Imaginez rentrer chez vous après une journée ordinaire, pour vous retrouver face à des individus masqués qui exigent vos clés privées sous la menace d’une arme. Ce scénario, digne d’un film d’action, est malheureusement devenu réalité pour de nombreux Français impliqués dans les cryptomonnaies. Depuis mi-2023, la France est confrontée à une vague alarmante d’enlèvements et d’agressions violentes visant spécifiquement les détenteurs de crypto-actifs.

Ce phénomène, loin d’être anecdotique, prend des proportions inquiétantes. Les autorités parlent désormais d’une menace structurelle pour l’écosystème crypto. Entre juillet 2023 et décembre 2025, plus de quarante affaires d’enlèvements organisés ont été liées directement ou indirectement aux cryptomonnaies. Et l’année 2026 semble confirmer cette tendance à la hausse.

Une explosion des “wrench attacks” en France

Le terme “wrench attack” désigne ces agressions physiques où les criminels utilisent la violence ou la menace pour obliger leurs victimes à transférer leurs avoirs numériques. Le mot “wrench” (clé anglaise en anglais) symbolise l’idée de forcer brutalement l’accès à un portefeuille crypto. Ce type d’attaque n’est plus marginal : il explose littéralement.

Selon le rapport Skynet de CertiK, une firme spécialisée en sécurité blockchain, on dénombre 72 incidents vérifiés dans le monde entier en 2025, soit une augmentation de 75 % par rapport à l’année précédente. Les pertes financières confirmées dépassent les 40,9 millions de dollars, avec une hausse de 44 % des montants volés. Plus alarmant encore : les agressions physiques pures ont bondi de 250 % en un an.

« 2025 marque officiellement l’année la plus violente de l’histoire des cryptomonnaies. »

CertiK, rapport Skynet sur les wrench attacks

Et la France se distingue tristement : elle concentre à elle seule 19 cas en 2025, plus du double des États-Unis. L’Europe représente plus de 40 % des incidents mondiaux, avec notre pays en tête de liste. En ce début 2026, la tendance s’accélère : déjà plusieurs affaires médiatisées en quelques semaines seulement.

Comment les criminels repèrent-ils leurs cibles ?

Le profil type des victimes est assez clair selon la note confidentielle du SIRASCO (Service d’Information, de Renseignement et d’Analyse Stratégique sur la Criminalité Organisée) : des hommes âgés de 20 à 35 ans, investisseurs, entrepreneurs ou influenceurs dans l’univers crypto. Beaucoup affichent leur réussite sur les réseaux sociaux : photos de voitures de luxe, voyages exotiques, montres hors de prix… Autant d’éléments qui attirent l’attention des recruteurs criminels.

Les malfaiteurs surveillent minutieusement les comptes Instagram, TikTok, Twitter/X ou Discord. Ils analysent les habitudes quotidiennes, les adresses mentionnées, les proches identifiés. Une fois la cible choisie, le piège se referme : repérage, intimidation en ligne, puis passage à l’acte physique.

Les méthodes les plus courantes utilisées par les agresseurs :

  • Enlèvement pur et simple avec séquestration prolongée
  • Invasion de domicile (home invasion) en présence de la famille
  • Torture physique pour obtenir les seed phrases ou mots de passe
  • Menaces sur les proches pour accélérer le transfert
  • Demande de rançon payable uniquement en cryptomonnaies

Ces attaques ne se limitent plus aux grandes fortunes. Même des portefeuilles de quelques dizaines de milliers d’euros peuvent attirer des criminels opportunistes, surtout quand les victimes semblent afficher leur richesse publiquement.

Une organisation pyramidale et internationale

Ce qui rend ces affaires particulièrement préoccupantes, c’est leur niveau d’organisation. Selon les enquêteurs, la plupart des opérations sont pilotées depuis l’étranger : Maroc, Algérie, Afrique de l’Ouest, Europe de l’Est… Des cerveaux commanditent les attaques et recrutent via les réseaux sociaux des jeunes Français souvent mineurs ou très jeunes majeurs, parfois issus de quartiers défavorisés.

Ces “exécutants” locaux reçoivent une rémunération relativement faible (parfois quelques milliers d’euros) comparée aux sommes potentiellement dérobées. Le système est pyramidal : recruteurs intermédiaires, logisticiens, tortionnaires sur le terrain, et donneurs d’ordre à distance qui blanchissent ensuite les fonds via des mixers ou des plateformes peu régulées.

« Les organisateurs opèrent depuis l’étranger et utilisent des recruteurs locaux pour exécuter les basses œuvres. »

Note SIRASCO, janvier 2026

Cette délocalisation complique énormément les enquêtes. Les flux financiers sont difficiles à tracer, les commanditaires protégés par des juridictions étrangères, et les exécutants souvent interchangeables. Résultat : très peu de condamnations lourdes à ce jour, malgré plusieurs vagues d’arrestations.

Des cas concrets qui choquent l’opinion

Parmi les affaires les plus marquantes :

  • Le cofondateur de Ledger enlevé avec sa compagne en 2025, victime de mutilations
  • Le PDG de Binance France visé par une tentative d’invasion de domicile en février 2026
  • Une mère et sa fille séquestrées en pleine rue, libérées in extremis par un passant courageux
  • Un septuagénaire torturé par des jeunes qui pensaient à tort que son fils était millionnaire en crypto
  • De multiples home invasions où les familles entières sont menacées pendant des heures

Ces histoires ne sont plus exceptionnelles. Elles se multiplient à un rythme effrayant depuis le début de l’année 2026. Certains mois, plusieurs affaires éclatent en même temps, créant un climat de peur palpable dans la communauté crypto française.

Pourquoi la France est-elle particulièrement touchée ?

Plusieurs facteurs expliquent cette concentration géographique inhabituelle :

  • Une communauté crypto très active et visible sur les réseaux sociaux
  • Une forte concentration d’entrepreneurs et d’influenceurs dans la région parisienne
  • Une culture de l’affichage de richesse plus marquée qu’ailleurs
  • Des failles dans la protection des données personnelles (Kbis, etc.) jusqu’à récemment
  • Une criminalité organisée déjà implantée qui s’adapte rapidement à la nouvelle opportunité

À cela s’ajoutent des fuites de données massives, comme celle de la plateforme fiscale Waltio fin 2025, qui a exposé les informations de dizaines de milliers d’utilisateurs français. Certains hackers ont même revendiqué que ces bases de données ont directement servi à planifier au moins trois enlèvements fructueux.

Comment se protéger efficacement ?

Face à cette menace réelle, voici les recommandations les plus souvent citées par les experts en sécurité crypto :

Les gestes essentiels pour réduire les risques :

  • Ne jamais afficher publiquement sa richesse crypto (même indirectement)
  • Utiliser des portefeuilles multi-signatures pour les gros montants
  • Stocker la seed phrase hors ligne et dans un lieu géographiquement séparé
  • Créer un “decoy wallet” avec une petite somme visible en cas d’agression
  • Activer la géolocalisation inversée et les alertes sur les wallets
  • Anonymiser ses données personnelles quand c’est possible (Kbis, etc.)
  • Éviter les stories Instagram montrant adresse ou routine quotidienne
  • Signaler immédiatement toute menace ou intimidation en ligne

Les institutions et les gros porteurs adoptent de plus en plus des solutions institutionnelles : coffres-forts bancaires pour hardware wallets, assurances spécifiques, équipes de sécurité privées… Mais pour le particulier moyen, la discrétion reste la meilleure arme.

Vers une prise de conscience collective ?

Les autorités françaises commencent à réagir. Le parquet national anti-criminalité organisé s’est saisi de plusieurs dossiers. Des vagues d’interpellations ont eu lieu, notamment en 2025 avec des mineurs impliqués. Un décret de 2025 permet désormais aux dirigeants d’entreprise d’anonymiser leur adresse sur les documents officiels – plus de 40 000 demandes ont déjà été traitées.

Mais beaucoup estiment que les réponses restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène. La communauté crypto elle-même commence à changer de mentalité : fini l’époque où l’on affichait ses gains sans retenue. La prudence devient une vertu cardinale.

En attendant des mesures plus fortes (coopération internationale renforcée, traçage systématique des flux suspects, éducation massive à la sécurité), la réalité est là : posséder des cryptomonnaies en France en 2026 peut désormais représenter un risque physique réel, et non plus seulement numérique.

La révolution blockchain promettait liberté et décentralisation. Elle attire aussi, malheureusement, une criminalité qui n’hésite plus à franchir la ligne rouge de la violence physique. À chacun de s’adapter, en silence et en sécurité.

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