Imaginez : le 5 février 2026, en pleine euphorie post-halving, Bitcoin dévisse brutalement de plus de 13 % en quelques heures seulement. Les réseaux sociaux s’enflamment, les liquidations s’enchaînent par milliards, et la peur s’installe à nouveau dans l’écosystème crypto. Pourtant, derrière cette chute spectaculaire se cache une mécanique bien plus prosaïque… et surtout bien plus traditionnelle que ce que la plupart des observateurs ont imaginé.

Ce n’est pas une vague de FUD crypto-native, ni un whale qui vide ses poches, ni même un black swan réglementaire. Non. Selon Jeff Park, conseiller chez Bitwise Asset Management, cet événement est avant tout le fruit d’un déleveraging massif orchestré par les grandes maisons de Wall Street. Et cette explication change radicalement la façon dont on doit lire le marché aujourd’hui.

Quand Wall Street éternue, Bitcoin attrape froid

Depuis l’arrivée massive des ETF Bitcoin spot en 2024, beaucoup pensaient que le marché crypto s’était enfin décorrélé des actifs traditionnels. Grave erreur. Le 5 février a prouvé le contraire avec une violence rarement vue. Les hedge funds multi-stratégies, ces fameuses « pod shops » comme Citadel, Millennium ou Point72, ont été contraints de réduire drastiquement leur exposition globale aux risques.

Pourquoi ? Parce que leurs risk managers, face à des pertes inhabituelles sur d’autres classes d’actifs (notamment les actions technologiques), ont imposé un de-grossing indiscriminé. Traduction : vendre tout ce qui peut être vendu rapidement, peu importe l’actif. Et devinez quoi ? Les ETF Bitcoin, très liquides, se sont retrouvés en première ligne.

« Le 4 février a été l’une des pires journées pour les fonds multi-stratégies depuis des années, avec un z-score de 3.5. Un événement à 0,05 % de probabilité. »

Desk Prime Brokerage Goldman Sachs, relayé par Jeff Park

Ce chiffre est terrifiant. Un z-score de 3.5 signifie que l’événement était statistiquement dix fois plus rare qu’un classique choc à trois sigma. Autant dire que les algorithmes de gestion de risque ont crié « danger » partout en même temps.

Le basis trade CME : la bombe à retardement

Au cœur de la mécanique se trouve ce qu’on appelle le basis trade sur le CME. Ce trade consiste à acheter du Bitcoin spot (via les ETF) tout en vendant des contrats futures sur le Chicago Mercantile Exchange, capturant ainsi le différentiel de prix (le basis) entre les deux marchés.

Ce trade, considéré comme relativement « safe » car hedgé, était massivement utilisé par les institutions. Mais quand la pression vendeuse arrive de toutes parts, il faut déboucler les positions. Et déboucler un basis trade signifie vendre du spot et racheter des futures. Résultat ? Une vente massive de Bitcoin cash qui fait plonger le prix… exactement ce qu’on a observé le 5 février.

Évolution du basis CME en 48 heures :

  • 3,3 % le 5 février matin
  • Explosion à 9 % le 6 février
  • Parmi les plus gros écarts jamais enregistrés depuis le lancement des ETF

Cette dislocation brutale du basis montre à quel point les acteurs institutionnels ont été forcés de sortir en urgence. Le marché spot a dû absorber une pression vendeuse colossale sans contrepartie suffisante côté acheteurs.

Short gamma et produits structurés : l’amplificateur de volatilité

Mais ce n’est pas tout. Les dealers d’options crypto se sont retrouvés dans une position très inconfortable : short gamma sur de nombreux puts. En clair, plus le prix baissait, plus ils devaient vendre du spot pour se hedger. Un cercle vicieux classique.

Ajoutez à cela les produits structurés émis par les grandes banques (notes à barrière knock-in) et vous obtenez une recette parfaite pour une chute accélérée. Certaines barrières étaient placées autour de 43 600 $ (émissions de novembre) ou même 38-39 000 $ (émissions plus récentes). Une fois déclenchées, elles ont forcé des ventes automatiques supplémentaires.

« Les options étaient vendues trop bon marché par rapport à la taille réelle des mouvements. Quand la volatilité explose, les dealers short gamma deviennent les pires ennemis du prix. »

Jeff Park – Bitwise

Le résultat ? Même si les ETF continuaient d’attirer des flux nets positifs (plus de 300 M$ sur la semaine dont 230 M$ sur IBIT le jour même du crash), le prix continuait de plonger. Preuve irréfutable que la dynamique était dictée par les flux institutionnels traditionnels et non par les investisseurs retail crypto.

Les chiffres qui racontent l’histoire

Pour bien saisir l’ampleur du phénomène, regardons quelques données concrètes :

  • IBIT (BlackRock) : 10 milliards $ de volume échangé le 5 février – record absolu, plus du double du précédent plus haut
  • Options sur ETF : activité historique dominée par les puts
  • Créations nettes IBIT : +6 millions de parts → +230 M$ malgré la chute
  • Corrélation Bitcoin / actions software : très élevée ces dernières semaines, corrélation avec l’or quasi nulle
  • Open interest CME : rebond rapide dès le 6 février, signe que le basis trade se reconstruisait

Ces chiffres montrent clairement que le marché n’était pas en train de « capituler » côté crypto-native. Au contraire, les acheteurs institutionnels profitaient de la faiblesse pour accumuler via les ETF. Le vrai selling pressure venait d’ailleurs.

Pourquoi les pod shops sont devenues si importantes pour Bitcoin

Depuis 2024, les pod shops (fonds multi-stratégies qui allouent des petits pods indépendants sur des thèses très spécifiques) ont massivement investi dans l’écosystème Bitcoin via les ETF et le basis trade. Leur avantage compétitif ? Une capacité à bouger des milliards très rapidement.

Mais cette même rapidité devient un cauchemar quand les conditions de marché se retournent. Les risk managers imposent des drawdowns maximum très faibles (souvent 3-5 % par pod). Dès que ce seuil est approché, c’est vente automatique sur tous les livres de trading. Sans exception. Sans pitié.

Conséquences concrètes pour le marché crypto :

  • Ventes indiscriminées d’ETF Bitcoin même si la thèse crypto reste intacte
  • Effet domino sur les altcoins (liquidations en cascade)
  • Amplification par les algorithmes de market-making
  • Décorrélation temporaire avec les flux nets ETF

C’est exactement ce schéma que nous avons vécu le 5 février 2026. Un choc externe (software equities) → contrainte de deleveraging → vente forcée de Bitcoin → activation short gamma → spirale baissière.

Le rebond du 6 février : signe de normalisation ?

Dès le lendemain, la situation s’est apaisée. L’open interest sur le CME a augmenté plus vite que sur Binance, signe que les basis trades recommençaient à se remettre en place. Sur Binance, l’open interest s’est au contraire effondré, montrant que les acteurs purement crypto avaient déjà capitulé ou réduit leur levier.

Ce contraste est parlant : le vrai argent institutionnel (TradFi) revenait chercher le basis, tandis que les traders retail/crypto-native restaient prudents. Preuve supplémentaire que la correction n’était pas structurelle, mais conjoncturelle.

Leçons à retenir pour les investisseurs crypto

1. La maturité du marché n’élimine pas la volatilité, elle la déplace.

2. Les ETF Bitcoin sont devenus un rouage essentiel de l’écosystème TradFi. Ils servent de soupape de décompression quand les pod shops doivent réduire leur risque global.

3. Surveiller les actions technologiques et les performances des multi-strats est désormais aussi important que surveiller l’open interest Binance ou le funding rate.

4. Les flux nets ETF restent un indicateur robuste de la demande « réelle » (non forcée). Tant qu’ils restent positifs, la thèse haussière de long terme n’est pas remise en cause.

5. Préparez-vous à d’autres épisodes similaires. Plus les encours ETF grossissent, plus les pod shops seront exposées… et plus les corrections pourront être brutales en apparence.

Vers une nouvelle compréhension du cycle crypto ?

Nous entrons dans une phase où Bitcoin n’est plus uniquement un actif spéculatif pour geeks et early adopters. Il est devenu un actif d’allocation pour les plus grands pools de capitaux du monde. Cela change tout.

Les drivers de prix ne sont plus seulement les halvings, les narratives memecoin ou les annonces ETF. Ils incluent désormais :

  • Les contraintes de VaR des hedge funds
  • Les appels de marge cross-asset
  • Les décisions de risk committees de Wall Street
  • Les dynamiques de basis et de gamma
  • Les flux de capitaux institutionnels réglementés

Autant de facteurs qui étaient secondaires il y a encore deux ans et qui sont aujourd’hui dominants. Ignorer cette réalité serait une erreur stratégique majeure pour tout investisseur sérieux sur le marché crypto.

Le crash du 5 février 2026 n’était donc pas la fin d’un bull run. C’était un rappel brutal que Bitcoin, malgré sa narrative décentralisée, évolue désormais dans un écosystème financier global interconnecté. Et dans cet univers, quand les pod shops de New York sneezent… c’est tout le marché qui tremble.

Restez vigilants, suivez les bons indicateurs, et surtout : ne paniquez pas quand le prix chute violemment sans raison crypto-visible. Souvent, la réponse se trouve de l’autre côté du pont de Brooklyn.

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