Imaginez le club le plus mythique du football mondial, endetté jusqu’au cou, accepter 22 millions de dollars d’une société crypto dont personne n’a jamais entendu parler et qui compte… 33 abonnés sur X. C’est exactement ce qui vient d’arriver au FC Barcelone. Ce qui devait être une simple opération de sauvetage financier s’est transformé en quelques jours en l’un des plus gros scandales de l’histoire récente du foot européen.
Quand le désespoir financier pousse le Barça dans les bras d’une crypto fantôme
Le 14 novembre 2025, le FC Barcelone annonce fièrement un partenariat stratégique de trois saisons avec ZKP (Zero-Knowledge Proof), présenté comme le « partenaire officiel technologie blockchain » du club jusqu’en 2028. Montant de l’opération : 22 millions de dollars. À première vue, rien de choquant dans un monde où les maillots sont déjà couverts de logos crypto.
Mais très vite, les supporters et les observateurs déchantent. Le compte X de ZKP affiche péniblement 33 abonnés. Son site internet ressemble à une page en construction. Aucune équipe visible, aucun produit fonctionnel, juste de grandes promesses sur la confidentialité zéro connaissance. Pire : la société est enregistrée aux Samoa, paradis fiscal notoire selon l’Union européenne.
Le manque d’informations sur ZKP est profondément préoccupant. Ce partenariat rappelle les accords les plus douteux entre clubs de foot et sociétés crypto véreuses.
Martin Calladine, auteur de « No Questions Asked : How Football Joined the Crypto Con »
Le timing qui fait tousser : un token lancé… juste après l’annonce
Quelques jours après la signature officielle, ZKP annonce le lancement de son propre token. Coïncidence ? Difficile à croire. Le club se retrouve immédiatement associé à une ICO sauvage menée par une entité anonyme dont il vante pourtant la technologie depuis une semaine.
La panique s’installe au Camp Nou. Le 26 novembre, le Barça publie un communiqué pour le moins embarrassant :
« Le FC Barcelone n’a absolument aucun lien avec le jeton de cette société. Le club n’est ni responsable ni impliqué dans l’émission ou la gestion de ce jeton […] Ni l’existence ni l’émission de ce jeton ne faisaient partie de l’accord. »
En clair : même le Barça avoue qu’il a été surpris par le lancement du token. Soit ZKP a menti pendant les négociations, soit le club a signé sans rien vérifier. Les deux hypothèses sont catastrophiques pour l’image du champion catalan.
Andrew Tate dans l’équation : la goutte qui fait déborder le vase
Comme si ça ne suffisait pas, des communautés proches d’Andrew Tate – figure controversée accusée de trafic humain et de promotion de schémas frauduleux – commencent à shiller massivement le token ZKP sur les réseaux. Capture d’écran après capture d’écran, on voit des comptes aux profils douteux présenter le partenariat Barça comme une validation ultime.
Pour les socios, c’est la douche froide. Voir le blason blaugrana associé, même indirectement, à ce type de personnages est vécu comme une humiliation.
Les signaux rouges qui auraient dû alerter le Barça avant signature :
- Société fondée par un collectif pseudonyme
- Siège social aux Samoa (liste noire UE des paradis fiscaux)
- Site web quasi-vide et compte X à 33 abonnés
- Aucun produit fonctionnel démontré
- Aucune personnalité identifiable dans l’équipe
- Promesse de token non mentionnée dans les négociations (selon le club)
Une dette abyssale qui explique (presque) tout
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à la situation financière apocalyptique du FC Barcelone. Fin 2025, le club traîne :
- 469 millions d’euros de dette courante
- Plus de 900 millions d’emprunts pour la rénovation du Camp Nou
- 141 millions de pertes sur le fiasco du Barça Vision (projet NFT et Web3)
Dans ce contexte, 22 millions cash, même venant d’une source douteuse, ça ne se refuse pas. Plusieurs anciens dirigeants l’ont admis off the record : le club est prêt à signer avec n’importe qui pour respirer.
Le précédent des fan tokens ratés du Barça
Ce n’est pas la première fois que le Barça se brûle les ailes avec la crypto. Rappel des faits :
- 2020 : lancement du Barça Fan Token (BAR) avec Chiliz
- Prix initial : 2 € → pic à plus de 60 € en 2021
- Aujourd’hui : moins de 1,50 €
- Perte de confiance massive des supporters
- 2024 : échec cuisant du projet Barça Vision (perte 141 M€)
Après ces déboires, beaucoup pensaient que le club allait se tenir éloigné des projets crypto risqués. Raté.
Comparaison avec les autres gros clubs : pourquoi eux s’en sortent mieux
Pendant que le Barça signe avec une coquille vide, regardez ce que font les concurrents :
- Paris Saint-Germain → partenariat pluriannuel avec Crypto.com (acteur établi)
- Manchester City → deals avec OKX et eToro
- Juventus, Arsenal, Inter → tous avec Socios/Chiliz mais avec des garde-fous
Le Barça est le seul grand club européen à s’être lié à une entité totalement inconnue et anonyme.
Les réactions des socios et des candidats à la présidence
Xavier Vilajoana, ancien dirigeant et candidat déclaré à la présidence, n’y va pas par quatre chemins :
« C’est la preuve du désespoir financier absolu. Associer le Barça à une entreprise dont le passé soulève autant de questions est une honte. »
Sur les réseaux, les hashtags #BarçaVendSaDignité et #LaportaDegage trustent les tendances en Catalogne depuis deux semaines.
Quelles conséquences possibles pour le club ?
À court terme :
- Amende possible de la Liga pour manquement au règlement sponsoring
- Perte de confiance des sponsors traditionnels
- Image durablement abîmée auprès des nouvelles générations
À long terme, ce scandale pourrait :
- Compliquer les futures levées de fonds
- Donner des arguments aux candidats d’opposition en 2026
- Freiner le retour des grands sponsors maillot (après l’époque Rakuten/Qatar)
Leçon pour tout le football : la crypto n’est pas un distributeur automatique
Ce fiasco ZKP illustre parfaitement les dérives d’un secteur foot en crise financière qui voit dans la crypto une bouée de sauvetage miracle. Mais comme l’a montré l’effondrement de FTX (partenaire de la MLS et de Mercedes F1), signer avec n’importe qui pour de l’argent rapide peut coûter bien plus cher que les millions encaissés.
Le FC Barcelone, plus qu’aucun autre club, paie aujourd’hui le prix de sa gestion calamiteuse des dernières années. Entre dette hors contrôle et choix de partenariats hasardeux, le géant catalan risque de perdre bien plus que 22 millions : sa crédibilité.
Et pendant ce temps, le token ZKP continue de s’échanger sur des DEX obscurs, porté par des communautés douteuses, pendant que le Barça tente désespérément de sauver la face.
Triste fin d’année pour le club qui se voulait « més que un club ».

