Imaginez-vous dans une grande ville africaine, à quelques heures d’une élection présidentielle cruciale, et soudain, plus d’internet. Plus de WhatsApp, plus de Twitter, plus de news en temps réel. Les rues bruissent de rumeurs, les gens se regardent, cherchent comment rester connectés. C’est exactement ce qui se passe en Ouganda en ce moment, et une application méconnue est en train de devenir virale : Bitchat. Créée par nul autre que Jack Dorsey, l’ancien patron de Twitter, elle permet de discuter sans aucune connexion internet, juste via Bluetooth. Et là-bas, les téléchargements s’envolent.
Nous sommes le 14 janvier 2026, et le pays vit au rythme d’une coupure internet nationale décrétée par les autorités juste avant le scrutin. Officiellement pour éviter la désinformation et les troubles. Mais pour beaucoup, c’est une façon de museler l’opposition et d’empêcher la surveillance citoyenne du vote. Dans ce chaos numérique, Bitchat est devenue l’arme inattendue des Ougandais qui refusent de se taire.
Une application née d’une vision décentralisée
Jack Dorsey n’en est pas à son premier coup d’essai quand il s’agit de technologie libre et résistante à la censure. Après avoir cofondé Twitter (devenu X) et Block (ex-Square), il s’est toujours intéressé aux outils qui échappent au contrôle centralisé. Bitcoin en est l’exemple le plus célèbre. Mais en juillet 2025, il surprend tout le monde en annonçant Bitchat : une app de messagerie qui fonctionne entièrement en pair-à-pair via Bluetooth Low Energy (BLE) mesh.
Le principe est simple mais puissant. Votre téléphone envoie un message à ceux qui sont à portée Bluetooth (environ 100 mètres en conditions normales). Ces appareils relaient ensuite le message à d’autres, créant un réseau maillé qui peut couvrir des kilomètres si suffisamment de personnes utilisent l’app autour. Pas de serveur central, pas de compte obligatoire, pas de numéro de téléphone requis. Les messages sont chiffrés de bout en bout et disparaissent par défaut après lecture.
« Bitchat est un retour aux bases : une discussion IRC moderne, mais sans internet et sans surveillance. »
Jack Dorsey, juillet 2025
Cette citation résume parfaitement l’esprit du projet. Dorsey l’a codé en un week-end, l’a mis en open source sur GitHub, et l’a lancé en bêta. Aujourd’hui, elle est disponible sur iOS et Android, et elle trouve enfin son public… en Afrique de l’Est.
Le contexte politique explosif en Ouganda
Les élections générales ougandaises du 15 janvier 2026 opposent le président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, à plusieurs challengers, dont le plus médiatisé : Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine. Musicien devenu politicien, leader du parti National Unity Platform (NUP), il incarne une jeunesse frustrée par des décennies de régime autoritaire.
En 2021 déjà, le même scénario s’était produit : coupure internet massive pendant plusieurs jours, arrestations, accusations de fraude électorale. Les autorités avaient bloqué Facebook, WhatsApp, Twitter, et même des VPN. Résultat : les citoyens étaient isolés, incapables de coordonner des manifestations ou de partager des preuves d’irrégularités.
Ce que disent les autorités vs ce que disent les opposants
- UCC (Uganda Communications Commission) : « Nécessaire pour empêcher la désinformation et les violences »
- Bobi Wine : « Ils coupent internet pour truquer les élections en toute impunité »
- Organisations internationales : « Violation flagrante de la liberté d’expression »
En décembre 2025, Bobi Wine a publiquement appelé ses partisans à télécharger Bitchat. Il l’a présenté comme un outil de résistance : « Ils veulent nous couper du monde, mais nous pouvons encore parler à des milliers de personnes autour de nous. » L’effet a été immédiat. Les recherches Google pour « Bitchat » ont bondi de 0 à 100 en une journée en Ouganda.
Explosion des téléchargements : les chiffres parlent
Selon Appfigures, une plateforme spécialisée dans les données d’apps, Bitchat est devenue l’application gratuite la plus téléchargée sur l’App Store et Google Play en Ouganda dès le 13 janvier 2026, jour où la coupure internet a été activée à 18h. Plus de 400 000 téléchargements revendiqués par les développeurs en quelques semaines seulement.
Les VPN ont aussi connu un pic, mais beaucoup ont été inefficaces face à la coupure totale. Bitchat, elle, n’a pas besoin d’internet du tout. C’est ce qui fait sa force dans ce contexte précis. Les gens se regroupent dans les quartiers, les marchés, les églises, pour former des « maillages » humains et numériques. Un message lancé à Kampala peut théoriquement voyager jusqu’à plusieurs kilomètres si la densité d’utilisateurs est suffisante.
Mais tout n’est pas rose. Le directeur de l’UCC, Nyombi Thembo, a déclaré sans détour : « Nous savons comment rendre Bitchat inutilisable. Ce n’est qu’une petite chose. » Réponse du développeur principal (surnommé Calle) : « Sa nature décentralisée la rend extrêmement difficile à bloquer. »
Bitchat : un outil crypto-adjacent dans un monde sans internet
Bien que Bitchat ne soit pas une cryptomonnaie à proprement parler, elle s’inscrit dans la même philosophie que Bitcoin ou Nostr (un protocole décentralisé que Dorsey soutient également). Pas de tiers de confiance, résistance à la censure, open source, chiffrement fort. Dorsey lui-même a souvent répété que la décentralisation est la clé pour préserver la liberté d’expression à l’ère numérique.
« Si vous ne payez pas pour le produit, vous êtes le produit. Avec Bitchat, il n’y a rien à vendre. »
Un utilisateur anonyme sur X
Dans les cercles crypto, on voit déjà des parallèles : comme Bitcoin permet des transactions sans banque centrale, Bitchat permet des communications sans opérateur télécom ni gouvernement. En cas de blackout prolongé, elle pourrait même servir à coordonner des transferts peer-to-peer de petites sommes en Bitcoin ou stablecoins si des wallets offline sont intégrés un jour.
Des précédents qui ont fait leurs preuves
Bitchat n’est pas la première app de ce type à briller en situation de crise. Bridgefy a été massivement utilisée lors des manifestations à Hong Kong en 2019, puis au Bélarus, au Nigeria, et lors de catastrophes naturelles. Briar, une autre app open source, a servi en Iran lors des coupures internet de 2019.
- Hong Kong 2019 : Bridgefy permet aux manifestants de s’organiser malgré les blackouts ciblés
- Népal et Madagascar 2025 : premiers pics d’utilisation de Bitchat lors de troubles politiques
- Jamaïque post-ouragan : communication d’urgence via mesh Bluetooth
En Ouganda, c’est la première fois qu’une app de ce genre devient numéro 1 des téléchargements pendant une élection. Cela montre à quel point la défiance envers les infrastructures centralisées est devenue forte.
Les limites et les risques de Bitchat
Aucun outil n’est parfait. Bitchat a une portée limitée sans densité d’utilisateurs élevée. En zone rurale, où les gens sont plus dispersés, elle perd de son efficacité. De plus, elle consomme de la batterie et peut être détectée par des outils de surveillance avancés (bien que très difficile à bloquer complètement).
Des chercheurs en sécurité ont déjà pointé des vulnérabilités potentielles dans les premières versions (usurpation d’identité possible en bêta). Dorsey lui-même a averti que l’app n’avait pas subi d’audit externe complet. En contexte électoral tendu, une faille pourrait être exploitée par des acteurs malveillants.
Avantages vs inconvénients de Bitchat en situation de blackout
- Avantages : zéro dépendance internet, chiffrement, anonymat relatif, open source
- Inconvénients : portée limitée, batterie, besoin de proximité physique, risques de spoofing
Un symbole plus grand que l’app elle-même
Au-delà des fonctionnalités techniques, Bitchat représente aujourd’hui quelque chose de plus grand en Ouganda : le refus de se laisser réduire au silence. Alors que le monde regarde les élections avec inquiétude, des milliers de citoyens ordinaires deviennent des nœuds d’un réseau invisible, résistant.
Que se passera-t-il si Museveni est réélu ? Si Bobi Wine conteste les résultats ? Si la coupure dure des semaines ? Bitchat survivra-t-elle à une tentative de blocage technique ? L’avenir nous le dira. Mais une chose est sûre : dans un monde où l’internet est de plus en plus contrôlé, les outils décentralisés comme Bitchat ne sont plus des gadgets. Ils deviennent des armes de liberté.
Et vous, seriez-vous prêt à télécharger une app comme celle-ci si votre gouvernement décidait de couper le net ? La question n’est peut-être plus aussi hypothétique qu’on le croit.
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