À onze jours seulement des élections de mi-mandat aux États-Unis, un chiffre tourne en boucle dans les cercles politiques et crypto : 67 millions. C’est le nombre d’Américains qui détiendraient des cryptomonnaies selon une étude récente. Stand With Crypto, l’organisation pro-crypto soutenue par Coinbase, brandit cette statistique comme une arme électorale. Un adulte sur quatre posséderait des actifs numériques. De quoi faire basculer des sièges à la Chambre et au Sénat ? Ou simple argument de lobby pour impressionner Washington ?

Un électorat crypto qui s’affirme à l’approche des midterms

Le mardi 3 novembre 2026, tous les sièges de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat seront renouvelés. Dans ce contexte tendu, Mason Leno, directeur exécutif de Stand With Crypto, a rappelé le 22 octobre à Bitcoin Magazine l’existence de ces 67 millions de détenteurs. Selon lui, ce vivier dépasse les clivages traditionnels. Républicains et démocrates se retrouvent parmi les propriétaires de bitcoin, d’ether ou d’autres tokens.

Stand With Crypto ne se contente pas de brandir des chiffres. L’organisation affirme compter plus de 3,1 millions de militants actifs, 50 antennes réparties dans les États et 47 antennes sur des campus universitaires. Elle soutient officiellement 45 candidats et a lancé une campagne intensive de douze jours mêlant publicité en ligne et porte-à-porte. Son classement des élus a également évolué : 338 parlementaires sont désormais jugés pro-crypto, contre environ 90 notés A lors de son lancement en 2023.

Cette montée en puissance n’est pas anodine. Après les élections de 2024 où le lobby crypto avait déjà pesé lourd, l’année 2026 apparaît comme un nouveau test grandeur nature. Les acteurs du secteur veulent transformer une base d’utilisateurs en force politique structurée.

D’où vient vraiment le chiffre de 67 millions ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Stand With Crypto n’est pas à l’origine de cette statistique. Elle provient du rapport annuel de la National Cryptocurrency Association, réalisé par The Harris Poll et publié en mai 2026. Cette association a été créée en mars 2025 grâce à une dotation de 50 millions de dollars apportée par Ripple.

Le rapport indique une progression de 12 millions de détenteurs par rapport à 2025, année où l’on parlait déjà d’un adulte sur cinq. L’enquête de terrain s’est déroulée entre le 12 février et le 3 mars 2026 auprès de 10 000 personnes détenant des cryptos. Les profils ont évolué. Désormais, 21 % des détenteurs travaillent dans la construction ou l’industrie, presque autant que dans la tech et la finance réunies (26 %). Et 90 % déclarent vouloir acquérir davantage de cryptomonnaies dans l’année à venir.

Ce que révèle le profil des détenteurs en 2026

  • 21 % issus de la construction et de l’industrie
  • 26 % issus de la tech et de la finance
  • 90 % envisagent d’acheter plus de crypto dans les douze mois
  • Progression de 12 millions de détenteurs en un an

Brian Armstrong, le PDG de Coinbase, avait déjà utilisé ce seuil d’un Américain sur quatre pour défendre le CLARITY Act. L’argument revient donc régulièrement dans les communications du secteur.

Le vote crypto existe-t-il vraiment ?

Posséder des cryptomonnaies ne signifie pas automatiquement voter en fonction de ce critère. C’est là que le bât blesse. En juillet 2026, un sondage interne de Stand With Crypto affirmait qu’environ 70 % des détenteurs tiendraient compte de la position des candidats sur la crypto. Brian Armstrong avait alors tweeté : « Les midterms arrivent, et les électeurs crypto regardent. »

Les midterms arrivent, et les électeurs crypto regardent.

Brian Armstrong, juillet 2026

Pourtant, un sondage indépendant mené par Politico et Public First en mai dresse un tableau bien différent. Seulement 4 % des Américains déclarent que la politique crypto influencera leur vote. Ce chiffre monte à 7 % chez ceux qui tradent des actifs numériques. L’écart est saisissant entre la perception du lobby et la réalité mesurée par des instituts extérieurs.

Cette divergence soulève une question fondamentale : le vote crypto est-il un phénomène réel ou une construction destinée à maximiser l’influence du secteur auprès des élus ? Les données disponibles laissent penser que la réalité se situe quelque part entre les deux extrêmes.

L’argent du lobby crypto dans la bataille électorale

Si l’impact électoral direct reste discuté, les moyens financiers, eux, sont bien concrets. À la fin juin 2026, les comités d’action politique liés à la crypto avaient déjà collecté ou dépensé 189 millions de dollars pour le cycle électoral en cours, selon Crypto Briefing. Fairshake, le principal PAC pro-crypto, pesait à lui seul 82 millions de dollars.

Pour mémoire, Fairshake avait dépensé environ 130 millions de dollars lors du cycle de 2024. La machine est donc toujours bien huilée. Ces sommes servent à soutenir des candidats jugés favorables à une régulation claire et à s’opposer à ceux perçus comme hostiles au secteur.

Stand With Crypto, de son côté, concentre ses efforts sur 45 candidats précis. Le résultat de ces soutiens sera connu dans la nuit du 3 au 4 novembre, heure de Paris. Pendant ce temps, le bitcoin oscille autour de 81 750 dollars, rappelant que le marché et la politique restent étroitement liés.

Pourquoi les midterms 2026 comptent pour la crypto

Les élections de mi-mandat ne renouvellent pas la Maison Blanche, mais elles redessinent le Congrès. Une majorité pro-crypto à la Chambre ou au Sénat pourrait accélérer l’adoption de textes comme le CLARITY Act ou d’autres cadres réglementaires attendus depuis des années. À l’inverse, un Congrès plus sceptique risquerait de ralentir encore les avancées législatives.

Le secteur crypto a compris depuis 2024 que l’influence politique se construit sur le long terme. Les 67 millions de détenteurs ne votent peut-être pas tous en fonction de la crypto, mais ils représentent une base d’opinion qu’aucun élu ne peut totalement ignorer. Les antennes locales et universitaires de Stand With Crypto visent précisément à transformer cette présence diffuse en pression concrète.

La diversification des profils des détenteurs change aussi la donne. Quand 21 % des propriétaires de crypto travaillent dans la construction ou l’industrie, le sujet sort des cercles tech et finance. Il touche des électeurs plus traditionnels, souvent décisifs dans les États battleground.

Les limites de l’argument des 67 millions

Le chiffre impressionne, mais il faut le mettre en perspective. Sur une population adulte américaine d’environ 260 millions de personnes, 67 millions représentent bien un quart. Pourtant, la profondeur de l’engagement varie énormément. Beaucoup de détenteurs possèdent seulement quelques dizaines ou centaines de dollars en crypto. Leur intérêt pour la régulation reste limité.

Le sondage Politico-Public First rappelle que seuls 4 % des Américains placent la crypto parmi leurs priorités de vote. Même chez les traders, le chiffre plafonne à 7 %. L’écart avec les 70 % annoncés par Stand With Crypto est trop important pour être ignoré. Il suggère que l’organisation mesure davantage l’intention déclarée de ses militants que le comportement réel de l’ensemble des détenteurs.

Par ailleurs, le financement de l’étude par une association soutenue par Ripple soulève des questions de neutralité. Même si The Harris Poll est un institut reconnu, le commanditaire a un intérêt évident à maximiser la perception d’un électorat crypto massif.

Stand With Crypto : une machine bien rodée

Lancée en 2023, Stand With Crypto a rapidement structuré un réseau impressionnant. Ses 3,1 millions de militants, ses 50 antennes étatiques et ses 47 antennes universitaires forment une infrastructure rare dans le monde crypto. L’organisation ne se contente pas de publier des classements d’élus. Elle mobilise, forme et oriente le vote de ses membres.

La campagne de douze jours lancée à l’approche des midterms mêle outils numériques et actions de terrain. Publicité ciblée, appels téléphoniques, porte-à-porte : le lobbying classique s’adapte aux codes de la crypto. Mason Leno insiste sur le caractère bipartisan de la base. L’idée est de montrer que la crypto n’est plus un sujet de niche ou idéologique, mais un enjeu économique partagé.

Le passage de 90 élus notés A en 2023 à 338 jugés pro-crypto en 2026 illustre la progression. Même si les critères de notation peuvent être discutés, la tendance est claire : de plus en plus d’élus jugent utile d’afficher une position favorable au secteur.

Ce que les résultats du 3 novembre diront vraiment

Le soir du 3 novembre, les regards se tourneront vers les 45 candidats soutenus par Stand With Crypto. Leur score permettra de mesurer l’efficacité réelle de la mobilisation. Une série de victoires dans des circonscriptions serrées renforcerait l’idée d’un vote crypto décisif. Des défaites ou des résultats mitigés rappelleraient que d’autres enjeux – inflation, santé, immigration – dominent encore largement les préoccupations des électeurs.

Au-delà des 45 candidats, l’évolution globale de la composition du Congrès sera scrutée. Une majorité plus favorable à une régulation claire pourrait débloquer des textes en suspens. À l’inverse, un Congrès divisé ou hostile prolongerait l’incertitude réglementaire qui pèse sur le secteur depuis des années.

Le prix du bitcoin, autour de 81 750 dollars au moment où ces lignes sont écrites, rappellera aussi que le marché reste sensible aux signaux politiques. Une victoire perçue comme pro-crypto pourrait soutenir les cours. Un résultat décevant pour le lobby risquerait de peser temporairement sur les valorisations.

La crypto face à la réalité politique américaine

Les États-Unis restent le premier marché crypto au monde en termes d’utilisateurs et de volume. Pourtant, le cadre réglementaire y demeure fragmenté et parfois hostile. Les midterms 2026 offrent une opportunité de faire bouger les lignes. Mais elles rappellent aussi les limites de l’influence sectorielle.

Les 67 millions de détenteurs constituent un réservoir d’opinion non négligeable. Ils ne forment pas pour autant un bloc électoral homogène. La capacité de Stand With Crypto et des PAC comme Fairshake à transformer cette présence en votes concrets déterminera en partie l’avenir réglementaire du secteur.

Dans les prochains jours, la campagne va s’intensifier. Publicités, débats, appels aux militants : tout sera tenté pour maximiser le poids de la crypto dans les urnes. Les résultats du 3 novembre diront si l’argument des 67 millions a convaincu, ou s’il restera un outil de communication efficace mais limité.

Un enjeu qui dépasse les frontières américaines

Même si les midterms concernent uniquement les États-Unis, leurs conséquences se feront sentir bien au-delà. Une régulation américaine plus claire influencerait les cadres européens, asiatiques et internationaux. Les institutions financières mondiales regardent de près ce qui se passe à Washington.

Le secteur crypto a prouvé en 2024 qu’il savait mobiliser des ressources importantes. En 2026, il tente de franchir une nouvelle étape : transformer une base d’utilisateurs en force politique durable. Le chiffre de 67 millions sert de symbole. Reste à savoir s’il se traduira par des sièges gagnés et des lois adoptées.

Pour l’instant, le doute demeure. Les sondages indépendants tempèrent les ambitions du lobby. Mais l’argent, l’organisation et la présence sur le terrain sont bien là. Les électeurs américains auront le dernier mot le 3 novembre. Et le monde crypto attendra le verdict avec attention.

Les leçons à tirer avant le scrutin

Plusieurs enseignements se dégagent déjà. Premier point : la croissance du nombre de détenteurs est réelle et continue. De un adulte sur cinq à un adulte sur quatre en un an, la progression est significative. Deuxième point : le profil des détenteurs s’élargit au-delà des milieux tech et finance. Troisième point : l’intention de vote liée à la crypto reste minoritaire selon les sondages indépendants.

Ces trois éléments coexistent. Ils expliquent pourquoi Stand With Crypto peut brandir des chiffres impressionnants tout en faisant face à un scepticisme légitime sur l’impact électoral réel. Le succès de la campagne dépendra de la capacité à mobiliser non seulement les militants convaincus, mais aussi les détenteurs plus distants.

Dans les jours qui restent, chaque publicité, chaque porte-à-porte et chaque appel téléphonique visera à réduire cet écart entre possession et vote. Le pari est ambitieux. Les moyens sont importants. Le résultat, lui, reste ouvert.

Ce que l’on peut attendre après le 3 novembre

Quel que soit le résultat des midterms, le lobby crypto ne disparaîtra pas. Les structures mises en place – Stand With Crypto, Fairshake et d’autres – sont conçues pour durer. Elles continueront à classer les élus, à soutenir des candidats et à faire pression pour une régulation favorable.

Une victoire nette renforcerait leur légitimité et pourrait accélérer l’adoption de textes attendus. Un résultat plus mitigé les obligerait à affiner leur stratégie et à élargir encore leur base. Dans les deux cas, le chiffre de 67 millions restera un argument de poids dans les discussions avec les élus.

Le marché, lui, réagira probablement de manière émotionnelle dans les heures qui suivront le scrutin. Puis il reviendra aux fondamentaux : adoption réelle, innovation technologique et clarté réglementaire. Les midterms 2026 s’inscrivent dans une bataille plus longue pour l’intégration de la crypto dans l’économie américaine.

À onze jours du vote, Stand With Crypto a rappelé l’existence de ces 67 millions de détenteurs. Le message est clair. Reste à savoir si les électeurs l’entendront. Le 3 novembre, les urnes apporteront une réponse partielle, mais précieuse, à cette question.

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