Et si l’intelligence artificielle, ce moteur économique qui absorbe des centaines de milliards de dollars chaque année, ne faisait en réalité qu’une seule chose pour Bitcoin : le pousser plus haut, peu importe le scénario ? C’est exactement la thèse que Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, a présentée à ses clients dans une note récente. Trois trajectoires possibles pour l’économie américaine, trois destins radicalement différents, et pourtant une conclusion unique : Bitcoin termine toujours en position de force.

Trois scénarios, une même conclusion pour Bitcoin

L’exercice n’a rien d’un simple jeu intellectuel. Les quatre plus grands hyperscalers américains ont engagé près de 400 milliards de dollars sur le seul exercice 2025. Une grande partie de cette somme repose sur de la dette privée. Quand on place des montants aussi colossaux dans une technologie encore en phase d’expansion, les questions de risque systémique deviennent inévitables. Bitwise a choisi d’explorer ces risques de manière structurée, sans chercher à prédire l’avenir, mais en cartographiant les chemins les plus probables.

Matt Hougan ne se contente pas d’un optimisme de façade. Il reconnaît les angles morts de sa propre analyse. Pourtant, dans chacun des trois mondes qu’il décrit, la rareté de Bitcoin, sa liquidité croissante et son statut de réserve de valeur finissent par l’emporter. Voici comment cette logique se déploie, étape par étape.

Le scénario du krach : effondrement du crédit et sauvetage massif

Le premier embranchement est le plus brutal. Imaginez que les emprunteurs qui ont financé la construction des centres de données ne parviennent plus à rembourser. Les assureurs qui portent des milliards d’obligations adossées à l’IA se retrouvent sous pression. Ces titres logent souvent dans des véhicules de crédit privé, hors des ratios prudentiels imposés aux banques traditionnelles. Le système bascule alors dans une récession comparable à celle de 2008.

Dans ce contexte, Matt Hougan attribue une probabilité « près de 100 % » à un plan de sauvetage public. Pourquoi une telle certitude ? Parce que le déploiement de l’intelligence artificielle est devenu un enjeu géopolitique majeur. Washington ne peut se permettre de laisser s’effondrer ce qu’il considère comme le plus gros investissement d’infrastructure de l’histoire américaine. Le sauvetage qui en découlerait serait lui aussi d’une ampleur inédite.

Parce que le déploiement de l’IA est le plus gros investissement d’infrastructure de l’histoire de l’Amérique, le sauvetage qui en découle est le plus gros lui aussi.

Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise

Après le choc initial, Bitcoin plonge, comme il l’a toujours fait dans les moments de panique. On se souvient de mars 2020, où le cours a perdu près de 50 % en quelques jours. Plus récemment, la cascade de liquidations d’octobre 2025 a effacé près de 19 milliards de dollars de positions en vingt-quatre heures. Pourtant, l’histoire montre aussi ce qui suit : une vague de liquidité monétaire.

Entre mars 2020 et l’automne 2021, l’agrégat monétaire M2 américain a progressé de plus de 25 %. Dans le même temps, Bitcoin est passé de 3 800 à près de 69 000 dollars. La même logique s’appliquerait ici. Un resserrement de la Réserve fédérale assez agressif pour déclencher la récession ramènerait inévitablement à une détente ultérieure. Si la Fed laisse au contraire l’inflation s’installer, les investisseurs se tourneraient vers Bitcoin comme réserve de valeur. Dans les deux cas, le rebond serait violent.

Ce qu’il faut retenir du scénario krach :

  • Défauts en chaîne sur la dette des centres de données
  • Pression extrême sur les assureurs et le crédit privé
  • Récession de type 2008 quasi certaine
  • Sauvetage public jugé quasi inévitable par Bitwise
  • Vague de liquidité monétaire suivie d’un rebond brutal de Bitcoin

La superabondance : quand les machines produisent tout sauf la rareté

Le deuxième scénario est nettement plus optimiste. Matt Hougan parle de superabondance. L’intelligence artificielle fait exploser la productivité et le produit intérieur brut. Les coûts du logiciel, du conseil juridique, du design, des médicaments et du diagnostic médical s’effondrent. Dans ce monde, presque tout ce qui peut être produit par des machines devient abondant et bon marché.

Reste alors ce que l’IA ne sait pas fabriquer : le foncier en bord de mer, les grandes œuvres d’art, l’or et bien sûr Bitcoin. La rareté reprend toute sa valeur. Plus l’abondance matérielle et intellectuelle progresse, plus les actifs véritablement limités deviennent précieux. Bitcoin, avec ses 21 millions d’unités maximales, s’inscrit parfaitement dans cette logique.

Le marché de l’or applique déjà ce raisonnement, sans attendre la révolution des machines. Londres concentre l’essentiel des échanges physiques mondiaux. L’instabilité commerciale de ces dernières années a renforcé cette position plutôt que de l’éroder. Les coffres de la place britannique abritent de l’ordre de 8 500 tonnes de métal. Les banques centrales, de leur côté, achètent plus de 1 000 tonnes par an depuis 2022. Bitcoin suit un chemin parallèle, avec une demande structurelle qui s’installe durablement.

Dans un univers de superabondance, la rareté n’est plus seulement une caractéristique technique. Elle devient un actif stratégique. Les investisseurs institutionnels et les trésoreries d’entreprises le comprennent de plus en plus clairement. Bitcoin n’a pas besoin de prouver sa productivité. Il a seulement besoin de rester rare.

L’atterrissage en douceur : la demande silencieuse continue de tourner

Le troisième embranchement est le plus discret, presque ennuyeux. La croissance économique tourne autour de 3 %, les taux d’intérêt autour de 4 %, et la dette des centres de données est honorée sans drame. L’économie atteint « quelque chose qui approche de l’atterrissage en douceur ». Dans ce monde, les sources de demande déjà installées continuent de fonctionner sans bruit.

Les ETF Bitcoin au comptant américains ont absorbé plus de 60 milliards de dollars de flux nets depuis leur lancement. Les trésoreries d’entreprises et certains États souverains continuent d’ajouter des BTC à leur bilan. Rien de spectaculaire, mais une accumulation constante. Matt Hougan résume la situation avec une formule simple : « Bitcoin gagne juste en étant là. »

Ce scénario est celui de la continuité. Pas de krach, pas d’explosion de productivité radicale, simplement une économie qui digère progressivement ses investissements dans l’IA. Dans cet environnement, Bitcoin n’a pas besoin d’un catalyseur exceptionnel. Sa demande structurelle suffit à le faire progresser sur le long terme.

Pourquoi Bitwise voit Bitcoin gagner dans tous les cas

La convergence des trois scénarios a de quoi intriguer. On serait tenté de lire la note comme un livre dont vous êtes le héros, sauf que les trois embranchements mènent à la même page. Bitwise gère un ETF Bitcoin au comptant, ce qui donne à la conclusion un confort structurel qu’il faut garder en tête. La maison assume d’ailleurs cette position depuis des mois.

Matt Hougan avait déjà qualifié la crypto de « pari à contre-courant » pendant que les investisseurs se ruaient sur les actions liées à l’IA. Juan Leon, stratégiste senior de Bitwise, affirmait de son côté que le plancher de prix de Bitcoin continuait de monter, malgré le boom de l’intelligence artificielle et les retards réglementaires.

Pour les investisseurs en bitcoin, ce qui arrive à l’IA n’a pas d’importance sur le long terme. Tel que je le vois, chaque chemin finit par mener à un bitcoin plus haut.

Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise

Cette conviction repose sur une hypothèse centrale que la note ne dissimule pas : les États répondront au choc par de la liquidité plutôt que par la rigueur budgétaire. C’est aussi le point faible de la démonstration. Matt Hougan le reconnaît lui-même. C’est d’ailleurs le seul de ses risques qui ne dépende d’aucune rupture technologique.

Les angles morts que Bitwise reconnaît ouvertement

La ligne droite n’est pas garantie. Bitcoin a déjà prouvé qu’il pouvait chuter de 50 % en quelques jours lors de la panique Covid de mars 2020. Plus récemment, les liquidations massives d’octobre 2025 ont rappelé la violence des mouvements de marché. Au-delà de ces épisodes de volatilité, trois menaces structurelles pourraient faire tomber la thèse.

La première est l’arrivée d’un ordinateur quantique capable de casser la cryptographie des clés privées. La deuxième est une répression coordonnée des États contre les cryptomonnaies. La troisième, et la plus politique, est un retour de l’Occident à l’austérité budgétaire. « Je pense que c’est peu probable, mais ce n’est pas impossible », écrit Matt Hougan.

Les trois menaces identifiées par Bitwise :

  • Ordinateur quantique capable de briser la cryptographie actuelle
  • Répression réglementaire coordonnée à l’échelle internationale
  • Retour durable de l’Occident à la rigueur budgétaire

Ces angles morts sont importants. Ils rappellent que même une analyse aussi structurée reste une projection. L’hypothèse de liquidité permanente n’est pas gravée dans le marbre. Si les gouvernements décident un jour de privilégier la discipline budgétaire plutôt que le soutien monétaire, le mécanisme qui pousse Bitcoin à la hausse dans les scénarios de crise pourrait s’enrayer.

Le rôle central de la liquidité monétaire

Dans les trois trajectoires, la question de la masse monétaire revient comme un fil rouge. Quand les banques centrales injectent de la liquidité, les actifs rares en profitent. Bitcoin, avec son offre fixe, est particulièrement sensible à ces mouvements. L’épisode 2020-2021 reste l’illustration la plus claire de ce phénomène.

Dans le scénario de krach, la liquidité arrive après le sauvetage. Dans celui de la superabondance, elle n’est pas forcément nécessaire, car la demande pour la rareté suffit. Dans l’atterrissage en douceur, la liquidité existante et la demande structurelle des ETF et des institutions font le travail. Dans tous les cas, Bitcoin se trouve du bon côté de l’équation.

Cette sensibilité à la liquidité explique aussi pourquoi les investisseurs institutionnels regardent de plus en plus Bitcoin comme un actif macroéconomique et non plus seulement comme une spéculation technologique. Il devient un thermomètre de la politique monétaire mondiale.

Bitcoin face à l’or dans un monde d’abondance

Le parallèle avec l’or mérite d’être développé. Dans le scénario de superabondance, les deux actifs jouent un rôle similaire : ils incarnent la rareté dans un univers où presque tout devient abondant. L’or a l’avantage de l’histoire et de la reconnaissance institutionnelle. Bitcoin a celui de la portabilité, de la divisibilité et de la vérifiabilité numérique.

Les banques centrales achètent de l’or massivement depuis 2022. Elles n’achètent pas encore de Bitcoin de manière significative, mais les trésoreries d’entreprises et certains États commencent à le faire. Si la logique de rareté s’impose réellement, Bitcoin pourrait progressivement occuper une place complémentaire à celle de l’or dans les portefeuilles institutionnels.

Cette complémentarité n’est pas une concurrence frontale. L’or reste l’actif de refuge traditionnel. Bitcoin s’impose comme l’actif de refuge numérique. Dans un monde où l’IA transforme la production de biens et de services, les deux formes de rareté ont leur place.

Les ETF Bitcoin comme moteur silencieux de la demande

Depuis leur lancement, les ETF Bitcoin au comptant américains ont changé la donne. Plus de 60 milliards de dollars de flux nets ont été absorbés. Cette demande institutionnelle est structurelle. Elle ne dépend pas d’un cycle de hype ni d’un tweet influent. Elle repose sur des allocations de portefeuille décidées par des gestionnaires d’actifs professionnels.

Dans le scénario d’atterrissage en douceur, cette demande continue de tourner. Dans les scénarios plus chaotiques, elle peut même s’accélérer une fois la phase de panique passée. Les ETF ont transformé Bitcoin en un actif accessible aux fonds de pension, aux family offices et aux assureurs. Cette accessibilité est un facteur de demande permanent.

Bitwise, en tant que gestionnaire d’ETF, est évidemment bien placé pour observer ces flux. La note de Matt Hougan s’appuie sur cette connaissance du terrain institutionnel. Elle ne se contente pas de spéculer sur le prix. Elle analyse les mécanismes de demande réelle.

Géopolitique de l’IA et conséquences pour Bitcoin

L’intelligence artificielle n’est plus seulement une question économique. Elle est devenue un enjeu de puissance. Les États-Unis, la Chine et l’Europe investissent massivement. Dans ce contexte, laisser s’effondrer l’infrastructure américaine d’IA reviendrait à céder du terrain stratégique. C’est pourquoi Matt Hougan estime le sauvetage quasi certain en cas de crise du crédit.

Cette dimension géopolitique change la nature du risque. Ce n’est plus uniquement un risque de marché. C’est un risque systémique que les gouvernements ne peuvent ignorer. Et quand les gouvernements interviennent, ils le font généralement par la création monétaire. Bitcoin, une fois encore, se trouve en position de bénéficier de ces interventions.

Le paradoxe est intéressant. L’IA, qui pourrait en théorie rendre de nombreux actifs moins rares, renforce en réalité la valeur de ceux qui restent véritablement limités. Bitcoin fait partie de ce club très restreint.

Ce que les investisseurs doivent retenir de la note Bitwise

La note de Matt Hougan n’est pas une prédiction de prix. C’est une cartographie des chemins possibles. Elle montre que, sous des hypothèses raisonnables de politique monétaire, Bitcoin sort gagnant dans les trois cas de figure. Elle rappelle aussi que ces hypothèses peuvent être remises en cause.

Pour un investisseur, la leçon principale est la suivante : le destin de Bitcoin n’est pas forcément lié au succès ou à l’échec de l’intelligence artificielle. Il est lié à la manière dont les sociétés réagissent aux chocs économiques et technologiques. Tant que la réponse dominante reste la liquidité, Bitcoin reste favorisé.

Cette vision n’est pas consensuelle. Elle va à contre-courant de ceux qui voient dans l’IA une concurrente directe de Bitcoin pour l’attention des investisseurs. Bitwise assume ce positionnement depuis des mois. La note récente ne fait que le formaliser de manière plus systématique.

Volatilité à court terme et horizon long terme

Rien dans l’analyse de Bitwise n’élimine la volatilité à court terme. Bitcoin restera un actif capable de baisses violentes. Les liquidations en cascade, les paniques de marché et les mouvements de levier continueront d’exister. La thèse de long terme ne protège pas des drawdowns de 30, 40 ou 50 %.

Ce qui change, c’est la perception du plancher. Selon Juan Leon et Matt Hougan, ce plancher continue de monter, porté par la demande institutionnelle et par l’accumulation progressive de BTC dans les bilans. Chaque cycle de baisse semble s’achever à un niveau plus élevé que le précédent.

Cette dynamique de plancher ascendant est cohérente avec les trois scénarios. Que l’on traverse un krach suivi d’un sauvetage, une période de superabondance ou un atterrissage en douceur, la demande structurelle ne disparaît pas. Elle se contente de s’adapter au contexte.

La question de l’austérité budgétaire comme vrai risque

Parmi les angles morts, le retour à l’austérité budgétaire est le plus politique et le plus difficile à quantifier. Depuis 2008, et plus encore depuis 2020, les gouvernements occidentaux ont privilégié le soutien monétaire et budgétaire. Cette orientation n’est pas éternelle. Un changement de paradigme reste possible, même s’il paraît peu probable à court terme.

Si les États décidaient un jour de laisser les défauts se produire sans sauvetage massif, ou de réduire drastiquement les déficits, le mécanisme de liquidité qui soutient Bitcoin dans les phases de crise serait affaibli. Matt Hougan le reconnaît clairement. C’est le seul risque qui ne dépende pas d’une rupture technologique, mais d’un choix politique collectif.

Pour l’instant, les signaux vont plutôt dans le sens opposé. Les dettes publiques continuent de croître. Les investissements dans l’IA sont présentés comme stratégiques. Le coût politique d’un non-sauvetage semble trop élevé. Mais l’histoire économique est faite de retournements inattendus.

Bitcoin comme pari sur la nature humaine et institutionnelle

Au fond, la note de Bitwise est moins une analyse technique de Bitcoin qu’une analyse du comportement des institutions face aux chocs. Elle part du principe que, face à une crise systémique liée à l’IA, les gouvernements choisiront la liquidité. Face à une explosion de productivité, les investisseurs choisiront la rareté. Face à un atterrissage en douceur, la demande institutionnelle continuera son travail de fourmi.

Dans les trois cas, Bitcoin se trouve aligné avec ces comportements. C’est ce qui rend la thèse séduisante. Elle ne repose pas sur une promesse technologique miraculeuse. Elle repose sur une observation des mécanismes déjà à l’œuvre : création monétaire, recherche de rareté, allocation institutionnelle progressive.

Cette approche a le mérite de la clarté. Elle permet aussi de mesurer les risques. Si les institutions changent de comportement, la thèse doit être révisée. Tant qu’elles restent fidèles à leurs réflexes des quinze dernières années, Bitcoin conserve un vent favorable structurel.

Conclusion : un actif qui gagne en restant rare

La note de Matt Hougan offre une grille de lecture utile à un moment où l’intelligence artificielle domine les conversations économiques. Elle rappelle que Bitcoin n’a pas besoin de « gagner » contre l’IA. Il a seulement besoin de rester rare dans un monde qui, d’une manière ou d’une autre, continue de créer de la liquidité ou de rechercher des actifs limités.

Trois chemins, une destination. Le krach suivi d’un sauvetage, la superabondance produite par les machines, ou l’atterrissage en douceur : dans chacun de ces mondes, Bitcoin ressort plus haut selon Bitwise. Les angles morts existent, et ils sont clairement nommés. Mais la structure de la demande et la nature des réponses institutionnelles jouent pour l’instant en faveur de l’actif numérique.

Pour les investisseurs, le message est à la fois simple et exigeant. Bitcoin reste un actif volatil à court terme. Sur le long terme, sa trajectoire dépend moins du succès de l’IA que de la manière dont les sociétés gèrent les chocs et la rareté. Tant que ces mécanismes restent en place, la thèse de Bitwise conserve sa force.

Dans un univers où 400 milliards de dollars sont engagés chaque année dans l’infrastructure de l’intelligence artificielle, il est rassurant de voir qu’un actif conçu pour être rare continue de trouver sa place. Bitcoin n’a pas besoin de promettre l’abondance. Il lui suffit de rester ce qu’il est : un stock limité dans un monde qui préfère souvent créer plutôt que de restreindre.

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