Imaginez un instant : chaque seconde qui passe, des milliards de dollars supplémentaires naissent quelque part dans les serveurs des banques centrales. Pas des promesses, pas des lignes comptables abstraites, mais de la monnaie bien réelle qui circule, s’accumule, et surtout dilue tout ce que vous possédez déjà. En décembre 2025, le compteur planétaire a dépassé un seuil qui donne le vertige : 144 000 milliards de dollars. Un record absolu. Une accélération brutale. Et surtout, un signal d’alarme que peu de gens semblent encore entendre.
Ce n’est pas une simple statistique parmi d’autres. C’est la preuve matérielle que le système monétaire actuel fonctionne en mode perfusion permanente. Et quand la perfusion s’emballe, ce sont les valeurs réelles – votre salaire, votre épargne, votre pouvoir d’achat – qui commencent à fondre. Alors, comment en est-on arrivé là ? Qui gagne vraiment dans cette partie ? Et surtout, que reste-t-il comme options pour protéger ce qu’on a mis des années à construire ?
Une inondation monétaire historique
Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il faut regarder ce que les économistes appellent la « broad money » ou monnaie au sens large (M2/M3 selon les pays). Cet indicateur ne se contente pas de compter les billets et les pièces : il englobe également tous les dépôts à vue, les comptes d’épargne, les dépôts à court terme… bref, tout ce qui peut être rapidement transformé en pouvoir d’achat.
En décembre 2025, selon les données compilées par le Global Money Supply Monitor sur 169 pays (représentant 99 % du PIB mondial), cette masse monétaire globale a franchi la barre symbolique des 144 trillions de dollars. En un an seulement, elle a augmenté de 13,6 trillions. Cela représente une croissance annuelle de +10,4 %, la plus forte depuis plusieurs mois et la troisième accélération mensuelle consécutive.
Nous n’assistons plus à une simple reprise post-crise. Nous sommes entrés dans une phase d’expansion monétaire structurelle, presque devenue une politique par défaut.
Commentaire anonyme d’un analyste macro senior – décembre 2025
Ce chiffre n’est pas apparu par hasard. Il est le résultat cumulé de deux décennies de politique monétaire ultra-accommodante, ponctuées par plusieurs accélérations majeures : crise des subprimes en 2008-2009, puis surtout la réponse pandémique de 2020-2022. Mais ce qui inquiète aujourd’hui, c’est que l’accélérateur est à nouveau enfoncé alors même qu’aucune crise systémique ouverte ne justifie une telle création monétaire massive.
Retour sur 25 ans d’expansion monétaire
Pour bien saisir l’ampleur du mouvement, il faut remonter à l’an 2000. À cette époque, la masse monétaire mondiale tournait autour de 26 trillions de dollars. Vingt-cinq ans plus tard, elle a été multipliée par plus de 5,5. Cela représente une création nette de 118 trillions en un quart de siècle, soit un taux de croissance annuel composé moyen d’environ 7 %.
Mais la véritable rupture s’est produite après 2020. En l’espace de seulement cinq ans, la masse monétaire a bondi de 44 %. Un chiffre qui défie presque toute comparaison historique en temps de paix. Même pendant les grandes guerres du XXe siècle, les États n’avaient pas réussi à injecter autant de monnaie en si peu de temps.
Quelques jalons marquants de cette expansion :
- 2008-2010 : + environ 25 % en réponse à la crise financière mondiale
- Février 2021 : pic historique à +18,7 % sur un an (réponse Covid)
- 2023-2024 : tentative de normalisation (ralentissement à +3-5 %)
- 2025 : nouvelle accélération à +10,4 %
Cette dernière vague montre que les banques centrales n’ont pas réellement réussi – ou voulu – éteindre la planche à billets. Dès que les marchés actions toussent un peu trop fort ou que le refinancement des dettes publiques devient compliqué, les vannes se rouvrent.
Pourquoi cette création monétaire ne crée plus de richesse réelle
Le cœur du problème est simple : la majorité de cette monnaie nouvellement créée ne finance pas de nouvelles usines, de nouvelles infrastructures ou de nouvelles innovations qui augmenteraient réellement la production mondiale. Elle sert principalement à :
- Refinancer des dettes publiques et privées déjà très élevées
- Soutenir les prix des actifs financiers (actions, immobilier, obligations)
- Permettre aux États de dépenser bien au-delà de leurs recettes fiscales
Résultat : l’économie réelle (biens et services produits) progresse à un rythme de 2 à 3 % par an dans le meilleur des cas, tandis que la masse monétaire croît à 7-10 % en moyenne sur longue période, et parfois beaucoup plus. Cette divergence crée une inflation structurelle cachée qui ne se voit pas forcément dans l’indice des prix à la consommation officiel, mais qui se manifeste clairement dans le prix des actifs non-reproductibles (terrains, œuvres d’art, Bitcoin, etc.).
L’effet K : quand la monnaie creuse les inégalités
Les économistes parlent de plus en plus ouvertement de l’« effet K ». Ce schéma en forme de K illustre une réalité brutale : la création monétaire massive profite énormément à une partie de la population et pénalise très fortement l’autre.
En haut de la barre du K, on trouve ceux qui possèdent déjà des actifs productifs ou spéculatifs : immobilier, actions, matières premières, cryptomonnaies. Pour eux, l’injection de liquidités se traduit par une envolée patrimoniale. Leur maison vaut 40 % de plus en cinq ans, leur portefeuille d’actions double, leur stack de Bitcoin explose.
En bas de la barre du K, on retrouve les salariés, les retraités aux pensions fixes, les jeunes qui entrent sur le marché du travail, ceux qui n’ont pas encore accès à la propriété ou aux marchés financiers. Pour eux, l’inflation se traduit par une perte continue de pouvoir d’achat, même quand les indices officiels affichent « seulement » 2 à 4 % par an.
La planche à billets est devenue le principal moteur de transfert de richesse des travailleurs vers les détenteurs d’actifs.
Observation récurrente dans les cercles macroéconomiques indépendants
Ce mécanisme explique pourquoi les inégalités de patrimoine n’ont jamais été aussi élevées dans les pays développés depuis les années 1920, alors même que les inégalités de revenu progressent beaucoup plus lentement.
Bitcoin dans ce chaos monétaire : simple spéculation ou refuge rationnel ?
Face à cette dévaluation continue des monnaies fiduciaires, un nombre croissant d’investisseurs se tournent vers des actifs à offre fixe ou quasi-fixe. L’or physique reste une valeur refuge classique, mais il souffre de problèmes logistiques et de stockage. L’immobilier est illiquide et nécessite un endettement massif. Les actions dépendent fortement de la santé des entreprises et de la croissance économique réelle.
Bitcoin, avec son offre plafonnée à 21 millions d’unités et son émission prévisible qui diminue tous les quatre ans via le halving, apparaît alors comme une réponse asymétrique à la politique monétaire expansionniste. Il n’est pas contrôlé par une banque centrale, ne peut pas être créé en quantité illimitée, et son historique montre une corrélation croissante avec les périodes d’accélération monétaire.
Arguments souvent avancés par les défenseurs de Bitcoin comme actif de réserve :
- Offre parfaitement connue et immuable
- Décentralisation totale (pas de point de contrôle unique)
- Portabilité numérique absolue (on peut déplacer des milliards en quelques minutes)
- Résistance à la censure et aux saisies
- Historique de performance lors des phases d’expansion monétaire massive
Cela ne signifie pas que Bitcoin soit exempt de risques : volatilité extrême, incertitudes réglementaires, concurrence d’autres cryptomonnaies, dépendance aux infrastructures électriques et internet… Mais dans un monde où les monnaies fiduciaires perdent structurellement de la valeur, sa rareté programmée devient un argument de plus en plus difficile à ignorer.
Et maintenant ? Vers quelle issue ?
Le système monétaire actuel semble coincé dans une spirale : plus les dettes publiques et privées augmentent, plus il faut créer de monnaie pour éviter les défauts en chaîne ; plus on crée de monnaie, plus les incitations à s’endetter davantage se renforcent ; plus l’endettement croît, plus la création monétaire doit s’accélérer pour maintenir le château de cartes…
Plusieurs scénarios sont envisageables à moyen-long terme :
- Inflation élevée durable (5-12 % par an pendant une décennie ou plus)
- Reset monétaire partiel via une restructuration massive des dettes (haircut, conversion forcée en obligations longues, etc.)
- Hyperinflation localisée dans certains pays très endettés
- Retour forcé à une discipline monétaire (très improbable à court terme)
- Coexistence croissante avec des monnaies alternatives (stablecoins, Bitcoin, CBDC concurrentes, etc.)
Quelle que soit l’issue, une chose semble acquise : l’époque où l’on pouvait se contenter d’épargner en monnaie fiduciaire sans rien faire est révolue. La préservation du pouvoir d’achat exige désormais une allocation active, une diversification géographique et sectorielle, et une prise de risque maîtrisée.
Conclusion : le réveil ou l’endormissement final
Les 144 000 milliards de dollars de masse monétaire mondiale ne sont pas qu’un chiffre abstrait. Ils représentent des années de travail diluées, des promesses non tenues, des inégalités exacerbées et un système qui semble avoir perdu toute limite.
Mais ils représentent aussi une opportunité historique pour ceux qui comprennent ce qui se joue : l’argent tel que nous l’avons connu pendant un siècle est en train de muter. Ceux qui s’adapteront le plus vite – en modifiant leur façon d’épargner, d’investir, de penser la valeur – seront probablement ceux qui traverseront le mieux la décennie à venir.
La question n’est plus de savoir si le système monétaire va changer profondément, mais comment et à quel prix. Et surtout : serez-vous du côté de ceux qui subissent le changement… ou de ceux qui l’anticipent ?
