Imaginez un instant : des procureurs de New York, habituellement concentrés sur les plus grandes affaires criminelles de la ville, publient une lettre incendiaire visant directement deux géants du monde crypto. Au même moment, les plus puissantes associations bancaires américaines font le siège du Congrès et de la Maison Blanche. Leur cible commune ? Les stablecoins, ces fameuses cryptomonnaies qui promettent stabilité… mais qui, pour certains, menacent tout le système financier traditionnel. Nous sommes le 3 février 2026, et la bataille fait rage.

Ce lundi matin, l’actualité crypto a pris une tournure particulièrement sérieuse. Une coalition inédite s’est formée pour remettre en cause le cadre légal fraîchement adopté sous l’administration Trump : le GENIUS Act. Entre accusations de fraude, profits jugés indécents et peur viscérale de voir les dépôts bancaires s’évaporer, les stablecoins se retrouvent au cœur d’une tempête parfaite.

Une double offensive sans précédent contre les stablecoins

Pour comprendre l’ampleur de ce qui se joue actuellement, il faut remonter au cœur de l’été 2025. Donald Trump, fraîchement réélu, signe le GENIUS Act, une loi fédérale ambitieuse destinée à offrir un cadre clair aux acteurs crypto opérant aux États-Unis. Dix-huit mois plus tard, cette même loi est déjà contestée sur deux fronts simultanés et particulièrement agressifs.

La charge judiciaire venue de New York

La procureure générale de l’État de New York, Letitia James, n’a jamais été tendre avec l’écosystème crypto. Cette fois, elle passe à la vitesse supérieure en s’associant à quatre procureurs de district, dont le très médiatique Alvin Bragg de Manhattan. Leur arme ? Une lettre ouverte cinglante publiée ce lundi.

Selon ces magistrats, le GENIUS Act présente une faille majeure : il n’impose aucune obligation fédérale de restitution aux émetteurs de stablecoins lorsque des fonds sont gelés suite à une fraude. Résultat, selon eux : une véritable « couverture légale » offerte aux fraudeurs et aux émetteurs peu scrupuleux.

« Le GENIUS Act, tel qu’il est rédigé, offre une protection juridique aux pratiques qui devraient être considérées comme criminelles. Les émetteurs peuvent conserver légalement des fonds provenant de fraudes. »

Lettre ouverte des procureurs de New York, 2 février 2026

Les deux cibles principales de cette charge sont sans surprise Circle (émetteur de l’USDC) et Tether (émetteur de l’USDT), les deux mastodontes du marché des stablecoins adossés au dollar.

Les accusations précises portées contre Tether et Circle

La lettre ne se contente pas de généralités. Elle avance des chiffres et des pratiques concrètes qui posent question :

  • En 2024, Tether et Circle auraient chacun généré environ 1 milliard de dollars de profits en plaçant les réserves correspondant à des fonds gelés ou issus de fraudes.
  • Tether gèle les transactions suspectes « au cas par cas », sans politique claire et systématique.
  • Circle aurait des procédures encore plus laxistes selon les procureurs, qualifiées de « significativement pires » pour les victimes.
  • Aucune obligation légale ne force ces entreprises à restituer les fonds aux victimes une fois l’enquête terminée.

Face à ces accusations, Tether a rapidement réagi. Basée au Salvador depuis plusieurs années, l’entreprise rappelle qu’elle n’a pas d’obligation légale générale de se plier aux injonctions civiles des États américains. Elle affirme toutefois collaborer « volontairement » avec le FBI et d’autres agences fédérales lorsque cela est requis.

Ce que les procureurs ne disent pas clairement

La lettre reste étonnamment silencieuse sur le fait que la très grande majorité des fonds gelés proviennent de demandes émanant des autorités elles-mêmes (FBI, Secret Service, etc.). En gelant ces adresses, Tether et Circle empêchent justement la fuite des fonds volés. La question de la redistribution ultérieure reste cependant un véritable point noir.

Le front bancaire : la peur du « yield »

Pendant que les procureurs new-yorkais frappent sur le volet judiciaire et sécuritaire, un autre acteur entre en scène avec une revendication radicalement différente : l’American Bankers Association (ABA), le puissant lobby bancaire américain.

Leur cible n’est ni la fraude, ni le blanchiment, mais… le rendement.

Depuis plusieurs mois, certaines plateformes permettent aux détenteurs de stablecoins de percevoir des intérêts (souvent appelés « yield » dans le jargon crypto) grâce à différents mécanismes : placement sur des protocoles DeFi, prêts collatéralisés, market-making institutionnel, etc. Pour les banques traditionnelles, c’est une menace existentielle.

« Si nous ne faisons rien, 6 000 milliards de dollars de dépôts pourraient migrer vers ces alternatives numériques à haut rendement. »

Brian Moynihan, PDG de Bank of America, janvier 2026

L’argument est simple et redoutable : moins de dépôts = moins de capacité à prêter = moins de crédit pour l’économie réelle. Les banques exigent donc ni plus ni moins que l’interdiction totale de tout rendement sur les stablecoins régulés aux États-Unis.

Pourquoi ce timing est-il crucial ?

Le GENIUS Act prévoit une période d’implémentation de 18 mois. Nous sommes donc pile au moment où les règles définitives se mettent en place, où les contours réglementaires se figent. C’est maintenant ou jamais pour tenter d’influencer le texte final.

Les procureurs veulent durcir les obligations de conformité et de restitution. Les banques veulent supprimer purement et simplement la possibilité de rémunérer les stablecoins. Deux agendas différents, mais une même volonté : reprendre le contrôle sur des flux financiers qui leur échappent de plus en plus.

Les réponses des principaux concernés

Du côté de Circle, Jeremy Allaire n’a pas mâché ses mots lors de sa dernière intervention au Forum Économique Mondial :

« Interdire le rendement sur les stablecoins est totalement absurde. C’est refuser la modernisation inéluctable de la finance mondiale. »

Jeremy Allaire, PDG de Circle, janvier 2026

Tether, de son côté, adopte une posture plus détachée. L’entreprise rappelle régulièrement que la majorité de son volume se fait hors des États-Unis et que ses réserves sont désormais largement diversifiées (or, obligations du Trésor américain, Bitcoin, etc.).

Et la DeFi dans tout ça ?

C’est sans doute le point le plus important pour les investisseurs avertis. Les débats actuels, aussi violents soient-ils, concernent principalement les stablecoins centralisés : USDT, USDC, BUSD (anciennement), etc.

Dans la vraie DeFi, le rendement ne dépend pas d’une décision commerciale d’une entreprise ou d’un amendement législatif. Il provient directement de l’activité économique du réseau :

  • Frais de swap sur les DEX
  • Intérêts des prêts collatéralisés
  • Récompenses de liquidité
  • Staking de gouvernance
  • Yield farming structuré

Ces mécanismes sont codés dans des smart contracts immuables. Aucun procureur de New York, aucune association bancaire ne peut voter un amendement pour les désactiver. C’est toute la force – et le risque – de la finance décentralisée.

La vraie question pour 2026 et au-delà

Si le lobby bancaire obtient gain de cause et que le rendement est interdit sur les stablecoins centralisés régulés, où iront les capitaux ?

  • Vers les stablecoins offshore non régulés ?
  • Vers les vrais protocoles DeFi ?
  • Vers des juridictions plus accueillantes ?
  • Ou tout simplement vers le cash et l’or physique ?

Quelles stratégies pour les investisseurs en 2026 ?

Face à cette incertitude grandissante, plusieurs approches se dessinent :

  • Stratégie défensive : privilégier les stablecoins les plus transparents et régulés (USDC en priorité), accepter un rendement nul ou très faible en échange d’une plus grande sécurité juridique.
  • Stratégie opportuniste : accumuler des stablecoins offshore offrant encore du rendement, tout en surveillant de très près l’évolution réglementaire.
  • Stratégie DeFi pure : sortir complètement des intermédiaires centralisés et construire un portefeuille 100 % on-chain avec des stablecoins décentralisés (DAI, USDe, etc.) et des stratégies de yield farming réellement décentralisées.
  • Stratégie diversifiée : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier – un mix de cash, d’or, de Bitcoin, de stablecoins centralisés et de positions DeFi.

Quelle que soit la voie choisie, une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce comme une année charnière pour l’avenir des stablecoins et, par extension, pour l’ensemble de l’écosystème crypto.

Conclusion : la guerre pour le contrôle du futur de la monnaie

Ce qui se joue actuellement dépasse de très loin le simple sort de deux entreprises ou même de deux stablecoins. C’est une lutte pour savoir qui contrôlera les flux monétaires numériques du XXIᵉ siècle : les États et les banques traditionnelles, ou un système financier décentralisé, transparent et programmable ?

Les prochains mois seront décisifs. Les amendements au GENIUS Act, les décisions de justice, les pressions réglementaires et les réactions du marché façonneront durablement le paysage crypto mondial.

Une chose est certaine : les stablecoins ne seront plus jamais perçus comme de simples « dollars numériques sans intérêt ». Ils sont devenus un enjeu stratégique majeur. Et dans cette bataille, personne ne semble prêt à reculer.

À suivre de très près.

Partager

Passionné et dévoué, je navigue sans relâche à travers les nouvelles frontières de la blockchain et des cryptomonnaies. Pour explorer les opportunités de partenariat, contactez-nous.

Laisser une réponse

Exit mobile version