Imaginez un jeune étudiant de 19 ans, passionné d’informatique, qui commence à accumuler des cryptomonnaies en 2021. En quelques mois, son portefeuille atteint une valeur de 200 000 €. Ce qui aurait dû être une belle réussite personnelle va se transformer en cauchemar absolu. Le 18 août 2021, son corps est retrouvé dans un étang de Haute-Saône, lardé de 46 coups de couteau. Derrière cette barbarie : un mobile d’une simplicité glaçante : voler ses cryptos.
Cette affaire, qui a choqué la France entière, vient de connaître un nouveau chapitre judiciaire. Fin janvier 2026, la cour d’assises d’appel du Jura a confirmé une condamnation particulièrement symbolique. Elle concerne un personnage ambigu, à la frontière entre complicité passive et connaissance coupable : le frère jumeau du principal instigateur.
Un crime crapuleux qui marque l’histoire des cryptomonnaies en France
Le 28 janvier 2026, après deux jours d’audience intenses à Lons-le-Saunier, les jurés ont tranché : Jonathan Calabrese écope de cinq ans de prison ferme pour « abstention volontaire d’empêcher un crime ou un délit contre l’intégrité d’une personne ». Cette peine, déjà prononcée en première instance en juin 2025, a donc été confirmée en appel.
Mais qui est Jonathan Calabrese et pourquoi sa condamnation suscite-t-elle autant de débats ? Pour le comprendre, il faut revenir cinq ans en arrière, au cœur d’une tragédie où l’amour, la cupidité et les cryptomonnaies se sont mêlés de la plus terrible des manières.
Août 2021 – La découverte macabre de Plancher-Bas
Le 18 août 2021, des promeneurs découvrent un corps dans un étang isolé de la commune de Plancher-Bas, en Haute-Saône. La victime est un jeune homme de 19 ans, Simon Arthuis, étudiant en informatique originaire de Tours. L’autopsie révélera l’horreur : 46 coups de couteau, principalement portés à la gorge et au thorax. La victime a été poignardée avec une sauvagerie extrême, puis jetée encore vivante dans l’eau.
Très rapidement, les enquêteurs s’orientent vers l’entourage proche de la victime. Et l’une des premières personnes placées en garde à vue n’est autre que le compagnon de Simon : Mickaël Calabrese.
Ce que l’enquête a rapidement établi :
- Mickaël Calabrese connaissait parfaitement la valeur du portefeuille crypto de son compagnon
- Il avait accès aux codes et aux différents supports de stockage
- Il avait évoqué à plusieurs reprises auprès de proches son projet de « se faire de l’argent facilement »
- Il avait recruté deux hommes pour passer à l’acte
En juin 2025, la cour d’assises de la Haute-Saône condamnera Mickaël Calabrese à 30 ans de réclusion criminelle. Ses deux complices directs, Dylan Hoguin et Benjamin Ardoin, écoperont chacun de 25 ans. Des peines très lourdes qui montrent à quel point la justice a considéré ce meurtre comme particulièrement abject.
Le rôle trouble du frère jumeau
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Car dans l’ombre de Mickaël se trouve son frère jumeau, Jonathan Calabrese. Dès le début de l’enquête, son nom revient régulièrement. Pourtant, il n’a jamais été accusé d’avoir participé directement à l’assassinat. Alors pourquoi a-t-il été jugé ?
La réponse tient en un mot juridique peu connu du grand public : l’abstention volontaire d’empêcher un crime. En droit français, lorsqu’une personne a connaissance d’un projet criminel imminent et dispose de moyens raisonnables pour l’empêcher sans risque majeur pour elle-même, elle a l’obligation légale d’agir. Ne rien faire peut alors être constitutif d’une infraction pénale.
« Cette peine de 5 ans ferme souligne la gravité de l’inaction face à un projet criminel dont l’issue fatale était connue à l’avance par l’accusé. »
Représentant de la justice – janvier 2026
Les magistrats et les jurés ont considéré que Jonathan Calabrese savait. Et qu’il a choisi de ne rien dire.
La preuve qui a tout changé : un achat de voiture prévu pour le 20 août
Parmi les éléments qui ont le plus pesé dans la balance, un fait matériel très concret : deux jours avant le meurtre, Jonathan Calabrese et sa compagne se rendent dans un garage automobile pour négocier l’achat d’un véhicule. Lors de cet échange, ils précisent que les fonds ne seront disponibles que le 20 août 2021.
Or le meurtre a été commis le 18 août. Deux jours plus tard, Jonathan attendait donc de l’argent… exactement au moment où le portefeuille crypto de Simon devait être vidé.
Ce calendrier a été déterminant pour les juges :
- Jonathan connaissait la date exacte choisie pour l’agression
- Il avait planifié une dépense importante juste après
- Il n’a jamais alerté les autorités ni tenté de dissuader son frère
- Il n’a prévenu ni Simon ni aucun proche du danger
Pour la cour, ces éléments ne laissent guère de doute : Jonathan attendait sa part du butin. Il avait donc accepté, au moins tacitement, le projet criminel de son frère jumeau.
Une affaire qui illustre la dangerosité croissante des vols de cryptomonnaies
Ce drame n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis 2021, les autorités constatent une augmentation très nette des agressions physiques visant à soutirer des cryptomonnaies. En 2025, les chiffres officiels font état d’une hausse de 75 % de ce type d’attaques violentes en France.
Les raisons sont multiples :
- La valeur parfois très élevée des portefeuilles crypto
- La difficulté à tracer les fonds une fois transférés
- La croyance (parfois erronée) que les victimes n’oseront pas porter plainte
- La relative facilité à identifier les détenteurs fortunés via les réseaux sociaux
Cette affaire reste cependant exceptionnelle par sa cruauté et par le nombre de coups portés. Elle marque aussi un tournant judiciaire : pour la première fois en France, la justice a condamné aussi sévèrement une personne qui n’a pas participé directement à l’acte mais qui l’a laissé se produire alors qu’elle pouvait l’empêcher.
Les cryptomonnaies, nouvel enjeu de la criminalité organisée ?
Depuis plusieurs années, les services de police et de gendarmerie constatent que les cryptomonnaies sont devenues un objectif de choix pour les criminels. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :
- Anonymous – les fonds peuvent être transférés sans révéler immédiatement l’identité
- Rapidité – un transfert peut être effectué en quelques minutes
- Irreversibilité – contrairement aux virements bancaires classiques, impossible d’annuler une transaction
- Valeur concentrée – certaines personnes détiennent plusieurs centaines de milliers d’euros sur un seul wallet
Ces caractéristiques attirent non seulement les délinquants de droit commun, mais aussi des groupes plus organisés. En 2025 et 2026, plusieurs affaires ont montré que des réseaux structurés se spécialisaient désormais dans l’enlèvement et la torture de détenteurs de cryptomonnaies pour leur faire révéler leurs clés privées.
Les leçons de sécurité à retenir de cette tragédie
Même si aucun montant ne justifie un tel crime, cette affaire rappelle cruellement l’importance de protéger ses avoirs numériques. Voici les mesures de base que tout détenteur sérieux devrait appliquer :
- Ne jamais divulguer publiquement que l’on détient une somme importante
- Utiliser un hardware wallet pour les montants significatifs
- Mettre en place une multisignature pour les portefeuilles les plus précieux
- Stocker les seed phrases dans des endroits très sécurisés et séparés
- Éviter de lier son identité réelle à ses adresses publiques
- Ne jamais partager ses clés privées, même avec un conjoint ou un proche
- Utiliser des wallets à dénomination cachée pour les dépenses quotidiennes
Ces réflexes, qui peuvent sembler excessifs à certains, deviennent malheureusement nécessaires dans un environnement où la valeur d’un wallet peut représenter plusieurs années de salaire.
Une famille brisée et une peine qui interroge
Du côté de la famille de Simon Arthuis, cette confirmation en appel est vécue comme une forme de justice partielle. Même si les peines les plus lourdes ont été prononcées contre les auteurs directs, la condamnation de Jonathan vient rappeler que l’inaction face à un crime aussi grave peut aussi être sévèrement sanctionnée.
Du côté de la défense de Jonathan Calabrese, on continue d’affirmer qu’il n’avait pas la certitude absolue que le projet criminel serait mené à bien. Mais la justice a considéré que les éléments étaient suffisamment nombreux et concordants pour établir sa connaissance et sa volonté délibérée de ne rien faire.
« Il a choisi le silence par cupidité. »
Extrait des motivations de la cour d’appel
Cette formulation est particulièrement dure. Elle montre que les magistrats n’ont pas retenu l’excuse d’une simple passivité ou d’une lâcheté passagère, mais bien un choix conscient motivé par l’appât du gain.
Un précédent judiciaire important
La condamnation de Jonathan Calabrese pourrait faire jurisprudence. Elle rappelle que la législation française peut sanctionner très sévèrement ceux qui, sans participer directement à un crime, disposent d’informations cruciales et choisissent de ne pas les transmettre aux autorités.
Dans un contexte où les cryptomonnaies continuent d’attirer des convoitises criminelles, cette décision pourrait inciter certaines personnes qui seraient tentées de « fermer les yeux » à reconsidérer leur position.
Conclusion : quand la technologie rencontre la barbarie
Cette affaire tragique nous rappelle une réalité difficile : toute innovation technologique majeure attire aussi son lot de prédateurs. Les cryptomonnaies, par leur nature décentralisée et leur potentiel de création de richesse rapide, sont devenues une cible de choix pour les criminels les plus violents.
Mais au-delà de l’aspect sécuritaire, ce drame pose aussi une question morale profonde : jusqu’où sommes-nous prêts à aller par appât du gain ? Et surtout, jusqu’où sommes-nous prêts à ne rien faire quand nous savons qu’un crime va être commis ?
La réponse de la justice française, dans cette affaire, a été claire : même à distance, même sans porter le coup fatal, celui qui sait et se tait peut être considéré comme complice. Une position forte qui, on peut l’espérer, fera réfléchir ceux qui seraient tentés de fermer les yeux sur des projets criminels.
Simon Arthuis avait 19 ans. Il rêvait d’un avenir dans l’informatique et croyait en la révolution que pouvaient porter les technologies blockchain. Il n’aura jamais l’occasion de voir ce que deviendra ce secteur qu’il aimait tant. Mais son histoire tragique continuera, malheureusement, de rappeler à tous les détenteurs de cryptomonnaies une vérité brutale : dans ce monde nouveau, la plus grande richesse peut aussi devenir la plus grande vulnérabilité.
