Imaginez un instant : des milliards de dollars qui entrent en trombe dans le Bitcoin via des produits financiers institutionnels, puis… plus rien. Ou presque. Depuis plusieurs mois, les flux vers les ETF Bitcoin au comptant américains ne sont plus que l’ombre de leur splendeur de 2025. Les sorties nettes s’enchaînent, le cours du BTC vacille, et pourtant certains signaux subtils laissent planer le doute : et si ce que nous prenons pour une désertion massive n’était en réalité qu’une accumulation déguisée ?
Derrière les gros titres alarmistes se cache souvent une réalité bien plus nuancée. Aujourd’hui, nous allons décortiquer ensemble les derniers chiffres, les comportements des principaux acteurs, les divergences macroéconomiques et les indicateurs qui pourraient annoncer soit la fin d’un cycle, soit le début discret d’un nouveau bull run institutionnel.
Quand l’euphorie cède la place au silence des flux
Il fut un temps – pas si lointain – où chaque semaine apportait son lot de records d’entrées sur les ETF Bitcoin spot. BlackRock, Fidelity, Ark Invest et les autres se disputaient les faveurs des institutionnels et des family offices avec une voracité impressionnante. Puis 2026 est arrivé, et avec lui un changement de ton brutal.
Depuis octobre 2025, les ETF Bitcoin ont vu leurs encours diminuer de près de 85 000 BTC. Quatre mois consécutifs de sorties nettes : du jamais vu depuis le lancement historique de ces produits en janvier 2024. La capitalisation totale des fonds est passée d’un sommet à plus de 170 milliards de dollars à environ 84,3 milliards aujourd’hui. Le contraste est saisissant.
Quelques chiffres qui font froid dans le dos :
- Flux nets cumulés historiques : environ 63 milliards $ → retombés autour de 54 milliards $
- Nouveaux capitaux depuis juillet 2025 : seulement 5 milliards $
- Sorties nettes du 12 au 19 février 2026 : -11 042 BTC
- Record journalier de sortie : -6 120 BTC le 12 février (≈ 416 M$)
Ces données brutes semblent sans appel. Pourtant, comme souvent en finance, la surface cache des courants plus profonds.
BlackRock reste l’ancre, les autres fonds saignent
Tous les ETF ne se comportent pas de la même manière face à la tempête. C’est même là que l’histoire devient intéressante.
Le fonds IBIT de BlackRock, leader incontesté avec près de 96 % du volume net cumulé depuis le lancement, n’a cédé que 6 % de ses avoirs depuis le pic : de 806 000 BTC à environ 759 000 BTC. Une baisse relativement contenue quand on regarde ailleurs.
À titre de comparaison, le fonds FBTC de Fidelity a vu ses encours fondre de 12,6 %, tombant à 186 000 BTC. D’autres acteurs plus petits affichent des baisses encore plus marquées. Cette hétérogénéité n’est pas anodine : elle suggère que les sorties proviennent majoritairement de clients retail ou de véhicules plus sensibles aux rachats, tandis que les très gros institutionnels représentés par BlackRock restent relativement stables.
« Tant que nous n’aurons pas trois séances consécutives de flux positifs sur IBIT, il est prématuré de parler de véritable réaccumulation. Pour l’instant, les sorties continuent d’alimenter l’offre sur le marché spot. »
Adaptation libre d’Axel Adler Jr., analyste on-chain
La fameuse “Grande Divergence” de début 2026
Pendant que le Bitcoin et ses ETF patinaient, un autre actif refuge faisait le plein : l’or. Les ETF Or physiques ont enregistré 19 milliards de dollars d’entrées rien qu’en janvier 2026. Ce mouvement massif vers l’or traditionnel traduit une aversion temporaire au risque dans un contexte macroéconomique anxiogène : craintes de récession, politique monétaire incertaine, tensions géopolitiques persistantes.
Cette rotation vers l’or n’est pas forcément une condamnation définitive du Bitcoin. Elle montre simplement que, pour l’instant, les institutionnels préfèrent le sommeil tranquille d’un actif millénaire à la volatilité d’un actif numérique encore jeune.
Les indicateurs à surveiller de très près
Dans un marché aussi bruité, quelques métriques parlent plus fort que les autres. Voici celles qui, selon les analystes les plus suivis, méritent toute notre attention dans les prochaines semaines :
- Les flux nets sur IBIT – le baromètre ultime. Si BlackRock commence à vendre significativement, le signal sera très baissier.
- Le skew Call/Put sur les options Bitcoin – actuellement à 56 % en faveur des calls, avec des strikes concentrés entre 75 000 $ et 120 000 $. Les spéculateurs parient encore sur un rebond.
- Rotation des capitaux vers d’autres ETF crypto – certains fonds Solana commencent à attirer des flux malgré la faiblesse générale du marché. Preuve que l’appétit pour le risque crypto n’a pas totalement disparu.
- Coinbase Premium Index – toujours en territoire négatif. Les acheteurs américains, traditionnellement moteur principal des ETF, restent aux abonnés absents.
- Intérêt ouvert sur les futures – toujours élevé (46 milliards $). Une montée soudaine des liquidations pourrait aggraver la pression vendeuse.
Scénarios pour les mois à venir : entre plancher solide et max pain
Deux grandes familles de scénarios se dessinent actuellement :
Scénario 1 – Accumulation silencieuse et reprise progressive
Les sorties ralentissent → trois à cinq jours consécutifs de flux positifs sur IBIT → le niveau de 1,26 million de BTC détenus par l’ensemble des ETF devient un support majeur → retour graduel de la demande institutionnelle lorsque la macro se stabilise.
Scénario 2 – Reprise de la pression vendeuse et test des zones basses
Les sorties reprennent de plus belle, notamment sur IBIT → cascade de liquidations sur le marché des futures → test de la zone “max pain” située entre 80 000 $ et 90 000 $ → accentuation temporaire de la divergence avec l’or avant une éventuelle résorption.
Le véritable catalyseur haussier ne sera pas seulement l’arrêt des ventes, mais bien le retour d’une demande fraîche et soutenue. Tant que les institutionnels restent en stand-by, le Bitcoin demeure vulnérable aux chocs exogènes.
Et maintenant ? Ce que les institutionnels attendent probablement
Plusieurs déclencheurs pourraient ramener la “poudre sèche” institutionnelle sur le marché :
- Une stabilisation ou un assouplissement visible de la politique monétaire américaine
- Une résolution partielle des incertitudes géopolitiques majeures
- L’apparition d’un cas d’usage concret et massif pour Bitcoin dans les bilans d’entreprises ou d’États
- Une performance relative nettement meilleure du BTC face à l’or pendant plusieurs semaines consécutives
- Des signaux techniques très clairs (cassure haussière validée + forte augmentation du volume spot)
Tant que ces éléments ne s’alignent pas, le marché reste dans une phase d’observation tendue, où chaque journée sans forte vente est vécue comme une petite victoire.
Conclusion : ni capitulation totale, ni euphorie revenue
Les ETF Bitcoin traversent actuellement une phase critique de leur jeune histoire. Les sorties nettes sont réelles, la pression vendeuse existe, le cours souffre. Mais la résilience de BlackRock, le positionnement toujours haussier sur les options, et les premiers signes de rotation vers d’autres cryptos montrent que l’appétit institutionnel n’est pas mort – il est simplement en sommeil.
La question n’est donc plus de savoir si les gros capitaux reviendront, mais quand et à quel prix. Entre ceux qui crient à la fin du cycle et ceux qui accumulent dans l’ombre, l’histoire nous dira bientôt qui avait raison.
Pour l’instant, une seule certitude : le marché nous regarde, attend, et respire. Et parfois, dans ce silence apparent, se préparent les mouvements les plus puissants.
