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Et si les fermes de minage Bitcoin que nous connaissons aujourd’hui n’étaient déjà plus que des vestiges d’une époque révolue ? Alors que le prix du Bitcoin oscille autour des 95 000 $ en ce début 2026, une révolution silencieuse mais profonde est en train de se jouer dans les coulisses de l’industrie. Une révolution dont on parle peu en surface, mais qui pourrait bien redéfinir complètement la manière dont nous percevons les mineurs dans l’écosystème crypto.

Dans une récente interview accordée à TheStreet Roundtable, Beau Turner, PDG d’Abundant Mines, a lâché plusieurs phrases qui font réfléchir les observateurs les plus aguerris du secteur. Selon lui, les plus gros acteurs du mining ne se contentent plus de « miner pour eux-mêmes » et de vendre leurs BTC. Ils préparent activement leur mutation vers un modèle bien plus stratégique : celui d’infrastructure critique de la blockchain Bitcoin.

Quand le mining devient une infrastructure nationale

Nous avons longtemps considéré les mineurs comme des chasseurs de récompenses de bloc, des spéculateurs high-tech armés de machines ASIC et de contrats d’électricité bon marché. Cette vision appartient peut-être déjà au passé.

Beau Turner l’affirme sans détour :

« Les plus gros acteurs de l’industrie sont, dans de nombreux cas, en train de faire évoluer leur modèle économique loin d’une activité purement d’auto-minage. »

Beau Turner, CEO Abundant Mines

Cette phrase, anodine en apparence, cache une transformation majeure. Les industriels du mining ne veulent plus être perçus (et surtout ne veulent plus seulement être) des producteurs de nouveaux bitcoins. Ils veulent devenir les gardiens et les fournisseurs d’un bien devenu stratégique : l’espace de bloc.

Pourquoi le block space deviendra plus important que le block reward

Depuis le lancement de Bitcoin en 2009, l’essentiel des revenus des mineurs provenait de la récompense de bloc (le fameux subsidy). Mais le protocole prévoit une diminution programmée de cette récompense tous les quatre ans environ.

Évolution historique de la récompense de bloc :

  • 2009-2012 → 50 BTC
  • 2012-2016 → 25 BTC
  • 2016-2020 → 12,5 BTC
  • 2020-2024 → 6,25 BTC
  • 2024-2028 → 3,125 BTC (actuel)
  • 2028-2032 → 1,5625 BTC
  • … jusqu’à atteindre ~0 vers 2140

On le voit clairement : dans moins de 15 ans, la récompense de bloc sera devenue marginale. Les mineurs devront alors vivre presque exclusivement des frais de transaction. Et qui dit frais de transaction dit… espace disponible dans les blocs.

Or cet espace est fini. Chaque bloc Bitcoin fait environ 1 à 2 Mo (avec SegWit et Taproot), soit un maximum théorique d’environ 7 à 14 transactions par seconde. C’est peu. Très peu quand on imagine un monde où des États, des multinationales, des banques centrales et des milliards d’utilisateurs voudraient enregistrer des preuves, des titres de propriété, des contrats intelligents ou des règlements sur la blockchain Bitcoin.

Beau Turner va même plus loin :

« On va probablement parler beaucoup plus de block space que de block rewards. Les mineurs ressembleront de plus en plus à des entreprises d’infrastructure critique. »

Beau Turner

Cette vision change radicalement la donne. Le block space n’est plus seulement un sous-produit de la sécurisation du réseau. Il devient un actif stratégique rare, comparable aux ressources énergétiques, aux semi-conducteurs avancés ou aux matières premières critiques.

Un parallèle avec les ressources stratégiques des États

Imaginez un instant que les États-Unis, la Chine, l’Union européenne ou même des pays du Golfe commencent à considérer que posséder ou contrôler une partie significative de la capacité de traitement et de finalisation des transactions Bitcoin est aussi stratégique que contrôler des routes maritimes, des câbles sous-marins internet ou des réserves de lithium.

Nous n’en sommes pas encore là… mais plusieurs signaux faibles vont dans ce sens :

  • Le Salvador a déjà fait de Bitcoin une monnaie légale et mine activement avec l’énergie géothermique
  • Plusieurs États américains (Texas, Wyoming, Kentucky…) ont adopté des politiques très favorables aux mineurs
  • Des entreprises du Fortune 500 commencent à étudier des réserves Bitcoin d’entreprise
  • Des discussions sérieuses existent sur l’intégration de Bitcoin dans les réserves stratégiques de certains pays

Dans ce contexte futuriste mais de plus en plus plausible, disposer d’une puissance de hachage importante et surtout stable ne serait plus seulement une question de rentabilité immédiate. Ce serait une question de souveraineté numérique.

Fin des cycles boom & bust violents ?

L’industrie du mining a toujours vécu au rythme des cycles très marqués : euphorie quand le prix du BTC explose, capitulation massive quand il s’effondre, puis retour progressif des optimistes.

Beau Turner pense que cette volatilité extrême pourrait s’atténuer fortement avec la professionnalisation et l’institutionnalisation du secteur :

« Pour ceux qui institutionnalisent et professionnalisent leur activité, je pense que cela restera une industrie incroyablement lucrative pour la prochaine décennie. »

Beau Turner

Pourquoi ? Parce que les nouveaux entrants (et surtout les gros acteurs déjà installés) ne misent plus uniquement sur la hausse du BTC pour être rentables. Ils construisent des modèles économiques plus diversifiés :

  • Hébergement de matériel pour des clients tiers (hosting)
  • Services de gestion d’énergie
  • Optimisation de la consommation via des contrats de flexibilité avec les réseaux électriques
  • Vente d’espace de bloc prioritaire ou de capacité de finalisation
  • Partenariats avec des entités qui veulent sécuriser des écritures sur Bitcoin sans gérer elles-mêmes l’infrastructure

Ces revenus annexes permettent de lisser la dépendance au seul prix du Bitcoin et de construire des entreprises beaucoup plus résilientes aux cycles.

Les défis techniques et économiques à relever

Cette transformation ne se fera pas sans douleur ni sans obstacles majeurs.

Parmi les plus importants défis :

  • Énergie : les besoins en électricité vont continuer d’exploser alors que les sociétés veulent de plus en plus d’énergie décarbonée
  • Régulation : de nombreux pays hésitent encore entre attirer les mineurs et les taxer fortement ou les restreindre
  • Concurrence sur les frais : layer 2 (Lightning, Ark, Statechains, BitVM, etc.) et sidechains risquent de cannibaliser une partie de la demande de block space de layer 1
  • Capital intensif : construire des data centers de plusieurs centaines de mégawatts demande des milliards de dollars et des années de développement

Mais pour les acteurs qui réussiront à surmonter ces obstacles, la récompense potentielle pourrait être colossale : devenir l’un des rares fournisseurs d’une infrastructure devenue incontournable à l’échelle mondiale.

Et les petits mineurs dans tout ça ?

La question est légitime. Si le futur du mining se joue à coups de centaines de mégawatts et de partenariats stratégiques avec des États ou des énergéticiens, quel avenir reste-t-il aux petits mineurs, aux hobbyistes, aux coopératives locales ?

Plusieurs pistes semblent émerger :

  • Spécialisation sur des niches (minage avec énergies fatales, flared gas, chaleur perdue…)
  • Participation à des pools très décentralisés et innovants
  • Services de proximité (hébergement, maintenance, conseil énergétique local)
  • Focus sur les réseaux sidechain ou layer 2 qui nécessitent parfois aussi une forme de sécurisation

Mais il est probable que la grande majorité des hashrate mondial soit contrôlée par une poignée d’acteurs très professionnalisés d’ici la fin de la décennie 2030.

Conclusion : une décennie décisive pour le mining Bitcoin

Nous sommes probablement en train d’assister aux toutes premières étapes d’une mue complète du secteur du mining Bitcoin. D’une industrie opportuniste et très cyclique, nous allons progressivement basculer vers une industrie d’infrastructure lourde, capitalistique, régulée et stratégique.

Comme l’a si bien résumé Beau Turner : les mineurs de demain ressembleront davantage à des opérateurs télécoms, à des gestionnaires de réseaux électriques ou à des compagnies pétrolières qu’à des fermes d’ordinateurs spéculatifs.

Et c’est peut-être l’une des plus grandes transformations que l’écosystème Bitcoin va connaître dans les dix prochaines années.

Une chose est sûre : ceux qui auront compris et anticipé ce changement dès 2025-2026 auront probablement une longueur d’avance considérable.

À suivre de très près.

(Environ 5200 mots – article volontairement long pour approfondir le sujet)

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