Et si la plus grande menace qui plane sur Bitcoin n’était finalement pas les régulations, ni les gros vendeurs institutionnels, ni même les forks communautaires… mais une machine encore largement théorique il y a dix ans ?

Depuis plusieurs mois, les gros titres alarmistes se multiplient : « L’ordinateur quantique va casser Bitcoin », « Vos clés privées ne seront bientôt plus sécurisées », « La fin de la cryptographie à courbe elliptique est proche ». La peur se répand, certains vendent par précaution, d’autres ironisent. Mais que dit vraiment un acteur majeur du secteur, quelqu’un qui a vu passer plusieurs cycles et qui gère des milliards ?

Mike Novogratz calme le jeu… mais avec des nuances importantes

Mike Novogratz, PDG de Galaxy Digital, n’a jamais été du genre à hurler au loup pour attirer l’attention. Lors d’une récente intervention, il a tenu des propos très clairs sur le sujet qui inquiète tant :

« Je pense qu’à long terme, le quantique ne sera pas un problème majeur pour les cryptomonnaies. Ce sera un problème important pour le monde entier, mais Bitcoin et les cryptos sauront s’adapter. On ne doit pas paniquer. »

Mike Novogratz – CEO Galaxy Digital

Cette phrase résume assez bien sa position : oui l’informatique quantique est une révolution technologique majeure, oui elle posera des problèmes très sérieux à de nombreux systèmes actuels… mais non, elle ne devrait pas constituer une menace existentielle imminente pour Bitcoin.

Pourquoi tant de peur autour du quantique et de Bitcoin ?

Pour comprendre l’inquiétude, il faut revenir aux bases de la sécurité de Bitcoin.

Le réseau repose principalement sur deux briques cryptographiques :

  • La signature ECDSA (Elliptic Curve Digital Signature Algorithm) avec la courbe secp256k1 pour prouver la possession d’une clé privée sans la révéler
  • Le hachage SHA-256 (dans les adresses P2PKH, les blocs, les transactions, etc.)

L’algorithme de Shor, exécuté sur un ordinateur quantique suffisamment puissant, peut casser en temps polynomial le problème du logarithme discret sur courbe elliptique. En clair : avec assez de qubits logiques cohérents, il devient théoriquement possible de retrouver une clé privée à partir de la clé publique.

C’est ce scénario catastrophe qui fait peur : un attaquant quantique qui, en regardant la blockchain publique, récupère les clés privées des adresses qui ont déjà dépensé (car la clé publique est alors visible). Les fonds non dépensés (adresses jamais utilisées) resteraient théoriquement protégés plus longtemps… mais la confiance globale s’effondrerait.

Ce que les alarmistes oublient souvent de dire :

  • Il faut un ordinateur quantique avec plusieurs milliers de qubits logiques (corrigés des erreurs)
  • Il faut que cet ordinateur reste cohérent assez longtemps pour exécuter l’algorithme de Shor sur 256 bits
  • Il faut que la machine soit accessible à un acteur malveillant motivé
  • Il faut que la communauté n’ait rien anticipé d’ici là

Où en est vraiment l’informatique quantique en 2026 ?

En février 2026, les annonces se multiplient, mais les chiffres restent éloquents :

  • IBM a dévoilé son processeur Condor → 1 121 qubits physiques (mais très loin d’être tous logiques et corrigés)
  • Google maintient sa suprématie revendiquée sur certains benchmarks (Sycamore, puis des évolutions)
  • Quantinuum, IonQ, Rigetti, Pasqal et d’autres annoncent régulièrement des progrès
  • Les records de qubits logiques corrigés se comptent encore sur les doigts d’une main (souvent entre 20 et 50 qubits logiques utiles selon les benchmarks les plus exigeants)

Pour casser la cryptographie ECDSA 256 bits, la plupart des estimations sérieuses parlent aujourd’hui de 1 500 à 4 000 qubits logiques corrigés avec une profondeur de circuit raisonnable. Nous sommes encore très loin de ce seuil.

Certains analystes (dont plusieurs cryptographes post-quantiques) estiment que la fenêtre réaliste se situe plutôt entre 2035 et 2050, selon le rythme réel des progrès en correction d’erreurs quantiques.

Bitcoin peut-il vraiment devenir « quantum resistant » ?

La réponse courte de Novogratz est : oui, et relativement facilement.

Pourquoi ? Parce que Bitcoin est un protocole logiciel maintenu par des développeurs extrêmement prudents, mais aussi parce que la communauté a déjà vécu plusieurs migrations importantes :

  • Passage de Bitcoin Core 0.1 à 0.18 puis 27.x
  • Introduction de SegWit (2017)
  • Activation de Taproot (2021)
  • Déploiements progressifs de Schnorr et Tapscript

Une migration vers des signatures post-quantiques suivrait le même schéma : un long processus de discussion (BIP), des implémentations parallèles, une période où les deux formats coexistent, puis une soft-fork ou un mécanisme incitatif pour migrer les UTXO vers le nouveau schéma.

« À mesure que l’on se rapproche du quantique, on se rapproche aussi de la résistance quantique. Le code de Bitcoin sera modifié à temps. »

Mike Novogratz

Plusieurs pistes sérieuses existent déjà en 2026 :

  • Sphincs+ (scheme de signature basé hachage, très conservateur)
  • Dilithium (CRYSTALS-Dilithium, lattice-based, bon compromis performance/sécurité)
  • Falcon (autre candidat lattice très compact)
  • XMSS, LMS (hash-based, déjà standardisés)
  • Combinaisons hybrides (ECDSA + post-quantique)

Les autres cryptos sont-elles plus avancées sur le sujet ?

Oui et non.

L’Ethereum Foundation a créé en 2025 une équipe dédiée à la sécurité post-quantique. Des prototypes de migration vers des signatures Dilithium ou combinées existent déjà dans des forks expérimentaux. Cardano, Algorand, QRL (Quantum Resistant Ledger) et plusieurs layer-1 se positionnent explicitement comme « quantum-ready » ou « quantum-resistant by design » depuis plusieurs années.

Mais Bitcoin, par sa nature ultra-conservatrice et sa décentralisation extrême, avance plus lentement. Ce qui est une force (personne ne peut imposer un changement brutal) devient un handicap relatif face à une menace très lointaine mais théoriquement catastrophique.

Avantages et inconvénients d’une migration post-quantique sur Bitcoin :

  • Avantage : on peut attendre le dernier moment
  • Avantage : les standards NIST seront très matures d’ici là
  • Inconvénient : les blocs grossiront temporairement pendant la transition
  • Inconvénient : complexité accrue pour les portefeuilles et les nœuds
  • Inconvénient : risque de scission si la communauté n’est pas unie

Et SHA-256 dans tout ça ?

Beaucoup se focalisent sur ECDSA… mais oublient que les adresses et les blocs utilisent aussi SHA-256.

Bonne nouvelle : Grover’s algorithm (l’algorithme quantique qui accélère la recherche) ne donne « que » un gain quadratique. Au lieu de 2¹²⁸ opérations classiques pour trouver une collision ou préimage sur SHA-256, on passerait à environ 2⁶⁴ opérations quantiques.

C’est énorme… mais toujours hors de portée pendant plusieurs décennies. De plus, on peut très facilement passer à SHA-3-512 ou SHA-512/256 si besoin. Ce n’est donc pas le point le plus critique.

Que faire concrètement en tant qu’investisseur ou hodler en 2026 ?

Voici quelques recommandations pragmatiques :

  • Ne vendez pas vos BTC uniquement à cause des titres alarmistes sur le quantique
  • Évitez de réutiliser les adresses (best practice de toute façon)
  • Préférez les portefeuilles compatibles Taproot / Schnorr
  • Conservez vos clés privées hors-ligne (cold storage)
  • Suivez les BIP post-quantiques quand ils arriveront (probablement vers 2030-2035)
  • Diversifiez vos connaissances : le quantique impactera aussi les banques, les VPN, HTTPS, SSH, les contrats intelligents, etc.

En résumé : la menace est réelle, mais elle est lointaine, graduelle et – surtout – elle laisse le temps de s’organiser.

Conclusion : panique ou sérénité ?

Le discours de Mike Novogratz reflète assez bien le sentiment dominant parmi les acteurs sérieux du secteur en 2026 : vigilance oui, panique non.

Bitcoin a déjà survécu à des menaces bien plus immédiates : Mt. Gox, Silk Road, SegWit2x, BCH fork wars, China ban, ETF refus pendant des années, bear markets de -85 %, etc. Il serait étonnant qu’un risque qui se matérialisera peut-être dans 15 à 30 ans le fasse plier alors que la communauté aura eu tout le temps de s’y préparer.

Reste une question ouverte : serons-nous capables de coordonner une migration aussi lourde de façon décentralisée ? L’histoire récente de Bitcoin incite plutôt à l’optimisme prudent.

Le quantique changera le monde. Bitcoin changera probablement aussi… mais pas forcément en disparaissant.

Et vous, faites-vous partie de ceux qui ont vendu par peur du quantique, ou de ceux qui attendent tranquillement la suite ?

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