Et si la phrase la plus bearish prononcée sur Bitcoin était en réalité le meilleur indicateur d’achat de ces dernières années ? Le 2 février 2026, Jim Cramer, l’emblématique présentateur de CNBC, a de nouveau jeté de l’huile sur le feu en qualifiant Bitcoin d’actif « totalement instable » et inadapté à servir de monnaie à court terme. Quelques heures plus tard, la communauté crypto ressortait déjà le célèbre meme « Inverse Cramer » et les carnets de commandes s’animaient.
Entre moquerie bon enfant et réelle opportunité tactique, cette nouvelle sortie mérite bien plus qu’un simple ricanement. Elle cristallise un clivage profond entre la finance traditionnelle et l’écosystème crypto, tout en posant une question essentielle en ce début d’année 2026 : sommes-nous réellement face à la fin d’un cycle ou au contraire devant l’un des derniers grands points bas émotionnels avant une nouvelle jambe haussière ?
Jim Cramer vs Bitcoin : une rivalité qui dure depuis 15 ans
Pour les nouveaux arrivants dans l’univers crypto, il faut savoir que Jim Cramer n’est pas un nouveau venu dans le débat Bitcoin. Dès 2013 il affirmait que la reine des cryptomonnaies n’était qu’une mode passagère. En 2018, il conseillait de tout vendre à 3 200 $. En 2021, il ironisait sur les 69 000 $ en disant que c’était le sommet absolu. À chaque fois, ou presque, le marché a pris un malin plaisir à lui donner tort dans les mois qui suivaient.
« The demonstration of what can happen in a weekend with bitcoin demonstrates its unreliability, on a short-term basis, to be a currency… And I write that as someone who owns bitcoin »
Jim Cramer – 2 février 2026
Cette dernière citation est intéressante à plus d’un titre. D’abord parce qu’il avoue toujours posséder du Bitcoin – ce qui rend son discours un peu moins tranché qu’à l’époque où il disait « je n’en toucherais pas avec une perche de dix pieds ». Ensuite parce qu’il recentre sa critique sur la volatilité de court terme et la fonction monétaire immédiate.
L’Inverse Cramer : folklore ou indicateur statistiquement pertinent ?
Le phénomène « Inverse Cramer » est né sur Reddit et Twitter dès 2021. Des utilisateurs ont commencé à tracker systématiquement les prises de position de l’animateur et à faire le pari inverse. Une étude informelle publiée sur le subreddit WallStreetBets en 2023 montrait que sur 124 recommandations ou commentaires très marqués de Cramer entre 2019 et 2022, prendre systématiquement le contrepied aurait généré un rendement annualisé de +31 % net de frais – bien supérieur à la performance du S&P 500 sur la même période.
Même si cette statistique n’a rien d’universitaire, elle est suffisamment parlante pour que de nombreux traders gardent un œil sur ses interventions, surtout lorsqu’elles concernent Bitcoin. En février 2026, le contexte est particulier : le marché sort d’un mois de janvier très volatile, avec un rejet brutal sous les 80 000 $ après avoir flirté avec les 108 000 $ en décembre 2025.
Ce que disent les chiffres récents :
- Bitcoin a perdu environ 26 % en trois semaines
- Le funding rate perpétuel est passé en territoire très négatif
- L’Open Interest a chuté de 18 milliards $ en 20 jours
- Le ratio put/call sur Deribit atteint 1.42 (niveau de peur élevé)
Autant d’éléments qui, historiquement, ont souvent précédé des rebonds violents lorsque le narratif dominant devenait trop bearish dans les médias traditionnels.
Pourquoi Cramer voit-il toujours Bitcoin comme instable ?
Sa critique principale repose sur trois piliers :
- La très forte volatilité journalière et hebdomadaire
- L’absence (selon lui) de valeur intrinsèque tangible à court terme
- Le fait que Bitcoin ne soit pas (encore) utilisé comme moyen d’échange quotidien
Sur le premier point, difficile de le contredire : Bitcoin reste l’actif le plus volatil parmi les grandes classes d’actifs en 2026. Sur le deuxième, le débat est beaucoup plus philosophique. Sur le troisième enfin, il a techniquement raison… mais il compare un actif de 17 ans à des monnaies fiat ayant plusieurs siècles d’existence et un monopole étatique.
Ce que Cramer semble ne pas intégrer (ou refuse d’intégrer) c’est la maturation structurelle du marché depuis 2021 :
- Arrivée massive des ETF spot Bitcoin aux États-Unis (plus de 120 milliards $ d’encours en février 2026)
- Intégration croissante dans les bilans d’entreprises (MicroStrategy, Metaplanet, Semler Scientific, etc.)
- Apparition de produits structurés et d’options régulées
- Entrée de grandes banques privées dans le custody et le trading
Bitcoin est-il vraiment plus instable que les actifs traditionnels ?
Si l’on regarde uniquement la volatilité réalisée sur 30 jours, oui, Bitcoin l’emporte haut la main. Mais plusieurs nuances importantes doivent être apportées :
- La volatilité du Nasdaq 100 en 1999-2000 dépassait souvent celle du BTC actuel
- L’or a connu des phases de volatilité annualisée >40 % dans les années 1970 et 2011
- Le VIX lui-même a dépassé 80 plusieurs fois depuis 2008 – Bitcoin n’a jamais atteint ce niveau de panique
Autrement dit : la volatilité élevée est le prix à payer pour un actif qui affiche encore des rendements annualisés à trois chiffres sur 5, 10 et 15 ans. Les investisseurs institutionnels qui entrent aujourd’hui ne viennent pas pour la stabilité quotidienne, mais pour le rendement asymétrique à long terme.
« Bitcoin n’est pas une monnaie instable. C’est un actif à très fort potentiel de croissance qui traverse actuellement une phase d’adoption institutionnelle. La volatilité est le carburant de cette transition. »
Analyste anonyme – Desk trading européen, février 2026
Laissons cette citation flotter un instant. Elle résume assez bien la vision de la nouvelle garde d’investisseurs qui considèrent la volatilité non pas comme un défaut, mais comme une caractéristique structurelle temporaire.
Que faire concrètement quand Cramer (re)parle de Bitcoin ?
Plutôt que de tomber dans le piège de l’émotion, voici quelques pistes pragmatiques que beaucoup d’investisseurs expérimentés appliquent lorsque le narratif médiatique devient trop négatif :
- Vérifier le positionnement institutionnel via les flux ETF (les inflows continuent-ils ?)
- Observer le comportement des baleines (les wallets >1000 BTC accumulent-ils ?)
- Regarder le ratio MVRV Z-Score (est-on en zone de « capitulation » ?)
- Analyser le funding rate et l’open interest (le levier a-t-il été purgé ?)
- Contrôler son exposition personnelle (éviter le FOMO inversé)
En février 2026, plusieurs de ces indicateurs commencent à montrer des signes encourageants après la purge de janvier. Sans pour autant crier victoire, la configuration technique et fondamentale n’est pas celle d’un marché qui s’effondre durablement.
Et si c’était justement le bon moment pour se positionner ?
Historiquement, les grands points bas émotionnels de Bitcoin ont souvent coïncidé avec :
- Une couverture médiatique extrêmement négative
- Des personnalités influentes de la finance traditionnelle déclarant « Bitcoin est mort »
- Une capitulation des mains faibles (vente panique des retail)
- Une purge du levier excessif
Nous retrouvons une bonne partie de ces éléments en ce début février 2026. Bien entendu, cela ne garantit rien. Les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps qu’on ne peut rester solvable, disait Keynes. Mais la récurrence de ces schémas incite à la prudence… haussière.
Petit récapitulatif des « morts » de Bitcoin annoncées :
- 2011 – Mt. Gox (prix ~2 $)
- 2013 – Chine interdit Bitcoin (prix ~1 200 $)
- 2018 – « Bubble pop » (prix ~3 200 $)
- 2022 – FTX, Terra, Celsius (prix ~16 000 $)
- 2025-2026 – « La fin des illusions post-halving » (prix ~78 000 $)
À chaque fois, ceux qui ont vendu dans la panique l’ont regretté. Ceux qui ont accumulé calmement ont été récompensés.
Conclusion : Cramer a-t-il (involontairement) donné le signal ?
Jim Cramer n’est ni un oracle, ni un charlatan. C’est un excellent communicant qui reflète souvent le sentiment dominant de la finance traditionnelle à un instant T. Et c’est précisément pour cela que ses interventions restent intéressantes.
Lorsqu’il qualifie Bitcoin d’instable en février 2026, il dit finalement quelque chose de très simple : le marché traverse une phase de doute, de purge, de rééquilibrage. Pour les investisseurs long terme, ces moments sont souvent les plus riches en opportunités.
Reste une question ouverte : et si, dans cinq ans, on regardait en arrière et qu’on disait « souviens-toi, c’est quand Cramer a dit que c’était instable que ça a vraiment repris » ?
L’histoire n’est pas finie. Elle ne fait peut-être même que commencer.
