Les chiffres tombent et le constat est clair : le marché des jetons non fongibles vient d’enchaîner une semaine difficile. En sept jours seulement, le volume total des ventes a chuté de près de 20 %, pour s’établir à 32,05 millions de dollars. Pourtant, derrière ce recul apparent se cachent des dynamiques contrastées, des collections qui résistent et des blockchains qui gagnent du terrain. Courtyard, en particulier, continue d’imposer sa loi et concentre à elle seule un quart de l’activité mondiale. Ethereum, de son côté, affiche une progression inattendue. Alors que se passe-t-il réellement sur le marché des NFT en ce début novembre 2026 ?

Un marché en retrait mais toujours actif

Selon les données consolidées par CryptoSlam, les ventes de NFT ont totalisé 32,05 millions de dollars sur la période de sept jours se terminant le 7 novembre 2026. Cela représente une baisse de 19,61 % par rapport à la semaine précédente, estimée à environ 39,87 millions de dollars. La différence se chiffre à près de 7,82 millions de dollars en moins. Dans le même temps, le nombre de transactions a reculé de 11,64 %, passant sous la barre des 800 000 pour s’établir à 787 901 opérations.

Pourtant, tous les indicateurs ne sont pas au rouge. Le nombre d’adresses acheteuses a progressé de 20,24 % pour atteindre 268 887. Les adresses vendeuses ont quant à elles grimpé de 21,34 % à 247 206. Autrement dit, plus d’acteurs interviennent sur le marché, mais le panier moyen par transaction diminue. Il est passé d’environ 44,71 dollars à 40,68 dollars. Cette évolution traduit une activité plus fragmentée, avec davantage d’échanges de plus petite taille.

Les chiffres clés de la semaine

  • Volume total : 32,05 millions de dollars (-19,61 %)
  • Transactions : 787 901 (-11,64 %)
  • Adresses acheteuses : 268 887 (+20,24 %)
  • Adresses vendeuses : 247 206 (+21,34 %)
  • Valeur moyenne par transaction : environ 40,68 dollars

Dans le même temps, le marché crypto global restait relativement stable. Bitcoin évoluait autour de 76 044 dollars et Ethereum près de 2 245 dollars, tandis que la capitalisation totale des cryptomonnaies se situait aux alentours de 2,65 milliards de dollars. Le recul des NFT ne semble donc pas lié à un krach généralisé, mais plutôt à une rotation interne et à un assèchement temporaire de la liquidité sur certains segments.

Ethereum résiste et tire le marché vers le haut

Malgré la baisse globale, Ethereum a enregistré une performance positive. Le réseau a généré 12,82 millions de dollars de ventes NFT, soit une hausse de 5,80 % sur une semaine. Le nombre d’adresses acheteuses sur Ethereum a progressé de 12,99 % pour atteindre 39 868. Cette résistance relative montre que les collections historiques et les projets de qualité continuent d’attirer les investisseurs même en période de contraction.

Polygon suit de près avec 8,95 millions de dollars, en très légère baisse de 0,48 %. Ce qui surprend, c’est le nombre d’acheteurs : 58 401 adresses, soit davantage que sur Ethereum. Le réseau se démarque donc par un volume de participants plus élevé, même si le panier moyen y reste inférieur. Ensemble, Ethereum et Polygon concentrent environ 67,92 % de l’ensemble des ventes mondiales de NFT sur la période.

BNB Chain occupe la troisième place avec 3,22 millions de dollars, en recul de 21,79 %. Pourtant, le nombre d’acheteurs y a bondi de 38,91 % pour atteindre 51 679. Immutable arrive en quatrième position avec 2,30 millions de dollars (-16,67 %), tandis que Base surprend avec la plus forte progression relative : +29,82 % à 1,95 million de dollars. Sur Base, les adresses acheteuses ont grimpé de 24,89 % à 3 101.

Solana, de son côté, affiche 1,24 million de dollars de ventes, en hausse de 4,15 %. Le réseau se distingue par un nombre d’acheteurs particulièrement élevé : 71 319 adresses, en progression de 21,48 %. Cette activité intense sur Solana contraste avec des volumes encore modestes en dollars, signe d’un marché très orienté vers les micro-transactions et les collections accessibles.

Courtyard, le leader incontesté de la semaine

Parmi les collections, Courtyard écrase littéralement la concurrence. Avec 8,18 millions de dollars de ventes, elle progresse légèrement de 0,56 % et concentre à elle seule environ 25,53 % de l’ensemble du volume mondial. Plus impressionnant encore : la collection représente près de 91,40 % du volume enregistré sur Polygon. Ses 147 227 transactions ont augmenté de 9,86 % sur la période.

Le nombre d’adresses acheteuses a légèrement reculé de 1,79 % à 19 816, tandis que les vendeurs ont progressé de 3,93 % à 15 936. Cette configuration montre une collection mature, avec un fort volume de reventes et une liquidité importante. Courtyard propose un modèle particulier : les détenteurs peuvent réclamer les cartes physiques associées à leurs collectibles numériques. Les envois partent d’un entrepôt situé dans le Delaware et les frais de livraison restent à la charge de l’acheteur.

Courtyard concentre à elle seule un quart des ventes mondiales de NFT et plus de 90 % de l’activité Polygon sur la période.

Ce modèle hybride, mêlant actif numérique et objet physique, continue de séduire une partie des collectionneurs. Il explique en grande partie la domination de la collection sur le classement hebdomadaire, alors que de nombreuses autres séries purement digitales peinent à maintenir leurs volumes.

Alchemix et les ventes individuelles hors normes

Juste derrière Courtyard, Alchemix V3 Transmuter a créé la surprise. La collection a généré 1,61 million de dollars de ventes en seulement neuf transactions, impliquant sept acheteurs et deux vendeurs. La progression hebdomadaire affichée atteint 21 429,01 %, un chiffre spectaculaire qui s’explique par quelques ventes unitaires de très grande taille.

Les Transmuter NFT d’Alchemix représentent des positions de dépôt d’actifs synthétiques donnant droit à une future réclamation des actifs sous-jacents. Chaque position de rachat reçoit son propre identifiant NFT. Sur la période, plusieurs de ces positions se sont échangées à des prix très élevés. La transaction la plus importante de la semaine concerne précisément Alchemix V3 Transmuter #260, vendu pour 1 040 654,56 dollars, soit 454,667 WETH.

Forest Road Facility #14 arrive en deuxième position des plus grosses ventes individuelles avec 735 000 dollars payés en USDC. Suivent Alchemix V3 Transmuter #268 à 331 781 dollars (147,6989 WETH) et Alchemix V3 Transmuter #230 à 257 141,58 dollars. Known Origin #115026 clôture le top 5 avec une transaction de 145 000 dollars en USDC.

Top 5 des plus grosses ventes individuelles

  • Alchemix V3 Transmuter #260 : 1 040 654,56 $
  • Forest Road Facility #14 : 735 000 $
  • Alchemix V3 Transmuter #268 : 331 781 $
  • Alchemix V3 Transmuter #230 : 257 141,58 $
  • Known Origin #115026 : 145 000 $

Les collections historiques en difficulté

Pendant que Courtyard et Alchemix monopolisent l’attention, les collections bleues chips classiques souffrent. CryptoPunks se classe cinquième avec 1,02 million de dollars de ventes, en baisse de 47,28 %. Le nombre de transactions a presque été divisé par deux, passant à 14 seulement, avec 10 acheteurs et 11 vendeurs. Cette contraction marque un net ralentissement de l’activité sur l’une des collections les plus emblématiques du secteur.

Bored Ape Yacht Club suit une trajectoire similaire. La collection a enregistré 1,12 million de dollars de ventes, en recul de 17,72 %. Le nombre d’acheteurs a toutefois progressé de 12 % à 56 adresses, signe que l’intérêt ne disparaît pas complètement, mais que les prix et les volumes moyens diminuent. Guild of Guardians Heroes occupe la troisième place des collections avec 1,22 million de dollars, en baisse de 18,71 % sur 914 transactions.

D’autres projets affichent des dynamiques plus nuancées. Argonauts a progressé de 16,06 % à 686 592 dollars, avec une hausse de 35,84 % des transactions à 398. Gods Unchained Cards a généré 657 117 dollars, en baisse de 12,90 %, malgré une augmentation de 24,98 % du nombre de transactions à 11 719. Ces chiffres montrent que certaines collections orientées jeu continuent d’attirer des volumes d’échanges importants, même si la valeur moyenne par transaction reste limitée.

Base et Solana : les réseaux qui progressent

Si Ethereum et Polygon dominent en valeur absolue, Base se distingue par sa dynamique. Avec une progression de près de 30 % des ventes, le réseau Layer 2 d’Ethereum confirme son attractivité pour les projets NFT. Le volume atteint 1,95 million de dollars et le nombre d’acheteurs progresse rapidement. Cette croissance s’inscrit dans un contexte plus large d’adoption des solutions de seconde couche, qui offrent des frais de transaction nettement inférieurs à ceux du réseau principal.

Solana, de son côté, conserve un profil atypique. Avec 71 319 adresses acheteuses, le réseau surpasse largement Ethereum et Polygon en nombre de participants. Pourtant, le volume en dollars reste modeste à 1,24 million. Cette configuration s’explique par un marché très orienté vers les collections à bas prix et les échanges fréquents. Le modèle Solana attire une population d’utilisateurs plus large, souvent plus jeunes et plus sensibles au coût des transactions.

À l’opposé, certains réseaux ont vu leur activité s’effondrer. Panini, par exemple, n’a enregistré que 359 911 dollars de ventes, soit une chute de 85,61 %. Ce type de repli brutal illustre la volatilité extrême qui caractérise encore le secteur des NFT, où quelques collections ou quelques événements peuvent faire basculer l’ensemble d’un réseau d’une semaine à l’autre.

Le wash-trading reste un sujet de vigilance

Les données de CryptoSlam distinguent clairement le volume de wash-trading du volume de ventes réelles. Sur la période, Polygon a enregistré 18,27 millions de dollars de volume suspecté de wash-trading. Base affiche 4,80 millions de dollars dans cette catégorie, tandis qu’Ethereum reste relativement épargné avec seulement 198 430 dollars. Ces chiffres rappellent que le marché des NFT reste sujet à des pratiques artificielles destinées à gonfler les volumes apparents.

La distinction entre volume réel et volume artificiel devient essentielle pour interpréter correctement les classements. Un réseau ou une collection qui affiche des chiffres élevés peut en réalité masquer une activité beaucoup plus modeste une fois les transactions de wash-trading retirées. Les analystes et les investisseurs doivent donc croiser plusieurs sources et rester prudents face aux annonces de records de volume.

Blur prépare un changement important

Ces chiffres interviennent à un moment charnière pour le secteur. La plateforme Blur a annoncé la fermeture de son site web le 12 novembre 2026. Le protocole cessera également de matcher de nouveaux prêts Blend. En revanche, les contrats marketplace on-chain resteront opérationnels. Cette décision marque un tournant pour l’un des acteurs majeurs de la liquidité NFT ces dernières années.

La fermeture du site web de Blur pourrait redistribuer une partie des volumes vers d’autres marketplaces. OpenSea, Magic Eden ou encore les interfaces native aux différentes blockchains pourraient en profiter. Dans un marché déjà en contraction, ce type d’événement structurel peut accélérer les mouvements de liquidité et modifier les habitudes des traders.

Ce que révèlent les tendances actuelles

La semaine écoulée met en lumière plusieurs phénomènes. Premièrement, le marché des NFT n’est plus monocentrique. Si Ethereum reste le leader en valeur, Polygon, Base et Solana captent une part croissante de l’activité. Deuxièmement, les collections hybrides qui proposent un lien avec le monde physique, comme Courtyard, continuent de surperformer. Troisièmement, les ventes unitaires de très grande taille, notamment autour d’Alchemix, montrent que certains acteurs institutionnels ou fortunés restent actifs malgré le contexte baissier.

Parallèlement, les collections historiques perdent de leur superbe. CryptoPunks et Bored Ape Yacht Club, autrefois synonymes de prestige et de liquidité, voient leurs volumes se contracter fortement. Cette évolution pourrait refléter une rotation des capitaux vers des projets plus utilitaires ou vers des modèles économiques différents, qu’il s’agisse de gaming, de cartes physiques ou de positions DeFi tokenisées.

Le nombre d’adresses actives en hausse, combiné à une baisse du panier moyen, suggère également une démocratisation relative de l’activité. Davantage de portefeuilles interviennent, mais pour des montants plus modestes. Cette fragmentation peut être interprétée comme un signe de maturité : le marché n’est plus uniquement tiré par quelques baleines, mais par une base d’utilisateurs plus large.

Les perspectives à court terme

Plusieurs éléments pourraient influencer les prochaines semaines. La fermeture progressive de l’interface Blur risque de créer des frictions temporaires sur la liquidité. Les traders habitués à cette plateforme devront se reporter vers d’autres interfaces, ce qui peut entraîner une baisse supplémentaire des volumes dans un premier temps. À plus long terme, la redistribution des flux pourrait bénéficier à d’autres acteurs.

Le comportement de Courtyard restera également à surveiller. Tant que la collection concentrera un quart des ventes mondiales, le marché restera très dépendant de sa performance. Un ralentissement sur Courtyard aurait un impact disproportionné sur les chiffres globaux. À l’inverse, une nouvelle vague d’intérêt pour les cartes physiques liées aux NFT pourrait prolonger sa domination.

Les réseaux Layer 2 comme Base semblent bien positionnés pour continuer leur progression. Les frais réduits et l’écosystème Ethereum natif constituent des atouts majeurs. Solana, de son côté, pourrait consolider sa position auprès d’un public plus large grâce à sa capacité à absorber un grand nombre de micro-transactions.

Un marché en mutation plutôt qu’en crise

La baisse de 20 % des ventes NFT ne doit pas être interprétée comme un effondrement. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de maturation et de redistribution. Les acteurs se recentrent sur les modèles qui apportent une utilité concrète, qu’elle soit physique, financière ou ludique. Les collections purement spéculatives peinent davantage, tandis que les projets hybrides et les positions DeFi tokenisées attirent les capitaux.

Ethereum conserve son rôle de référence, mais la concurrence des autres blockchains s’intensifie. Polygon domine en volume grâce à Courtyard, Base progresse rapidement, et Solana attire le plus grand nombre d’utilisateurs. Cette diversification est saine pour l’écosystème : elle réduit la dépendance à un seul réseau et multiplie les opportunités pour les créateurs et les collectionneurs.

Les prochaines semaines diront si le recul actuel constitue un simple ajustement ou le début d’une phase plus prolongée de consolidation. Dans tous les cas, les données de cette semaine confirment que le marché des NFT reste vivant, dynamique et capable de générer des volumes significatifs, même en période de repli. Courtyard, Alchemix, Ethereum et Base illustrent à leur manière les différentes voies que peut emprunter le secteur pour poursuivre son développement.

Les investisseurs et les collectionneurs auront intérêt à suivre de près l’évolution des volumes réels, la répartition entre les réseaux et la performance des collections hybrides. Dans un marché aussi fragmenté, la capacité à distinguer le signal du bruit devient plus que jamais déterminante. Les chiffres de cette semaine offrent déjà un aperçu précieux de ces nouvelles équilibres en train de se dessiner.

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