Imaginez un instant : vous ouvrez votre application bancaire et vous réalisez que l’argent que vous avez patiemment accumulé dort sur un compte rémunéré à 0,01 % pendant que votre banque gagne des milliards en le plaçant à 5 %. Maintenant, imaginez que des millions d’autres personnes ont la même révélation en même temps. C’est exactement ce scénario que décrit un rapport récent qui fait trembler le secteur bancaire américain. Et si 300 milliards de dollars décidaient subitement de changer de camp ?

Quand les stablecoins deviennent une menace existentielle pour les banques

Le monde de la finance traditionnelle n’a jamais vraiment aimé les cryptomonnaies. Pourtant, aujourd’hui, ce ne sont plus Bitcoin ou Ethereum qui inquiètent le plus les banquiers, mais bien les stablecoins. Ces actifs numériques soi-disant « ennuyeux » pourraient bien devenir les plus grands perturbateurs du système bancaire classique depuis l’apparition d’Internet.

Le rapport publié par Standard Chartered en janvier 2026 ne laisse planer aucun doute : la croissance explosive des stablecoins représente une menace directe pour la solvabilité de nombreuses banques, en particulier les établissements régionaux américains. Selon Geoff Kendrick, responsable de la recherche sur les actifs numériques chez Standard Chartered, nous assistons à un transfert massif et silencieux de richesse.

Chiffre choc du rapport : jusqu’à 300 milliards de dollars de dépôts bancaires pourraient migrer vers les stablecoins dans les prochaines années, soit l’équivalent d’environ un tiers de la capitalisation totale actuelle de ces actifs.

Comment les banques ont construit leur empire sur vos dépôts

Pour comprendre pourquoi cette migration potentielle est si inquiétante, il faut revenir aux fondamentaux du métier de banquier. Le modèle économique des banques repose sur un principe simple mais terriblement efficace : la marge nette d’intérêt (Net Interest Margin ou NIM en anglais).

Concrètement, la banque collecte des dépôts auprès du public et les rémunère très faiblement, souvent 0 % sur les comptes courants. Cet argent « bon marché » est ensuite prêté ou investi dans des actifs plus rémunérateurs, notamment les Bons du Trésor américain qui offrent actuellement autour de 5 %.

La différence entre ce que la banque gagne sur ses placements et ce qu’elle verse à ses clients constitue sa principale source de profit. Pour les plus grands établissements comme JPMorgan, cette marge représente plus de la moitié des revenus totaux. C’est ce qu’on appelle parfois, sans trop de ménagement, la « capture de rente ».

« Les banques n’ont jamais vraiment eu besoin d’être innovantes. Elles ont simplement eu besoin que vous laissiez votre argent dormir chez elles à 0 %. »

Geoff Kendrick, Standard Chartered

Les banques régionales dans la ligne de mire

Si les géants de Wall Street comme JPMorgan, Bank of America ou Goldman Sachs disposent de multiples sources de revenus (banque d’investissement, trading, gestion d’actifs, etc.), les banques régionales américaines dépendent beaucoup plus lourdement de cette fameuse marge nette d’intérêt.

Selon les données compilées par Standard Chartered, plusieurs établissements régionaux tirent plus de 70 % de leurs revenus de cette seule activité :

  • Huntington Bancshares (HBAN) : plus de 70 %
  • M&T Bank (MTB) : environ 70-72 %
  • Truist Financial (TFC) : autour de 70 %
  • Regions Financial, KeyCorp, Citizens Financial : tous dans la tranche haute

Ces banques financent majoritairement l’économie réelle locale : PME, projets immobiliers régionaux, prêts automobiles, crédits à la consommation. Un assèchement brutal de leurs dépôts pourrait avoir des répercussions bien au-delà de leurs bilans.

Le tournant décisif : les émetteurs de stablecoins court-circuitent les banques

Il y a encore quelques années, acheter un stablecoin comme USDC ou USDT revenait indirectement à déposer de l’argent dans une banque. Les émetteurs plaçaient l’essentiel des fonds reçus sur des comptes bancaires américains.

Cette époque est révolue. Aujourd’hui, les principaux émetteurs ont massivement réorienté leurs réserves :

  • Tether (USDT) : seulement 0,02 % des réserves en dépôts bancaires
  • Circle (USDC) : environ 14,5 % en dépôts bancaires

La très grande majorité des fonds est désormais investie directement dans des Bons du Trésor américain, des accords de pension (reverse repos) et d’autres instruments ultra-sûrs émis par l’État fédéral. Les stablecoins deviennent donc des « shadow banks » qui offrent à leurs détenteurs un rendement proche de celui des Bons du Trésor… sans passer par l’intermédiaire bancaire.

Conséquence directe : l’épargnant récupère presque intégralement le rendement des Bons du Trésor (moins les frais minimes de l’émetteur), alors qu’une banque traditionnelle ne lui reverse quasiment rien.

Pourquoi les épargnants se réveillent maintenant

Plusieurs facteurs convergent pour expliquer ce changement de comportement :

  1. Les taux d’intérêt élevés depuis 2022-2023 ont créé un écart historique entre ce que rapportent les placements sans risque et la rémunération des comptes bancaires classiques.
  2. La démocratisation des portefeuilles crypto et des applications DeFi rend l’accès aux stablecoins extrêmement simple.
  3. Les scandales bancaires de 2023 (Silicon Valley Bank, Signature Bank, First Republic) ont rappelé que les dépôts supérieurs à 250 000 $ n’étaient pas toujours aussi protégés qu’on le pensait.
  4. La perception grandissante que les stablecoins les mieux gérés (USDC, USDT avec attestations régulières) offrent une sécurité comparable, voire supérieure dans certains cas.

Le résultat est sans appel : pour la première fois, l’épargnant moyen peut accéder directement au rendement des Bons du Trésor sans devoir passer par l’intermédiaire bancaire qui capturait l’essentiel de la valeur créée.

DeFi : la grande redistribution en marche ?

Ce mouvement ne s’arrête pas aux stablecoins « basiques ». Dans la DeFi, il est désormais possible d’obtenir des rendements bien supérieurs en plaçant ses stablecoins dans des protocoles qui redistribuent une grande partie des revenus générés.

Certains protocoles permettent aujourd’hui d’atteindre 10 à 20 % de rendement annualisé sur des stablecoins, avec des niveaux de risque maîtrisés quand on reste sur les stratégies les plus conservatrices (lending over-collateralized, liquidity provision sur pools stables, etc.).

« Nous assistons à la plus grande redistribution de richesse de l’histoire récente : du système bancaire traditionnel vers les détenteurs directs de stablecoins et les protocoles DeFi. »

Commentateur anonyme sur X, janvier 2026

Cette « Grande Redistribution » touche tous les niveaux : l’épargnant individuel, les entreprises qui commencent à trésoreriser en stablecoins, les fonds institutionnels qui intègrent progressivement ces actifs dans leurs portefeuilles.

Et demain ? Les scénarios possibles pour les banques

Face à cette menace, plusieurs stratégies se dessinent pour les établissements bancaires :

  • Partenariats avec des émetteurs de stablecoins (comme BNY Mellon avec Circle ou Société Générale avec USDC)
  • Lancement de leurs propres stablecoins ou dépôts tokenisés
  • Offres de rendement plus attractives sur certains comptes (ce qui réduirait mécaniquement leur marge)
  • Pression réglementaire accrue sur les stablecoins pour ralentir leur adoption
  • Diversification massive vers d’autres métiers moins dépendants des dépôts

Quelle que soit la voie choisie, une chose est sûre : le modèle traditionnel « dépôts à 0 %, placements à 5 % » ne pourra pas survivre indéfiniment dans sa forme actuelle.

Que faire en tant qu’épargnant en 2026 ?

La fenêtre d’opportunité existe encore. Les rendements attractifs sur stablecoins ne seront pas éternels : plus les capitaux afflueront, plus les rendements se normaliseront. De même, les régulateurs (notamment aux États-Unis) pourraient durcir les conditions dans les mois et années à venir.

Quelques principes simples pour naviguer dans ce nouvel environnement :

  • Diversifiez : ne mettez pas tout votre capital en stablecoins, même les plus réputés
  • Privilégiez les émetteurs transparents avec attestations régulières (Circle en tête)
  • Comprenez les protocoles DeFi avant d’y placer des fonds significatifs
  • Gardez une partie en banque traditionnelle pour la liquidité quotidienne et la protection FDIC jusqu’à 250 000 $
  • Suivez l’évolution réglementaire de près, notamment aux États-Unis et en Europe

Les prochains mois seront déterminants. Les banques qui sauront s’adapter rapidement pourraient non seulement survivre, mais devenir des acteurs majeurs de cette nouvelle finance hybride. Celles qui refuseront le changement risquent de se retrouver marginalisées.

Une chose est certaine : 2026 restera dans les annales comme l’année où les stablecoins ont cessé d’être une curiosité pour devenir une force économique capable de faire trembler les fondations mêmes du système bancaire traditionnel.

Et vous, de quel côté de l’histoire souhaitez-vous vous situer ?

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