Imaginez une plateforme crypto qui a traité plus de 60 milliards de dollars de volume en une seule année, soutenue par des géants comme Susquehanna et CME Ventures, et qui soudain se retrouve au bord du gouffre. C’est exactement ce qui arrive à BlockFills en ce début 2026. Le départ soudain de son CEO co-fondateur Nicholas Hammer n’est que la partie visible d’une crise bien plus profonde : pertes massives, gel des retraits, et rumeurs insistantes de vente urgente. Dans un marché crypto toujours aussi impitoyable, cette affaire rappelle cruellement que même les acteurs institutionnels ne sont pas à l’abri.
Une crise qui secoue le monde du lending crypto institutionnel
BlockFills n’est pas une petite plateforme lambda. Depuis sa création en 2018 à Chicago, elle s’est imposée comme un acteur clé pour les institutions : hedge funds, gestionnaires d’actifs, mineurs de Bitcoin, family offices… Tous venaient chercher liquidité, prêts adossés à des cryptos, et trading OTC de haute volée. Mais le bear market persistant de 2025-2026 a transformé ce modèle en véritable piège.
Le 11 février 2026, la nouvelle tombe comme un couperet : les dépôts et retraits clients sont suspendus temporairement. Officiellement, c’est à cause des « conditions de marché difficiles » et des « pressions de liquidité ». Mais très vite, les informations circulent : une perte d’environ 75 millions de dollars dans l’activité de lending serait à l’origine de cette décision radicale.
Ce que l’on sait des pertes de BlockFills :
- Perte estimée à 75 millions $ liée au lending crypto
- Dévaluation brutale des collatéraux (principalement des cryptos) pendant la baisse des prix
- Certains clients ont été prévenus discrètement pour retirer leurs fonds avant le gel total
- Environ 2000 clients institutionnels impactés
- Volume traded en 2025 : plus de 60 milliards $
Cette perte n’est pas anodine. Dans le lending crypto, les prêts sont garantis par des collatéraux numériques. Quand Bitcoin passe de sommets à des niveaux bien plus bas, et que l’altcoin season ne vient pas, les marges appelées explosent et les liquidations forcées ne suffisent plus à couvrir les trous.
Le départ de Nicholas Hammer : un symbole fort
Nicholas Hammer n’était pas seulement le CEO, c’était aussi le co-fondateur visionnaire de BlockFills. Son nom apparaissait partout : interviews, panels, annonces stratégiques. Et soudain, le site officiel liste Joseph Perry comme CEO intérimaire. Pas de communiqué grandiloquent, pas d’explication détaillée. Juste un changement discret qui en dit long.
Dans les moments de crise, les leaders doivent parfois passer le relais pour permettre à l’entreprise de se restructurer sans le poids du passé.
Observation d’un analyste crypto anonyme
Joseph Perry, qui prend les rênes, est décrit comme un profil opérationnel solide, déjà impliqué dans les discussions stratégiques. C’est lui qui pilote désormais les négociations pour une potentielle vente ou un partenariat de sauvetage. Mais pour beaucoup d’observateurs, le départ de Hammer marque la fin d’une ère pour BlockFills.
Pourquoi le lending crypto institutionnel est si vulnérable en bear market
Le modèle de BlockFills reposait sur des prêts surcollatéralisés : un client dépose du BTC ou de l’ETH, emprunte des stablecoins ou d’autres actifs, et utilise le tout pour trader ou investir. Tant que les prix montent, tout va bien. Mais quand le marché plonge durablement, les mécanismes de protection (margin calls, liquidations automatiques) atteignent leurs limites.
En 2025-2026, plusieurs facteurs se sont combinés :
- Baisse prolongée des prix des principales cryptos
- Volatilité extrême limitant les options de hedging
- Réduction massive de l’appétit au risque chez les institutions
- Concurrence accrue des plateformes centralisées plus solides financièrement
- Manque de nouveaux capitaux entrants dans l’écosystème
Résultat : des pertes en cascade. BlockFills n’est malheureusement pas un cas isolé. D’autres plateformes de lending ont déjà plié ou disparu ces dernières années. Ce qui rend cette affaire particulière, c’est le profil très institutionnel de la clientèle et le pedigree des investisseurs (Susquehanna Private Equity, CME Ventures, Nexo…).
Le gel des retraits : une mesure qui fait peur
Le 11 février 2026, l’annonce tombe : plus de dépôts, plus de retraits. Pour environ 2000 clients – essentiellement des institutions – c’est un choc. Certains avaient été prévenus en privé quelques jours avant et ont pu sortir une partie de leurs fonds. Les autres attendent, dans l’incertitude.
Conséquences immédiates du gel :
- Perte de confiance massive chez les clients institutionnels
- Difficulté à honorer des engagements externes (fonds, paiements…)
- Rumeurs de contagion vers d’autres plateformes
- Augmentation des ventes paniques sur le marché spot et dérivés
Dans l’histoire crypto, chaque gel de retraits rappelle les pires moments : Celsius, BlockFi, FTX… Même si BlockFills affirme travailler à restaurer la liquidité, l’absence de calendrier clair inquiète énormément.
Vers une vente ou un partenariat stratégique ?
Face à cette crise, la direction (désormais sous Joseph Perry) explore activement deux options : une vente totale ou un partenariat qui injecterait des capitaux frais et stabiliserait la situation. Plusieurs noms circulent déjà dans les cercles crypto : des exchanges majeurs, des fonds spéculatifs, voire des acteurs traditionnels de la finance qui cherchent à s’exposer au digital asset de manière plus sûre.
Les atouts de BlockFills restent solides sur le papier : technologie propriétaire avancée, absence de « last look », agrégation de liquidité multi-sources, SaaS pour simplifier le lifecycle des trades… Mais dans un bear market, les valorisations chutent et les acheteurs deviennent très sélectifs.
Quand la liquidité se raréfie, même les meilleurs outils techniques ne suffisent plus sans capitaux frais.
Commentaire d’un investisseur crypto institutionnel
La question est désormais de savoir si un repreneur acceptera de prendre le risque, ou si BlockFills devra restructurer sa dette, diluer fortement ses actionnaires actuels, voire déposer le bilan dans le pire des cas.
Leçons pour les acteurs du crypto lending en 2026
Cette affaire BlockFills n’est pas qu’un incident isolé. Elle met en lumière plusieurs faiblesses structurelles du lending crypto institutionnel :
- Sur-dépendance aux collatéraux volatils : quand tout le marché baisse en même temps, les protections sautent.
- Manque de diversification des revenus : trop centré sur le lending et le trading, peu de revenus récurrents stables.
- Fragilité face aux retraits massifs : même les plateformes les plus solides peuvent vaciller si la confiance disparaît.
- Concurrence des géants : Binance, Coinbase Prime, Kraken… captent de plus en plus les flux institutionnels.
Pour survivre, les plateformes devront probablement renforcer leurs réserves, diversifier leurs activités (custody, staking institutionnel, structured products…), et surtout mieux communiquer en temps de crise.
Que va devenir BlockFills dans les prochains mois ?
À l’heure actuelle, personne ne connaît la fin de l’histoire. Plusieurs scénarios sont possibles :
- Scénario optimiste : un acquéreur stratégique rachète la tech et la clientèle, relance les opérations sous une nouvelle marque.
- Scénario moyen : partenariat minoritaire + injection de cash, gel partiel levé progressivement, mais perte de parts de marché.
- Scénario pessimiste : échec des négociations, dépôt de bilan, liquidation ordonnée des actifs restants.
Ce qui est sûr, c’est que cette crise aura des répercussions durables sur la perception du lending crypto par les institutions. La confiance, une fois perdue, se regagne très lentement.
Impact sur l’écosystème crypto global
BlockFills n’est pas FTX, loin de là. Mais chaque incident de ce type contribue à refroidir l’appétit institutionnel. En 2026, alors que Bitcoin oscille autour de 68-70k$, beaucoup d’observateurs espéraient un retour progressif des capitaux traditionnels. Une affaire comme celle-ci risque de retarder ce mouvement.
Les mineurs, qui utilisaient souvent BlockFills pour financer leurs opérations via des prêts collatéralisés BTC, pourraient se tourner vers d’autres solutions. Les hedge funds spécialisés crypto vont sans doute durcir leurs critères de contrepartie. Et les régulateurs américains, déjà très vigilants, pourraient utiliser cet exemple pour justifier une surveillance accrue du secteur lending.
Conclusion : un avertissement pour tout le secteur
Le départ de Nicholas Hammer et la crise de BlockFills ne marquent peut-être pas la fin de la plateforme, mais ils symbolisent une réalité brutale : dans le monde crypto, même les acteurs les plus sérieux et les mieux financés peuvent trébucher quand le marché tourne mal longtemps.
Pour les investisseurs, les traders, les institutions : cette histoire rappelle l’importance de la diversification des contreparties, de la compréhension des risques de plateforme, et de ne jamais placer tous ses œufs dans le même panier numérique.
Pour BlockFills : la route sera longue pour restaurer la confiance. Mais avec une technologie solide et des partenaires historiques de poids, rien n’est encore définitivement perdu. L’avenir dira si 2026 marquera la renaissance ou l’enterrement d’un pionnier du lending institutionnel crypto.
Restez connectés, car cette affaire est loin d’être terminée.
