Imaginez un instant : des milliards de dollars circulent chaque jour sous forme de stablecoins, ces actifs numériques censés rester stables et ancrés au dollar américain. Pourtant, aux États-Unis, le cadre réglementaire reste flou, source de tensions permanentes entre les géants de la finance traditionnelle et les acteurs de la crypto. Et si une nouvelle loi pouvait enfin apporter la clarté tant attendue ? C’est précisément ce que défend French Hill, puissant président de la commission des services financiers de la Chambre des représentants.

En mars 2026, alors que le GENIUS Act peine à convaincre tout le monde, le parlementaire républicain remet sur le devant de la scène le CLARITY Act, un texte déjà adopté par la Chambre l’été précédent avec un soutien bipartisan impressionnant. Pour lui, cette loi pourrait combler les lacunes laissées par le GENIUS Act et instaurer un régime équilibré pour tous les émetteurs de stablecoins. Décryptage d’un débat qui pourrait redessiner le paysage financier américain.

Un contexte réglementaire toujours en ébullition

Depuis plusieurs années, les stablecoins occupent une place centrale dans l’écosystème crypto. Utilisés pour les paiements, le trading, les transferts internationaux ou encore la DeFi, ils représentent des centaines de milliards de dollars en circulation. USDT, USDC, DAI, PYUSD… ces noms sont devenus familiers même en dehors de la sphère crypto.

Mais cette croissance fulgurante inquiète. Les autorités américaines craignent les risques systémiques, le blanchiment, la perte de contrôle monétaire et la concurrence déloyale avec le dollar classique. D’où la multiplication des projets de loi visant à encadrer ces actifs : Lummis-Gillibrand, FIT21, GENIUS Act… et maintenant le CLARITY Act qui revient dans la discussion.

Le GENIUS Act, porté par certains sénateurs, tente d’établir un cadre fédéral pour les émetteurs de stablecoins. Mais plusieurs points restent problématiques, notamment pour les banques qui estiment que les acteurs non bancaires pourraient bénéficier d’un traitement préférentiel.

French Hill sort du silence et défend le CLARITY Act

Dans une récente interview accordée à Fox Business, French Hill a tenu des propos très clairs. Selon lui, le CLARITY Act adopté l’été dernier à la Chambre avec 78 voix démocrates constitue une base solide pour avancer. Il rappelle que ce texte a été porté sur un large consensus bipartisan, preuve que le sujet dépasse les clivages partisans.

« Nous avons adopté le CLARITY Act à la Chambre avec 78 voix démocrates. Sur une base bipartisan, nous avons dit que les stablecoins ne devaient pas verser de rendement. »

French Hill, mars 2026

Cette interdiction de yield (rendement) sur les stablecoins est devenue un point de consensus majeur. L’idée est simple : si un stablecoin commence à offrir des intérêts, il ressemble trop à un dépôt bancaire et doit alors tomber sous le régime bancaire complet avec toutes ses contraintes.

Hill insiste : cette règle doit s’appliquer uniformément, que l’émetteur soit une banque traditionnelle ou une entreprise crypto comme Circle, Paxos ou Tether.

Les craintes des banques traditionnelles

Les grandes banques américaines ne cachent pas leur opposition à un régime allégé pour les émetteurs non bancaires. Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, a plusieurs fois répété que laisser les entreprises crypto opérer avec moins de contraintes créerait une distorsion majeure de concurrence.

Les principales inquiétudes exprimées par les banques :

  • Réglementation moins stricte pour les non-banques → avantage compétitif injuste
  • Possibilité de proposer des services proches de ceux des banques sans les mêmes coûts
  • Risque systémique en cas de crise de confiance sur un stablecoin majeur
  • Perte potentielle de dépôts au profit des portefeuilles crypto
  • Concurrence sur les paiements instantanés et transfrontaliers

Pour French Hill, la réponse est limpide : égalité de traitement. Il répète à plusieurs reprises que l’objectif est d’éviter tout déséquilibre réglementaire entre les différents acteurs du marché des stablecoins.

« Nous voulons un traitement égal entre les émetteurs bancaires et non bancaires de stablecoins. On ne veut pas créer d’imbalance entre les utilisateurs de stablecoins adossés au dollar. »

CLARITY Act vs GENIUS Act : quelles différences concrètes ?

Le GENIUS Act se concentre principalement sur la création d’un cadre fédéral pour les émetteurs de stablecoins, avec des exigences de réserves, de transparence et de supervision. Mais plusieurs points restent ouverts, notamment sur les incitations, les récompenses transactionnelles et le traitement différencié entre acteurs.

Le CLARITY Act, lui, cherche à clarifier les frontières entre ce qui relève de la banque et ce qui relève de la crypto. Il pose des principes généraux sur l’interdiction de yield, sur la supervision et sur l’égalité de traitement.

Selon Hill, certains sujets trop techniques pourraient être renvoyés à la règle réglementaire plutôt qu’à la loi elle-même :

  • Les récompenses ou cashback liés à l’utilisation d’un stablecoin
  • Les mécanismes d’incitation non considérés comme du yield
  • Les règles précises de gestion des réserves
  • Les modalités de supervision par le Trésor américain

Il estime que le Département du Trésor est le mieux placé pour produire des règles précises et adaptables, plutôt que de figer ces détails dans une loi qui risque de vieillir mal face à l’évolution rapide du secteur.

Un consensus bipartisan qui se dessine ?

L’un des éléments les plus intéressants dans les déclarations de French Hill est l’insistance sur le caractère bipartisan du sujet. Le fait que 78 démocrates aient voté le CLARITY Act à la Chambre n’est pas anodin. Dans un Congrès américain profondément divisé, trouver un terrain d’entente sur la crypto reste rare.

Les démocrates les plus ouverts à la blockchain (comme Ritchie Torres, Glenn Thompson ou certains membres du Problem Solvers Caucus) semblent rejoindre les républicains pro-crypto sur plusieurs points clés :

  • Interdiction claire du yield sur les stablecoins
  • Besoin d’une supervision fédérale renforcée
  • Égalité de traitement entre tous les émetteurs
  • Importance de ne pas étouffer l’innovation

Si ces principes parviennent à être conservés dans la navette législative entre Chambre et Sénat, on pourrait assister à l’adoption d’une loi historique pour le secteur avant la fin du mandat actuel.

Quelles implications pour les principaux acteurs du marché ?

Si le CLARITY Act venait à être intégré ou à inspirer fortement le texte final, plusieurs conséquences majeures pourraient se dessiner :

Pour les émetteurs non bancaires (Circle, Paxos, Tether, etc.) :

  • Interdiction stricte de proposer du rendement
  • Obligation de réserves 1:1 vérifiées régulièrement
  • Supervision fédérale directe ou via un régime équivalent
  • Possible limitation des services annexes (staking, lending)
  • Avantage : cadre clair et légitimité accrue

Pour les banques traditionnelles :

  • Suppression de l’avantage compétitif perçu des non-banques
  • Possibilité de lancer leurs propres stablecoins sous régime bancaire
  • Maintien d’un avantage sur les services à rendement
  • Pression pour accélérer leurs propres projets blockchain

Du côté des utilisateurs, la fin officielle du yield sur les stablecoins pourrait freiner certains usages (notamment en DeFi), mais apporterait en contrepartie une sécurité perçue plus élevée et une meilleure protection des réserves.

Et le reste du monde dans tout ça ?

Les États-Unis ne sont pas les seuls à plancher sur la question des stablecoins. L’Union européenne a déjà adopté MiCA, qui impose des règles strictes depuis fin 2024. Singapour, Hong Kong, Dubaï, le Japon ont tous avancé sur des cadres nationaux.

Si les États-Unis adoptent un régime trop restrictif, ils risquent de voir les volumes migrer vers d’autres juridictions plus accueillantes. À l’inverse, un cadre trop laxiste pourrait provoquer une réaction en chaîne internationale et des accusations de « course vers le bas ».

French Hill semble conscient de cet équilibre délicat. En insistant sur l’égalité de traitement et sur le renvoi de certains détails à la règle réglementaire, il tente de trouver un juste milieu entre protection des consommateurs et compétitivité internationale.

Perspectives à court et moyen terme

Le calendrier législatif reste incertain. Avec les élections de mi-mandat qui approchent et les priorités budgétaires, fiscales et géopolitiques, le sujet crypto pourrait être relégué au second plan. Pourtant, plusieurs signaux sont encourageants :

  • Soutien bipartisan déjà démontré à la Chambre
  • Pression croissante des acteurs institutionnels pour un cadre clair
  • Volonté affichée de l’administration actuelle de ne pas laisser les stablecoins hors du système
  • Reconnaissance croissante que les stablecoins font désormais partie intégrante de l’infrastructure financière mondiale

Si le CLARITY Act parvient à inspirer le texte final qui sortira de la conférence entre Chambre et Sénat, il pourrait devenir l’un des piliers de la future réglementation américaine sur les stablecoins.

Conclusion : vers une maturité réglementaire ?

Le chemin reste long et semé d’embûches. Mais les déclarations de French Hill montrent que, même au cœur des tensions entre finance traditionnelle et finance décentralisée, un consensus est en train de se dessiner autour de principes simples : égalité de traitement, interdiction du yield, supervision renforcée et clarté juridique.

Le CLARITY Act pourrait bien être la pièce manquante qui permettra enfin de faire sortir le dossier stablecoins de l’impasse réglementaire américaine. À condition, bien sûr, que le Sénat, le Trésor et les différents lobbies parviennent à s’accorder sur les derniers points d’achoppement.

Une chose est sûre : les mois qui viennent seront déterminants pour l’avenir des stablecoins aux États-Unis… et donc pour l’ensemble de l’écosystème crypto mondial.

À suivre de très près.

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