contentieux pourrait se multiplier si les villes ne mettent pas en place des garde-fous efficaces.
Kingsport semble avoir tiré les leçons de ces conflits. En imposant des normes acoustiques élevées et en exigeant des preuves scientifiques, la ville espère désamorcer les tensions avant qu’elles n’éclatent.
Un vote final attendu prochainement
Pour l’instant, l’ordonnance n’a été approuvée qu’en première lecture. Une seconde lecture et un vote définitif sont encore nécessaires avant que le texte ne devienne loi. Cependant, le vote unanime lors de la première étape laisse peu de place au doute : sauf surprise majeure, Kingsport deviendra bientôt l’une des villes les plus ouvertes au minage crypto dans le Sud-Est américain.
Ce développement intervient à un moment où l’industrie du minage cherche désespérément des territoires accueillants. Après les restrictions chinoises de 2021, les moratoires temporaires dans certains États américains et les conflits locaux qui se multiplient, chaque nouvelle ville qui dit « oui » fait figure d’oasis.
Quel avenir pour le minage aux États-Unis ?
À l’échelle nationale, le paysage reste très contrasté. Certains États comme le Texas ont accueilli massivement les mineurs grâce à leur marché électrique dérégulé et à leurs surplus d’énergie renouvelable. D’autres, comme New York, ont imposé des moratoires sur les nouvelles installations utilisant des énergies fossiles.
- États pro-minage : Texas, Kentucky, Tennessee (en progression), Géorgie
- États restrictifs : New York, certains comtés de Californie
- États neutres ou en réflexion : Caroline du Nord, Arkansas
Le cas de Kingsport pourrait inspirer d’autres municipalités de taille moyenne qui cherchent à diversifier leur économie sans dépendre uniquement des industries traditionnelles. Si la formule fonctionne (investissements entrants + faible conflit social), on peut parier que d’autres villes du Tennessee et des États voisins copieront rapidement le modèle.
Impact économique attendu pour Kingsport
Les élus locaux espèrent que ces nouvelles installations créeront des emplois directs (techniciens, sécurité, maintenance) mais aussi indirects (fournisseurs d’électricité, services informatiques, restauration, logement). Les taxes foncières et professionnelles supplémentaires pourraient également permettre de financer des infrastructures ou de réduire la pression fiscale sur les habitants.
Bien entendu, tout dépendra du nombre d’opérateurs qui choisiront effectivement Kingsport et de leur taille. Une ou deux petites fermes n’auront qu’un impact limité ; plusieurs sites de plusieurs dizaines de mégawatts pourraient transformer l’économie locale.
Ce que Kingsport pourrait gagner :
- Recettes fiscales supplémentaires
- Emplois techniques qualifiés
- Attractivité pour d’autres industries numériques
- Image de ville « moderne » et ouverte à l’innovation
Les mineurs face à un dilemme : discrétion ou transparence ?
Pour les opérateurs, le choix est cornélien. D’un côté, les règles acoustiques strictes imposent des investissements supplémentaires (enceintes acoustiques, silencieux avancés, systèmes de refroidissement plus coûteux). De l’autre, s’installer dans une ville qui dit officiellement « oui » offre une sécurité juridique bien supérieure à celle des zones grises où tout peut basculer du jour au lendemain.
Les mineurs les plus sérieux, ceux qui envisagent des installations sur 5 à 10 ans, semblent prêts à payer ce surcoût pour obtenir la paix sociale et la légitimité. Les acteurs plus spéculatifs ou opportunistes risquent en revanche de passer leur chemin.
Conclusion : un compromis qui pourrait faire école
En choisissant la régulation plutôt que l’interdiction, Kingsport propose un troisième chemin entre les villes ultra-restrictives et celles qui ouvrent grandes les vannes sans filet. Si le modèle tient ses promesses — développement économique sans dégradation majeure de la qualité de vie —, il pourrait devenir une référence nationale.
Reste maintenant à voir combien d’opérateurs seront prêts à respecter ces contraintes et si les habitants jugeront, dans quelques mois ou années, que le jeu en valait la chandelle. Une expérience grandeur nature qui sera scrutée de près par toute l’industrie du minage aux États-Unis.
Le Tennessee pourrait-il devenir le nouveau Texas du minage ? Kingsport vient de poser la première pierre. À suivre de très près.
