Et si le roi des usines à memecoins n’était plus celui que tout le monde cite sur les réseaux ? Depuis la fin août 2026, un launchpad presque absent des conversations grand public encaisse plus de frais quotidiens que Pump.fun. Il s’appelle Pons, il vit sur Robinhood Chain, et ses chiffres ne ressemblent plus à une anecdote de niche. Quatre milliards de dollars de volume cumulé, plus de dix mille déploiements de tokens par jour, des créateurs déjà rémunérés à hauteur de vingt-cinq millions de dollars : la machine tourne fort. Reste une date au calendrier, le 29 septembre, quand l’exonération de gas de quatre-vingt-dix jours s’arrête. Toute l’histoire bascule autour de cette bascule tarifaire.
Pourquoi Pons Gagne Plus Que Pump.Fun En Ce Moment
Le récit habituel du marché memecoin tenait en une phrase : Solana fabrique, Pump.fun encaisse, le reste observe. Ce schéma a fissuré. Selon les données relayées début septembre, Pons a dépassé Pump.fun en frais journaliers chaque jour depuis le 29 août. Le 31 août, la plateforme a affiché environ 4,89 millions de dollars de frais. Ce n’est ni un pic isolé ni un indicateur choisi pour flatter une thèse. Le rythme d’activité, le volume cumulé et le nombre de tokens créés vont dans le même sens.
La comparaison pique davantage quand on rappelle le contexte réseau. Solana n’est plus un réseau cher. Le gas y est déjà très bas. Pourtant, « presque gratuit » n’égale pas « réellement gratuit ». Sur Robinhood Chain, pendant la période de waiver lancée le 1er juillet, chaque transaction réseau coûte zéro. Le trader ne paie, concrètement, que la commission de trading de Pons. Cette différence microscopique, répétée des centaines de fois par jour, change le comportement. Elle accélère les allers-retours, multiplie les micro-positions, et gonfle la base de frais.
Le débat n’est plus de savoir si Pons peut rivaliser avec Pump.fun. Il le fait déjà. La vraie question est ce qui survit quand le gas redevient payant.
Synthèse du dossier
Il faut aussi regarder la structure économique, pas seulement le score du jour. Pons prélève 1 % sur chaque échange réalisé sur les tokens lancés via sa fabrique. Ce 1 % se partage grosso modo 70 / 30 : la plus grosse part revient au créateur, le protocole conserve le reste. Dans un univers où beaucoup de launchpads extraient d’abord et redistribuent ensuite, l’ordre est inversé. Les gens qui déploient ont une raison froide de revenir le lendemain. Puis le surlendemain. Puis cinq fois dans la même journée.
La mécanique des frais qui nourrit la boucle
Un launchpad memecoin n’est pas un incubateur de projets longs. C’est une usine d’attention à rotation rapide. Le token naît, attire un premier cercle, produit du volume, meurt souvent, et laisse derrière lui une commission. Chez Pons, cette commission n’est pas seulement une rente protocole. Elle est un salaire variable pour le déployeur. Plus le token circule, plus le créateur encaisse. L’incitation à promouvoir, relancer, relayer, parfois saturer le fil d’actualité, devient évidente.
Les créateurs auraient déjà perçu plus de 25 millions de dollars de frais cumulés. Ce chiffre explique mieux le rythme de plus de 10 000 déploiements par jour que n’importe quel discours marketing. La plupart de ces jetons iront vers zéro. Tout le monde le sait. Ce n’est pas un secret scandaleux, c’est le mode de fonctionnement assumé du marché meme. Tant que le token vit assez longtemps pour générer des échanges, la machine à commissions continue de tourner.
Ce que la boucle produit réellement
- Un créateur lance un token, pousse le récit, capte un premier flux.
- Le trading déclenche 1 % de frais, dont environ 70 % lui reviennent.
- Le gain immédiat justifie un nouveau lancement dès le lendemain.
- Le volume alimente le protocole, qui reste visible et liquide.
- L’attention reste sur la chaîne tant que le spectacle rapporte.
Pump.fun a popularisé ce modèle. Pons l’a repris et l’a posé sur un L2 où le coût de friction réseau disparaît temporairement. Ce n’est pas une révolution conceptuelle. C’est une optimisation brutale d’une variable que le marché sous-estime souvent : le coût psychologique de cliquer encore une fois.
Pourquoi le gas à zéro n’est pas un détail
Robinhood Chain est un L2 de type Arbitrum Orbit. Son lancement mainnet du 1er juillet s’est accompagné d’une exonération de gas de quatre-vingt-dix jours, prévue pour s’achever autour du 29 septembre 2026. Pendant cette fenêtre, l’utilisateur n’arbitre plus entre « je trade » et « je paie le réseau ». Il n’arbitre plus qu’entre « j’accepte le 1 % Pons » et « je reste hors du marché ».
Sur Solana, une fraction de centime paraît négligeable. Elle le devient moins lorsqu’un trader exécute des centaines de swaps sur des dizaines de tickets. Le coût s’additionne. Il fatigue. Il pousse à trier. Sur Robinhood Chain pendant le waiver, cette fatigue disparaît. On peut créer, entrer, sortir, recommencer, sans jamais ouvrir le calcul mental des frais réseau. Entre « presque gratuit » et « réellement gratuit », l’écart comportemental est énorme.
Les chiffres de chaîne renforcent le diagnostic. Robinhood Chain aurait généré environ 4,01 millions de dollars de revenus quotidiens le 2 septembre, contre environ 78 000 dollars pour Solana le même jour dans la comparaison citée. Un L2 encore largement ignoré par une partie de Crypto Twitter se retrouve, le temps d’une parenthèse subventionnée, à produire un multiple spectaculaire de revenus face à une chaîne bien plus commentée. Cela ne signifie pas que Solana s’effondre. Cela signifie que la subvention de gas a déplacé, pour un temps, le centre de gravité des flux memes.
La différence entre presque gratuit et réellement gratuit suffit à réécrire les habitudes d’un marché qui vit de la répétition.
Lecture de marché
Il faut donc séparer deux thèses. La première dit : Pons a un meilleur produit. La seconde dit : Pons a bénéficié d’un prix du réseau égal à zéro. Les deux peuvent être partiellement vraies. Seule la période post-29 septembre départagera nettement celle qui pèse le plus.
Le token PONS, le burn et l’illusion de droit aux frais
Le jeton PONS a suivi la courbe des récits de revenus. Autour de 0,078 dollar le 24 août, il aurait atteint 0,43 dollar au 1er septembre. Depuis juillet, la performance citée approche les 18 000 %, pour une capitalisation évoquée au-delà de 307 millions de dollars, avec environ 710 millions de tokens en circulation. Près de 29 % de l’offre aurait été brûlée. Les volumes quotidiens du token dépassent régulièrement 100 millions de dollars.
Cette hausse n’est pas un simple ticket meme isolé. Elle s’appuie sur une réalité de cash-flow protocole. Des millions de dollars de frais par jour, ce n’est pas rien. Cela ne prouve pourtant ni qu’un actif à 307 millions de dollars soit « juste », ni qu’il ne puisse pas perdre la moitié de sa valeur en une mauvaise semaine. Cela prouve seulement que la spéculation a un plancher narratif plus solide que beaucoup de jetons du même ordre de taille.
Le point fragile, et il est central, reste juridique et économique à la fois : détenir PONS ne donne pas de droit formel sur les revenus du protocole. Pas de coupon automatique. Pas de part contractuelle des 1 %. Le marché achète surtout une option sur une utilité future, staking, gouvernance ou partage de frais, qui peut arriver… ou jamais. Le burn resserre le flottant et amplifie les mouvements dans les deux sens. Il n’invente pas, à lui seul, un droit de créance.
Ce que le marché prix déjà, et ce qu’il n’a pas
- Des frais réels et visibles côté plateforme.
- Un flottant réduit par des burns déjà réalisés.
- Une liquidité quotidienne suffisante pour des tickets importants.
- Aucune attribution formelle des revenus aux holders.
- Une valorisation encore largement spéculative.
Uniswap Labs entre dans l’arène, et ce n’est pas un partenariat
Deux gestes d’Uniswap Labs éclairent le regard institutionnel sur cette chaîne. Premièrement, l’équipe a acheté des tokens PONS en parlant d’un alignement de long terme. Deuxièmement, elle a lancé pools.trade sur Robinhood Chain le 5 août, avec des frais plus bas que ceux de Pons. Ce n’est pas une intégration amicale. C’est un produit concurrent, sur le même réseau, calé pour gratter des parts.
Le rachat de PONS brouille volontairement le récit. Si Uniswap construit contre Pons, pourquoi détenir le jeton adverse ? La lecture la plus sobre reste celle d’une couverture. Si Pons conserve le trafic, le token peut s’apprécier. Si pools.trade gagne, Uniswap capte les frais directement. Dans les deux cas, le laboratoire s’expose à la croissance du trading meme sur Robinhood Chain.
Pour Pons, l’arrivée d’Uniswap vaut à la fois cachet et menace. Cachet, parce qu’une équipe DeFi parmi les plus visibles choisit le même terrain. Menace, parce que la marque, l’ingénierie et les effets de réseau de liquidité d’Uniswap ne se recopient pas en quelques semaines. Les soixante jours qui suivent pèsent lourd : soit Pons défend sa part, soit le volume bascule vers l’étiquette la plus connue.
Le dossier à charge, sans l’ignorer
Le cas haussier s’écrit presque tout seul. Le cas baissier mérite le même espace. Toute l’économie Pons observée cet été repose sur une subvention de gas qui expire. Quand l’utilisateur paiera à nouveau le réseau, l’avantage « réellement gratuit » s’évapore. Le volume peut chuter vite. Si le waiver était le vrai moteur, et non le produit, les revenus se tasseront dès la fin de la parenthèse.
Dix mille lancements par jour impressionnent jusqu’à ce qu’on ouvre les fiches. Une grande partie de ces tickets sont des memecoins à faible effort, conçus pour extraire de la liquidité sur la première vague d’acheteurs. Les risques DeFi classiques s’y concentrent : rugs, dumps coordonnés, lavages de volume. Ce ne sont pas des accidents périphériques. Ce sont des traits structurels du marché meme.
Le partage 70 / 30 pousse aussi à produire de l’activité à n’importe quel prix. Un créateur rémunéré au volume a une raison d’en fabriquer artificiellement. Sans détection sérieuse du wash trading, une fraction du volume cumulé de 4 milliards de dollars peut n’être que du capital recyclé. Si la part organique reste élevée, le modèle tient. Si elle est faible, le récit de « machine à cash » se dégonfle.
S’ajoute la nature même de Robinhood Chain : un L2 à séquenceur centralisé. L’environnement réglementaire américain évolue. Une chaîne identifiable, adossée à une marque grand public, qui héberge une usine à memecoins, attire le regard des autorités plus facilement qu’un protocole diffus. Le vote autour du Clarity Act évoqué pour le 15 septembre peut modifier le cadre applicable aux tokens lancés sur ce type de plateforme.
Pump.fun n’a pas disparu, et Solana non plus
Écrire l’oraison funèbre de Pump.fun après une semaine forte de Pons serait paresseux. Pump.fun conserve une marque, une base d’utilisateurs plus large et une mémoire de plusieurs cycles. Solana offre un écosystème plus profond : davantage de portefeuilles, de DEX, d’infrastructures, d’outils développeurs. Un token né sur Pump.fun peut quasi immédiatement circuler sur Raydium, Jupiter et une myriade de venues. Un token né sur Pons trade d’abord sur Pons et pools.trade. La surface de liquidité n’est pas comparable.
Pump.fun facture aussi des frais réels sur une chaîne où les utilisateurs ont déjà accepté un gas bas mais non nul. Quand le waiver Robinhood s’éteint, la structure de coût de Pump.fun redevient relativement plus compétitive qu’elle ne l’est pendant la parenthèse. L’avantage que Pons a exploité se réduit dès que les deux usines opèrent sur des réseaux « bon marché, mais payants ».
L’argument inverse existe. Des habitudes formées pendant quatre-vingt-dix jours de gas offert peuvent coller. Le trader qui a calé son flux de travail sur Robinhood Chain ne bascule pas forcément le 30 septembre. L’économie comportementale rappelle toutefois qu’un passage du gratuit au payant provoque toujours du churn. La question n’est pas « y en aura-t-il ». La question est « combien ».
Ce qu’il faudra suivre, jour après jour
Cinq jauges suffisent à éviter le commentaire émotionnel. Elles ne promettent pas un verdict immédiat. Elles empêchent de confondre un été subventionné avec un nouveau régime permanent.
- Les frais quotidiens après le 29 septembre : si Pons reste devant Pump.fun une fois le gas payant, le dossier haussier se durcit.
- La part de volume organique : même 50 % d’activité réelle sur 4 milliards changerait encore la lecture. En dessous, le récit bascule.
- La part de marché de pools.trade : croissance du gâteau ou simple transfert depuis Pons.
- Une éventuelle utilité de PONS : partage de frais, staking ou gouvernance modifieraient le cadre de valorisation.
- Le signal réglementaire du 15 septembre : un cadre restrictif frapperait tous les launchpads, mais plus encore un L2 centralisé à opérateur identifiable.
Comment fonctionne Pons, sans jargon inutile
Pons est une fabrique de memecoins sur Robinhood Chain. Vous déployez un jeton. D’autres le tradent. Vous touchez une part de chaque échange. L’idée rappelle Pump.fun, avec une différence de calendrier : le gas y est encore offert jusqu’à fin septembre. Le protocole prend 1 % par trade. Environ 30 % restent à la maison. Environ 70 % partent vers le créateur. Cette clé de répartition explique pourquoi tant de comptes relancent des tickets en série.
Pons gagne davantage que Pump.fun aujourd’hui parce que le coût réseau est nul. Les gens tradent plus. Beaucoup plus. Pump.fun prélève ses frais sur Solana, où le gas reste une somme réelle dès que l’on enchaîne les allers-retours. Personne ne peut dire avec certitude ce que fera le volume le 30 septembre. Si l’activité tient, Pons aura prouvé autre chose qu’une subvention. Si elle s’effondre, la thèse d’été était surtout une thèse de prix zéro.
Comparer Pons et pools.trade revient à comparer un incumbent local et une marque mondiale posée sur le même bitume. Pools.trade est plus récent, plus petit, moins cher en frais, porté par l’une des enseignes DeFi les plus reconnues. Les deux chassent les mêmes utilisateurs, sur la même chaîne, au même moment. Ce n’est pas un match lointain. C’est une guerre de voisinage.
Sécurité, manipulation et argent que l’on peut perdre
La majorité des tokens nés sur n’importe quel launchpad meme finissent à zéro. Les rugs et les dumps concertés n’épargnent personne. Le 70 / 30 récompense financièrement le volume, donc peut récompenser la manipulation. Chaque trade devrait être traité comme une somme que l’on accepte de perdre entièrement. Ce n’est pas une formule de prudence décorative. C’est la description honnête du terrain.
Le token PONS, de son côté, n’est pas un coupon. Il est monté très vite, il est liquide, il s’adosse à des frais visibles, et il n’ouvre aucun droit automatique sur ces frais. Beaucoup de portefeuilles sont déjà en plus-value latente. Des prises de bénéfices peuvent arriver sans préavis. Faire ses propres vérifications n’est pas un slogan. C’est la seule méthode raisonnable face à un actif aussi violent.
Ce que cette guerre dit du marché meme en 2026
La saison 2024-2025 avait installé Solana comme théâtre par défaut des memecoins industrielles. 2026 montre autre chose : le flux suit le coût marginal, plus vite qu’il ne suit la mythologie d’une chaîne. Un L2 encore jeune, adossé à une marque de courtage grand public, peut siphonner l’attention dès qu’il retire le dernier grain de sable sous le doigt du trader. Cela ne durera que si le produit, la liquidité et la confiance survivent au retour du prix.
On voit aussi une industrialisation du lancement. Dix mille tickets par jour, ce n’est plus de l’artisanat communautaire. C’est une chaîne de production d’attention, avec prime au volume et externalités de fraude. Les régulateurs regarderont ce débit. Les équipes sérieuses devront prouver qu’elles savent filtrer le wash trading. Les utilisateurs devront accepter que « usine à tokens » et « investissement » ne sont pas synonymes.
Enfin, l’entrée d’Uniswap Labs confirme que le memecoin n’est plus seulement un folklore de timelines. C’est une ligne de revenus assez épaisse pour justifier un produit concurrent et une position en tokens. Quand les laboratoires DeFi historiques se mettent à hedger une fabrique de memes, le marché a changé de statut. Il n’est pas devenu plus sage. Il est devenu plus monétisable.
Une lecture prudente plutôt qu’un verdict
Pons gagne aujourd’hui. Les frais sont réels. Le rythme de création est réel. Le token a suivi. Rien de tout cela n’écrit la suite. La fin du waiver, la pression d’Uniswap, la qualité du volume et le calendrier réglementaire de septembre peseront davantage qu’un classement de frais sur une semaine d’août. Les chiffres actuels existent. Leur persistance reste une question ouverte. Cette analyse décrit un basculement en cours. Elle ne constitue ni un conseil d’investissement, ni une prédiction de prix.
Le marché meme récompense la vitesse. Il punit aussi ceux qui prennent une parenthèse de gas offert pour une nouvelle loi de la physique. Pons a prouvé qu’un launchpad pouvait, sur un L2 encore peu commenté, imprimer plus de revenus que l’usine qui avait défini la catégorie. Reste à prouver que cette usine fonctionne encore lorsque chaque clic redevient un coût. C’est là, et nulle part ailleurs, que la guerre des launchpads de 2026 se jouera vraiment.

