Imaginez un État américain qui décide, non pas d’acheter des cryptomonnaies sur les marchés avec l’argent des contribuables, mais de conserver celles qu’il récupère lors de saisies judiciaires pour en faire un véritable fonds stratégique. C’est exactement ce que l’Arizona est en train de tenter de faire en ce début d’année 2026. Une décision qui pourrait marquer un tournant dans la façon dont les institutions publiques perçoivent et intègrent les actifs numériques.

Le 24 février 2026, le Sénat de l’Arizona a franchi une étape décisive en avançant le Senate Bill 1649. Ce texte vise à créer un Digital Assets Strategic Reserve Fund, un fonds de réserve dédié aux cryptomonnaies. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un pari spéculatif financé par les impôts, mais bien d’une gestion intelligente d’actifs déjà aux mains de l’État.

Un fonds alimenté uniquement par des cryptos saisies

Ce qui rend cette proposition particulièrement intéressante, c’est sa source de financement. Le fonds ne coûtera rien aux contribuables. Il sera exclusivement constitué d’actifs numériques confisqués, saisis ou abandonnés dans le cadre d’enquêtes pénales ou civiles. Drogue, fraude, blanchiment… autant de dossiers judiciaires qui aboutissent parfois à la confiscation de portefeuilles crypto très conséquents.

Plutôt que de vendre immédiatement ces avoirs au prix du marché (souvent à perte ou dans des conditions défavorables), l’État pourrait désormais les conserver, les gérer et même, dans certains cas, les prêter ou les faire fructifier. Une approche qui rappelle la façon dont certains pays gèrent leurs réserves d’or ou de devises étrangères.

Transformer des avoirs criminels en actifs stratégiques pour l’État : voilà une idée qui pourrait bien redéfinir la relation entre justice et innovation financière.

Un observateur du marché crypto américain

Le projet précise que le Trésorier de l’État sera responsable de l’administration de ce fonds. Il disposera d’une certaine latitude pour décider de conserver, vendre ou utiliser ces actifs selon les besoins et les opportunités du marché.

Bitcoin, XRP et DigiByte : les trois cryptos officiellement nommées

Le texte du projet de loi ne laisse planer aucun doute : trois cryptomonnaies sont explicitement citées comme éligibles au fonds de réserve. Il s’agit de :

  • Bitcoin (BTC) – l’actif numérique de référence, souvent comparé à l’or digital
  • XRP – la cryptomonnaie associée à Ripple, très utilisée dans les paiements transfrontaliers
  • DigiByte (DGB) – un projet plus discret mais très ancien, axé sur la sécurité et la rapidité des transactions

Outre ces trois noms, le projet ouvre la porte à d’autres actifs numériques répondant à des critères de « juste valeur » : stablecoins, NFT, et potentiellement d’autres tokens jugés suffisamment liquides et solides.

L’inclusion de XRP est particulièrement symbolique. Après des années de bataille judiciaire avec la SEC, cette reconnaissance par un État américain représente une forme de légitimation institutionnelle très attendue par la communauté Ripple.

Pourquoi XRP et pas Ethereum ou Solana ? Le choix semble stratégique : Bitcoin reste incontournable, XRP bénéficie d’un narratif institutionnel fort, et DigiByte offre une diversification sur un projet américain natif et peu exposé aux controverses récentes.

Un long parcours législatif encore devant soi

Malgré l’avancée encourageante au sein des comités du Sénat (4-2 en commission des finances, puis validation en commission des règles), le chemin reste long. Le texte doit encore obtenir :

  • le vote favorable de l’ensemble du Sénat
  • l’approbation de la Chambre des représentants
  • et surtout la signature du gouverneur

Or, la gouverneure démocrate Katie Hobbs s’est déjà montrée très réservée par le passé sur les sujets crypto. Elle avait opposé son veto à plusieurs initiatives jugées trop risquées pour les deniers publics. Reste à savoir si elle acceptera cette fois un mécanisme qui n’engage pas directement l’argent des contribuables.

Les partisans du projet espèrent que l’argument « zéro coût pour l’État » et « valorisation d’actifs déjà saisis » suffira à emporter sa décision.

Une tendance qui s’accélère aux États-Unis

L’Arizona n’est pas le seul État à explorer cette voie. Depuis 2024, plusieurs législatures locales ont commencé à étudier des projets similaires :

  • le Texas a déjà autorisé certaines entités publiques à conserver du Bitcoin
  • le Wyoming continue d’innover avec ses lois pro-crypto très avancées
  • le New Hampshire a adopté une position favorable aux actifs numériques dans les réserves publiques

Cette multiplication des initiatives reflète un changement profond : les cryptomonnaies ne sont plus perçues uniquement comme un outil spéculatif ou criminel, mais comme une classe d’actifs à part entière que les États peuvent intégrer à leur stratégie patrimoniale.

Les États qui comprendront les premiers comment utiliser les cryptos comme réserve stratégique auront un avantage compétitif majeur dans les dix prochaines années.

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Certains observateurs vont même plus loin : ils estiment que dans un contexte de dette publique explosive et de défiance envers les monnaies fiat, les États américains les plus audacieux pourraient utiliser les cryptos comme une forme de couverture contre l’inflation ou la dévaluation du dollar.

Quels impacts concrets pour Bitcoin et XRP ?

Si le projet devenait loi, les effets ne seraient pas immédiats ni massifs. L’Arizona ne deviendrait pas le « MicroStrategy de l’Ouest américain » du jour au lendemain. Cependant plusieurs conséquences méritent d’être soulignées :

  • Signal institutionnel fort : un État qui reconnaît officiellement Bitcoin et XRP comme actifs de réserve envoie un message clair aux marchés et aux autres institutions.
  • Augmentation de la légitimité : surtout pour XRP, toujours en quête de reconnaissance après son combat judiciaire.
  • Précédent juridique : d’autres États pourraient s’inspirer du texte pour rédiger leurs propres versions.
  • Effet psychologique : même sans volumes massifs, le simple fait qu’un État conserve volontairement ces actifs renforce la confiance.

Du côté des prix, il est peu probable que l’annonce fasse bondir BTC ou XRP de 50 % en 24 heures. Mais elle s’inscrit dans une accumulation lente et discrète d’actifs par des entités non-spéculatives, ce qui constitue généralement un facteur haussier à moyen-long terme.

Les critiques et les risques à ne pas ignorer

Tous les observateurs ne sautent pas de joie. Plusieurs voix s’élèvent pour rappeler les dangers potentiels :

  • la volatilité extrême des cryptos peut transformer un actif saisi de valeur en perte sèche en quelques mois
  • la question de la garde sécurisée : qui détient réellement les clés ?
  • les pressions politiques : un futur gouverneur pourrait décider de tout liquider pour financer un programme électoral
  • le risque de centralisation indirecte : si plusieurs États commencent à accumuler les mêmes actifs, cela pourrait influencer leur gouvernance

Autant de points qui méritent débat et qui seront sans doute au cœur des discussions dans les prochains mois.

Et la France dans tout ça ?

En comparaison, la France reste très prudente. Si l’AMF et l’ACPR encadrent de plus en plus strictement les prestataires de services crypto, aucun projet de réserve stratégique publique n’a été évoqué. La position officielle reste celle d’une méfiance institutionnelle forte vis-à-vis des cryptomonnaies non régulées par une banque centrale.

Pourtant, la question pourrait se poser un jour : que faire des cryptos saisies lors d’affaires de cybercriminalité ? Les vendre immédiatement au prix du marché ou envisager une stratégie de conservation similaire à celle de l’Arizona ?

Petit récapitulatif des points clés du SB1649 :

  • Fonds alimenté uniquement par cryptos saisis
  • Administré par le Trésorier de l’État
  • Bitcoin, XRP et DigiByte explicitement cités
  • Possibilité de conserver, prêter ou investir
  • Aucun coût pour le contribuable
  • Vote en comités obtenu, vote final en attente

Vers une nouvelle ère pour les réserves d’État ?

Si le projet aboutit, l’Arizona pourrait devenir l’un des premiers États américains à officialiser une stratégie de réserve crypto. Même modeste au départ, cette initiative pourrait inspirer d’autres territoires et contribuer à normaliser encore davantage les actifs numériques dans le paysage financier public.

Dans un monde où la dette souveraine explose, où l’inflation reste une menace et où les monnaies traditionnelles perdent progressivement la confiance d’une partie de la population, les cryptomonnaies pourraient-elles devenir, à terme, une composante normale des réserves stratégiques des États ?

La réponse appartient aux prochains votes et aux décisions politiques à venir. Mais une chose est sûre : l’année 2026 marque un tournant dans la relation entre les institutions publiques américaines et le monde des cryptomonnaies.

À suivre de très près.

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