Et si l’échec d’un projet de loi majeur ne changeait rien à l’avenir d’une entreprise ? C’est exactement le message que vient de faire passer Bernstein. Malgré les incertitudes autour du CLARITY Act, le courtier maintient son objectif de cours à 140 dollars sur Circle Internet Group, soit une hausse potentielle d’environ 59 % par rapport à la clôture de vendredi à 87,98 dollars. Une position qui surprend plus d’un observateur du secteur des stablecoins.
Pourquoi Bernstein reste confiant sur Circle
Les analystes menés par Gautam Chhugani estiment que le prochain cycle de croissance de Circle ne dépend pas du vote du Sénat prévu autour du 15 septembre. Selon eux, l’adoption de l’USDC progresse sur plusieurs fronts simultanés : paiements, marchés de capitaux tokenisés, actifs numériques et transactions initiées par des agents logiciels autonomes. Cette vision multidimensionnelle explique le maintien de la note Outperform et de la cible à 140 dollars, même si celle-ci a été abaissée par rapport aux 190 dollars évoqués plus tôt dans l’année.
Le titre a déjà gagné plus de 5 % le 21 août, signe que le marché avait anticipé une certaine solidité. Bernstein lie cette confiance à des facteurs structurels : la demande de dollars numériques dans un contexte d’émission accrue de dettes à court terme par le Trésor américain, et le rôle de l’USDC comme collatéral privilégié dans la finance décentralisée.
Une reprise nette de l’offre USDC
Après près de six mois de stagnation, l’offre d’USDC a bondi d’environ 1,7 milliard de dollars en une seule semaine. Ce rebond n’est pas anodin. Il intervient alors que les volumes de transactions ajustés, hors bots et activité haute fréquence, évoluent à un rythme annualisé de 17 000 milliards de dollars à travers juillet. Cela représente une progression d’environ 60 % sur un an. En 2025, ces volumes avaient déjà atteint 11 000 milliards de dollars.
Bernstein souligne que l’USDC représente près de 80 % des volumes de trading et de finance sur les échanges décentralisés. Cette position dominante en fait un actif de collatéral incontournable pour les equities tokenisées, les marchés de prédiction et les contrats perpétuels liés aux actifs du monde réel.
Les chiffres clés retenus par Bernstein
- Hausse de 1,7 milliard de dollars de l’offre USDC en une semaine
- Volumes ajustés annualisés à 17 000 milliards de dollars
- Environ 80 % des volumes DeFi et DEX attribués à l’USDC
- Objectif de cours maintenu à 140 dollars, soit +59 % potentiel
L’infrastructure institutionnelle s’étoffe
Circle a obtenu en juillet l’approbation de l’Office of the Comptroller of the Currency pour créer Circle National Trust. Cette structure fédérale pourrait à terme gérer les réserves qui adossent l’USDC. Parallèlement, Standard Chartered a ouvert un accès direct de mint et de redemption pour ses clients institutionnels. L’intégration avec Fireblocks permet désormais de gérer des soldes USDC multi-chaînes et de les convertir en monnaies locales via le Circle Payments Network.
Ce réseau a atteint 14,7 milliards de dollars de volume annualisé à la fin du deuxième trimestre. Fireblocks a de son côté indiqué que les stablecoins représentaient 69 % de son volume de transactions sur la même période. Ces avancées renforcent l’idée que Circle construit une infrastructure de paiement crédible au-delà du simple trading spéculatif.
Les paiements entre agents logiciels, un nouveau levier
Un autre axe mis en avant par Bernstein concerne les transactions machine-to-machine. Circle a lancé en mai l’Agent Stack, une infrastructure permettant à des agents logiciels de détenir des actifs, de découvrir des services et d’effectuer des paiements programmables. Au deuxième trimestre, plus de 900 services payants étaient déjà actifs sur la plateforme, et 99,3 % du volume de paiements agents via le protocole x402 s’effectuait en USDC.
Des données indépendantes de Keyrock montraient déjà en mai que les agents IA avaient réglé 73 millions de dollars sur 176 millions de transactions en douze mois, avec 98,6 % des paiements en USDC. Circle a développé des Agent Wallets, une place de marché et des outils de nanopaiements. Les développeurs peuvent fixer des plafonds de dépenses et des listes autorisées, tout en laissant les agents opérer sans validation humaine à chaque opération.
Nous pensons que ce cycle de croissance est indépendant du passage du Clarity Act lors de la session de septembre.
Équipe Bernstein
Que change réellement le CLARITY Act ?
La réglementation reste un facteur d’incertitude important. Les législateurs américains négocient encore les règles concernant les récompenses sur les stablecoins et la structure globale du marché des actifs numériques. Bernstein estime toutefois que l’issue du vote du 15 septembre ne modifiera pas fondamentalement sa thèse d’investissement.
Si le Sénat ne soutient pas le texte, les analystes anticipent une intervention plus rapide de la SEC et de la CFTC pour fournir des orientations. Dans ce scénario, les programmes de récompenses tiers continueraient selon le modèle actuel. En cas d’adoption, les récompenses seraient davantage liées à l’activité réelle des clients plutôt qu’à la simple détention passive.
Bernstein considère les deux configurations comme viables pour l’USDC. Cette position s’inscrit dans la continuité. Dès le mois de mai, le courtier avait soutenu le cadre réglementaire qui limitait les rendements de type dépôt sur les soldes dormants. L’idée était d’éviter une guerre purement tarifaire entre émetteurs de stablecoins, ce qui protégeait Circle d’une concurrence frontale sur les taux d’intérêt.
La concurrence s’intensifie, mais les barrières restent élevées
Open USD apparaît comme un concurrent sérieux. Son modèle de consortium redistribue une partie de l’économie des réserves aux entreprises participantes, à la différence de Circle qui conserve l’intégralité des revenus générés par les actifs adossés à l’USDC. Mizuho a d’ailleurs abaissé sa recommandation sur Circle à Underperform en juillet et a ramené son objectif à 50 dollars, citant précisément la pression potentielle sur les marges.
Heath Tarbert, président de Circle, a répondu en soulignant la liquidité, les intégrations existantes et l’infrastructure réglementaire de l’USDC, difficiles à reproduire rapidement. Circle multiplie les partenariats : tests avec JCB au Japon pour des transferts de trésorerie d’entreprise, discussions avec Kakao et Toss en Corée du Sud, et entrée sur la plateforme de garde d’actifs numériques de BNY en juin.
Ces alliances montrent une volonté de s’ancrer dans les flux de paiement réels plutôt que de se limiter aux usages purement crypto. L’accès institutionnel s’élargit via les banques et les fournisseurs d’infrastructure d’actifs numériques, consolidant la position de Circle sur le long terme.
Un contexte macroéconomique favorable aux stablecoins
Bernstein place également son analyse dans un cadre plus large. Bitcoin bénéficie de la recherche d’actifs rares, tandis que les stablecoins deviennent une destination alternative pour les dollars dans un environnement où le Trésor américain émet davantage de dettes à court terme. Cette dualité crée un terreau fertile pour l’USDC, qui combine stabilité et utilité programmatique.
Les analystes voient dans cette dynamique une demande structurelle qui dépasse les aléas législatifs ponctuels. Que le CLARITY Act passe ou non, les usages en paiements, en collatéral DeFi et en transactions autonomes continuent de se développer. Circle dispose déjà d’un avantage d’échelle difficile à contester à court terme.
Les risques que Bernstein n’ignore pas
Malgré l’optimisme affiché, le courtier reconnaît des points de vigilance. La concurrence sur les modèles de partage des réserves pourrait exercer une pression durable sur les marges. Les débats autour des récompenses sur stablecoins restent politiquement sensibles, avec des groupes bancaires qui poussent pour un durcissement des règles. L’évolution des orientations de la SEC et de la CFTC en cas d’échec du texte législatif constitue aussi une inconnue.
Circle a néanmoins démontré une capacité à s’adapter et à élargir son empreinte institutionnelle. L’approbation pour le trust national, les partenariats bancaires et le développement de l’Agent Stack illustrent une stratégie orientée vers l’utilité réelle plutôt que vers la spéculation pure.
Ce que les investisseurs doivent retenir
La position de Bernstein se distingue par sa clarté : le cycle de croissance de Circle repose sur des fondamentaux d’adoption et non sur un calendrier parlementaire précis. L’USDC continue de gagner des parts de marché dans des segments à fort potentiel, des paiements institutionnels aux transactions entre agents logiciels. Le rebond de l’offre après des mois de stagnation apporte un signal tangible de regain d’intérêt.
Avec un objectif à 140 dollars, le courtier anticipe une revalorisation significative, même en l’absence de clarifications réglementaires immédiates. Cette lecture contraste avec des analyses plus prudentes, comme celle de Mizuho, et ouvre un débat légitime sur la résilience du modèle économique de Circle face à l’émergence de concurrents alternatifs.
Les prochaines semaines seront riches en informations. Le vote potentiel autour du 15 septembre, l’évolution des volumes USDC et le rythme d’adoption des outils d’agents logiciels constitueront autant de points de contrôle. Pour l’instant, Bernstein choisit de regarder au-delà de l’actualité législative et de se concentrer sur la trajectoire structurelle de l’USDC.
Dans un marché où les annonces réglementaires font souvent basculer les cours en quelques heures, cette constance d’analyse a le mérite de la cohérence. Circle n’est plus seulement un émetteur de stablecoin. L’entreprise construit progressivement une couche d’infrastructure de paiement numérique qui s’adresse autant aux institutions traditionnelles qu’aux applications autonomes de demain. C’est cette ambition plus large qui justifie, selon Bernstein, le maintien d’un objectif ambitieux.
Les investisseurs suivront avec attention la capacité de Circle à convertir ces avancées technologiques et partenariales en croissance durable de revenus. L’USDC dispose déjà d’une liquidité et d’un réseau d’intégrations qui constituent des barrières à l’entrée non négligeables. Si le cycle actuel se confirme, le titre pourrait effectivement se rapprocher des niveaux visés par le courtier, indépendamment du sort final du CLARITY Act.
Reste à voir si le marché partagera durablement cette lecture. Les semaines à venir apporteront des éléments concrets, tant sur le front réglementaire que sur celui de l’adoption réelle. En attendant, la position de Bernstein offre une grille de lecture claire : la valeur de Circle se construit plus sur l’usage que sur les textes de loi du moment.
