Imaginez un pays où, pendant près d’une décennie, les entreprises n’avaient presque aucun moyen légal d’acheter ou de détenir des actifs numériques sur les plateformes locales. Puis, du jour au lendemain, les autorités décident d’ouvrir progressivement la porte à des milliers de sociétés. C’est exactement ce qui se passe en ce moment en Corée du Sud. Un programme en trois volets vient d’être confirmé et il pourrait bien redéfinir la place de Séoul dans la finance mondiale.

Un tournant majeur pour la finance numérique sud-coréenne

Depuis 2017, les sociétés coréennes se heurtaient à un obstacle pratique presque insurmontable. Les banques refusaient de leur ouvrir les comptes nominatifs nécessaires pour trader sur les exchanges locaux. Officiellement, il n’existait pas d’interdiction pure et simple dans la loi. En pratique, l’absence de ces comptes bloquait totalement l’accès des entreprises au marché des actifs virtuels. Aujourd’hui, ce verrou commence à sauter.

La Commission des services financiers a dévoilé une feuille de route claire. Environ 2 500 sociétés cotées et un millier de corporations enregistrées comme investisseurs professionnels pourront bientôt ouvrir des comptes bancaires nominatifs reliés aux plateformes d’échange. Au total, cela représente près de 3 500 entités. Les sociétés financières elles-mêmes restent exclues pour l’instant. L’idée est de tester le dispositif de façon contrôlée avant d’envisager une ouverture plus large.

Ce n’est pas une simple autorisation technique. C’est un signal fort. Le marché coréen, longtemps dominé par les particuliers, s’apprête à accueillir des acteurs institutionnels capables d’injecter des volumes bien plus importants et de professionnaliser l’ensemble de l’écosystème.

Pourquoi ce changement maintenant

Plusieurs raisons convergent. D’abord, la demande des entreprises elles-mêmes. Nombre d’entre elles souhaitent investir dans des projets blockchain ou détenir des actifs numériques dans le cadre de leur stratégie de diversification. Ensuite, les autorités estiment que les sociétés cotées et les investisseurs professionnels disposent des compétences nécessaires pour évaluer les risques. Enfin, le pays veut rester compétitif face à d’autres places financières asiatiques qui avancent rapidement sur la tokenisation et les monnaies numériques.

Les premières étapes avaient déjà permis à des organisations non lucratives, des universités, des forces de l’ordre et les exchanges eux-mêmes de disposer de comptes limités. Ils pouvaient vendre des actifs reçus en donation, saisis lors d’enquêtes ou perçus en frais. Mais l’investissement libre restait interdit. La deuxième vague concerne donc explicitement les acteurs capables d’assumer une exposition plus large.

Ce qu’il faut retenir sur le pilote entreprises

  • Environ 2 500 sociétés cotées concernées
  • Environ 1 000 investisseurs professionnels enregistrés
  • Exclusion temporaire des sociétés financières
  • Cadre contrôlé et non un accès totalement libre

Des discussions ont également eu lieu autour d’un plafond annuel d’investissement équivalent à 5 % des fonds propres de chaque société. Les actifs éligibles seraient limités aux vingt plus grandes cryptomonnaies en termes de capitalisation sur les cinq principales plateformes du pays. La question des stablecoins adossés au dollar, comme l’USDT, reste encore en discussion. Les régulateurs n’ont pas tranché définitivement sur ce point.

La custody institutionnelle entre en scène

Ouvrir l’accès aux entreprises crée immédiatement un besoin de solutions de conservation réglementées. Le 18 août, BitGo Korea a obtenu son enregistrement en tant que prestataire de services sur actifs virtuels auprès de l’unité de renseignement financier coréenne. Cette autorisation lui permet de développer des services de custody et de transfert destinés aux institutions et aux entreprises.

Le capital de la structure est révélateur de l’intérêt des grands groupes locaux. Hana Financial Group détient 25 % des parts, tandis que SK Telecom en possède 10 %. Pour l’instant, BitGo Korea n’a pas communiqué de date de lancement précise, ni la liste des actifs supportés, ni la grille tarifaire, ni les premiers clients. Mais le signal est clair : le marché de la conservation institutionnelle est en train de se structurer.

Cette évolution marque une rupture avec le modèle purement retail qui a longtemps caractérisé la Corée du Sud. Andrew Park, directeur général de FACTBLOCK et organisateur de la Korea Blockchain Week, le résume ainsi : le marché s’éloigne de sa dépendance historique au trading des particuliers pour se concentrer sur la custody, la tokenisation, les stablecoins, les systèmes de règlement et le respect des règles.

Le marché crypto coréen quitte progressivement sa longue dépendance au trading de détail tandis que les institutions financières se concentrent sur la conservation, la tokenisation, les stablecoins, les systèmes de règlement et la conformité réglementaire.

Andrew Park, FACTBLOCK

La tokenisation des titres devient légale

Parallèlement à l’ouverture corporate, la Corée du Sud a franchi une étape juridique majeure concernant les titres tokenisés. Le 15 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté des amendements à la loi sur les titres électroniques et à la loi sur les marchés de capitaux. Ces textes ont été promulgués le 3 février et entreront en vigueur le 4 février 2027.

Concrètement, les registres distribués pourront désormais servir de supports légalement reconnus pour l’émission de titres. Les émetteurs devront suivre des procédures d’enregistrement auprès du dépositaire central coréen, le Korea Securities Depository. On ne traite plus la blockchain comme un système d’ownership parallèle et non réglementé. Elle s’intègre dans le cadre existant.

Les modifications apportées à la loi sur les marchés de capitaux intègrent également les titres de contrats d’investissement et les produits d’investissement fractionnés dans le périmètre réglementé. Les intermédiaires licenciés pourront gérer la distribution, tandis que le trading de gré à gré s’effectuera selon des règles définies par les autorités financières.

L’infrastructure technique avance déjà. Samsung SDS a remporté un contrat pour transformer le système de test du dépositaire central en plateforme de production pour les titres tokenisés. L’objectif est de relier les données de registres distribués aux comptes de titres électroniques existants. Les fonctionnalités prévues incluent l’enregistrement des émissions, le contrôle de la circulation, la gestion des droits et le suivi en temps réel des volumes de tokens. La finalisation est attendue d’ici février 2027.

En août, Shinhan Bank et Plume ont lancé une preuve de concept offshore portant sur un fonds tokenisé libellé en won et adossé à des obligations à très court terme. Le test exclut les résidents coréens et ne prévoit ni émission ni distribution de tokens. Les partenaires y examinent toutefois les contrôles de liste blanche, les procédures de connaissance client, la lutte contre le blanchiment et les opérations on-chain avant l’entrée en vigueur de la législation domestique.

Calendrier clé de la tokenisation

  • 15 janvier 2026 : adoption des amendements
  • 3 février 2026 : promulgation
  • 4 février 2027 : entrée en vigueur
  • Février 2027 : finalisation prévue de la plateforme de production du dépositaire

Pour les observateurs américains, le modèle coréen présente des différences administratives mais rejoint la position de la Securities and Exchange Commission. Placer un instrument financier sur une blockchain ne le fait pas sortir du champ des lois sur les titres. Un document de staff de janvier 2026 distinguait les modèles adossés à l’émetteur et ceux portés par des tiers, en rappelant que les participants de marché peuvent toujours avoir besoin d’enregistrements, de propositions ou de relief réglementaire. La commissaire Hester Peirce avait déjà souligné que les titres tokenisés restent des titres et que distributeurs, acheteurs et plateformes de trading doivent tenir compte des règles de divulgation et de marché fédérales. La Corée du Sud place de la même façon les instruments tokenisés à l’intérieur de son système de titres existant, avec le dépositaire central assurant l’enregistrement formel.

Project Hangang et les jetons de dépôt bancaires

Le troisième volet du programme concerne les paiements. La Banque de Corée développe Project Hangang, qui combine de la monnaie centrale de gros et des jetons de dépôt émis par les banques commerciales. Ces jetons ne sont pas des cryptomonnaies émises directement par la banque centrale à destination du grand public. Ce sont des versions numériques de dépôts bancaires. Les banques participantes les émettent pour leurs clients, tandis que la monnaie centrale tokenisée assure le règlement entre banques.

La phase I, lancée en avril 2025, a mobilisé environ 100 000 utilisateurs invités. Près de 80 000 d’entre eux ont ouvert un portefeuille. Ils ont réalisé environ 118 000 transactions de paiement, même si la valeur totale est restée inférieure à 700 millions de wons. Ces chiffres montrent un intérêt réel mais encore limité en volume monétaire.

En mars 2026, la phase II a démarré avec neuf banques. Aux sept institutions déjà présentes (KB Kookmin, Shinhan, Woori, Hana, NH Nonghyup, IBK Industrial Bank et BNK Busan Bank) se sont ajoutées BNK Kyongnam Bank et iM Bank. Cette phase intègre les transferts de personne à personne, l’approbation biométrique des paiements et la conversion automatique entre dépôts ordinaires et jetons de dépôt.

La banque centrale étend également les bons numériques et teste des contrôles programmables sur les dépenses publiques. Les subventions pour les infrastructures de recharge de véhicules électriques et certaines dépenses de fonctionnement du secteur public figurent parmi les premiers cas d’usage. Les conditions de paiement peuvent restreindre le destinataire, le lieu d’acceptation des fonds et la durée de validité.

Un programme distinct de 9,6 milliards de wons, soit environ 6,9 millions de dollars, a démarré en juillet sous l’égide de l’Agence coréenne pour l’internet et la sécurité et du ministère de la Science et des TIC. Neuf banques, huit sociétés de paiement et deux grands commerçants y participent sous la coordination de l’institut de télécommunications et de compensation financière. L’objectif est de relier les jetons de dépôt aux réseaux de paiement existants afin que les commerçants n’aient pas à remplacer tous leurs terminaux. Les organisateurs veulent aussi vérifier si le système peut réduire les frais de traitement pour les petites entreprises.

Des paiements pilotés par des agents d’intelligence artificielle

Project Hangang intègre également des travaux techniques sur les paiements initiés par des agents d’intelligence artificielle. En janvier 2026, LG CNS a démontré un service de paiement agentique utilisant des jetons de dépôt sur l’infrastructure de la Banque de Corée. Dans ce modèle, un agent peut rechercher un produit ou un service, vérifier les conditions définies par l’utilisateur et exécuter le paiement via un dépôt bancaire tokenisé.

La banque centrale a indiqué qu’elle continuerait d’étudier les jetons de dépôt comme moyen de paiement pour les services d’agents d’IA et comme monnaie de règlement pour les obligations et actions tokenisées. Comme les conditions de paiement peuvent être inscrites dans le système, une transaction ne s’exécute que si une action ou une condition de marché précise est remplie.

Lors du Forum de la Banque centrale européenne en juillet, le gouverneur Hyun Song Shin a déclaré que le grand prix résidait dans la tokenisation des obligations d’État. Il a décrit un registre unifié où obligations tokenisées, jetons de dépôt des banques commerciales et monnaie centrale de gros pourraient coexister sur la même plateforme.

Le grand prix, c’est la tokenisation des obligations d’État. Un registre unifié permettrait aux obligations tokenisées, aux jetons de dépôt bancaires et à la monnaie centrale de gros de fonctionner ensemble.

Hyun Song Shin, gouverneur de la Banque de Corée

La banque centrale a aussi relié Project Hangang au Project Agorá de la Banque des règlements internationaux. En 2026, la Corée du Sud a achevé des tests reliant son système de monnaie numérique à la plateforme transfrontalière, y compris des transactions en valeur réelle utilisant des réserves centrales tokenisées dans six devises.

Ce que cela change pour le marché local

L’arrivée progressive des entreprises va modifier la structure des volumes. Jusqu’ici, le marché coréen était extrêmement sensible aux mouvements des particuliers. L’entrée d’acteurs corporate, même dans un cadre plafonné, devrait apporter plus de stabilité et une demande pour des services de conservation et de reporting plus sophistiqués.

La tokenisation des titres ouvre la voie à de nouveaux produits d’investissement fractionnés et à une liquidité potentiellement accrue sur certains actifs. Le fait que le dépositaire central reste au centre du dispositif rassure les institutions traditionnelles tout en permettant l’utilisation de registres distribués.

Les jetons de dépôt, eux, créent une couche de paiement programmable qui peut servir aussi bien aux transferts entre particuliers qu’aux dépenses publiques conditionnées ou aux règlements d’actifs tokenisés. La capacité d’inscrire des conditions d’exécution directement dans le système de paiement représente un avantage concurrentiel pour les usages futurs liés à l’intelligence artificielle et aux contrats intelligents.

Andrew Park souligne que l’ensemble de ces évolutions s’inscrit dans une logique de professionnalisation. Custody, conformité, tokenisation et systèmes de règlement deviennent les priorités, loin du simple trading spéculatif qui a longtemps dominé les titres de la presse.

Les limites et les points de vigilance

Le programme reste un pilote. L’accès des entreprises n’est pas illimité. Le plafond éventuel de 5 % des fonds propres et la restriction aux vingt plus grandes capitalisations montrent la prudence des autorités. Les sociétés financières restent à l’écart pour le moment. La question des stablecoins n’est pas encore tranchée.

Sur le volet titres tokenisés, l’entrée en vigueur n’interviendra qu’en février 2027. Les acteurs ont encore du temps pour adapter leurs systèmes, mais aussi pour affiner les règles d’application. Les preuves de concept offshore permettent de tester sans risque réglementaire immédiat, mais elles ne remplacent pas le cadre domestique définitif.

Pour les jetons de dépôt, les volumes de la phase I restent modestes. La phase II élargit le périmètre, mais le passage à une adoption massive dépendra de la simplicité d’usage, des frais et de la confiance des commerçants et des citoyens.

Enfin, la coordination entre les différents régulateurs et la banque centrale sera déterminante. Un cadre trop fragmenté pourrait ralentir l’innovation, tandis qu’une trop grande rigidité risquerait de freiner l’appétit des entreprises.

Une place financière en mutation

La Corée du Sud ne se contente pas d’ouvrir un compte à quelques milliers de sociétés. Elle construit simultanément trois piliers : l’accès institutionnel aux actifs virtuels, un cadre juridique clair pour les titres tokenisés et une infrastructure de paiement programmable fondée sur des jetons de dépôt. Chacun de ces piliers renforce les autres.

L’arrivée de BitGo Korea avec le soutien de grands groupes locaux illustre l’intérêt du secteur privé. Les contrats remportés par Samsung SDS et les expérimentations de Shinhan Bank montrent que l’infrastructure se prépare activement. Les démonstrations d’agents d’intelligence artificielle capables d’initier des paiements conditionnés laissent entrevoir des usages encore plus sophistiqués dans les années à venir.

Pour les observateurs internationaux, ce mouvement confirme que les marchés asiatiques avancés ne se contentent plus de suivre les débats américains ou européens. Ils construisent leurs propres architectures, en intégrant les registres distribués dans les systèmes existants plutôt qu’en les traitant comme des alternatives radicales.

Le gouverneur de la Banque de Corée a clairement indiqué où se situait selon lui la plus grande opportunité : la tokenisation des obligations souveraines au sein d’un registre unifié. Si ce projet aboutit, la Corée du Sud pourrait disposer d’une infrastructure de règlement moderne capable de supporter à la fois les actifs traditionnels tokenisés et les nouveaux usages de paiement.

Ce que les entreprises doivent anticiper

Les sociétés éligibles ont intérêt à se préparer dès maintenant. Ouvrir un compte nominatif lié à un exchange ne sera qu’une première étape. Elles devront définir une politique d’investissement claire, évaluer les risques de custody, comprendre les implications comptables et fiscales, et choisir des prestataires réglementés.

Celles qui envisagent d’émettre ou de détenir des titres tokenisés devront suivre de près les procédures du dépositaire central et les règles d’application qui seront précisées d’ici 2027. Les expérimentations actuelles, même offshore, permettent déjà de tester les processus de conformité et les contrôles techniques.

Du côté des paiements, les entreprises qui travaillent avec le secteur public ou qui souhaitent explorer les paiements conditionnés par des agents d’intelligence artificielle ont une fenêtre d’opportunité pour participer aux programmes pilotes et influencer les choix techniques.

Actions concrètes pour les sociétés concernées

  • Vérifier son éligibilité au pilote d’accès corporate
  • Évaluer les besoins de custody réglementée
  • Suivre l’évolution des règles sur les titres tokenisés
  • Explorer les cas d’usage des jetons de dépôt dans sa chaîne de valeur

Un signal pour le reste de l’Asie et au-delà

La démarche coréenne s’inscrit dans un mouvement plus large de maturation des marchés asiatiques. En combinant ouverture contrôlée aux entreprises, cadre juridique pour la tokenisation et infrastructure de paiement programmable, Séoul envoie un message clair : la finance numérique ne se limite plus au trading de détail. Elle devient une question d’infrastructure nationale et de compétitivité économique.

Les prochains mois seront déterminants. Le déploiement concret des comptes corporate, les avancées techniques sur la plateforme de titres tokenisés et les résultats de la phase II de Project Hangang permettront de mesurer si les ambitions se traduisent en adoption réelle. Pour l’instant, le signal est net : la Corée du Sud passe à la vitesse supérieure.

Les 3 500 entreprises qui vont progressivement entrer sur le marché ne transformeront pas à elles seules l’écosystème. Mais elles marquent le début d’une nouvelle phase, plus institutionnelle, plus réglementée et potentiellement plus stable. Associées à un cadre de tokenisation clair et à une couche de paiement programmable, elles contribuent à bâtir un environnement où les actifs numériques et les systèmes traditionnels peuvent coexister de façon ordonnée.

Dans un secteur où les annonces se multiplient souvent sans suite, le calendrier précis, les amendements législatifs déjà adoptés et les expérimentations techniques en cours donnent à ce programme une crédibilité particulière. La Corée du Sud ne promet pas une révolution du jour au lendemain. Elle construit, étape par étape, les fondations d’une finance numérique intégrée. Et c’est peut-être là que réside la véritable force de cette avancée.

Les acteurs locaux et internationaux suivent de près chaque développement. Les banques, les fintechs, les fournisseurs de custody et les sociétés technologiques se positionnent déjà. Pour les entreprises coréennes qui ont attendu près de dix ans pour pouvoir accéder légalement aux actifs virtuels via les plateformes locales, le moment est historique. Pour le reste du monde, c’est un laboratoire grandeur nature de ce à quoi pourrait ressembler une finance numérique mature, réglementée et interconnectée.

Le programme en trois volets – accès corporate, titres tokenisés et jetons de dépôt – forme un ensemble cohérent. Chacun des éléments renforce les autres. L’accès des entreprises crée de la demande pour la custody et la tokenisation. La tokenisation nécessite des moyens de règlement efficaces. Les jetons de dépôt fournissent précisément cette couche de règlement programmable. Ensemble, ils dessinent les contours d’un écosystème complet.

Reste à voir comment les volumes évolueront, comment les règles d’application seront précisées et si les entreprises saisiront réellement l’opportunité qui s’ouvre. Mais une chose est déjà certaine : le paysage de la finance numérique en Corée du Sud ne sera plus le même après 2026 et 2027. Les fondations posées aujourd’hui détermineront la place de Séoul dans la compétition mondiale des places financières digitalisées pour les années à venir.

En observant attentivement les choix techniques, les partenariats public-privé et le rythme d’adoption, on peut déjà entrevoir les prochains chapitres. La custody institutionnelle va se développer. Les titres tokenisés vont progressivement trouver leurs premiers émetteurs et investisseurs. Les paiements programmables vont sortir des phases de test. Et les agents d’intelligence artificielle pourraient, plus tôt qu’on ne le croit, devenir des acteurs à part entière des flux financiers. Tout cela se prépare en ce moment même, à Séoul.

Pour ceux qui suivent l’évolution des cadres réglementaires asiatiques, le moment est particulièrement intéressant. La Corée du Sud montre qu’il est possible d’avancer de façon pragmatique : ni interdiction pure et simple, ni libéralisation totale, mais un déploiement progressif, encadré, avec des objectifs clairs et des jalons précis. Cette méthode pourrait inspirer d’autres juridictions confrontées aux mêmes questions d’équilibre entre innovation et protection.

En définitive, l’ouverture de l’accès crypto à environ 3 500 entreprises n’est que la partie la plus visible d’un programme bien plus ambitieux. Derrière cette annonce se cache une refonte en profondeur de la façon dont le pays conçoit la place des actifs numériques dans son système financier. Et c’est cette vision d’ensemble qui mérite vraiment d’être suivie de près dans les mois et les années qui viennent.

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