Imaginez-vous réveillé en pleine nuit par des hommes masqués qui pénètrent chez vous, non pas pour voler des bijoux ou de l’argent liquide, mais pour vous obliger à transférer vos cryptomonnaies. Cette scène, digne d’un thriller, est devenue une réalité terrifiante pour certains Français depuis 2023. Le 25 février 2026, le tribunal correctionnel d’Amiens a rendu un verdict qui pourrait bien changer la donne dans cette nouvelle forme de criminalité : neuf ans et cinq ans de prison ferme pour deux jeunes hommes ayant participé à une violente séquestration dans la nuit d’Halloween 2025.

Ce jugement n’est pas anodin. Pour la première fois en France, la justice prononce des peines aussi lourdes spécifiquement liées à une extorsion d’actifs numériques par la violence physique. Alors que le pays comptait déjà une quarantaine de cas similaires en moins de trois ans, ce précédent historique envoie un message clair : la violence pour s’emparer de cryptomonnaies ne restera plus impunie.

Quand la clé à molette remplace le piratage

Dans le jargon des criminels et des forces de l’ordre, on parle désormais de « wrench attack », littéralement « attaque à la clé à molette ». Le principe est simple et brutal : au lieu de tenter de cracker un wallet par des moyens informatiques souvent complexes et incertains, on s’en prend directement à la personne qui détient les clés privées. Une menace physique, des coups, la peur infligée aux proches… beaucoup craquent plus vite que n’importe quel algorithme.

Ce mode opératoire a explosé ces dernières années avec la hausse du cours du Bitcoin et la démocratisation des cryptomonnaies. Selon les estimations des services de police, on observe une augmentation de 75 % de ce type d’agressions rien qu’en 2025. Les cibles ? Des profils très variés : influenceurs ostentatoires, traders discrets aux portefeuilles bien garnis, entrepreneurs ayant vendu leur société en crypto…

Quelques chiffres glaçants sur les wrench attacks en France (2023-2026) :

  • Environ 40 cas documentés depuis mi-2023
  • 75 % d’augmentation des signalements en 2025
  • Victimes principales : hommes de 30-55 ans détenant plus de 100 000 € en crypto
  • Durée moyenne d’une agression : 45 minutes à 3 heures
  • Taux de transfert réussi : environ 60 % des cas

Ces statistiques, bien que partielles, montrent l’ampleur du phénomène. Mais jusqu’à présent, les condamnations restaient rares ou légères. L’affaire jugée à Amiens marque donc un tournant majeur.

La nuit d’horreur de Revelles

Le 31 octobre 2025, vers 2h30 du matin, trois individus encagoulés forcent la porte d’une maison individuelle à Revelles, petite commune paisible près d’Amiens. À l’intérieur : un couple, leurs deux enfants et la grand-mère. L’objectif des agresseurs est limpide : obtenir les accès au wallet crypto du père de famille.

Les assaillants ligotent les adultes, frappent le père de famille devant ses enfants pour le faire plier. Ils exigent un transfert immédiat vers plusieurs adresses qu’ils ont préparées. La pression est maximale : insultes, menaces de mort, coups répétés. Pourtant, dans un sursaut de courage et de sang-froid, la victime parvient à se libérer partiellement de ses liens. La panique gagne les agresseurs qui prennent la fuite sans avoir réussi à finaliser le transfert.

« Ils nous ont dit qu’ils allaient tuer les enfants si je ne leur donnais pas tout de suite mes clés. J’ai cru que c’était la fin. »

Témoignage du père de famille lors du procès

L’enquête s’est accélérée grâce à un téléphone abandonné sur place et à l’exploitation minutieuse des caméras de vidéosurveillance du secteur. Deux suspects sont rapidement identifiés : un jeune de 19 ans originaire de Melun et son complice de 24 ans. Lors de leurs auditions, ils reconnaissent les faits mais désignent un commanditaire resté dans l’ombre.

Des peines exemplaires : 9 et 5 ans ferme

Le tribunal correctionnel d’Amiens n’a pas hésité. Le plus jeune, considéré comme l’exécutant principal et ayant porté la majorité des coups, écope de neuf ans de prison ferme. Son complice, qui jouait un rôle plus secondaire mais a participé activement à la séquestration, est condamné à cinq ans ferme. À cela s’ajoute une obligation de verser 7 000 euros de dommages et intérêts à chacune des trois victimes adultes.

Ces sanctions, très lourdes pour une juridiction correctionnelle, traduisent la qualification retenue : séquestration aggravée, extorsion avec violences, actes de torture et de barbarie. Les juges ont clairement considéré que l’objectif numérique ne diminuait en rien la gravité des faits.

Les qualifications pénales retenues dans l’affaire Revelles :

  • Séquestration aggravée en bande organisée
  • Extorsion avec violences ayant entraîné une incapacité totale de travail
  • Actes de torture et de barbarie
  • Association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes et délits
  • Violation de domicile avec circonstances aggravantes

Ce panel de qualifications montre que la justice ne considère plus ces affaires comme de simples vols avec violence, mais comme des crimes organisés visant spécifiquement des actifs numériques.

Le schéma classique : commanditaire + petites mains

Presque toutes les wrench attacks suivent le même scénario. Un commanditaire, souvent basé à l’étranger ou très difficile à identifier, repère une cible sur les réseaux sociaux. Il analyse les publications, les stories Instagram, les tweets vantant des gains importants, les photos de montres de luxe ou de voitures de sport achetées grâce à la crypto.

Une fois la cible validée, le commanditaire recrute via Telegram ou Signal des « équipes locales » prêtes à passer à l’action contre une rémunération fixe ou un pourcentage du butin. Ces exécutants sont souvent des jeunes de banlieue sans antécédents particulièrement lourds, attirés par l’argent rapide.

« On m’a juste demandé d’aller chercher un mot de passe. On m’a dit que c’était comme un cambriolage normal, mais sans rien prendre de physique. »

Extrait de l’audition d’un exécutant condamné en 2025

Cette division du travail rend les enquêtes extrêmement complexes. Les petites mains sont localisables et interpellables ; les cerveaux, beaucoup moins. Dans l’affaire d’Amiens, les deux condamnés ont désigné un mystérieux « Sofiane » qui leur aurait promis 15 000 euros chacun. À ce jour, ce commanditaire reste introuvable.

Un signal fort envoyé à toute la filière criminelle

Ce verdict dépasse largement le seul cadre de l’affaire Revelles. Il intervient dans un contexte où plusieurs dossiers très médiatisés sont en cours d’instruction :

  • L’enlèvement d’une magistrate et de sa mère en Isère (février 2026)
  • L’agression du cofondateur de Ledger, David Balland (2025)
  • Plusieurs tentatives d’extorsion visant des influenceurs crypto parisiens
  • Le cas d’un employé de Revolut suspecté d’avoir voulu faire chanter un client fortuné

Dans tous ces dossiers, les enquêteurs espèrent que la sévérité affichée à Amiens fera tâche d’huile et incitera les juges d’instruction et les tribunaux à retenir les mêmes qualifications aggravées.

Du côté des forces de l’ordre, on se félicite également de ce jugement. « C’est la première fois qu’on obtient des peines aussi lourdes dans ce type de contentieux. Cela va forcément dissuader certains exécutants », confie un officier de la brigade financière de la PJ.

Comment se protéger concrètement ?

Face à cette menace physique très réelle, la sécurité purement informatique ne suffit plus. Voici les recommandations les plus souvent citées par les experts en cybersécurité et les victimes elles-mêmes :

  • Anonymat maximal sur les réseaux sociaux : jamais de photo de votre intérieur, de votre voiture, de votre montre ou de vos gains récents
  • Discrétion absolue sur vos avoirs crypto, même en privé
  • Ségrégation des fonds : ne jamais conserver l’intégralité de son portefeuille sur un seul hardware wallet à domicile
  • Multisignature : utiliser des schémas 2-of-3 ou 3-of-5 avec des clés réparties géographiquement (domicile, coffre bancaire, proche de confiance)
  • Coffre-fort ignifugé et discret pour les hardware wallets et les seed phrases
  • Faux indices : certains préparent même de faux wallets avec de petites sommes pour faire diversion en cas d’agression
  • Plan d’urgence familial : convenir à l’avance d’un code signifiant « je suis sous contrainte »

Ces mesures paraissent extrêmes, mais elles sont devenues le quotidien de nombreux investisseurs français détenant des montants significatifs en cryptomonnaies.

Vers une prise de conscience collective ?

Ce précédent judiciaire arrive à un moment charnière. D’un côté, le marché crypto connaît une nouvelle phase haussière en 2026, attirant toujours plus de capitaux. De l’autre, les États durcissent leur régulation et leurs moyens de lutte contre la criminalité financière. Entre les deux, les investisseurs particuliers se retrouvent en première ligne.

La décision d’Amiens pourrait marquer le début d’une jurisprudence plus ferme, mais elle ne remplacera jamais la prudence individuelle. Dans un monde où posséder des bitcoins peut désormais faire de vous une cible physique aussi attractive qu’un coffre-fort rempli d’espèces, la vraie révolution n’est peut-être pas technologique… mais bien comportementale.

Rester discret, cloisonner ses avoirs, anticiper le pire : voilà peut-être les nouvelles règles d’or de l’investisseur crypto en France en 2026. Car si la justice commence à frapper fort, les commanditaires invisibles, eux, n’ont pas encore dit leur dernier mot.

Et vous, avez-vous déjà modifié vos habitudes en ligne ou votre façon de stocker vos cryptos depuis que ces affaires font la une ? La peur physique est-elle devenue un critère d’investissement comme un autre ?

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