Imaginez un instant : le secteur des cryptomonnaies, après des années de combat pour exister dans un cadre légal clair, se retrouve à un tournant historique aux États-Unis. D’un côté, une administration ouvertement pro-crypto ; de l’autre, une industrie divisée sur la meilleure voie à suivre. Et au milieu de ce bras de fer, un projet de loi qui devait rassembler tout le monde… mais qui divise de plus en plus.
Ce 21 janvier 2026, la tension est montée d’un cran dans la communauté crypto américaine. Le CLARITY Act, ce texte tant attendu censé apporter une structure claire au marché des actifs numériques, vient de perdre un soutien de poids : celui de Coinbase. Mais loin de se résigner, le Conseil consultatif sur les actifs numériques de la Maison-Blanche a décidé de monter au créneau.
Une réponse cinglante de la Maison-Blanche
Patrick Witt, directeur exécutif du Conseil consultatif pour les actifs numériques auprès du président Trump, n’a pas mâché ses mots. Dans un long thread publié sur X, il a directement répondu à la décision de Coinbase de retirer son appui au projet de loi. Son message peut se résumer en une phrase choc :
« Ne nous leurrons pas : il y aura forcément une loi sur la structure du marché des cryptomonnaies. La seule question est de savoir quand, et surtout qui l’écrira. »
Patrick Witt – 21 janvier 2026
Cette déclaration n’est pas anodine. Elle pose les bases d’un raisonnement implacable : selon Witt, refuser le CLARITY Act aujourd’hui reviendrait à ouvrir la porte à une réglementation bien plus sévère demain, probablement sous une majorité démocrate.
Retour sur le contexte : le GENIUS Act déjà adopté
Pour bien comprendre l’enjeu actuel, il faut remonter à juillet 2025. À cette époque, le président Trump a signé le GENIUS Act, une loi spécifiquement dédiée aux stablecoins. Ce texte a été perçu comme une première victoire majeure pour l’industrie : encadrement clair, exigences de réserves renforcées, supervision partagée entre la Fed et les États.
Le GENIUS Act a posé les fondations. Le CLARITY Act, lui, doit aller beaucoup plus loin : il ambitionne de définir une classification claire des actifs numériques (security vs commodity vs autre), de répartir les compétences entre la SEC et la CFTC, et d’établir des règles de marché globales pour les plateformes, les émetteurs et les intermédiaires.
Les trois grands objectifs du CLARITY Act (version discutée début 2026) :
- Clarifier le statut juridique des tokens les plus importants (BTC, ETH, SOL, XRP, etc.)
- Créer un régime de licence national pour les plateformes crypto opérant aux États-Unis
- Établir des garde-fous anti-blanchiment et KYC harmonisés sans tuer l’innovation
Malgré ces ambitions, le texte n’a jamais fait l’unanimité. Et la fracture s’est accentuée ces derniers jours.
Pourquoi Coinbase a claqué la porte
La semaine dernière, Coinbase a officialisé son retrait du soutien actif au CLARITY Act. La raison invoquée ? Une version du texte jugée trop éloignée des attentes initiales du secteur. Plusieurs points posent problème selon l’exchange :
- Des exigences de conformité jugées excessives pour les petites plateformes
- Une classification trop large des tokens considérés comme securities
- Un pouvoir réglementaire laissé trop important à la SEC
Coinbase a résumé sa position en une formule restée célèbre dans la cryptosphère : « Pas de loi vaut mieux qu’une mauvaise loi ». Une posture maximaliste qui a visiblement agacé jusqu’au plus haut niveau de l’administration Trump.
L’avertissement de Patrick Witt : le spectre de Dodd-Frank
Dans son thread, Patrick Witt n’hésite pas à manier l’arme de la peur. Il rappelle le précédent de la loi Dodd-Frank, adoptée en 2010 sous l’administration Obama après la crise des subprimes. Cette loi massive a imposé :
- Des coûts de conformité colossaux aux institutions financières
- La fameuse règle Volcker limitant les activités spéculatives des banques
- La création du CFPB, un organisme perçu comme très interventionniste
Witt martèle l’idée que si le CLARITY Act échoue maintenant, sous une présidence et un Congrès favorables au secteur, la prochaine crise (inévitable selon lui) servira de prétexte à une loi punitive rédigée par les Démocrates. Et cette fois, prévient-il, le secteur crypto n’aura plus la même capacité de négociation.
« Vous n’aimerez peut-être pas tous les aspects du CLARITY Act, mais je peux vous garantir que vous détesterez encore plus une future version démocrate. »
Patrick Witt
Le message est clair : il faut saisir la fenêtre politique actuelle, même si elle implique des compromis.
Les atouts indéniables du CLARITY Act actuel
Malgré les critiques, plusieurs dispositions du texte sont considérées comme très favorables par de nombreux acteurs du secteur :
- Bitcoin et Ethereum clairement classés comme commodities (donc sous juridiction CFTC)
- Certains altcoins majeurs (SOL, XRP, DOGE…) placés dans la même catégorie
- Création d’un guichet unique pour les licences d’exchanges nationaux
- Supervision allégée pour les projets DeFi de petite taille
- Protection renforcée des investisseurs sans interdire les produits dérivés crypto
Ces éléments expliquent pourquoi une partie importante de l’industrie (notamment les mineurs, les entreprises de custody institutionnelle et plusieurs VC) continue de soutenir le projet.
Le défi politique : obtenir 60 voix au Sénat
Patrick Witt le rappelle sans détour : même avec la majorité républicaine à la Chambre et au Sénat, le CLARITY Act ne passera pas sans quelques voix démocrates au Sénat. Il faut donc viser les 60 voix nécessaires pour éviter le filibuster.
Cela implique des concessions. Et c’est précisément sur ces concessions que les tensions se cristallisent entre les acteurs du secteur. Faut-il accepter une version « imparfaite » pour sécuriser un cadre légal ? Ou refuser et risquer de tout perdre ?
Les scénarios possibles d’ici fin 2026 :
- Adoption du CLARITY Act (version amendée) avant l’été 2026
- Blocage au Sénat → report sine die
- Échec → nouvelle majorité démocrate en 2028 → loi beaucoup plus restrictive
- Adoption partielle (seulement certains titres) comme solution de compromis
Les réactions dans la communauté crypto
La sortie de Patrick Witt a provoqué une onde de choc. D’un côté, les maximalistes Bitcoin et les défenseurs d’une dérégulation totale applaudissent la fermeté de Coinbase. De l’autre, les entreprises institutionnelles, les fonds crypto et les projets DeFi appellent à la realpolitik.
Certains observateurs estiment même que cette fracture interne pourrait être exploitée par les opposants au secteur au Congrès. Plus la communauté apparaît divisée, plus il devient facile de justifier un report ou un durcissement du texte.
Et maintenant ? Vers un consensus ou une rupture durable ?
La balle est désormais dans le camp de l’industrie. Patrick Witt a lancé un appel clair : « Continuez à travailler à l’amélioration du texte, acceptez les compromis nécessaires ». Mais acceptera-t-on de lâcher du lest ?
Une chose est sûre : 2026 sera une année décisive pour la régulation crypto aux États-Unis. Le CLARITY Act représente peut-être la meilleure opportunité historique d’obtenir un cadre favorable. Mais si le secteur ne parvient pas à s’unir, il risque de le payer très cher dans les années à venir.
À suivre de très près.
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